Madrépore œillet

Caryophyllia inornata | (Duncan, 1878)

N° 3451

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Clé d'identification

Espèce solitaire mais souvent grégaire, des plafonds de grottes et surplombs rocheux
Squelette calcaire cylindrique, au calice circulaire
Côtes peu marquées
6 ou 12 septes blancs bien visibles
Tentacules longs translucides terminés par un bouton
Polype rétracté la journée

Noms

Autres noms communs français
Petite dent de chien
Noms communs internationaux
Carnation coral (GB), Madrepora garofano (I), Madrepora clavel (E), Nelkenkoralle (D), Anjelierkoraal (NL)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Paracyathus inornatus Ducan, 1878
Coenocyathus giesbrechti Döderlein, 1913
Coenocyathus dohrni Döderlein, 1913

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Caryophyllia inornata est présent dans l'Atlantique depuis la Bretagne jusqu'aux Açores et les Canaries, et dans toute la Méditerranée. Il était également connu en Manche dans l'estuaire de la Rance mais semble avoir disparu depuis la création de l'usine marémotrice de la Rance. Cependant, l'espèce semble bien présente en Manche, mais serait souvent confondue avec C. smithii. Elle est cependant absente de la mer du Nord.

Biotope

Le madrépore œillet est une espèce sciaphile* typique des plafonds des grottes et des surplombs, depuis la surface jusqu'à une centaine de mètres de profondeur.

Description

Caryophyllia inornata est un petit madréporaire solitaire de forme cylindrique. Le squelette calcaire (ou polypiérite*) atteint en moyenne 15 - 20 mm de hauteur pour un diamètre de 10 -12 mm. Dans la région de Marseille, des individus "géants" ont été observés, mesurant 65 mm de haut et 20 mm de diamètre. Ce squelette est de couleur rougeâtre à verdâtre avec des côtes peu marquées. La base calcaire est large et la colonne de forme cylindre au diamètre à peu près régulier.

Le calice* circulaire, légèrement ovale chez les plus grands individus, présente jusqu'à 5 cycles de 6 septes* disposés régulièrement ne rejoignant pas le centre du polype. Les septes du premier cycle, et dans une moindre mesure ceux du deuxième cycle, sont les plus développés et de couleur plus claire. La columelle*, dépression au centre du calice, peut être bien marquée ou pratiquement inexistante.

Le polype* est translucide, de couleur allant du brun, jaunâtre, blanchâtre au rose. Les tentacules* peuvent atteindre 20 mm et sont translucides avec de petites verrues blanches et terminés par un petit bouton. Ils sont généralement rétractés la journée, laissant apparaître par transparence le polypiérite ainsi que les septes.

Espèces ressemblantes

Caryophyllia smithii : se différencie principalement de C. inornata par la forme nettement ovale de son calice et plus grande (20 mm). Sa colonne est plus étroite vers sa base alors que celle de C. inornata est plus cylindrique, de diamètre constant et s'élargissant même à sa base. Cette espèce a été, et est toujours, très largement confondue avec C. inornata dans la littérature. Notamment par Rossi dans les années 50 dont les travaux en Méditerranée, qui ont été largement repris par les scientifiques, ne concernent pratiquement que C. inornata qu'il appelle à tort C. smithii. Ces deux espèces ne se rencontrent pas dans les mêmes biotopes. Alors que C. inornata se développe sous les surplombs et sur les plafonds des grottes, C. smithii se rencontre rarement sur les parois. Il préfère les fonds horizontaux ou peu pentus, légèrement envasés. Cette espèce vit en Méditerranée et dans l'Atlantique Nord-Est, de la Scandinavie au Congo.

Caryophyllia cyathus : espèce profonde, généralement rencontrée à plus de 70 m de profondeur. Les septes ont tous a peu près la même taille. Présent en Méditerranée, principalement dans le sud, et en Atlantique, du golfe de Gascogne au îles du Cap Vert.

Polycyathus muellerae : espèce coloniale, diamètre plus petit (6 mm), cavité sombre au centre du calice se rencontre également au plafond des grottes. C'est une espèce de Méditerranée et de l'Atlantique proche.

Phyllangia mouchezii : espèce coloniale bien ramifiée, milieu du calice occupé par une columelle claire conique, affectionne plutôt les parois verticales. Cette espèce vit en Méditerranée et dans l'Atlantique, du Portugal au Sénégal.

