Oursin cœur

Echinocardium cordatum | (Pennant, 1777)

N° 709

Méditerranée, Atlantique Nord-Est

Clé d'identification

Oursin irrégulier de 7 à 9 cm
Piquants courts et fins gris jaunâtre, aspect de fourrure
En forme de cœur vu de haut
Sillon antérieur suivi du dorsal : profond, long et large
Fasciole endopétale long et large

Noms

Autres noms communs français

Souris de mer, souris des sables, spatangue cordiforme, hérisson de mer, oursin de sable, œuf de grisard (Wimereux)

Noms communs internationaux

Sea potato, heart urchin (GB), Spatango a forma di cuore (I), Erizo corazon, erizo cordiforme (E), Seeigel herzigel, Kleiner Herzigel (D), Zeeklit, hartegel (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Les principaux synonymes de cet oursin de sable sont les suivants, il y en a eu beaucoup d'autres plus anecdotiques :
Echinus cordatus Pennant,1777
Spatangus arcuarius de Lamarck,1816
Echinocardium sebae Gray,18??
Amphidetus kürtzii Girard,1852

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique Nord-Est

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

E. cordatum est fréquent dans presque toutes les mers d’Europe. Sa répartition géographique englobe toute la Méditerranée, l'Adriatique ainsi que Atlantique Est du Maroc et les Açores jusqu'à la Norvège (Cap Nord). Il est courant sur nos côtes de l’océan Atlantique et de la Manche, et on peut le rencontrer dans le sable à marée basse. Sur la façade méditerranéenne française Echinocardium cordatum n'est pas très répandu, sauf dans les Bouches-du-Rhône où il côtoie une autre espèce à préférence atlantique : E. flavescens.

Biotope

Echinocardium cordatum est essentiellement une espèce des petits fonds. Il vit sur des fonds meubles sableux dans une cavité tapissée par du mucus et qui communique avec la surface du sédiment par 2 conduits, entre 0 m et 250 m (5 à 15 m généralement, plus rare au delà) de profondeur. Il aime les zones balayées par le courant. Il reste enfoui sous 10 à 20 cm de sédiment pendant la journée dans un sable grossier ou du fin gravier et ne sort que la nuit pour se nourrir. Bien que présent dans un large éventail de grosseurs de grains de sable, sa préférence va aux sédiments dont la taille des grains est bien calibrée et comprise entre 200 à 300 microns. On ne rencontrera cette espèce que dans des sédiments à faible teneur en boue (<20%) et en dehors des zones occupées par les phanérogames marines (posidonies, zostères, etc.).

Selon Picton (1993) une dépression conique, à l'aplomb de l'animal, est visible à la surface du sédiment.

Description

E. cordatum est un oursin irrégulier encore appelé oursin de sable ou oursin cœur. Cette dernière appellation résulte de la forme en cœur que prend le test. De couleur gris jaunâtre, il peut atteindre jusqu’à 9 cm de longueur et 5 à 7 cm le plus souvent. Il est presque aussi large que long.
Ses piquants, gris beige soyeux, courts et filiformes, implantés en ordre dense vers l'arrière, donnent à la vestiture* l’aspect d’une fourrure. Les piquants dorsaux sont très minces et soyeux, non dressés alors que ceux de la face ventrale sont plus gros et plus longs. Ils sont généralement spatulés sur le plastron sternal.

Echinocardium cordatum a une symétrie bilatérale secondaire, la bouche et l’anus sont opposés sur le plan horizontal, c’est un oursin irrégulier. Vous trouverez dans la rubrique "informations complémentaires" les caractéristiques générales sur les oursins irréguliers de l'Ordre des Spatangoïdes.

Une fois mort, on trouve son test sur le sable. Fragile, le test un peu aplati est plus long que large et a une forme de cœur (cordiforme). Vu par en haut le contour est un peu anguleux avec une forte échancrure antérieure correspondant au sillon dorsal. Ce sillon antérieur large et profond se prolonge jusqu’au sommet. L'appareil apical se situe au milieu de la face aborale* où les pores génitaux sont au nombre de 4, situés sur les plaques génitales. A côté, la plaque madréporique porte plus de 21 pores (difficilement visibles).

Des pétales triangulaires (les quatre zones* postérieures) se situent sur le sommet du test, ils sont peu profonds. Ces ambulacres postérieurs possèdent une dizaine de paires de pores (plus de 12 chez E. fenauxi). Il y a une double ligne de pores de chaque côté pour l'ambulacraire antérieur chez E. cordatum et une simple ligne chez E. fenauxi.

