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  Fiche Espèce   (N°854)
 
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(N°854)  
Thetys vagina Tilesius, 1802
Cosmopolite
Salpe Thétys
 
Tuniciers et Céphalocordés (Ascidies...)
 
 
Gigantic salp, Thetys salp (GB), Schedesalp (NL)
 Clef d'identification
Organisme pélagique transparent en forme de tonneau allongé
La plus grande espèce de salpe, jusqu'à 30 cm de long
Large siphon buccal antérodorsal bordé par deux lèvres
Deux appendices terminaux dans le sillage de la salpe
20 bandes musculaires périphériques sous la tunique
 Distribution
Il s'agit d'une espèce cosmopolite que l'on rencontrera sous la surface de tous les océans du globe.
 Biotope
Les salpes Thétys sont des animaux pélagiques qui font partie du macroplancton. On les trouvera le plus souvent juste sous la surface. Ces organismes sont d'ordinaire inféodés au grand large, à la pleine mer, mais il arrive que des épisodes de courants les rapprochent près des côtes. Leur distribution verticale s'étend sur 150 mètres de profondeur...
 Description
Thetys vagina est la plus grande espèce de salpe que l'on pourra rencontrer en plongée. Avec une longueur atteignant parfois les 30 centimètres, les anglais la surnomment "gigantic salp" !
Cet étrange organisme planctonique en forme de tonneau allongé est en fait un proche cousin des ascidies, si ce n'est qu'il mène une vie pélagique, que sa tunique est transparente, et que ses siphons sont diamétralement opposés : le siphon buccal, antérodorsal, s'ouvre par une large fente bordée par deux lèvres, alors que le siphon cloacal* est terminal et de diamètre un peu plus réduit.
A l'intérieur de la salpe, on observe immédiatement une structure sphérique brune orangée : c'est le nucléus*, qui contient les viscères de l'animal.
Thetys vagina est en outre caractérisée par la présence de 20 bandes musculaires périphériques, matérialisées par une succession d'anneaux fins et incomplets sous la surface de la tunique*, et par deux expansions terminales, en forme de languettes, qui s'enracinent de part et d'autre du siphon cloacal, et que l'animal traîne dans son sillage.

Cet animal mène une vie libre, précédée d'une phase éphémère au cours de laquelle de nombreuses salpes sont reliées entre elles au sein de chaînes spectaculaires pouvant atteindre plusieurs mètres de longueur.
Enfin, la salpe Thétys existe sous deux formes alternées qui ne diffèrent que par leur mode de reproduction (voir plus bas).
 Espèces ressemblantes
Il existe plusieurs autres espèces de salpes, difficiles à distinguer à cause de leur transparence. Les critères distinctifs utilisés sont la taille et surtout le nombre et la disposition des bandes musculaires périphériques. Citons Salpa maxima : salpe dépourvue d'appendices terminaux, ne mesurant tout au plus qu'une dizaine de centimètres, et possèdant 9 bandes musculaires.
 Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Thetys costata = Tetys costata = Salpa costata (Cuvier, 1804)
Thetys tilesii = Tetys tilesii = Salpa tilesii (Quoy & Gaimard, 1825)
 
  Thaliacés et Appendiculaires
   
  Salpe Thétys  
   
  Des siphons opposés  
   
  Nucléus et bandes musculaires  
   
  Transparence de la tunique  
   
  Siphon cloacal  
   
  Reproduction  
   
  Dans le bleu  
 
 
 Participants
Rédacteur principal  
Frédéric ZIEMSKI Détail
Vérificateur  
Vincent MARAN Détail
Responsable régional  
Frédéric ZIEMSKI Détail
 
     
Création le : 04/07/2008
Dernière modification le 26/07/2010 12:08:00
Les * dans les textes
renvoient au glossaire
 
     
 
 Classification
 
 

Termes scientifiques
(international)

Termes en français Descriptif/ caractéristiques
succinctes du groupe
Embranchement Chordata Chordés  Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés. 
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers  Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires). 
Classe Thaliacea Thaliacés  Tuniciers pélagiques qui ont perdu leur chorde larvaire. Organismes transparents libres et planctoniques, les siphons buccal et atrial sont terminaux et diamétralement opposés. 
Ordre Salpida Salpides  Thaliacés toujours solitaires, ou en chaînes de plusieurs dizaines d'individus mais jamais coloniaux. Bandes musculaires périphériques incomplètes. 
Famille Salpidae Salpidés  Unique famille de l'ordre des Salpides. 
Genre Thetys     
 
Espèce vagina     
 
 
 Origine du nom français
"Salpe Thétys" est la traduction directe du nom de genre scientifique Thetys. Les salpes étant des animaux très méconnus, elles ne possèdent pas de noms vernaculaires propres. Ce nom, déjà adopté par nos voisins d'outre Manche, est donc une proposition du site DORIS.
 Origine du nom scientifique
Thetys : comme pour beaucoup d'autres organismes pélagiques (méduses, cténaires, ...), cette salpe a reçu le nom d'un personnage de la mythologie greco-romaine. L'origine exacte de ce nom est obscure, car il était attribué à deux personnages différents :
Thétys (ou Téthys), fille d'Ouranos et de Gaïa, unie à Océanos, elle donna naissance aux Océanides et à de nombreuses sources et fontaines. Elle fut le symbole de l'eau, de l'humidité bienfaisante ;
Thétys (ou Thétis), fille de Nérée et de Doris, fut la plus célèbre des Néréides.
vagina : du latin [vagina] = gaine, en référence à l'épaisse tunique cellulosique de l'animal, ouverte par une fente terminale. La forme de cet animal évoque celle d'un vagin.