Balanophyllia europaea, la dent de cochon, est également un corail solitaire, mais de forme ovale, allant jusqu'à 40 mm de longueur, de couleur brunâtre. Il se rencontre sur des substrats durs, bien éclairés, uniquement en Méditerranée. 

Balanophyllia regia : plus petit, couleur orange écarlate et extrémité des tentacules dépourvus de petits boutons. Lui aussi est un corail solitaire qui se développe dans les zones bien éclairées. On le rencontre en Méditerranée occidentale et dans l'Atlantique, depuis la Manche aux Canaries. 

Hoplangia durotrix : diamètre plus petit (< 6 mm), espèce coloniale et non solitaire. Présente en Méditerranée et depuis la Manche aux Canaries.

Alimentation

C'est une espèce ahermatypique, c'est à dire qu'elle ne possède pas d'algues symbiotiques* pouvant lui fournir de la nourriture, contrairement aux espèces hermatypiques*. Le madrépore œillet se nourrit de petites proies apportées par le courant et qui sont capturées par les tentacules des polypes déployés essentiellement la nuit. Les proies sont paralysées par le venin des cnidocytes*, cellules urticantes présentes sur les tentacules.

Reproduction - Multiplication

La reproduction est uniquement sexuée. C'est une espèce vivipare* à fécondation interne. Les œufs, une fois fécondés, se développent à l'intérieur du corps des géniteurs jusqu'au stade planula*, puis ils sont expulsés. Les larves* planula se regroupent souvent au même endroit. Les individus qui se développent alors sont collés les uns au autres ou se chevauchent, donnant l'impression d'une colonie. Mais aucun polype n'est relié à un autre et ce sont bien des coraux solitaires.

Vie associée

Cette espèce, avec Leptopsammia pruvoti et Hoplongia durotrix, constitue le peuplement principal des plafonds des grottes et des surplombs.

Caryophyllia inornata peut être parasité par une petite balane, Boscia anglica.

Divers biologie

La coloration des polypes est très variable. La raison de ce phénomène est inconnue, mais il a été montré qu'un individu ne produit que des larves qui donneront de nouveaux individus de la même couleur que lui. La couleur des polypes est donc déterminée de façon génétique et non liée à des algues symbiotiques contrairement à d'autres scléractiniaires.

Généralement, les polypes ne sont déployés que la nuit.

Il n'y a pas de reproduction asexuée, ce qui explique l'absence de colonie. Cependant, c'est une espèce grégaire à l'apparence coloniale ou solitaire, rencontrée le plus souvent par petit groupe de 2 à 10 individus relativement rapprochés. Par contre, cette espèce possède un fort pouvoir de régénération.

Dans les périodes de stress ou de privation de nourriture, le polype est capable de régresser, on parle alors de rejuvénescence, en attendant de meilleurs jours.

Informations complémentaires

La forme et la taille de cette espèce peuvent varier avec son environnement. En effet, dans les zones où la circulation de l'eau est importante (surplombs peu profonds, entrée de grottes), le madrépore œillet a une taille plus importante, alors qu'elle diminue au fond des grottes, où les courants sont plus faibles.

Origine des noms

Origine du nom français

Madrépore œillet : car sa forme rappelle vaguement cette fleur.

Origine du nom scientifique

Caryophyllia : du grec [caryophyllon] = giroflier, pour sa ressemblance avec le clou de girofle.

inornata : du latin [inornata] = sans parure. Probablement en rapport avec la colonne du squelette qui apparaît assez lisse, les côtes étant peu marquées, contrairement à Caryophyllia smithii.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Classe Anthozoa Anthozoaires Cnidaires exclusivement marins, solitaires ou coloniaux, uniquement sous la forme polype (jamais de phase méduse dans le cycle de vie).
Sous-classe Hexacorallia / Zoantharia Hexacoralliaires / Zoanthaires Anthozoaires coloniaux ou solitaires, tentacules lisses, polypes à symétrie d’ordre 6.
Ordre Scleractinia Scléractiniaires / Madréporaires Hexacoralliaires coloniaux (quelques espèces solitaires) produisant un exosquelette calcaire abritant de petits polypes.
Sous-ordre Caryophylliina Caryophylliinés
Famille Caryophylliidae Caryophylliidés
Genre Caryophyllia
Espèce inornata

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