La face aborale est renflée en une proéminence assez marquée dans sa partie postérieure. Toute la face dorsale est couverte de petits tubercules.
Le sillon dorsal qui prolonge l'échancrure antérieure est profond et large, il porte des tubercules primaires assez gros sur le côté. Le test est assez proéminent de chaque côté de ce sillon dorsal.

L’ouverture buccale (péristome*) large et orientée vers l'avant, présente un rétrécissement en son centre. Sur cette face ventrale, la zone interambulacraire postérieure est modifiée en un large plastron sternal.

Le fasciole* endopétale est très allongé et très large. Il se prolonge en avant où il traverse le sillon antérieur. Le fasciole sous-anal (ou subanal) renferme, de chaque côté, 3 paires de pores.

Le périprocte*, qui entoure l'anus, est placé dans la partie verticale et supérieure de la face postérieure du test. Sa forme varie beaucoup. Généralement allongé verticalement (plus haut que large), il est quelquefois ovalaire transverse (dans ce cas il pourrait s'agir de l'espèce proche E. fenauxis, voir "espèces semblables").

Les pédicellaires*, organes de défense et de nettoyage, sont de 4 sortes : tridentés ou tridactyles, globifères, rostrés et trifoliés.
Les tridentés ou tridactyles ont les valves allongées et généralement minces.
les globifères sont très apparents grâce surtout à leur coloration pourpre foncée; leurs valves sont courtes et ramassées; la partie basale est très large et le limbe tubulaire, très court, se termine par un orifice entouré de quelques dents.

Espèces ressemblantes

Particulièrement pour les spécimens vivants rencontrés en plongée, la confusion est possible avec les autres oursins de l’Ordre des Spatangoïdes qui comprend une quinzaine d'espèces peu profondes sur nos côtes européennes.

Echinocardium fenauxi : 6 à 7 cm, piquants gris-beige soyeux. Très semblable à E. cordatum, flavescens, mediterraneum, son identification n'est pas facile, mais une étude récente (sud-est des côtes espagnoles) montre que E. fenauxi est plus abondant que E. cordatum. Les principales différences sont : périprocte* allongé verticalement chez E. cordatum, et horizontalement pour E. fenauxi, double ligne de pores de chaque côté pour l'ambulacraire* antérieur chez E. cordatum et simple ligne chez E. fenauxi et chacun des pétales postérieurs possède plus de 12 paires de pores chez E. fenauxi contre une dizaine chez E. cordatum. Méditerranée et proche Atlantique. E. fenauxi est le seul Echinocardium présent dans le nord-est Adriatique.

Echinocardium mediterraneum : oursin cœur gris-blanc, 4 cm, test* trapu, avec un contour pentagonal. L'ambulacre antérieur dorsal reste à fleur du test en dedans du fasciole* et devient un peu déprimé dans sa partie antérieure située sur la face antérieure verticale du test ; la face postérieure du test est verticale et un peu plus haute que la face antérieure ; le test de l'adulte est à peu près aussi long que large et ne dépasse pas 4 cm ; peu commun ; toute la Méditerranée et Atlantique proche (observation récente en Vendée).

Echinocardium mortenseni : oursin cœur, test fin, arrondi, sans échancrure antérieure, fortement renflé sur la face dorsale et au contour elliptique. Semblable à E. mediterraneum, mais très rare et à la distribution très limitée : observé uniquement à Toulon et à Naples.

Echinocardium flavescens : oursin cœur, 3 cm, test arrondi, extrêmement mince et fragile, fortement renflé sur la face dorsale et au contour elliptique. Semblable à E. mediterraneum et principalement présent en Atlantique, Manche et mer du Nord pour les côtes françaises mais aussi dans le golfe de Marseille.

Echinocardium pennatifidum : oursin cœur, 7 cm, test arrondi, fortement renflé sur la face dorsale et au contour elliptique. Encoche frontale peu marquée. Semblable à E. flavescens, mais présent uniquement en Atlantique, Manche et mer du Nord pour les côtes françaises.

