Oursin perforant

Echinometra mathaei | (Blainville, 1825)

N° 2380

Mer Rouge, Indo-Pacifique

Clé d'identification

Oursin régulier de forme elliptique
Piquants presque égaux de forme conique et robustes
Radioles de couleur très variable mais uniforme
Anneau blanc à la base des radioles

Noms

Autres noms communs français

Oursin-pierre de l'Indo-Pacifique, oursin de Mathieu

Noms communs internationaux

Rock-boring urchin, reef crest urchin (GB), Matheus' Seeigel, Riffdachseeigel, Riffdach-Bohrseeigel (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Echinus mathaei Blainville, 1825
Echinometra megastoma M' Clelland, 1840
Echinometra heteropora L. Agassiz in L. Agassiz & Desor,1846,
Echinometra microtuberculata A. Agassiz, 1863
Echinometra brunea A. Agassiz, 1864
Echinometra picta A. Agassiz & H.L. Clarck, 1907
Ellipsenichus pictus (A. Agassiz & H.L. Clarck, 1907)
Ellipsenichus decaryi Lambert, 1933

Distribution géographique

Mer Rouge, Indo-Pacifique

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Cette espèce commune est très présente dans tout l'océan Indo-Pacifique occidental et considérée comme l'espèce d'oursin littoral la plus abondante au monde.
Dans l'océan Indien on peut l'observer sur toutes les côtes orientales de l'Afrique : de la mer Rouge à l'Afrique du Sud ainsi que dans les archipels des Mascareignes (île de la Réunion, île Maurice), Madagascar, les Seychelles ou encore les Maldives. Dans le Pacifique sa présence est notée du sud du Japon à la Nouvelle-Zélande en passant par les Philippines, l'Australie, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie jusqu'à l'archipel des îles Hawaï.

Biotope

Cet échinide vit sur les platiers coralliens aussi bien dans les lagons que sur les hauts niveaux des barrières de corail entre la surface et 10 m de profondeur. La limite supérieure touche parfois la surface là où les marées sont inexistantes, mais demeure conditionnée par les risques de dessiccation et la température élevée de l'eau ; des températures supérieures à 40° s'étant révélées létales* pour cette espèce. Par ailleurs, bien que rare passé 5 m, il a été observé exceptionnellement jusqu'à 140 m de profondeur. A l'aide de ses piquants et de sa mâchoire, il creuse des cavités, voire de véritables galeries, dans le calcaire où il se réfugie pendant la journée afin de se protéger des prédateurs.

Il participe ainsi à la bioérosion du calcaire corallien, tout en contribuant à sa rugosité. En fonction de la prédation et de la quantité de nourriture (algues notamment) disponible, il peut être rare et très cryptique* ou former de grandes populations à découvert. Dans ce dernier cas sa densité peut atteindre plusieurs dizaines d'individus au m².

Description

L'oursin perforant est un oursin régulier dont le test*, de forme elliptique et peu comprimé, mesure, à la maturité, entre 5 et 8 cm de longueur sur 4 à 6 cm de largeur. Il est muni de piquants coniques et robustes dont la longueur, assez homogène, peut atteindre 5 à 6 cm (en moyenne un peu moins que le diamètre du test dans sa plus grande longueur). Ces radioles* sont de couleur très variable mais toujours uniformes : beige, rose, marron, noire, verte, violette ou grise. Elles ont la particularité de posséder un anneau blanc à leur base qui se détache assez bien de la couleur noire ou parfois rouge sombre du test. Chez certaines populations du Pacifique la pointe des radioles est souvent blanche.

La forme ovale du test nu est caractéristique de la famille, et c'est chez ce genre qu'elle est généralement la plus prononcée, avec des tubercules proportionnellement plus petits que chez les autres genres de la famille des Echinometridés.

On observe sur ce test des plaques ambulacraires* munies généralement de 4 paires de pores* (rarement 5) et d'une série double de tubercules secondaires tous alignés verticalement. Sur les plaques interambulacraires* on distingue 2 rangs de tubercules secondaires parallèles aux tubercules primaires avec un rang médian de mamelons plus petits disposés en zigzag. On notera que dans la région de l'ambitus* on comptera jusqu'à 5 tubercules disposés horizontalement.

