Aglaja charnue

Philinopsis depicta | (Renier, 1807)

N° 1117

Méditerranée

Clé d'identification

Limace de mer à corps relativement cylindrique de 10 cm au maximum
Bouclier antérieur se relevant en pointe vers le milieu du dos
Une parapodie sur chaque flanc, qui ne vient pas recouvrir le dos
Couleurs variables, du noir au caramel clair, plus ou moins ponctuées de blanc
Présence d'une fine double ligne jaune et bleue faisant le tour du corps

Noms

Autres noms communs français

Limace brune

Noms communs internationaux

Aglaia dipinta (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Aglaja depicta Renier, 1807
Doridium coriaceum Meckel, 1809
Bulla carnosa Cuvier, 1810
Doridium aplysiaeforme Delle Chiaje, 1825
Eidothea marmorata Risso, 1826
Acera marmorata Cantraine, 1840

Distribution géographique

Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

L'espèce vit en Méditerranée.
Il est parfois fait mention d'une population en Atlantique de l'Ouest (Caraïbes, Bahamas). La question n'est pas tranchée à savoir si c'est la même espèce ou une autre proche et la distribution n'en tient dès lors pas compte. Il en va de même pour quelques représentants du genre dans l'Indo-Pacifique (voir § Espèces semblables).

Biotope

Phinopsis depicta est une espèce des fonds sablo-vaseux. On peut en faire la rencontre dès les premiers mètres.

Description

Limace de mer de forme relativement cylindrique, assez large, pouvant atteindre ou dépasser les 10 centimètres de long.

A l'avant du corps, un large bouclier céphalique protège la tête et remonte sur le milieu du dos où il forme souvent une pointe relevée remarquable.

Sur les flancs, des parapodies (ou parapodes*)partent du pied sans délimitation visible avec celui-ci et s'élèvent à hauteur du dos, ils sont donc relativement courts verticalement parlant puisqu'ils ne viennent pas recouvrir, même en partie, le dorsum*.
Sur l'arrière du corps, un bouclier postérieur cache l'invisible coquille plate et se termine par deux petits lobes que l'on voit parfois relevés. Le pied lui-même forme deux lobes peu marqués, assez flasques.

La livrée générale peut être très variable. Certains individus sont beige clair, constellés de petites mouchetures blanches formant des groupes de points irréguliers. D'autres peuvent être brun sombre à noirs, mouchetés de même ou pas. Mais on peut pointer chez la grande majorité des individus la présence d'une double ligne parallèle non contiguë, jaune-orange à l'intérieur, bleue sur l'extérieur, qui fait le tour du corps, passant par le bouclier céphalique, la bordure haute des parapodies, le bouclier postérieur et l'extrémité du manteau*. L'apex* de la pointe du bouclier antérieur, en milieu de dos, peut être marqué de couleur, pourpre à marine, de même que les lobes arrières.

Généralement, deux petites lignes jaune-orange obliques sont visibles sur l'avant du voile céphalique.

Espèces ressemblantes

En Méditerranée, on peut principalement confondre Philinopsis depicta avec :

Aglaja tricolorata Renier, 1807.
Cette espèce, de forme très proche (un peu plus étroite) n'a néanmoins jamais de bouclier céphalique relevé en pointe. Par contre, elle porte un mince flagelle sur le lobe postérieur gauche, flagelle que n'a jamais Philinopsis depicta. L'aglaja ponctuée est généralement café au lait avec une ponctuation régulière blanche. Mais il en existe une forme brun sombre à noire, ponctuée ou pas. Elle ne montre jamais les 2 lignes jaune et bleue autour du corps. Sur le dos, les parapodies sont plus proches de la médiane, cachant une bonne partie du dorsum*, que chez Philinopsis depicta où ils restent relativement écartés et laissent apparaître une plus grande zone dorsale.

Melanochlamys wildpretii Ortea, Bacallado & Moro, 2003.
La forme est proche sur cet animal brun orangé. Le bouclier céphalique est plaqué sur le dos, ainsiq ue les paprapodes latéraux. Ce Céphalaspidé montre des mouchetures blanches sur le corps ainsi qu'une ligne blanche perpendiculaire, montant le long d'un parapode, traversant le dos et redescendant sur l'autre parapode.

