Oscarelle Bali Balo

Oscarella balibaloi | Pérez, Ivanisevic, Dubois, Pedel, Thomas, Tokina & Ereskovsky, 2011

N° 4020

Méditerranée

Clé d'identification

Spongiaire de 5 à 50 cm
Couleur blanc crème à orange, rarement violette
Consistance très molle, fragile
Surface couverte de petits lobes bosselés à ridés
Oscules à répartition régulière

Noms

Noms communs internationaux

Spugne Bali Balo (I)

Distribution géographique

Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Oscarella balibaloi a été observée en plusieurs points de Méditerranée de la mer d'Alboran à la mer Égée en passant par les côtes nord du bassin occidental et l'Adriatique. Compte-tenu de sa récente description et de son expansion avérée depuis 15 ans, on peut imaginer que sa distribution exacte est plus large que celle initialement indiquée. Elle est devenue commune dans la région de Marseille et a été récemment observée en Corse, en Catalogne, à Malte...

Biotope

Cette oscarelle est une espèce sciaphile* trouvée dans les formations coralligènes* ou à l'entrée des grottes. Elle est le plus souvent rencontrée en épibionte* sur d'autres éponges massives (Spongia officinalis, Ircinia oros, Aplysina cavernicola), sur des bryozoaires arbustifs (Myriapora truncata, Smittina cervicornis) et des gorgones (Eunicella cavolinii, Paramuricea clavata, Corallium rubrum). Elle est habituellement observée de 8 à 20 m de profondeur et jusqu'à 40 m.

Description

Oscarella balibaloi est une éponge encroûtante délicate et fragile de 2 à 5 mm d'épaisseur. Elle peut occasionnellement recouvrir de grandes surfaces, jusqu'à 50 cm. Sa surface douce et molle est couverte de turgescences irrégulières formant de petits lobes ou de petites rides, celles-ci s'affaissant complètement une fois l'éponge sortie de l'eau. Sa couleur habituelle va du blanc crème à l'orange, plus rarement violette, ses parties cachées restant plus claires. Quelques gros oscules* sont présents au bout de certains lobes, les pores inhalants sont très petits et très nombreux sur toute la surface. L'éponge adhère faiblement au substrat*.

Comme toutes les espèces du genre Oscarella, cette éponge ne présente pas de squelette interne (absence de spicules* et absence de spongine*).

Espèces ressemblantes

Les espèces du genre Oscarella ont longtemps été confondues les unes avec les autres, notamment à cause d'une absence de spicules et de fibres de spongine dans leurs tissus. En particulier, Oscarella lobularis et Oscarella tuberculata ont longtemps été regroupées à tort sous le nom d'Oscarella lobularis. Cependant, des études génétiques récentes (années 2000 à 2013) ont permis de faire la distinction entre les différentes espèces. Fort heureusement pour nous, ces espèces génétiquement différentes présentent des caractéristiques microscopiques très distinctives, mais également des critères morphologiques précis (couleur, localisation, biotope*) :

Oscarella lobularis (Schmidt, 1862) : l'oscarelle bleu-violet. De surface lisse et de consistance molle et légèrement gélatineuse, cette éponge est de couleur bleu-violet (voire rose) en surface et violette à crème dans les dépressions. Elle présente des lobes de 1 cm de diamètre et des oscules à répartition régulière. Ses cellules présentent de nombreuses et vastes vacuoles* périnucléaires. Elle est visible dans la mer Méditerranée, Atlantique Est, Manche, mer du Nord, mer Adriatique et Atlantique Ouest tropical, de 15 à 35 m, sur des tombants mais jamais à l'entrée d'une grotte.

Oscarella imperialis Muricy et al., 1996 : l'oscarelle jaune-orange. De surface rugueuse à ridée et de consistance molle, cette éponge présente une couleur orangée en surface et jaune dans les dépressions. Ses cellules présentent des sphérules* cytoplasmiques très denses et souvent une seule vacuole*. Elle est visible en Méditerranée, vers 15 m de fond, le long des tombants verticaux.