Espèces ressemblantes

Parasalenia gratiosa : espèce plus rare et plus petite. La base des radioles est entourée d'un anneau blanc très net, plus visible que chez Echinometra mathaei. Ses radioles semblent également plus grosses proportionnellement et le système apical est plus massif et visible, généralement nu. Présent dans tout l'océan Indien et dans l'océan Pacifique occidental.
Stomopneustes variolaris
: oursin plus gros et vivant plus facilement à découvert, aux radioles toujours sombres avec des reflets métalliques, et au test orné de sutures gris clair en zigzag. Présent également dans tout l'océan Indien et dans l'océan Pacifique occidental.
Echinostrephus molaris
: petit oursin qui ne quitte jamais la loge ronde qu'il s'est creusée dans le corail, avec des radioles très fines et un appareil apical marqué par un disque sombre. Sa présence a également été observée dans tout l'océan Indien et dans l'océan Pacifique occidental.

Alimentation

Echinometra mathaei se nourrit de corallines et d'autres algues qu'il broute sur les roches calcaires, principalement la nuit. C'est aussi un omnivore opportuniste, capable de consommer une grande variété de matières organiques ou d'autres invertébrés fixes (éponges, cnidaires) grâce à sa mâchoire puissante et habile.

Reproduction - Multiplication

Echinometra mathaei est une espèce gonochorique* (les sexes sont donc séparés) sans dimorphisme* sexuel. Les gamètes* sont libérés en pleine eau où a lieu la fécondation. La ponte peut se faire toute l'année mais la latitude, la stabilité de la température de l'eau et la luminosité jouent très certainement un rôle déclencheur. Les larves* planctoniques* subissent plusieurs métamorphoses, jusqu'à la dernière, où elles acquièrent la forme définitive de petits oursins. A ce niveau, elles se déposent sur le fond et commencent leur vie benthique*.

Vie associée

L'oursin perforant abrite souvent à la surface de son test et sur ses piquants de petits crustacés copépodes* ectoparasites* : Clavisodalis parvibullatus, Mecomerinx notabilis ou Clavigofera echinophila. Il est également l'hôte commensal* de petites crevettes alphéidées telles Arete indicus ou Athanas areteformis qui se cachent entre ses radioles.

Divers biologie

Sur la face orale*, s'ouvre la bouche d'où seules dépassent les extrémités de cinq puissantes dents. Ces dernières, les mâchoires, ainsi que d'autres pièces osseuses forment l'appareil masticateur plus connu sous le nom de "lanterne d'Aristote". Tout autour de la bouche on note la présence d'une large membrane nue, le péristome*, qui enferme dans son épaisseur de multiples petits plaques.

Cet oursin est relativement moins bien défendu que les autres espèces vivant dans le même écosystème* (qui sont souvent plus robustes ou venimeuses) : son principal moyen de protection est de se dissimuler dans des trous pendant la journée, qu'il peut creuser lui-même au moyen de ses radioles et de ses dents. Il participe ainsi de manière significative à la bioérosion de son milieu, et là où il est très abondant son activité peut perturber fortement le milieu.

Echinometra mathaei a une croissance très rapide, et sa population peut fluctuer dans de grandes proportions en fonction de la prédation, ce qui s'observe notamment dans les régions de pêche non régulée de la côte est-africaine, où des invasions provoquées par la disparition des prédateurs ont localement perturbé fortement l'écosystème. Ses principaux prédateurs sont les poissons balistes (notamment le baliste titan Balistoides viridescens et le baliste à lignes orange Balistapus undulatus), d'autres poissons voraces à la mâchoire puissante, mais aussi des invertébrés tels que des étoiles de mer ou des crabes.
La croissance d'Echinometra mathaei est plus rapide au stade juvénile alors qu'elle est plus lente lorsque l'individu se rapproche de sa taille maximum.

