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  Fiche Espèce   (N°111)
 
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(N°111)  
Anemonia viridis (Forskål, 1775)
Méditerranée, Atlantique, Manche
Anémone de mer verte
 
Anémones de mer au sens large, cérianthes
 
 
Actinie verte, anémone commune, ortique, anémone (à) beignets, ortie de mer, ortigo (en provençal)
Snake-locks anemone, opelet anemone (GB), Anemone capelli di serpe, matrona di mare, morosa (I), Actinia comun, anémona de mar comun, ortiga de mar (E), Wachsrose, Grüne Seerose, Fadenrose (D), Anémona do mar comum (P), Wasroos, draadroos (NL)
 Critères de reconnaissance
Corps brun rougeâtre ou verdâtre
Tentacules vert clair avec une extrémité pouvant être violette
Tentacules non rétractiles, longs et assez fins
Corps d'environ 5 cm de hauteur pour un diamètre d'une dizaine de centimètres
Tentacules adhérant si fortement à la peau qu’ils cassent lorsqu’on les touche
Petits individus souvent clonaux ; individus solitaires de plus grande taille
 Distribution
Sa répartition se situe en Méditerranée, océan Atlantique et Manche, des Canaries à l'Ecosse.
 Biotope
On la trouve couramment sur des fonds rocheux ou sur des substrats* durs dans lesquels elle adhère par son disque basal. Les petits individus sont situés dans des creux ou anfractuosités en raison de leur faible musculature afin de résister aux vagues. Les petits individus peuvent aussi être fixés sur des algues ou sur des herbes marines.
Elle se rencontre plutôt dans les milieux éclairés et calmes (il arrive qu'une surface de plusieurs m² soit recouverte dans les ports abrités par exemple. Dans ce cas, il s’agit du morphe* clonal. Même si elle est commune près de la surface, on peut la trouver jusqu'à 25 m de profondeur. 
Elle peut aussi être rencontrée transitoirement à l’obscurité car elle peut se déplacer. Elle aura alors une couleur plus pâle.
 Description
Le corps de cette anémone, mou, est brun rougeâtre ou verdâtre. La colonne lisse, terminée par une couronne tentaculaire, mesure 5 cm de hauteur et peut avoir un diamètre d'une dizaine de cm. 
Cette espèce peut avoir jusqu’à 384 tentacules pouvant atteindre une quinzaine de centimètres. Ces tentacules sont souples, non rétractiles, longs et assez fins, normalement de couleur vert clair, avec la pointe violet-fuchsia. Dans les habitats plus à l’abri de la lumière, elle apparait plus pâle et sans pointe violette (voir paragraphes « divers biologie » et « infos complémentaires »).
 Espèces ressemblantes
Anémone charnue (Cribrinopsis crassa) : espèce endémique* de la Méditerranée, contrairement à l'anémone verte. Même si la coloration est semblable, les tentacules de l'anémone charnue sont beaucoup plus courts et épais.
Anémone dorée (Condylactis aurantiaca) : la coloration est semblable à l'anémone verte mais l'anémone dorée se situe souvent dans le sable, d'où ne dépasse que la couronne tentaculaire en forme de soleil.
Le pied tacheté de ces deux espèces permet de les différencier de l’anémone de mer verte dont le pied et la colonne sont lisses.
 Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Anemonia sulcata (Pennant, 1777)
Priapus viridis (nom d'origine)
Actinia viridis
 
  Anémones
   
  Anemonia viridis var smaragdina  
   
  Dans son milieu  
   
  Détail colonne  
   
  Détail des tentacules  
   
  A l'envers  
   
  Sur l'estran normand  
   
  Sur l’estran breton  
   
  Ponte  
   
  Araignée des anémones  
   
  Autre araignée des anémones  
   
  Crevette symbiotique  
   
  Caprelle  
   
  Gobie à l’abri  
   
  Prédation  
 
 
 Participants
Rédacteur principal  
Claire BRUCY Détail
Vérificateur  
Danièle BERTONCELLO Détail
Correcteur scientifique  
Vincent DANI Détail
Responsable régional  
Véronique LAMARE Détail
 