Attention à ne pas confondre : il existe des mollusques opisthobranches qui portent le nom de genre Tethys (voir la fiche Tethys fimbria). La position du "h" a donc ici son importance !
 Alimentation
La salpe Thétys est planctonophage. Elle filtre l'eau grâce au mucus qui tapisse les parois grillagées de son large pharynx et en retient les microorganismes du phytoplancton. La collecte de ce phytoplancton est favorisée par l'action combinée des contractions musculaires et du phénomène de pompage qui résulte des ouvertures et fermetures consécutives des siphons, diamétralement opposés. Un courant d'eau nourricier traverse continuellement la salpe. La nourriture est ensuite acheminée vers le nucléus*.
 Reproduction - Multiplication
La reproduction de cette salpe passe par un cycle au cours duquel il y a alternance de deux générations, l'une se composant d'individus se reproduisant par voie sexuée (blastozoïdes*), l'autre par voie asexuée (oozoïdes*) : toutes les salpes sont à l'origine hermaphrodites* protogynes* (d'abord femelles puis mâles) et ne produisent qu'un seul ovule. Après la fécondation, qui est interne, un unique oeuf est incubé au sein de la salpe grâce à un placenta. Le développement de cet oeuf donne un jeune individu asexué appelé oozoïde. Celui ci se libère de la salpe mère et mène une vie pélagique. Ce n'est qu'après avoir incubé un premier oeuf que la salpe mère devient mâle.

L'oozoïde libéré possède une structure allongée près du nucléus, appelée stolon. Ce stolon va subir une strobilisation*, une série d'étranglements successifs (ou tronçonnement) qui aboutissent à la formation de nouveaux individus reliés entre eux, appelés blastozoïdes (voir photo n°6).
Ces blastozoïdes, enchaînés les uns aux autres, sont libérés de l'oozoïde. On peut alors parfois observer des chaînes de salpes de plusieurs mètres de long. Ces salpes sont sexuées, à leur tour hermaphrodites protogynes.
Les liaisons qui relient les tuniques entre elles sont ténues, et les blastozoïdes sont facilement séparés les uns des autres et peuvent alors mener une vie totalement libre.
Les blastozoïdes pourront à leur tour former un ovule unique, fécondé par un spermatozoïde, et le cycle recommence.
 Vie associée
La salpe peut être squattée par des petits crustacés, comme Phronima sedentaria (Forskal, 1775) ou Hyperia galba Montagu, 1813. Phronima peut simplement se contenter d'être transporté, mais il arrive le plus souvent que ce crustacé se nourrisse des tissus de la salpe, jusqu'à provoquer sa mort : il ne squatte plus alors qu'une tunique évidée... Concernant ce crustacé, la frontière entre la phorésie* et le parasitisme est fragile...

Encore plus étonnant : la salpe Thétys peut être habitée par un mollusque céphalopode, Ocythoe tuberculata Rafinesque, 1814. Celui ci déforme et abîme son hôte, on peut parler ici de parasitisme.
 Divers biologie
En plongée on pourra observer les ouvertures et fermetures successives des deux siphons qui permettent à l'animal de se déplacer par réaction.

Au sein des chaînes de blastozoïdes de Thetys vagina, les individus ne sont pas simplement mis bout à bout, mais sont disposés avec un angle de 30° par rapport à l'axe de la chaîne. Ceci peut être un autre critère d'identification.
De plus, à ce stade, les blastozoïdes ne possèdent pas encore leurs deux languettes terminales. Ils pompent l'eau dans des directions différentes, et cette apparente désorganisation provoque parfois l'enroulement de la chaîne autour de stipes d'algues ou de tout autre obstacle, puis finalement la séparation des différents individus.

Dans l'océan Pacifique, les deux languettes terminales sont noires.
 Références bibliographiques
FFESSM, CNEBS, 2004, A LA DECOUVERTE DE LA VIE SOUS-MARINE, Subaqua, HS n° 1 (2ème ed.), ed. Arc en ciel, 144p.
Grassé P.P., 1948, TRAITE DE ZOOLOGIE : ANATOMIE, SYSTEMATIQUE, BIOLOGIE - Tome XI, ECHINODERMES - STOMOCORDES - PROCORDES, ed. Masson & Cie (Paris), 1077p.
 Liens de références et publications spécifiques sur cette espèce
Okutani T., Osuga K., 1986, A peculiar nesting behavior of Ocythoe tuberculata in the test of a gigantic salp, Thetys vagina, Venus, the Japanese Journal of Malacology, 45 (1) : pp. 67-69
 
Comment citer cette fiche (How to cite this page) :
  DORIS, 26/7/2010 : Thetys vagina Tilesius, 1802, http://doris.ffessm.fr/fiche2.asp?fiche_numero=854