Philinopsis de Miquel

Melanochlamys miqueli | (Pelorce, Horst & Hoarau, 2013)

N° 3788

Méditerranée occidentale

Clé d'identification

Couleur blanche
Forme cylindrique
Surlignage blanc soutenu des bordures
Parapodes collés au corps
Profondeur 1 à 5 m maximum

Noms

Noms communs internationaux

Aglaia bianca bordata (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Philinopsis miqueli Pelorce, Horst & Hoarau, 2013

Distribution géographique

Méditerranée occidentale

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

L’espèce vit en Méditerranée occidentale. Elle est connue et photographiée des côtes espagnoles (depuis Gibraltar) jusqu’à Malte, ainsi que dans l’Adriatique.

Biotope

L’espèce vit sur fond rocheux ou caillouteux, recouvert d’algues brunes et vertes, entre 1 et 5 m de profondeur. Ce tapis d’algues lui permet de se cacher, on suppose qu’elle s’y nourrit et elle y dépose sa ponte. Il est possible de la rencontrer aussi se déplaçant sur le sable.

Description

Animal de forme cylindrique, d’environ 13 mm de long pour 4 mm de large.
La coloration constante est constituée d’une multitude de petits points blancs, dans une masse translucide, qui confèrent à l’animal une couleur blanche uniforme. Une ligne blanche plus intense souligne la bordure des parapodes* et des boucliers céphalique et postérieur.

Le bouclier céphalique recouvre environ la moitié de la longueur du dos. Il est arrondi sur sa partie postérieure et plus ou moins rectiligne au centre. Un sillon est parfois visible au milieu. C’est un pli qui apparaît selon les postures de l’animal. Une très légère échancrure termine sa partie antérieure.
La partie postérieure du dos forme aussi un bouclier renfermant une fine coquille (invisible pour le plongeur). Ce bouclier postérieur se termine, pour sa partie antérieure, vers le milieu du dos. Il passe sous le bouclier céphalique, qui le recouvre de quelques millimètres. L’extrémité postérieure se termine par une section plus ou moins circulaire selon les individus. Sur le côté ventral elle est formée de deux enveloppes discontinues, dont les bords se recouvrent, souvent la gauche sur la droite, pour former une sorte de rouleau ouvert et ondulé. Pas de présence de flagellum*.
Le pied* est presque aussi long que le corps avec des parapodes peu étendus, dont la bordure en forme d’arc est collée au corps.

Espèces ressemblantes

Philine quadripartita, Ascanius, 1772.
Melanochlamys miqueli a été confondue avec cette espèce européenne de Philinidés jusqu’en 2013, Philine quadripartita ayant été elle-même mal identifiée en Philine aperta, souvent citée comme une espèce méditerranéenne dans les livres. Cette dernière est en fait une espèce d’Afrique du Sud [Price, Gosliner & Valdés 2011].
La Philine est plus grande que notre Melanochlamys. Elle n’est pas cylindrique mais plutôt trapézoïdale, les parapodes ne sont pas collés au corps. Elle est plus étalée et plus charnue. Même si elle est blanche également, Philine quadripartita n’a pas de surlignage blanc sur les extrémités. Cette espèce se distingue aussi de la philinopsis de Miquel par son habitat : des fonds sablo-vaseux souvent plus profonds dans lesquels elle peut s’enfouir complètement.
Enfin, les études anatomiques montrent que P. quadripartita possède des plaques gastriques très importantes et une coquille interne calcifiée et enroulée.