     
Création le : 26/09/2007
Dernière modification le 16/04/2013 22:48:00
Les * dans les textes
renvoient au glossaire
 
     
 
 Classification
 
 

Termes scientifiques
(international)

Termes en français Descriptif/ caractéristiques
succinctes du groupe
Embranchement Cnidaria Cnidaires  Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula. 
Classe Anthozoa Anthozoaires  Cnidaires exclusivement marins, solitaires ou coloniaux, uniquement sous la forme polype (jamais de phase méduse dans le cycle développement). 
Sous-classe Hexacorallia / Zoantharia Hexacoralliaires / Zoanthaires  Anthozoaires coloniaux ou solitaires, tentacules lisses, polypes à symétrie d’ordre 6. 
Ordre Actiniaria Actiniaires  Polypes solitaires souvent colorés, en général fixés à un substrat dur par un large disque pédieux. Organismes parfois mobiles. 
Sous-ordre Nynantheae Thenaria Nynanthées Thenaria   
Famille Actiniidae Actiniidés   
Genre Anemonia     
 
Espèce viridis     
 
 
 Origine du nom français
Le nom "anémone verte de mer" est la traduction littérale du nom en latin Anemonia viridis.
Elle est parfois appelée ortique ou ortie de mer à cause de ses tentacules urticants.
Elle doit le nom d'anémone beignets à l'une des façons de la consommer.
Elle se fait appeler également anémone commune puisque c'est l'anémone que l'on rencontre le plus fréquemment en mer.
 Origine du nom scientifique
Du latin [anemonia] = fleur, et [viridis] = vert, de couleur verte.
Contrairement à une idée répandue, l'ancien nom sulcata ne fait pas référence au caractère comestible et succulent de cette anémone. En latin, [sulcatus] veut dire sillonné.
 Alimentation
Cette espèce se nourrit essentiellement de petits poissons, crustacés et autres invertébrés qui passent à sa portée et qu'elle attrape grâce aux cnidoblastes* de ses tentacules.
Elle est d’activité diurne, et est souvent rétractée la nuit laissant voir ses crabes commensaux.
 Reproduction - Multiplication
La reproduction est généralement sexuée (libération de gamètes*). Les sexes sont distincts (pas d'hermaphrodisme*). La reproduction a généralement lieu en juin/juillet. Les larves* obtenues après fécondation sont nageuses.
L'anémone verte peut aussi se reproduire de façon asexuée par bourgeonnement* (formation d'un bourgeon qui donnera naissance à un nouvel individu) ou par scissiparité* (fission longitudinale par le pied pour donner naissance à deux individus).
Si 2 anémones sont en contact direct, alors il s’agit de clones* (même génotype). Dans le cas contraire, les 2 anémones s’attaquent mutuellement par les acrorhages*, petits renflements situés sur le disque basal et remplis de cnidocystes*.
 Vie associée
Plusieurs espèces peuvent vivre en lien avec l'anémone verte :
- Des algues unicellulaires appartenant au groupe des dinoflagellés (Symbiodinium sp.) situées à l’intérieur des cellules de l’anémone. Elles transfèrent à l'anémone les produits de leur photosynthèse* en échange d'un abri contre la prédation et de nutriments utiles à la photosynthèse. Ces algues sont expulsées lors de stress environnementaux ou anthropiques ce qui cause le blanchissement de l’individu pouvant entraîner à terme la mort de celui-ci. Les pigments photosynthétiques de l’algue donnent sa couleur à l'anémone.
- Des crevettes (Leptomysis mediterranea ou Periclimenes sp.) ou crustacés accrochés (Caprella sp.) : ces petits animaux qui gravitent dans ou autour des tentacules profitent de l'anémone comme d'un abri et récupèrent certains déchets de celle-ci. On les prend souvent pour de petits poissons.
- L'araignée des anémones (Inachus phalangium) : ce petit crabe est un hôte fréquent mais pas systématique des anémones. Il se reconnaît à ses longues pattes, sa carapace jaune-orangé recouverte d'algues ou d'éponges. On peut l'apercevoir de nuit ou en créant avec sa main un courant qui écartera les tentacules de l'anémone dans laquelle il est caché.
- Plusieurs espèces de crabes comme les pilumnes Pilumnus villosissimus, Pilumnus hirtellus, et Pilumnus spinifer sont des hôtes fréquents des anémones ; on peut les voir la nuit à la base de l’anémone qui est alors à demi-rétractée.
- Le gobie rayé (Gobius bucchichi) : ce petit poisson se cache également dans les tentacules de l'anémone sans risque de se faire attraper (comme les poisson-clowns).
 Divers biologie
Cette espèce est très commune en plongée.

