Mérou marron

Epinephelus fuscoguttatus | (Forsskål, 1775)

N° 5663

Indo-Pacifique tropical et subtropical

Clé d'identification

Mérou de grande taille pouvant atteindre 1,2 m de longueur
Corps robuste très trapu, robe à dominante blanc crème ponctuée de points plus foncés
Cinq séries verticales de taches brun foncé irrégulières
Bouche large, lèvres charnues bien développées
Yeux positionnés très haut et en avant de la tête
Front bombé à l'arrière des yeux
Petite selle noire à l'avant du pédoncule caudal

Noms

Autres noms communs français

Mérou marbré, mérou marion, vieille grabe, vieille loutre, vielle machatta, vieille crabbe

Noms communs internationaux

Brown-marbled grouper, black-rock cod, black-spotted grouper, blotch grouper, blotchy grouper, carpet cod, flowery cod, tiger grouper, marble grouper (GB), Mero manchado (E), Stierkopf-Zackenbarsch (D), Garoupa manchada (P)

Synonymes du nom scientifique actuel

Perca summana fuscoguttata Forsskål, 1775
Serranus fuscoguttatus
(Forsskål, 1775)
Serranus horridus Valenciennes, 1828
Serranus taeniocheirus Valenciennes, 1830
Serranus lutra Valenciennes, 1832
Epinephelus lutra
(Valenciennes, 1832)

Distribution géographique

Indo-Pacifique tropical et subtropical

Zones DORIS : ○ [Mer Rouge], ● Indo-Pacifique

Le mérou marron est présent dans l'ensemble de l'océan Indien, incluant la mer Rouge et les Mascareignes*. Sa présence est également mentionnée dans le Pacifique Ouest depuis les côtes du Japon jusqu'à l'Australie, incluant la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. Il semble en revanche absent du golfe Persique et des iles d'Hawaï.

Biotope

Le mérou marron vit dans les eaux claires et riches des récifs coralliens tropicaux, depuis la surface jusqu'à 70 m de profondeur. Les jeunes individus sont plutôt localisés dans les herbiers.

Description

Le mérou marron possède un corps robuste et très trapu. La robe à dominante blanc crème est ponctuée de points plus foncés. Cinq séries verticales de taches brun foncé irrégulières marbrent les flancs du poisson. Ces parties sombres sont également constellées de petits points plus foncés (Heemstra, 1993). L'ensemble de cette livrée confère à ce poisson un camouflage efficace lorsqu'il est positionné dans le récif. On observe une petite selle noire à l'avant du pédoncule* caudal, à la terminaison de la nageoire dorsale.

A l'instar des autres mérous, la bouche large légèrement supère* est entourée de lèvres charnues bien développées. Les yeux sont positionnés très haut et en avant de la tête, les faisant dépasser de la silhouette du poisson observé de profil. A l'arrière des yeux, le front bombé accentue le caractère massif de la morphologie.

Les nageoires de ce poisson sont de teinte dominante brun foncé, dans le prolongement de la robe. Les nageoires pectorales et caudale sont arrondies et larges. Les premiers rayons durs de la nageoire dorsale sont bien visibles lorsqu'ils sont dressés et rattachés aux rayons mous, plus hauts, qui les suivent.

C'est l'un des plus grands mérous de l'Indo-Pacifique, atteignant 1,2 m de longueur totale.

Espèces ressemblantes

Le mérou marron peut être confondu avec d'autres espèces de grands mérous présents sur la zone indopacifique, parmi lesquels :

- Le mérou camouflage Epinephelus polyphekadion : la silhouette est moins haute. Les taches noires moins clairsemées que chez le mérou marron forment des motifs géométriques rappelant un nid d'abeilles au niveau du ventre ; on observe une grosse selle noire bien visible sur le pédoncule caudal. C'est l'espèce avec laquelle le mérou marron peut le plus facilement être confondue.

- Le mérou patate Epinephelus tukula : la tête est plus pointue et les tâches sombres ovoïdes sont nettement séparées sur la robe claire dominante.

- La loche géante Epinephelus lanceolatus : la tête est plus ramassée et le corps brun sombre est constellé de petites taches blanches.

- Le mérou nébuleux Epinephelus erythrurus : la robe ne comporte pas de points sombres et la taille est plus modeste, ce dernier est absent des zones couvertes par DORIS.

Le mérou marron fait par ailleurs l'objet de nombreuses hybridations visant à bénéficier des qualités reproductrices des femelles de l'espèce (Sun, 2016).

Alimentation

Le mérou marron est carnivore : il se nourrit de poissons, de crabes et de céphalopodes.