Oscarella microlobata Muricy et al., 1996 : l'oscarelle marron. De surface rugueuse et de consistance molle et fragile, cette éponge est de couleur marron foncé en surface et marron clair dans les dépressions. Ses cellules présentent des sphérules cytoplasmiques et inclusions intranucléaires paracristallines. Souvent solitaire et faiblement attachée au substrat, elle est présente vers 15 m de fond dans des cavernes semi-obscures. Elle n'est actuellement rapportée que dans une grotte à proximité de l'île Riou, au large de Marseille (13).

Oscarella rubra (Hanitsch, 1890) : l'oscarelle rouge. De surface bosselée par de nombreux petits lobes, et de forme "chou-fleur", cette éponge est de couleur rouge à beige. Elle n'est visible que dans l'Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord, de 5 à 300 m, sur des roches et où elle forme probablement un complexe d'espèces comme l'était O. lobularis.

Oscarella tuberculata (Schmidt, 1868) : l'oscarelle jaune-verdâtre. De surface granuleuse à ridée et de consistance ferme et cartilagineuse, cette éponge est très souvent uniformément jaune-verdâtre (avec parfois des reflets bleutés). Elle présente des lobes de 0,5 cm de diamètre et des oscules à répartition irrégulière. Elle est visible dans la mer Méditerranée de 5 à 35 m à l'ombre d'un tombant (coloration plutôt verdâtre) ou à l'entrée d'une grotte (coloration plutôt jaune) et en compagnie d'Oscarella balibaloi.

Oscarella viridis Muricy et al., 1996 : l'oscarelle vert-pâle. De surface rugueuse et de consistance très molle et fragile, cette éponge est de couleur verte (généralement plus claire dans les dépressions). Ses cellules présentent de nombreuses sphérules cytoplasmiques peu denses. Elle est faiblement attachée à son substrat et est visible en Méditerranée, dans des cavernes semi-obscures, vers 15 m de fond.

Alimentation

Comme tous les spongiaires, Oscarella balibaloi est un animal filtreur* : les flagelles* des choanocytes* créent des mouvements d'eau dans les cavités internes. L'eau entre par les nombreux petits trous (pores inhalants) et sort par les grands trous ou oscules* (pores exhalants). Puis les cellules ciliées captent et digèrent les particules organiques microscopiques et les produits de la digestion sont distribués aux autres cellules de l'organisme.

Reproduction - Multiplication

Le schéma de reproduction est très proche des autres Oscarella, la reproduction peut être réalisée selon 3 processus distincts :

  • Sexuée : par production de gamètes* mâles (spermatozoïdes*) et femelles (ovules*). Les éponges sont hermaphrodites*, cependant les gamètes mâles et femelles d'une même éponge ne sont pas expulsés au même moment. Oscarella balibaloi est ovovivipare* et n'expulse ses larves* que lorsqu'elles ont atteint leur stade de développement final. Lorsque les larves quittent l'éponge parentale, mi août, elles vont se fixer sur un substrat* et donner une nouvelle éponge. Le développement d'embryons* au sein des éponges a été observé d'avril à mi août.
  • Asexuée par bourgeonnement : se déroulant sur une durée de 1 à 4 jours, les bourgeons se forment dans des zones marginales proches de la base de l'éponge selon 3 étapes bien définies. La première étape est caractérisée par la présence de petites protubérances d'ectoderme d'origine parentale. La seconde étape est caractérisée par le regroupement des petites protubérances en structures tubulaires régulières, allongées et mamelonnées. La troisième étape correspond à la formation d'un bouton sphérique comportant une large cavité centrale. Ceci se traduit par le développement d'excroissances en forme de gouttes (ou coulures) ou de filaments non fixés. Ensuite, ce bourgeon (taille : 0,6-1 mm) se détache de l'éponge parentale et peut flotter entre deux eaux (vie pélagique*) pendant plusieurs jours consécutifs. Après fixation sur un substrat, ce petit bourgeon va se développer en une petite éponge sous 4 à 10 jours.
  • Asexuée par bouturage : des fragments se détachant de l'éponge mère peuvent aller se fixer un peu plus loin.

