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  Fiche Espèce   (N°2139)
 
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(N°2139)  
Didemnum molle (Herdman, 1886)
Indo-Pacifique tropical, mer Rouge
Grande synascidie-urne
 
Tuniciers et Céphalocordés (Ascidies...)
 
 
Ascidie molle, didemnum molle, didemnide verte, synascidie-urne
Tall urn ascidian, green barrel sea squirt, green reef sea-squirt (GB), Ascidia urna verde (E), Grüne Riffseescheide (D), Grote kolonievormende urnzakpijp (NL)
 Critères de reconnaissance
Ascidie coloniale en forme de vase, parfois allongée, jusqu’à 10 cm de diamètre
Couleur variable entre le vert, le blanc et le brun
Consistance molle, mucus collant
Orifices inhalants en nombreux petits trous rapprochés, un grand orifice exhalant au sommet
Réseau de canaux transversaux visible par le cloaque commun
 Distribution
Cette espèce très commune est largement répartie dans le domaine Indo-Pacifique tropical, incluant la mer Rouge.
 Biotope
La grande synascidie-urne a été observée dès les premiers centimètres jusqu’à 60 m de profondeur, sur substrat* dur éclairé.
En Nouvelle-Calédonie la forme verte et grosse vit sur des fonds de sable blanc au voisinage des eaux du large.
 Description
La grande synascidie-urne a la forme d’un vase ventru et court, de 1 à 10 cm de diamètre, avec de très petits et nombreux siphons inhalants sur la tunique et un siphon exhalant de grande taille au sommet du vase. Certaines colonies sont de forme plus allongée, voire lobée.
La consistance est molle. L’urne a de la matière en son centre, qui est une invagination de la couche basale de la tunique, et un réseau de canaux qui relient le thorax de certains zoïdes individuels à l’ouverture cloacale commune.
Une couche de spicules* calcaires, sphériques et blancs, est présente dans la tunique commune. Ils sont souvent concentrés autour des siphons cloacaux qui apparaissent plus blancs que le reste de la tunique.

Les colonies sont de couleur verte, marron ou blanche, voire un mélange de ces couleurs selon la présence de lumière. La couleur verte est due à des algues symbiotiques* (voir § vie associée). Ainsi, les colonies présentes à faible profondeur sont généralement petites, d’un blanc brillant, du à une grande densité de spicules en surface de la colonie, avec des pigmentations marron ou gris sombre. Les colonies présentes à plus grande profondeur sont plus grandes, moins pigmentées et ont moins de spicules.

La grande synascidie-urne sécrète de grandes quantités de mucus très collant, qui la rendent a priori facile à reconnaître au toucher !
Les colonies sont souvent rencontrées en fortes concentrations.
 Espèces ressemblantes
La grande synascidie-urne peut être confondue avec Atriolum robustum, la petite synascidie-urne, de 3 cm maximum, de couleur verte, rose et/ou marron, mais dont les siphons inhalants sont proportionnellement plus gros et moins nombreux. L’outre ne comporte pas de réseau de canaux qui relient les zoïdes au siphon cloacal commun et ne sécrète pas de mucus collant.
Chez Atriolum robustum chaque siphon buccal est surélevé. La surface a un aspect de petites outres mamelonnées accolées contrairement à Didemnum molle. Notons que la confusion est tellement généralisée entre les petites colonies de D. molle et A. robustum, qu'il est difficile d'avoir un avis tranché, certains pensent que la "petite à gros trous" est réellement A. robustum et que la "bosselée" serait une autre espèce. Nous nous sommes référés aux publications de référence de C. et F. Monniot pour nous faire notre opinion personnelle.
 Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Diplosomoides molle Herdman, 1886
Leptoclinum molle (Herdman, 1886)
Lissoclinum molle (Herdman, 1886)
Didemnum sycon Michaelsen, 1920
 
  Ascidies composées
   
  Couleur verte  
   
  Dominante blanche  
   
  Tricolore  
   
  Très brunes  
   
  A faible profondeur  
   
  Réseau de canaux  
   
  Avachie  
   
  Dressée  
   
  Allongée  
   
  Deux siphons exhalants  
   
  C'est bien Didemnum molle !  
   