La pointe violette des tentacules est due à la présence de la protéine GFP dont le rôle est de dissiper l’excès de rayons UV captés. Cette couleur violette disparaît lorsque l’individu est en profondeur et non soumis aux rayonnements solaires.
Malgré son moyen de défense efficace (tentacules garnis de cnidoblastes*), le nudibranche Aeolidia papillosa peut notamment s'attaquer aux tentacules de l'anémone.
Un autre de ses prédateurs est l'homme : en effet, cette anémone est comestible en salade (après avoir neutralisé les cellules urticantes avec du vinaigre), en omelette ou en beignets.

La durée de vie de l'anémone de mer verte est difficile à déterminer avec certitude. Certains individus ont été maintenus en aquarium plusieurs années. Dans le milieu naturel, la durée de vie est plus aléatoire : la prédation, la modification du milieu, l'envasement, l'assèchement prolongé peuvent réduire considérablement les chances de survie des anémones. Cette espèce symbiotique est aussi en danger en raison du réchauffement climatique qui entraîne une perte des algues. Remarque : Il ne faut pas confondre durée de vie de l’individu et la transmission du génotype. Un individu qui meurt est un individu mort même s’il a transmis ses gènes à l’identique par clonage.
 Informations complémentaires
Les tentacules d’Anemonia viridis possèdent des cnidocytes*, filaments urticants qui sont expulsés au contact de la proie. La présence de cnidocytes est commune à tous les cnidaires, donnant son nom à l’embranchement. Il faut veiller à ne pas se frotter les yeux ou les lèvres par exemple après un contact avec l'anémone, au risque d'avoir des brûlures plus ou moins importantes selon la sensibilité de chacun. Les cnidocytes étant libérés par une différence de pression osmotique, il ne faut pas non plus verser de l’eau douce sur la brulure, sous peine de déclencher la libération des cnidocytes encores encapsulés.
Même si cette espèce ne compte pas parmi les anémones dangereuses pour l'homme, un contact répété et régulier avec les tentacules peut faire apparaître une allergie provoquant des problèmes de santé plus ou moins graves (phénomène d’anaphylaxie).
De plus, n'oublions pas qu'à chaque fois que les cnidocystes* de l'anémone sont dévaginés, ils ne servent plus ni à la défense ni à l'alimentation de l'animal jusqu'à ce que celui-ci les renouvelle. Cela peut donc être très préjudiciable pour l'espèce si les sollicitations des cellules urticantes sont trop fréquentes inutilement.
D’autre part, il faut éviter de toucher l’anémone car le contact avec un tentacule provoque son arrachement puisqu’il adhère fortement à la peau ou au néoprène, ce qui est d’autant plus préjudiciable pour l’anémone.
Sous l'Antiquité, l'anémone était considérée comme un animal plante à cause de sa ressemblance avec une fleur. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui encore, de nombreuses personnes croient qu'il s'agit d'une fleur marine et non d'un animal.