Laona pruinosa
(Clarck, 1827).
Melanochlamys miqueli a été confondue également avec un autre Philinidé : Laona pruinosa. Sa couleur blanche est aussi due à une fine ponctuation de la masse transparente, renforcée sur les extrémités, pour former un liseré blanc opaque. Par contre, sa forme générale est ovoïde. Le repli du bouclier céphalique sur le dos est limité au tiers antérieur. Les parapodes collés sont plutôt de forme triangulaire. La partie postérieure se termine par une queue ouverte sur la partie dorsale, presque bifide*. La coquille interne est arrondie, de taille importante et occupe une bonne partie de l’animal. Cette grosse coquille interne visible par transparence, n’a aucune ressemblance avec la fine coquille interne de P. miqueli. D’un point de vue anatomique, cette espèce dispose d’une radula*, ce qui n’est pas le cas de Melanochlamys miqueli, ni des Aglajidés en général.

Alimentation

Pas d’information connue à ce jour sur l’alimentation. Les Aglajidés sont des carnivores et le genre Melanochlamys pourrait, à l'instar de Philinopsis depicta, se nourrir d’autres Céphalaspidés du genre Bulla ou Haminoea. A ce jour, aucune observation de prédation n’a encore été reportée pour espèce Melanochlamys miqueli.

Son système digestif est composé dans sa partie antérieure, d’un bulbe buccal très volumineux, qui doit lui permettre d’avaler des proies entières.
A noter l’absence de radula* qui est une des caractéristiques de l’évolution de la famille des Aglajidés. Le bulbe buccal communique avec le gésier par un œsophage court.
Le gésier est dépourvu de plaques gésiales calcifiées.

Reproduction - Multiplication

Comme tous les Céphalaspidés, Melanochlamys miqueli est une espèce hermaphrodite* synchrone. C’est-à-dire qu’elle possède les deux sexes, mâle et femelle simultanément opérationnels. Pour autant, il n’y pas d’autofécondation et la reproduction n’est possible qu’avec deux individus, chacun pouvant fournir ses gamètes* respectives (mâles et femelles). L’insémination réciproque est donc possible, la fécondation étant interne.
Le tractus* génital se situe à l'arrière droit du corps, protégé par le parapode et le bouclier postérieur. C'est à ce niveau que se trouve l’orifice femelle destiné à recevoir la semence. Le pénis conique, débouche sur la droite du bouclier céphalique. Il est rétracté et ne sort que pour la copulation. C'est un long spermiducte* qui relie l'organe copulatoire mâle au reste de l'appareil génital à l'arrière.

Du fait de la position respective des appareils génitaux mâle et femelle, la copulation ne pourra se faire que si les deux individus sont positionnés tête-bêche.
La ponte est une fine guirlande de mucus transparent qui contient des œufs de couleur jaune clair. Comme les autres espèces du genre, M. miqueli enroule l’ensemble autour de sa tête pour former un manchon, qu’il va déposer sur les algues couvrant le substrat*. Les filaments de mucus doivent amalgamer l’ensemble pour qu’il ne parte pas en pleine eau, dans les vagues ou la houle.

Divers biologie

Les Aglajidés possèdent à l'avant du pied des glandes capables de fabriquer un flux continuel de mucus. Ce mucus permet à Melanochlamys miqueli de se déplacer dans le substrat d’algues sur et dans lequel elle vit. Il lui permet aussi de s’y accrocher, vivant le plus souvent dans la zone de battement des vagues.
Cette piste de mucus laissée par un individu permet à d’autres individus qui la croisent, de la suivre pour arriver au contact. On observe alors un comportement caractéristique, en particulier chez les Aglajidés, de formation d’une queue-leu-leu de deux ou plusieurs individus, cette queue-leu-leu pouvant être un simple mode de déplacement, mais pouvant déboucher très vite sur un retournement du premier individu pour aboutir à une copulation.

M. miqueli
possède une coquille interne. Elle n’est pas visible pour le plongeur, même par transparence. Cette coquille est calcifiée, très mince et fragile. Elle est spiralée sur un tour et demi, de couleur blanche à translucide. Le nucleus (le départ de la spirale) forme une excroissance en forme de coupelle. Des stries d’accroissement sont visibles à l’intérieur et à l’extérieur. La bordure externe est épaissie [Pelorce, Horst & Hoarau 2013]. C’est un élément déterminant pour l’identification de l’animal. Elle ne ressemble à nulle autre coquille interne d’Aglajidés.