  Sur substrat mobile  
   
  Solidaires  
   
  Anneau blanc  
   
  En rangs serrés  
   
  En brochette  
   
  Sur un promontoire  
   
  Ver plat commensal  
 
 
 Participants
Rédacteur principal  
Véronique LAMARE Détail
Vérificateur  
Frédéric ANDRÉ Détail
Vérificateur  
Daniel VAULOT Détail
Responsable régional  
Véronique LAMARE Détail
 
     
Création le : 23/10/2011
Dernière modification le 02/03/2014 21:16:00
Les * dans les textes
renvoient au glossaire
 
     
 
 Classification
 
 

Termes scientifiques
(international)

Termes en français Descriptif/ caractéristiques
succinctes du groupe
Embranchement Chordata Chordés  Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés. 
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers  Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires). 
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés  Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde. 
Ordre Aplousobranchia Aplousobranches  Ascidies coloniales. 
Famille Didemnidae Didemnidés  Aplousobranches avec thorax et abdomen. Zoïdes très petits et courts formant de fines colonies encroûtantes. Incrustations calcaires étoilées. (Ce n'est pas le cas du genre Diplosoma). 
Genre Didemnum     
 
Espèce molle     
 
 
 Origine du nom français
Synascidie-urne se réfère à la forme en récipient de cette ascidie coloniale.
Ascidie molle se réfère à la consistance de ce tunicier.
 Origine du nom scientifique
Didemnum : du grec [duo] = deux et [demnion] = matelas, lit, dans le sens ici de "logette". En effet, dans le premier de ses "Mémoires sur les animaux sans Vertèbres", Savigny, le créateur de ce nom, décrit ainsi le genre Didemnum : "Polype occupant deux loges, abdomen pédiculé" ; par opposition au genre Aplidium : "Polype occupant une seule loge, abdomen et ovaire sessiles".
molle : du latin [mollis] = mou, souple.
 Alimentation
Ces animaux sont des filtreurs* microphages*. Ils se nourrissent de petites particules, depuis les molécules en suspension, jusqu’aux débris et micro-organismes animaux et végétaux.
Les ascidies génèrent un courant d’eau (rentrant par les orifices inhalants individuels) pour capturer les particules en suspension. Les particules digérées et les déchets sortent ensuite par le gros siphon exhalant apical.
 Reproduction - Multiplication
La reproduction peut être asexuée et sexuée.
Reproduction asexuée : formation et extension de la colonie par bourgeonnement à partir de l’individu souche.
Reproduction sexuée : les représentants de la famille des Didemnidés sont hermaphrodites*, la fécondation est interne et le développement indirect. Les gonades se trouvent dans le post abdomen et c’est là qu’a lieu la fécondation. Le développement embryonnaire amène à la différenciation des organes internes, de la chorde* et de la queue pour former une larve nageuse ressemblant à un têtard. Ces larves* nageuses sont libérées dans le milieu par le siphon cloacal des zoïdes*. La vie pélagique* est très courte et les larves se fixent au substrat par des papilles adhésives. A partir de là, commence la métamorphose qui donnera un individu adulte.

Les colonies se reproduisent par lobulation*: elles s'allongent et se segmentent en deux parties. Cette stratégie permet de coloniser de grandes surfaces et de s'adapter au substrat. Les colonies filles sont en général de la même couleur que la colonie mère.
 Vie associée
Plus d’une dizaine d’espèces d‘ascidies tropicales de la famille des Didemnidés (dont la synascidie-urne) vivent en symbiose avec des cyanobactéries (procaryotes* photosynthétiques*, anciennement appelées algues bleu-vert) du genre Prochloron. Les cellules de Prochloron sont bien individualisées et sont situées sur la paroi du siphon cloacal de l’ascidie-urne. Elles contiennent comme pigment accessoire de la chlorophylle b (comme les plantes supérieures) mais pas de phycobilines, contrairement aux autres cyanobactéries. Cette caractéristique a laissé penser lors de leur découverte qu’elles pouvaient constituer un chaînon manquant entre les cyanobactéries et les végétaux supérieurs. Cependant les études récentes basées sur l’analyse de leur génome ont démontré qu’il n’en est rien et que la capacité de synthétiser la chlorophylle b est sans doute apparue plusieurs fois au cours de l’évolution.
L'ascidie-urne est l'hôte des ectoparasites Lobomolgus okinawaensis et Doroixys capillosus.
Des vers plats commensaux du genre Ascidiophilla peuvent aussi se rencontrer sur ces ascidies (voir photo).
 Divers biologie
La synascidie-urne peut se déplacer grâce à des filaments sis sur la base en contact avec le substrat. Ces filaments s’accrochent à proximité et tirent l’ascidie vers sa nouvelle position.
Une étude a montré un déplacement de plusieurs centimètres d’une colonie sur 12 jours. En prime, les 16 ascidies initiales ont donné 35 ascidies par division de certaines d’entre elles pendant la migration (scission entre 2 siphons exhalants adjacents pendant l’élongation) !