Schizaster canaliferus : 6 à 8 cm, test anguleux, fortement renflé sur la face dorsale et au contour elliptique. Echancrure supéro-antérieure très marquée (zone ambulacraire antérieure). Pas de fasciole sous-anal ; un fasciole péripétale duquel se détache un fasciole latéral qui passe sous le périprocte ; deux orifices génitaux ; quatre pétales très déprimés ; connu seulement en Méditerranée (endémique), sur les côtes françaises il est connu à Banyuls, Nice et Menton. Très rarement observé.

Brissus unicolor : oursin de sable gris, 8 à 13 cm, gris-brun clair à la fourrure très courte, forme générale ovale aplatie. Fasciole péripétale avec des angles rentrants et saillants; appareil apical rapproché du bord antérieur du test. Rarement observé vivant mais tests nombreux sur les fonds sableux. Méditerranée, Atlantique sud-est proche.

Plagiobrissus costai est très proche ; 10 cm maximum ; coloration brune, rougeâtre à violette ; piquants de deux longueurs sur tout le test ; fasciole péripétale plus large ; petite échancrure postérieure sur le test vu du dessus ; Méditerranée ; localisé et très rare.

Brissopsis lyrifera : oursin-lyre, de 5 à 7 cm, piquants moins serrés et plus grossiers que chez les espèces du genre Echinocardium. Les zones ambulacraires en étoile sont entourées par une ligne caractéristique de petits piquants sombres, il s'agit du fasciole péripétale en forme de lyre. L'appareil apical est central. Présent sur toutes nos côtes européennes. Espèce grégaire et rare.

Brissopsis atlantica : commun en Méditerranée et en Atlantique (Afrique de l'ouest et Amérique du Nord). Rarement observé en plongée car profond, généralement au delà de 70 m.

Spatangus purpureus : spatangue pourpre, de 10 à 12 cm, plus gros et de couleur violette. Courts piquants sur tout le corps complétés de quelques dizaines de très longs piquants sur le dos. Test quasiment aussi large que long. Présent sur toutes nos côtes européennes. Fréquent pour qui sait le trouver sous le sable en Méditerranée, Manche et Atlantique.

Alimentation

C’est un animal détritivore*, son mode d'alimentation est double :
- il demeure presque constamment tapi dans les sédiments, en laissant dépasser ses longs podia* (ou pieds ambulacraires*) plumeux, avec lesquels il intercepte les particules organiques. Il se nourrit de la pellicule superficielle (encore appelée film) recouvrant les sédiments, qui renferme de nombreux détritus organiques d’origine végétale et animale, une microflore et une microfaune abondantes. Les Echinocardium ont la capacité de sélectionner spécifiquement les petits invertébrés dans ce film organique.
- Il se nourrit aussi en ingérant du sable par la bouche dont il digèrera la fraction organique, d'où son nom de "mangeur de sable". Ce mode de nutrition s'accompagne de la disparition des mâchoires (lanterne d'Aristote).

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés, il y a un dimorphisme* sexuel chez cette espèce, mais il est difficile à observer. la fécondation est externe. La durée de vie des larves* planctoniques* est de l’ordre de trois semaines.
La maturité sexuelle du mâle est plus précoce que celle de la femelle.
Les périodes de reproduction sont en fonction des régions : octobre à avril à Naples, juin à juillet en Bretagne, mai à août en Ecosse.

Vie associée

Echinocardium cordatum se trouve souvent associé à un crustacé (amphipode) commensal* Urothoe marina. Accroché aux piquants du fasciole sub-anal, le mollusque bivalve Montacuta ferruginosa est souvent présent chez cet Echinocardium.
Le biotope similaire des espèces suivantes fait que l'oursin cœur se trouve souvent en compagnie des ophiures Amphiura filiformis et Ophiura albida et des astéries Asterias rubens et Astropecten johnstoni.

Divers biologie

Cet oursin s’enfouit grâce aux mouvements de ses piquants. Il utilise le substrat* pour se protéger. Son principal prédateur est l’étoile de mer peigne Astropecten aranciacus, les poissons plats, les dorades, etc.

La vitesse de déplacement des oursins cœurs, sous le sable, est de l'ordre de 1 à 2 cm par heure.

Le "terrier" d'Echinocardium cordatum est pourvu d'un long puits vertical inhalant servant à l'oxygénation des podia* respiratoires aboraux et d'un tunnel sanitaire exhalant horizontal aveugle en arrière. Un espace fluide autour du test est maintenu grâce aux piquants et aux podia et par un film de mucus tendu entre les extrémités distales des radioles recouvrant la totalité de la surface aborale*.