Chelidonura africana Pruvot-Fol, 1953.
Présente sur les côtes ouest-africaines, cette espèce a été rencontrée en Méditerranée occidentale : dans le sud de l'Espagne, en Italie, en Croatie... Ressemblante en livrée à la sombre Philinopsis depicta, elle est noire mouchetée de blanc, le bord des parapodies ainsi que l'avant du bouclier antérieur et l'arrière du corps, sont lignés de jaune orangé et de deux lignes discontinues de bleu turquoise. Généralement, une barre blanche est visible en travers du corps, au niveau du sommet du bouclier frontal. Le lobe arrière gauche est plus long que le droit, ce qui est typique des Chelidonura.

D'autres espèces ressemblantes et vivant sur le même biotope sablo-vaseux (Akera sp., Haminoea sp., Scaphander sp., etc.) montrent une coquille apparente.

Si l'on s'éloigne de la Méditerranée, évoquons Philinopsis gardineri (Eliot, 1903).
Cette espèce est uniquement présente dans les régions tropicales des océans Indien et Pacifique Ouest. Très proche, morphologiquement de P. depicta, sa tête est plus pointue et arrondie avec une « bosse » due au système buccal différent. Sa coloration est brun très foncé à noir de jais avec les bordures des parapodes et des lobes postérieurs contournées d'une bande de bleu vif ou turquoise. Parfois quelques lignes crème à jaunes se trouvent sur le corps.

Selon certains chercheurs, quelques espèces de distribution extra-méditerranéenne, montrant des colorations très similaires et ne présentant pas de notables différences anatomiques internes, pourraient être associées à Philinopsis depicta, voire être de même espèce. Parmi celles-ci :

- Philinopsis cyanea (Martens, 1879) dans l'Indo-Pacifique tropical ;
- Philinopsis speciosa Pease, 1860, anatomiquement proche de la précédente et qui se trouve à Hawaii ;
- Philinopsis gigliolii Tapparone-Canefri, 1874 qui se trouve dans le nord-ouest du Pacifique ;
- Philinopsis taronga (Allan, 1933) qui se trouve dans le sud-est de l'Australie et le nord de la Nouvelle-Zélande ;
- Philinopsis troubridgensis (Verco, 1909) qui se trouve dans le sud-est de l'Australie...

Alimentation

Tous les Aglajidés sont des prédateurs carnivores voraces mais la nature précise des proies que consomme chaque espèce n'est pas forcément connue avec certitude. Les espèces du genre Philinopsis sont connues pour manger d'autres Céphalaspides (des genres Bulla ou Haminoea, par exemple, ou d'autres Aglajidés, parfois même des congénères !) ou encore des Sacoglosses.
En l'occurrence et concernant Philinopsis depicta, il y a des témoignages pour évoquer Elysia timida (en captivité) et Haminoea sp. comme ayant été dévorées par l'animal. On a de plus retrouvé dans les contenus stomacaux d'individus étudiés en Italie des restes de Bulla striata et de Haminoea spp.



Contrairement à beaucoup de mollusques Opistobranches, Philinopsis depicta ne possède pas de radula*. Son système buccal et digestif est spécifique, dépourvu de mâchoires, de plaques stomacales... Il ressemble à un tractus musculaire dont l'extrémité est dévaginable et lui permet d'aspirer ses proies, de les engloutir probablement entières !
Si la proie portait coquille, celle-ci sera rejetée intacte une fois l'animal digéré.

Reproduction - Multiplication

Philinopsis depicta est, comme tous les Céphalaspides, une espèce hermaphrodite* synchrone. C'est à dire qu'elle possède les deux sexes, mâle et femelle, et que les deux sont fonctionnels en même temps. Chez les Aglajidés, les rôles mâle et femelle peuvent donc être tenus par l'un, par l'autre (insémination unilatérale), s'échanger en cours d'acte ou encore être simultanés (insémination réciproque).
Le tractus génital se situe à l'arrière droit du corps, protégé par la parapodie et le bouclier postérieur. C'est à ce niveau que se trouve le pore femelle destiné à recevoir la semence. Le pénis, conique et très large chez Philinopsis depicta, débouche lui au niveau du mufle, sur la droite également. Il est rétracté dans une poche et ne sort qu'en cas de besoin. C'est le long spermiducte* qui relie l'organe copulatoire mâle au reste de l'appareil génital à l'arrière.