Les Aglajidés possèdent une glande dans la partie postérieure, pouvant émettre une sécrétion jaune lorsque l’animal est dérangé. Il se pourrait que cette sécrétion soit émise comme défense contre un prédateur. Cette émission serait également capable de paralyser et de tuer d’autres organismes en vue d’une prédation. Le rôle exact de cette sécrétion doit être considéré avec prudence. Il n’est pas encore déterminé si ces sécrétions sont utilisées pour attaquer ou pour se défendre.
Cependant, concernant M. miqueli et probablement les autres espèces du genre, il n’y a aucune observation rapportée et/ou photographiée de ce fonctionnement.
Par contre, des « envols » rapides en présence de prédateur ou de danger ont été observés et photographiés pour des espèces comme Aglaja tricolorata (en présence de Philinopsis depicta) et P. depicta (en présence d’un Doris pseudoargus). L’animal déploie alors ses parapodes et ondule frénétiquement pour se dégager en nageant (observations et photos du rédacteur, 2012). Ce comportement « d'envol » devrait être possible pour M. miqueli bien qu’il n’y ait aucune observation rapportée à ce jour.

Informations complémentaires

Les similitudes de morphologie, voire de coquille interne, ont d’abord conduit les descripteurs de cette nouvelle espèce à la rapprocher du genre Melanochlamys.
Puis des analyses moléculaires pour la famille des Aglajidés [Camacho-Garcia Y.E., Ornelas-Gatdula E., Gosliner T.M., Valdés A. 2013] et grâce à Angel Valdés qui a accepté d’inclure les échantillons prélevés dans les analyses menées dans son laboratoire, l’espèce miqueli a trouvé son genre : Philinopis. Les résultats la positionnent entre P. speciosa, P. depicta et P. gardineri.
En 2017, l'étude de Zamora-Silva & Malaquias propose une nouvelle classification et l'espèce revient dans le genre initialement pressenti : Melanochlamys.
Plus généralement, certaines conclusions de ces deux études montrent d’une part, que la famille des Aglajidés a une biogéographie ancestrale qui trouve son origine en Indo-Pacifique, y compris pour les espèces européennes comme P. depicta. Et d’autre part, que la perte de la radula s’est faite au cours de l’évolution au moment de l’entrée dans la famille des Aglajidés (pour le genre Odontoglaja).

La localité du type* est la calanque du Mugel, dans le golfe de La Ciotat (13).

Origine des noms

Origine du nom français

Philinopsis de Miquel : francisation de l'ancien nom scientifique de l'espèce.

Origine du nom scientifique

Melanochlamys : du grec [melano-] = noir et [chlamys] = vêtement sans manche, sorte de tunique plissée (chlamide).

Anciennement Philinopsis : nom composé du prénom féminin grec Philine, nom porté par un autre genre de Céphalaspidés, et [ops] = aspect. Donc, "qui a l’aspect d’une Philine".

miqueli
: vient du nom de Jean-Pierre Miquel, (1957-2018), plongeur naturaliste, photographe, collectionneur passionné et ami de DORIS, qui a participé à la description scientifique de l’espèce en fournissant le matériel type* et en a extrait une coquille interne. Il nous a quitté le 26 mars 2018.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Cephalaspidea / Bullomorpha Céphalaspides / Bullomorphes Coquille externe ou interne, spiralée, très fine et réduite. Tête élargie en bouclier. Yeux développés. Pas de rhinophores. Cavité palléale à droite avec une branchie plissée. Parfois des parapodes. Marins et fouisseurs sur les fonds de sédiments.
Famille Aglajidae Aglajidés Coquille à dernier tour étalé couverte par le manteau, bouclier céphalique, bouclier dorsal postérieur, et 2 parapodies relevées. Pas de tentacules (sauf Navanax).
Genre Melanochlamys
Espèce miqueli

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