Cione robuste

Ciona robusta | Hoshino & Tokioka, 1967

N° 4417

Méditerranée, golfe de Gascogne, Manche, mer du Japon (indigène), sud Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Amérique du Sud (Est & Ouest), Pacifique Nord-Est

Clé d'identification

Aspect d'un sac à deux ouvertures (siphons inhalant et exhalant) de grande taille
Couleur blanc-cassé, plus ou moins translucide, nacrée
Présence de tubercules sur les siphons et sur le reste de la tunique
Siphon inhalant comportant 8 lobes, siphon exhalant comportant 6 lobes
Forte contractilité
Papille terminale du canal génital blanche coiffée de rouge

Noms

Autres noms communs français

Cione type A

Noms communs internationaux

Cione Pacific type, cione species A

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Ciona intestinalis species A

Distribution géographique

Méditerranée, golfe de Gascogne, Manche, mer du Japon (indigène), sud Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Amérique du Sud (Est & Ouest), Pacifique Nord-Est

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique

Cette espèce est originaire du Pacifique Nord-Ouest (côtes asiatiques) mais elle aurait été introduite dans tous les océans dont : mer du Japon (indigène), sud Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Méditerranée, golfe de Gascogne, Manche, Amérique du Sud (Est et Ouest), Pacifique Nord-Est (excepté l'océan Antarctique). Elle est largement présente en Méditerranée et, dans une moindre mesure en Manche Ouest (Bretagne et sud Angleterre). Il n'y aurait qu'une seule zone clairement établie où cette espèce coexisterait (sympatrie*) avec Ciona intestinalis : la Manche occidentale et la Bretagne Sud du fait de son introduction récente au début du XXIème siècle. Une seconde zone sympatrique* pourrait exister en mer Jaune (Chine).

Biotope

La majorité des observations de cette espèce se font dans les zones portuaires et les étangs littoraux (milieux pollués et dessalés) sur des substrats* artificiels comme les quais, la coque des navires, les bouées et les cordages. Ciona robusta est une espèce plutôt d'eaux tempérées chaudes (entre 14 et 25 °C au Japon et 12 et 28 °C en Méditerranée). Il y a trop peu de données pour définir les préférences de salinité de cette espèce.

Description

La cione robuste est une ascidie solitaire de grande taille, qui peut former des populations denses. Elle a l'aspect d'un sac à deux ouvertures qui peut atteindre une dizaine de centimètres de hauteur (taille maximale : 20 cm). Elle est de section presque cylindrique. Son corps lisse et gélatineux est fortement contractile, des tubercules dispersés sur la tunique sont présents, souvent plus visibles près des siphons.
La couleur est blanc à blanc-cassé blanchâtre plus ou moins translucide (nacrée). Le siphon inhalant* situé au sommet présente 8 lobes, alors que le siphon exhalant*, proche, latéral et plus court, n'a que 6 lobes. Les deux siphons n'ont pas de pigment vif ni de marge colorée, bien qu'une teinte blanc pâle ou jaune soit parfois visible. Ils montrent de minuscules points rougeâtres (8 pour le siphon inhalant et 6 pour le siphon exhalant).
Le corps montre souvent par transparence cinq bandes musculaires longitudinales et les différents organes sous la tunique. L'anse intestinale, les gonades et les testicules sont souvent visibles au pied du tube. Le gonoducte* et le spermiducte* accolés forment un long fil blanc à orange pâle sur les 3/4 de la longueur, ils se terminent par une papille blanche coiffée de rouge.
De courts rhizoïdes* fixent cette ascidie au substrat.

Espèces ressemblantes

Auparavant Ciona intestinalis formait un complexe d'espèces dans lequel on distinguait d'abord un type A (Pacific type) et un type B (British type), puis un type C à Banyuls-sur-mer et enfin un type D en mer Noire. La distinction de ces différents types s'est faite à partir de l'analyse de l'A.D.N. (l'acide désoxyribonucléique, support de l'information génétique). Ciona robusta (type A) a été nettement séparée de C. intestinalis (type B) en 2015 (les tubercules sur la tunique de C. robusta constituent un caractère décisif). Les types C et D n'ont pas encore été décrits.

Une confusion est possible avec 2 espèces proches. Seule une dissection de l'animal peut garantir une bonne identification :
- Ciona edwardsi Roule, 1884, de couleur jaune, est souvent solitaire. On la trouve sur toutes les côtes européennes, principalement en Méditerranée à des profondeurs supérieures à 5 m.
- Ciona roulei Lahille, 1887, de couleur rouge (plus particulièrement au niveau des siphons) fréquente la Méditerranée.

C. robusta, C. edwardsi et C. intestinalis type C ont toutes été observées ou décrites dans la zone nord-ouest du bassin méditerranéen.