Morphes : On distingue 5 variétés parmi l’espèce Anemonia viridis selon la présence ou l’absence des pointes violettes et l’expression des protéines GFP.
A la lumière visible, les variétés rustica et viridis n’ont pas de pointes violettes contrairement aux variétés vulgaris, smaragdinia et rufescens. Seule une observation de la fluorescence permet de distinguer les morphes ayant le même phénotype.
Les 5 morphes décrits ci-dessus sont classés en deux écotypes* :
L’écotype 1 se caractérise par un disque basal de moins de 3 cm, jusqu’à 192 tentacules et semble associé à la forme clonale.
L’écotype 2 se caractérise par un disque basal pouvant atteindre 15 cm, jusqu’à 384 tentacules et semble associé à la forme solitaire et se reproduisant par émission de gamètes.
Ainsi sont classés dans l’écotype 1 : rustica, smaragdina et vulgaris (rarement rufescens) et dans l’écotype 2 : smaragdina (rarement rufescens). Les morphes viridis et rufescens forment souvent des stades intermédiaires entre l’écotype 1 et 2 , avec un disque basal réduit mais jusqu’à 384 tentacules et solitaires.

L'anémone verte est utilisée au laboratoire Symbiose Marine de l’Université de Nice comme modèle d’étude de la symbiose.
Un gène codant l’une des protéines de l’anémone, naturellement non fluorescente, a été muté pour faire fluorescer la protéine en rouge. On peut ainsi suivre le devenir de protéines marquées avec ce gène.
 Références bibliographiques
Harmelin J-G., Vacelet J., Petron C., 1987, MEDITERRANEE VIVANTE, PROMENADES A LA RENCONTRE DE LA FAUNE ET DE LA FLORE, ed. Glénat, 260p.
Lebouil P., Margerie M., 2005, LE PLONGEUR GOURMAND, FFESSM, Commission de Biologie Bretagne-Pays de la Loire, 73p.
Luther W., Fiedler K., 1987, GUIDE DE LA FAUNE SOUS-MARINE DES COTES MEDITERRANEENNES, « Les guides du naturaliste », ed. Delachaux & Niestle, 2ème édition, 270p.
Weinberg S., 1996, DECOUVRIR LA MEDITERRANEE, ed. Nathan nature, 352p.
Weinberg S., 2004, DECOUVRIR L’ATLANTIQUE, LA MANCHE ET LA MER DU NORD, ed. Nathan nature, 384p.
 Liens de références et publications spécifiques sur cette espèce
Le Bulletin des Biotechnologies, Mars 2003, n°204, INRA.

Leutenegger A, Kredel S, Gundel S., D'Angelo C., Salih A., Wiedenmann J., 2007, Analysis of fluorescent and non-fluorescent sea anemones from the Mediterranean Sea during a bleaching event, Journal of Experimental Marine Biology and Ecology, 353, 221–234.

Wiedenmann J., Leutenegger A., Gundel S., Schmitt F., D'Angelo C., Funke,W., 2007, Long-term monitoring of space competition among fluorescent and nonfluorescent sea anemones in the Mediterranean Sea, Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, 87, 851–852.

Wiedenmann J., Kraus P., Funke W., Vogel W., 2000, The relationship between different morphs of Anemonia sulcata Pennant (Anthozoa, Actinaria) evaluated by DNA fingerprinting, Ophelia, 52, 57–64.

Wiedenmann J, Elke C., Spindler K.D., Funke W., 2000, Cracks in the β-can : Fluorescent proteins from Anemonia sulcata (Anthozoa, Actinaria), PNAS, 97(26), 14091-14096.
 
Comment citer cette fiche (How to cite this page) :
  BRUCY Claire, BERTONCELLO Danièle, DANI Vincent, LAMARE Véronique,  in : DORIS, 16/4/2013 : Anemonia viridis (Forskål, 1775), http://doris.ffessm.fr/fiche2.asp?fiche_numero=111