En plus des spicules et du pigment brun, la synascidie-urne contient des composés anti-UV (mycosporines) dans sa tunique, qui sont d’autant plus concentrés que la profondeur est faible (et donc l’intensité lumineuse est forte). Les quantités de spicules, de pigment bruns et d’anti-UV sont ajustées selon la luminosité pour protéger les algues symbiotiques sans empêcher la photosynthèse.

Les cyanobactéries photosynthétiques du genre Prochloron ont une influence sur la croissance et la forme de la synascidie-urne. Le manque de lumière rend l’ascidie plus aplatie et l’incite à se déplacer. Un individu bien éclairé peut prendre 40 % de poids de plus qu’un individu exposé à une lumière plus faible.
 Informations complémentaires
La synascidie-urne produit de nombreux composés ayant des propriétés cyto-toxiques faisant l’objet de recherches en vue d’applications biomédicales.
 Références bibliographiques
Baumeister W., 1997, GUIDE DE LA FAUNE SOUS-MARINE MER ROUGE - OCEAN INDIEN, LES INVERTEBRES, ed. Ulmer, 320p.
Gosliner T.M., Behrens D.W., Williams G.C., 1996, CORAL REEF ANIMALS OF THE INDO-PACIFIC, ed. Sea Challengers, Monterey, California, 314p.
Laboute P., Richer de Forges B., 2004, LAGONS ET RECIFS DE NOUVELLE CALEDONIE, ed. Catherine Ledru, IRD, Nouméa Nouvelle-Calédonie, 520p.
Monniot C., Monniot F., Laboute P., 1991, CORAL REEF ASCIDIANS OF NEW CALEDONIA, ed. Orstom, 247p.
Weinberg S., 1996, DECOUVRIR LA MER ROUGE ET L’OCEAN INDIEN, ed. Nathan nature, France, 415p.
Weinberg S., 2004, DECOUVRIR L’OCEAN PACIFIQUE TROPICAL, ed. Nathan nature, 447p.
 Liens de références et publications spécifiques sur cette espèce
Cowan M.E., 1981, Field observation of colony movement and division of the ascidian Didemnum molleMar. Ecol. Prog. Ser., 6, 335–337.

Hirose E., Hirabayashi S., Hori K., Kasai F., Watanabe M.M., 2006, UV Protection in the Photosymbiotic Ascidian Didemnum molle Inhabiting Different Depths, Zoological Science 23(1), 57-63.

Lewin R.A., 1976, Prochlorophyta as a proposed new division of algae, Nature, 261, 697-698.

Olson R.R., 1983, Ascidian-Prochloron symbiosis: the role of larval photoadaptation in midday larval release and settlement, Biol. Bull, 165, 221-240.

Olson R.R., 1986, Light-enhanced growth of the ascidian Didemnum molle/Prochloron sp. symbiosis, Marine Biology, 93(3), 437-442.

La page de Didemnum molle dans l'Inventaire National du Patrimoine Naturel : INPN
 
Comment citer cette fiche (How to cite this page) :
  LAMARE Véronique, VAULOT Daniel, ANDRÉ Frédéric,  in : DORIS, 2/3/2014 : Didemnum molle (Herdman, 1886), http://doris.ffessm.fr/fiche2.asp?fiche_numero=2139