C. intestinalis (type B)(Atlantique NE) et C. roulei (exclusivement NO bassin méditerranéen) sont très proches génétiquement.

Ciona robusta est très proche de C. savignyi (espèce présente plutôt dans le Pacifique, plus particulèrement dans les zones portuaires) mais cette dernière possède des taches ou points de pigment blanc sur le corps ainsi que d'autres caractères anatomiques (accessibles aux spécialistes) qui les différencient.

Alimentation

La cione est un filtreur* actif interne. L'eau est aspirée par le siphon inhalant ou siphon buccal. Elle est filtrée dans un pharynx* branchial* criblé de petites fentes et passe par une vaste cavité péribranchiale appelée atrium* avant de ressortir par le siphon exhalant ou siphon cloacal*. Sur la face médio-ventrale du pharynx on trouve une gouttière ciliée et glandulaire, l'endostyle*, tandis que la face médio-dorsale porte une rangée saillante de languettes ciliées, le raphé. Les sécrétions muqueuses de l'endostyle engluent les particules alimentaires que l'eau amène dans le pharynx. Ces dernières s'accumulent dans le raphé dorsal et sont entraînées par les battements ciliaires jusqu'à l'estomac. Les déchets sont évacués par l'anus situé dans le siphon cloacal.
Elle se nourrit de phytoplancton*, de bactéries et de matière organique en suspension.

Reproduction - Multiplication

La cione est une espèce hermaphrodite* ovipare* (hermaphrodite simultanée avec une légère protandrie*, des gènes d'incompatibilité empêchent l'autofécondation). La reproduction peut avoir lieu toute l'année. La fécondation est externe et a lieu dans la colonne d'eau. Ovaires et testicules débouchent dans le cloaque, chez C. robusta la papille terminale du spermiducte est rouge et le gonopore par lequel sont expulsés les ovocytes est incolore. La reproduction sexuée de cette espèce ovipare produit un stade larvaire* libre appelé têtard qui comprend une région antérieure élargie ou corps à laquelle fait suite une longue queue aplatie transversalement. Elle est entourée par une tunique dépourvue d'éléments cellulaires et constituée de cellulose. La queue est soutenue par une corde dorsale. Le tube nerveux caudal se prolonge dans le corps et s'y dilate en une vésicule cérébrale.
La vie libre de la larve est de courte durée. Quelques heures après son éclosion, la larve tombe sur un support auquel elle se fixe par des papilles adhésives de son extrémité antérieure. Elle subit alors une métamorphose régressive au cours de laquelle la queue et la vésicule cérébrale disparaissent.
Son développement rapide explique que cette espèce peut former des populations très denses en quelques mois (de 300 individus au m² en Californie à 3500/m² en Méditerranée).

Les larves de C. robusta sont différentes de celles de C. intestinalis.

Vie associée

Les tuniques des ciones peuvent être plus ou moins recouvertes d'autres ascidies encroûtantes comme les botrylles et les botrylloïdes.

Divers biologie

Espèce commune. Bien que solitaire, cette espèce peut parfois constituer des populations très denses.

Informations complémentaires

Cette espèce est parfois utilisée en tant qu'appât de pêche. Elle fait partie des salissures marines (biofouling*).

Elle est consommée par des poissons et des crabes.

Cette ascidie est un modèle d'étude très utilisé en biologie moléculaire fondamentale et surtout en biologie du développement des cordés. L'information génétique (l'A.D.N. ou acide désoxyribonucléique) de cette espèce est une des premières a avoir été étudiée (séquencée) en 2002.

Origine des noms

Origine du nom français

Cione robuste est la traduction directe de Ciona robusta.

Origine du nom scientifique

Ciona : du grec [kion] = colonne, pilier, les ciones sont, en général, dressées perpendiculairement par rapport au substrat

robusta : du latin [robusta] = de rouvre (espèce de chêne, du latin [robur] ), de chêne, solide, dur, fort, résistant. Selon les auteurs Hoshino & Tokioka, 1967, les individus récoltés sur des structures ostréicoles et des réservoirs d'élevages de poissons (piscicoles) et étudiés étaient plus épais et plus durs que les individus de l'espèce Ciona intestinalis présents également sur le site.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde.
Ordre Phlebobranchia Phlébobranches Le sac branchial* a des sinus longitudinaux qui portent ou non des papilles internes mais qui ne sont jamais plissés. Ascidies essentiellement solitaires. Gonades* situées sur l’anse du tube digestif ou à proximité.
Famille Cionidae Cionidés

Manteau gélatineux et fin. Cœur en forme de « V ». Un seul genre (Ciona) et 5 espèces en Europe.

Genre Ciona
Espèce robusta

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