Reproduction - Multiplication

Comme la plupart des mérous, le mérou marron est hermaphrodite* protogyne* (il naît femelle puis peut devenir mâle). Il est probablement monandrique* (couple constitué d'un mâle et d'une femelle). L'ensemble des poissons naissant femelles, une partie d'entre elles seulement deviennent des mâles en fonction des besoins pour assurer la reproduction. Les premiers mâles apparaissent vers 11 ans pour une taille de 80 cm environ. A ce stade, l'ensemble des individus sont matures (en moyenne, la maturité sexuelle apparaît entre 4 et 9 ans pour une taille comprise entre 40 et 60 cm).

À certaines périodes de l'année et en certains lieux, les mérous se rassemblent pour se reproduire (de novembre à janvier sur la Grande Barrière en Australie). Ils nagent rapidement en eau libre afin d'évacuer les gamètes* pour la fertilisation*. Les œufs migrent sous forme de zooplancton* avec les courants.

La ponte a probablement lieu en début de nuit durant quelques heures seulement, ce qui demanderait à être confirmé par des observations in situ. Des comportements indiquent que la reproduction est imminente, tels des agressions et morsures entre mâles, des changements de couleurs rapides, une cour pratiquée entre les individus de sexes opposés et la présence de femelles gravides* reconnaissables à leur ventre gonflé (Pet, 2006).

Une étude conduite dans une passe des Seychelles a montré que ces rassemblements se produisent de façon répétable temporellement et spatialement chaque année, quelques jours avant la nouvelle lune et que les poissons se dispersent ensuite rapidement (Robinson, 2008).

Vie associée

Le mérou marron et ses hybrides peuvent être infectés par le virus de la nécrose nerveuse ou bétanodavirus. Celui-ci peut engendrer une mortalité quasi intégrale de ces poissons en aquaculture (Yu, 2019).

Une autre étude conduite dans la baie de Lampung, en Indonésie, a mis en évidence la présence de nombreux parasites, tant sur les poissons d'élevage que les poissons sauvages capturés, susceptibles de provoquer des épidémies : protozoaires, champignons, vers tels que Digènes (Allopodocotyle epinepheli), Monogènes (Pseudorhabdosynochus epinepheli, Pseudorhabdosynochus lantauensis, Capsalidae gen. et sp. indet. et Benedenia epinepheli), nématodes (Raphidascaris sp.), acanthocéphales et crustacés (Rückert, 2010).

Informations complémentaires

Le mérou marron peut être porteur de la ciguatera*.

Il fait l'objet d'une aquaculture intensive dans certains pays. C'est notamment le cas de la province de Guangxi en Chine qui élève des mérous hybrides issus d'un croisement entre des individus E. fuscoguttatus femelles et E. lanceolatus mâles (Qing, 2019).

La stratégie reproductive de rassemblement le rend très vulnérable à certaines techniques de pêches, parfois aussi dévastatrices qu'anachroniques (pêche à la dynamite). Qui plus est, les gros individus femelles connaissent leur fertilité maximale entre 10 ans et la fin de leur vie qui dépasse 40 ans. La capture des gros individus est donc très dommageable à l'efficacité de la reproduction de cette espèce, rendant certaines stratégies de préservation telles que la fixation de tailles minimales de captures particulièrement inefficaces, voire contre-productives (Pears, 2006).

Statuts de conservation et réglementations diverses

Le mérou marron est classé comme VU (vulnérable) dans la liste rouge de l'UICN* (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) depuis 2016, ce qui représente une dégradation par rapport à son précédent classement de 2014 : NT (Near Threatened soit quasiment menacé). Il s'agit d'un poisson dont la survie est menacée par la pêche et la dégradation de son habitat.

Il a été démontré que la densité de ce poisson au sein des aires où il est protégé est 10 fois supérieure à celle des zones où il ne l'est pas. Des mesures de préservation sont en place, visant à limiter les impacts de la pêche, notamment aux abords des sites de concentration durant la période de reproduction annuelle. Malgré des interdictions de pêche ou de vente plus ou moins étendues sur ces sites ou des limitations de taille de capture, la pêche de subsistance continue d'être pratiquée et l'étendue des zones de protection demeure sans doute insuffisante.

Origine des noms

Origine du nom français

Mérou : le mot vient de l’espagnol [mero], d’origine obscure, qui signifie « vieille de mer, mérou ». On trouve le mot espagnol francisé en 1752 dans la quatrième édition du Traité de l'orthographe franc̜oise, en forme de dictionnaire (Tome 2, p. 382) de P. Restaut, avec la définition suivante : « Méro : sorte de poisson ».

marron : en référence à la teinte dominante.

Origine du nom scientifique

Epinephelus : du grec [epi] = sur et [nephelus] = nuage, "couvert de nuages". Ce mot décrit une livrée portant des taches contrastées, irrégulières, disposées de manière désordonnée sur tout le corps.

fuscoguttatus : du latin [fuscus] = noir, sombre et [guttatus] = tacheté, moucheté, ce qui décrit la robe mouchetée de petites taches sombres.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 218218

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Famille Serranidae Serranidés 1 à 3 épines sur l’arrière de l’opercule.
Genre Epinephelus
Espèce fuscoguttatus

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