Bryozoaire à fouet

Caberea boryi | (Audouin, 1826)

N° 3403

Méditerranée, Atlantique Est (du nord au sud), mer Rouge, Indo-Pacifique

Clé d'identification

Colonies érigées en petits éventails serrés d'allure rigide
Coloration fauve (colonie vivante)
Branches de section arrondie
Colonie d'un centimètre de diamètre environ
Longs fouets mobiles donnant un aspect finement poilu

Clefs microscopiques :
- très large et robuste scutum ovale
- large aviculaire frontal au niveau des bifurcations
- fenêtre asymétrique des ovicelles
- face dorsale en épis
- très longs vibraculaires

Noms

Autres noms communs français
Crisie de Bory (Audouin, 1826), Cabérée de Bory
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Crisia boryi Audouin, 1826

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique Est (du nord au sud), mer Rouge, Indo-Pacifique

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique

Caberea boryi est largement présent par petits fonds en Méditerranée. En Atlantique Est, il est rencontré du sud des îles Britanniques jusqu'en Afrique du Sud. Des observations ont également été faites en mer Rouge où il a été initialement décrit, dans l'océan Indien et dans le Pacifique Ouest (Australie, Nouvelle-Zélande, Chine, Japon et aux îles Salomon).

Biotope

Caberea boryi fréquente les fonds coralligènes*, détritiques* et les herbiers, où il se fixe sur des éponges, des coquilles, etc. Ce petit bryozoaire a une préférence marquée pour les végétaux en conditions ombragées, en particulier les souches de posidonie et les algues précoralligènes.
En Méditerranée, il est présent entre 0 et 100 mètres de profondeur et plus particulièrement abondant de 20 à 60 mètres.
En Bretagne, il fait partie de la communauté des petits bryozoaires présents sur les surfaces dures. Associés à plusieurs Bugula spp., Crisia spp. et autres Scrupocellaria spp., ils constituent, lorsque les conditions sont favorables, un faciès typique à petits bryozoaires érigés.

Description

Caberea boryi forme des colonies érigées en petits éventails serrés, de couleur fauve à rouge-orange, d'allure rigide. Ces branches cylindriques se divisent un petit nombre de fois deux par deux (division dichotomique*), à intervalles réguliers. Les colonies profondes montrent un port souvent plus étiré. La taille habituelle des colonies est de l'ordre de 10 mm de diamètre. Elles sont ancrées au substrat* par l'intermédiaire d'une sorte de petits "bouquets de radicelles" nommés rhizoïdes*.
Les rameaux se présentent sans joints visibles au niveau des divisions dichotomiques, mais ils sont néanmoins légèrement élastiques, donc déformables sans se rompre.
Les zoïdes* courts sont organisés en une double série longitudinale alternée, ou en triple série juste avant les divisions dichotomiques.
De très longs filaments mobiles (vibraculaires*), issus du bord des branches, un par zoïde, se déploient habituellement vers la face frontale des rameaux. La face dorsale des branches a l'allure d'un épi de blé.

Voir la description microscopique dans la rubrique "Divers biologie".

Espèces ressemblantes

Caberea ellisii, de couleur plus claire, est une espèce des eaux froides du nord de l'Europe, elle est sporadiquement rencontrée en Bretagne Nord mais elle est absente en Méditerranée. Elle est dépourvue de scutum* et forme des colonies plus robustes et plus grandes.

Caberea dichotoma
est une espèce d'Indo-Pacifique et l'espèce-type* du genre Caberea (Lamouroux, 1816).

Scrupocellaria reptans
forme des rameaux légèrement épineux donnant une allure rêche à la colonie de couleur beige et dont l'envergure est de l'ordre de 3 cm. Scrupocellaria scruposa est une espèce voisine très ressemblante.

Scrupocellaria scrupea forme des rameaux épais, lisses et aplatis. Son port en "rosette" rouge-orangé est très caractéristique, le diamètre des colonies est de l'ordre de 2 cm.

Alimentation

Comme chez tous les bryozoaires, la nutrition est assurée par la capture de particules alimentaires (phytoplancton*, en particulier) par les tentacules* du lophophore*, dont la sortie est assurée par une augmentation de la pression du liquide interne, phénomène obtenu grâce à la compression musculaire.
Une fois la gaine du lophophore dévaginée, un mouvement pendulaire et circulaire des tentacules ciliés* composant le panache de ce lophophore va permettre le brassage de l’eau environnante et favoriser ainsi la capture des micro-organismes composant le régime alimentaire de la colonie. Ces animaux sont ainsi dits filtreurs "actifs".
Les diatomées* (algues unicellulaires) et les bactéries sont la base de l'alimentation de ce type de bryozoaires, filtreur suspensivore* microphage*.

Reproduction - Multiplication

La croissance de la colonie se fait par bourgeonnement* périphérique de nouvelles zoécies* (= zoïdes). La reproduction est sexuée et la colonie est hermaphrodite*. Les œufs fécondés produits par un zoïde femelle sont incubés dans une ovicelle* (petite chambre au-dessus de l’orifice).
Après maturation, il va y avoir émission de larves* lécitotrophiques* ciliées, qui vont être dispersées par les courants. Après une courte vie dans la colonne d’eau, la larve va se fixer sur un substrat adéquat et se métamorphoser* en un zoïde primaire ou ancestrule*. Celui-ci bourgeonnera deux à trois zoïdes, qui bourgeonneront eux-mêmes en formant petit à petit la colonie érigée, lui permettant de grandir.
En Méditerranée, chez Caberea boryi, les ovicelles sont présentes toute l'année, les embryons également toute l'année sauf en août et septembre et les ancestrules observées uniquement en mars et avril.