Les éponges se reproduisent surtout asexuellement et ont une énorme capacité de régénération.

Divers biologie

Comme tous les spongiaires, cette espèce est un animal très simple ne présentant pas de tube digestif et peu ou pas de cellules nerveuses. Elle ne se rétracte donc pas ou très peu quand on la touche. Elle présente une couche de cellules externes (l'ectoderme) et une couche de cellules interne (l'endoderme), séparées par une sorte de gélatine (la mésoglée*). La cavité gastrique ou cavité interne (atrium*) est tapissée de cellules ciliées (les choanocytes*, caractéristiques des spongiaires) dont les flagelles créent un courant d'eau.

La respiration se fait par filtration de l'oxygène dissous dans l'eau.

Les espèces du genre Oscarella ne présentent pas de squelette interne : elles n'ont pas de spicules* et pas de fibres de spongine*. L'aspect microscopique de cette espèce en particulier est très caractéristique et une étude en laboratoire permet de faire la distinction entre Oscarella balibaloi et les autres éponges du même genre. Ainsi, Oscarella balibaloi comporte une mésoglée (mésohyle*) peu développée, constituée d'un réseau condensé de fibrilles de collagène. Ces fibrilles entourent complètement deux types d'endobactéries symbiotiques allongées à paroi différenciée épaisse. La mésoglée contient également des cellules vacuolaires de type I, II et III (les cellules de type I étant échancrées à noyau périphérique et contenant entre 1 et 4 très grandes vacuoles denses occupant la quasi-totalité du cytoplasme cellulaire ; les cellules de type II étant ovoïdes à noyau central avec 1 ou 2 filopodes et contenant de nombreuses petites vacuoles pycnotiques cytoplasmiques très disséminées ; les cellules de types III étant irrégulièrement ovoïdes, à noyaux ovoïdes, et avec de nombreuses vacuoles claires et filamenteuses). Les choanocytes sont pyramidaux et régulièrement espacés.

Informations complémentaires

Découverte pour la première fois en 2002 dans la région de Marseille, cette éponge est probablement arrivée quelques années plus tôt dans la région et est devenue de plus en plus fréquente pour devenir commune aujourd'hui.

Origine des noms

Origine du nom français

Oscarelle Bali Balo est la traduction du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Oscarella : genre dédié au zoologiste, botaniste et mycologue allemand Oscar Schmidt [1823-1886], en l'honneur de son travail sur la détermination des espèces. Il est en particulier l'auteur de l'ouvrage Eponges de la mer Adriatique.

balibalo : Le choix de ce nom est en rapport avec la campagne d'étude qui a permis sa découverte, sans plus d'explication dans la publication originale.
A noter que Bali Balo est le nom d'une chanson paillarde mettant en scène un personnage fictif qui subit de nombreuses mésaventures liées à ses mœurs sexuelles atypiques.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Porifera Spongiaires / Eponges Organismes exclusivement aquatiques, filtreurs, fixés au substrat, de formes variables, et percés d'orifices inhalants (ostioles ou pores) et exhalants (oscules).
Classe Homoscleromorpha Homoscléromorphes

Eponges exclusivement marines (une centaine d'espèces). Spicules siliceux (quand ils sont présents) non subdivisés en mégasclères et microsclères. Vivipares, larve typique : cinctoblastula.

Ordre Homosclerophorida Homosclérophorides Structure différenciée de type leucon. Certaines espèces de cet ordre n'ont pas de squelette et possèdent un derme fin. Les larves sont des amphiblastula.
Famille Oscarellidae Oscarellidés

Absence de spicules et de fibres de spongine.

Genre Oscarella
Espèce balibaloi

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