La durée de vie d'Echinocardium cordatum est de 3 ans.

Une observation récente (2014) montre que les corneilles noires (Corvus corone) se nourrissent occasionnellement de la chair d'oursins-cœurs (Echinocardium cordatum) sur deux plages Bretonnes à marée basse. Elles brisent le test des plus petits spécimens ou percent un trou sur les plus gros.

Informations complémentaires

Caractères généraux des oursins irréguliers (Irregularia) de l'Ordre des Spatangoidés :

Les oursins de cet Ordre font partie des oursins irréguliers les plus modifiés, sans doute en rapport avec leur mode de vie enfoui. Ils se nourrissent de micro-organismes qu'il trouvent dans et à la surface du sédiment (sable fin ou vase suivant les espèces). Ce sont des mangeurs de sable, la bouche reste béante et les mâchoires (lanterne d'Aristote) ont disparu (évolution adaptative).
Ce groupe, aux représentants nombreux et très spécialisés, est constitué autant par des espèces actuelles que fossiles.
La bouche est excentrée vers l'avant de la face ventrale (buccale), l'anus migre vers l'arrière, il y a donc apparition d'une symétrie bilatérale superposée à celle pentaradiaire. Le test* prend une forme plus ou moins allongée et aplatie où les zones ambulacraires* sont en creux.
Les podia* (pieds ambulacraires) sont particulièrement modifiés, ceux de la région buccale sont courts, épais, sensoriels et préhensiles alors que les podia des aires intra-fasciolaires* (pétalodes*) sont extrêmement allongés, ils ont un rôle respiratoire et de nutrition.
Les piquants (ou radioles*) sont modifiés en des soies fines, très nombreuses et de forme variable (spatule, pointe, dent de peigne). Les piquants sont les seuls à intervenir dans la locomotion, contrairement aux oursins Réguliers qui utilisent leurs podia.

Les fascioles, description et fonction :

Les fascioles* sont des sentiers dessinés sur la face dorsale (aborale) des oursins irréguliers. Alors que l'ensemble du test est recouvert par une épaisse forêt de piquants, ces bandes sont tapissées de très petits et fins radioles (mini piquants nommé ici clavules*) de 1 à 2 mm de long, ils sont très serrés et peu mobiles, mais un épais épithélium* fortement vibratile les recouvre.
Les fascioles jouent un rôle dans le maintien de la propreté du test : les courants vibratiles de la surface du corps ont pour effet d'amener les particules de boue sur les sentiers fasciolaires ; elles y sont engluées par le mucus que sécrètent les clavules, puis rejetées au-dehors par des courants de décharge.
Il n'y a jamais plus de 3 sortes de fascioles chez une espèce ; par exemple les représentants du genre Echinocardium peuvent avoir des fascioles sous-anal, anal et endopétale.

Origine des noms

Origine du nom français

cordiforme : du latin [cordi] = cœur et du latin [form] = forme. Donc en forme de cœur.

grisard : nom masculin, vient de gris, la couleur. Ce nom est utilisé pour désigner le goéland marin. Le goéland (grisard) est censé pondre l'œuf de grisard (l'oursin).

Origine du nom scientifique

Echino-cardium : du grec [echino] = épine et du grec [cardi] = cœur donc cœur épineux
cordatum : du latin [cordatus] = en forme de cœur.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Echinoidea Echinides Ce sont les oursins. Forme globuleuse ou hémisphérique, squelette qui porte des piquants mobiles, des pédicellaires et des pieds ambulacraires. Pouvoir de régénération limité.
Sous-classe Euechinoidea Euéchinides Oursins plus ou moins sphériques, dits "oursins réguliers". Plaques ambulacraires composées. Bouche ventrale et anus dorsal. 
Super ordre Atelostomata Atélostomes
Ordre Spatangoida Spatangoïdes Oursins-coeur. Irréguliers, abondants, test ovale, sans "lanterne". Ouverture buccale excentrée, seulement 4 zones ambulacraires et avec fascioles*. Fouisseurs, bouche antérieure, anus postérieur. Plusieurs types de piquants spécialisés.
Sous-ordre Micrasterina Micrastérines
Famille Loveniidae Lovéniidés Spatangoïdes avec un fasciole "interne" (à l'intérieur des ambulacres).
Genre Echinocardium
Espèce cordatum

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