Divers biologie

Description microscopique :
Les joints au niveau des divisions dichotomiques sont présents mais cachés par des calcifications. De ce fait, les colonies sont bien moins flexibles que chez les autres espèces de Candidés (Candidae), comme les Scrupocellaria spp. ou les Canda spp.
La taille la plus commune des autozoïdes*, de forme parallélogramme vue de face, est de 0,35 x 0,2 mm.
Les ouvertures se situent sur une seule face des branches, la face frontale. La face frontale de chacune des deux séries d'autozoïdes, constituant les branches, forment entre elles un angle de 90°. Chaque autozoïde vu par sa face frontale est oblique, incliné vers l’intérieur vers le haut (en distal) par rapport à l'axe de la branche. La surface frontale de chaque autozoïde alterné recouvre légèrement son voisin.

L'opercule* et l'opésia* constituent environ les quatre cinquièmes de la surface frontale, ils sont bordés latéralement et en proximal (= vers le bas) par un large et fin cryptocyste* granuleux. Il n'y a pas de gymnocyste* frontal calcifié. L'opercule se situe à l'angle disto-externe (= vers le haut et l’extérieur) de l'opésia où le pédoncule* du scutum* est repoussé. Il y a deux ou trois épines orales distales essentiellement présentes aux extrémités des branches, une à l'angle interne et un ou deux plus longues à l'angle externe. La majeure partie de l'opesia est cachée par un scutum, robuste et ovale, rattaché par un large pédoncule légèrement asymétrique et inséré en distal du côté des épines distales internes. Le pédoncule portant le scutum est renforcé au niveau de son bord médian extérieur.
En présence d'ovicelles, gymnocyste* et cryptocyste* sont réduits.
Deux types d'aviculaires* sont présents ; 1) de tous petits aviculaires latéraux à proximité de l'insertion du long vibraculaire, orienté latéralement, à la mandibule* triangulaire ; 2) petit aviculaire frontal fréquent au sommet interne du cryptocyste, orienté de façon distale. Parfois un aviculaire frontal très développé est présent à la bifurcation et positionné perpendiculairement à la surface frontale.
Les ovicelles* sont en position supra-orale, de forme sub globuleuse, lisses et penchés vers l’intérieur de la branche. Elles occupent une grande partie de la face frontale et s'ouvrent par une fenêtre asymétrique plus profonde du côté de l'axe médian des branches.

La face dorsale (ou basale) des zoïdes est occupée par un très long filament ou fouet de 1,5 à 2 mm de longueur en moyenne, et nommé vibraculaire*. Ce vibraculaire aux bords légèrement dentelés et caractéristique de l'espèce se déploie habituellement du côté de la face frontale. Son vibracellaire* (loge constituant la partie fixe, calcifiée, du vibraculaire et renfermant les muscles permettant au long fouet de se mouvoir) est oblique, allongé (0,42 mm de longueur) et à longue rainure où le fouet peut venir se ranger.
Les rhizoïdes* issus de vibraculaires modifiés fixent la colonie au substrat.
Les lophophores à 13 tentacules ciliés sont translucides.

Informations complémentaires

Le vibraculaire est un aviculaire dont la partie mobile, la mandibule, s'est largement modifiée en une sorte de fin et long fouet. Chez Caberea boryi, ce fouet est articulé et animé de mouvements vibraculaires synchrones et rythmiques. Chez d'autres espèces de Candidés (Candidae), comme les Scrupocellaria, ces mouvements pendulaires peuvent être moins réguliers, moins coordonnés.
Vibraculaires et aviculaires ont des fonctions non parfaitement définies. Un rôle de nettoyage et de défense de la colonie est suggéré.

Origine des noms

Origine du nom français

Bryozoaire à fouet est une proposition du site DORIS en rapport avec les très longs vibraculaires caractéristiques.
Crisie de Bory est le premier nom commun donné par Audouin en 1826 pour cette espèce qu'il a décrite initialement sous le genre Crisia et en l'honneur de M. Bory de Saint-Vincent.

Origine du nom scientifique

Caberea : fille de Protée et de la nymphe Torone son épouse, ou Cabérée en français. Il s'agit d'un genre établi par Lamouroux en 1816 à partir de deux espèces collectées en Australie, C. dichotoma et C. pinnata, et qu'il caractérise par la présence de sillons sur la face dorsale des zoïdes.

boryi : en l'honneur du Baron Jean Baptiste Geneviève Marcellin Bory de Saint-Vincent, (1778-1846), naturaliste français ayant observé cette espèce à Barcelone et auteur du "Dictionnaire classique de l'histoire naturelle".

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Bryozoa / Ectoprocta Bryozoaires / Ectoproctes Petits animaux coloniaux filtreurs aquatiques fixés à un substrat. Tous les zoïdes sont en continuité physique et issus de bourgeonnement à partir d’un individu unique. Chaque zoïde porte un lophophore rétractile et est abrité dans une logette.
Classe Gymnolaemata Gymnolèmes Colonies polymorphes. Les zoïdes sont cylindriques ou aplatis, les lophophores circulaires. Les parois peuvent être calcifiées ou non. Presque tous marins.
Ordre Cheilostomatida Cheilostomes Bryozoaires calcifiés, zoïdes* en forme de boîte obturée par un opercule à charnière. Gymnolèmes les plus nombreux et les plus diversifiés des régions littorales, souples à rigides. Groupe au polymorphisme marqué où l’on trouve des individus différenciés (aviculaires, vibraculaires, ovicelles globuleux…).
Sous-ordre Flustrina Flustrine
Famille Candidae Candidés Signifie "qui a les cheveux blancs". Principaux genres : Caberea, Scrupocellaria, Canda, Tricellaria, ... = Scrupocellariidae (synonyme ancien, non valide)
Genre Caberea
Espèce boryi

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