Lorsque des congénères se rencontrent, il peut y avoir une phase de "préliminaires", de contacts divers. Puis une intromission. Pour qu'elle soit réciproque, les deux partenaires devront donc se tenir en position tête-bêche, mais cette réciprocité n'est pas systématique chez les Aglajidés.

Les gamètes* mâles passeront alors de l'un à l'autre. A la fin de l'accouplement, les partenaires se sépareront et chacun de ceux ayant reçu les spermatozoïdes pourra aller pondre.
La ponte de Philinopsis depicta est un filament d'œufs de forme cylindrique, claire. Elle est généralement recouverte de sable, voire même enterrée.
Ces œufs donneront quelques jours plus tard des larves véligères* à vie planctonique. Puis les rescapés se poseront sur un substrat adéquat et commenceront leur métamorphose vers la forme adulte.

Divers biologie

Comme la plupart des Céphalaspides, Philinopsis depicta possède une coquille mais celle-ci est interne et donc invisible au regard du plongeur. En forme de virgule aplatie, un peu plus longue que large, elle est bien calcifiée sur sa zone apicale et de couleur blanche, opaque. Elle se trouve sous le bouclier postérieur, en partie arrière du dorsum.
C'est sous cette protection qu'émergeant du pied et des parapodies, se placent les différents organes sensibles (branchies*, pores anal et génital, néphridies*...) de l'animal.

La branchie plumeuse se trouve donc confinée dans une partie réduite du manteau*, sur la partie arrière droite de l'aglaja charnue.

Les Aglajidés possèdent à l'avant du pied des glandes capables de fabriquer un flux continuel de mucus. Ce mucus sert probablement au déplacement de l'animal grâce aux milliers de cils microscopiques qui tapissent son corps. En effet, Philinopsis depicta semble se mouvoir sur cette couche muqueuse.

Cette piste de mucus laissée par un individu est une des explications de la scène couramment rencontrée où deux voire plusieurs aglaja charnues se suivent à la queue-leu-leu, au contact l'une de l'autre et semblant suivre cette substance.

Les Aglajidés, comme nombre d'Opistobranches, parviennent à décourager d'éventuels prédateurs grâce à des glandes de leur peau émettant des produits répulsifs, paralysants ou mortels. Cette production n'est pas continue. Il n'est pas encore déterminé si ces animaux se servent de ces émissions uniquement pour se protéger ou bien également pour chasser et tuer des proies.

De même, Philinopsis depicta sait détecter les phéromones d'alarmes ou de défense émises par ses proies lorsqu'elles sont dérangées et s'en sert pour suivre leur piste.

Informations complémentaires

Les Céphalaspides, tel Philinopsis depicta, sont considérés comme un ordre d'Opisthobranches plus archaïques que d'autres (les Nudibranches ou les Pleurobranches, par exemple). La présence de la coquille est un élément de cette appréciation ainsi que la stratégie de reproduction pouvant être unilatérale. Mais des études phylogénétiques devront confirmer cette antériorité.

Origine des noms

Origine du nom français

Aglaja charnue : Aglaja a été le premier nom de genre de cette espèce et celle-ci l'a conservé comme nom vernaculaire. Aglaia (Aglaé) était l'une des trois Grâces, la plus jeune, de la mythologie gréco-romaine.
L'aspect de l'animal, plus large que les espèces qui lui ressemblent, lui a probablement ajouté le qualificatif de charnue...

Origine du nom scientifique

Philinopsis : construit à partir du prénom féminin grec Philine, prénom qui est porté par un autre genre de Céphalaspides ; et [ops-] = aspect. Qui a donc l'aspect d'une philine.

depicta
: du latin [depictus] = peinte, ornée. Cet adjectif fait mention des lignes jaunes et bleues ainsi que des mouchetures claires que portent la plupart des individus.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Cephalaspidea / Bullomorpha Céphalaspides / Bullomorphes Coquille externe ou interne, spiralée, très fine et réduite. Tête élargie en bouclier. Yeux développés. Pas de rhinophores. Cavité palléale à droite avec une branchie plissée. Parfois des parapodes. Marins et fouisseurs sur les fonds de sédiments.
Famille Aglajidae Aglajidés Coquille à dernier tour étalé couverte par le manteau, bouclier céphalique, bouclier dorsal postérieur, et 2 parapodies relevées. Pas de tentacules (sauf Navanax).
Genre Philinopsis
Espèce depicta

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