Comme tous les oursins, l'oursin perforant se déplace grâce à des pieds ambulacraires* terminés par une ventouse collante. Il utilise également ses piquants légèrement aplatis de sa face orale.

Des organes de défense, les pédicellaires*, sont de 4 types chez cette espèce. Ils sont présents en nombre variable un peu partout sur le test et sont plus nombreux autour de la bouche.

Informations complémentaires

Des études relativement récentes semblent démontrer que l'espèce Echinometra mathaei renfermerait tout un complexe d'espèces différentes tant morphologiquement que génétiquement ou géographiquement. On s'orienterait dans un premier temps vers cette nouvelle classification :

  • Echinometra mathaei mathaei (Blainville, 1825) : sous-espèce des Mascareignes (holotype de Maurice).
  • Echinometra mathaei oblonga (Blainville, 1825) : sous-espèce d'Afrique orientale (Tanzanie, Seychelles) et australe (Afrique du Sud).
  • Echinometra mathaei violacea Michelin, 1845 : sous-espèce de Somalie, Madagascar, île Maurice et Afrique du Sud.

Mais de nouvelles études génétiques (Bronstein et Loya 2013) indiquent plutôt un complexe de cinq espèces distinctes :

  • Echinometra sp. A : couleurs variables, radioles plus longues à pointe blanche (confiné au Pacifique Ouest, au sud du Japon).
  • Echinometra mathaei : radioles unies, le plus souvent brunes (holotype* provenant de l'île Maurice).
  • Echinometra sp. C : radioles unies de couleur variable.
  • Echinometra oblonga : radioles noires uni, épaisses et trapues, péristome noir (Hawaï, Pacifique).
  • Echinometra sp. : mer Rouge / océan Indien occidental : radioles unies et généralement colorées (mais parfois noires).

Seuls E. sp. A et E. oblonga peuvent être facilement distingués à l'œil nu, le premier ayant les pointes blanches et le second des radioles très épaisses. Pour les autres, seule la localité peut être éclairante (tous les spécimens de mer Rouge semblent appartenir à la même espèce), et la détermination se fait par examen microscopique des spicules*, des podia* ou du sperme, ou par analyse ADN.

Très rarement consommée, cette espèce n'a aucune valeur commerciale.

Origine des noms

Origine du nom français

Oursin : autre forme du mot hérisson, d'où l'utilisation quelquefois du nom de hérisson de mer.
perforant : du fait de sa faculté à creuser de petites cuvettes dans la roche pour s'y abriter.

Origine du nom scientifique

Echinometra : du grec [ekhino-] = épines et [métron] = mesure, longueur ». C'est Pline qui avait baptisé de ce nom les oursins à longs piquants (probablement Centrostephanus longispinus ou les Cidaridés), ensuite repris improprement pour ce genre. Le suffixe -metra est très courant chez les échinodermes, notamment les oursins et les crinoïdes.
mathaei : en l'honneur du colonel d'artillerie Raoul-Alexis Mathieu (1775-1853), passionné de sciences naturelles et possesseur d'une collection remarquable de coquilles des mers des Indes, recueillies par lui-même à l'Isle-de-France (île Maurice de nos jours). Il est également l'auteur d'une méthode « pour conserver les Oursins, les Etoiles de Mer et les Crustacés ».

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Echinoidea Echinides Ce sont les oursins. Forme globuleuse ou hémisphérique, squelette qui porte des piquants mobiles, des pédicellaires et des pieds ambulacraires. Pouvoir de régénération limité.
Sous-classe Euechinoidea Euéchinides Oursins plus ou moins sphériques, dits "oursins réguliers". Plaques ambulacraires composées. Bouche ventrale et anus dorsal. 
Super ordre Echinacea Echinacés

10 plaques péristomiales

Ordre Camarodonta Camarodontes Les épiphyses qui surmontent les demi-pyramides de la lanterne d'Aristote sont hautes et jointives.
Famille Echinometridae Echinométridés
Genre Echinometra
Espèce mathaei

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