Doto de Koennecker

Doto koenneckeri | Lemche, 1976

N° 5477

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Clé d'identification

Jusqu'à 8 mm de long
Jusqu'à 8 paires de cérates
Tubercule terminal des cérates grand et conique, très développé
Rhinophores longs, minces et lisses, gaines étroites
Corps beige, dos sombre, interrompu par une ligne longitudinale pâle de chaque côté
Taches allongées rougeâtres ou noires en forme de virgule sur les tubercules des cérates

Noms

Noms communs internationaux

Kommavlek kroonslak (NL)

Synonymes du nom scientifique actuel

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises], ○ [Méditerranée française]

Doto koenneckeri est signalée de la Norvège au Portugal, en passant par les îles Britanniques, et en Méditerranée.
L’espèce est caractéristique des eaux tempérées de l’Atlantique Nord-Est et du bassin méditerranéen.

Biotope

Doto koenneckeri se nourrit de l'hydraire Aglaophenia pluma, on trouve donc ce doto là où vit cette dernière espèce, soit dans l'étage infralittoral* et circalittoral* peu profond (jusqu'à 30 m de profondeur), où cet hydraire occupe des substrats* fermes et ombragés de préférence. On peut également trouver cet hydraire sur des algues brunes telles que Halidris siliquosa, des sargasses et des laminaires.
Sa répartition est strictement conditionnée par celle de ses hydraires nourriciers.

Description

Doto koenneckeri est un petit nudibranche. Il mesure jusqu'à 8 mm de long et porte jusqu'à 8 paires de cérates (la dernière paire est plus petite) avec 3 rangs de tubercules sur chaque cérate. Ces derniers sont fusiformes avec un tubercule terminal grand et conique, très développé, certains tubercules peuvent être presque cylindriques.
Les rhinophores* à l'extrémité émoussée sont longs, minces et lisses. Les gaines sont étroites, légèrement dilatées, lisses avec une pigmentation blanche sur le bord.
Le pied est arrondi vers l'avant et en arrière, il s'étend au-delà de la dernière paire de cérates.
Le corps est beige avec des taches allongées rougeâtres ou noires en forme de virgule sur les tubercules portés par les cérates. Le tubercule terminal porte deux points, l'un très petit, l'autre plus grand et allongé.
La caractéristique de reconnaissance la plus fiable est le dos sombre, interrompu par une ligne longitudinale pâle de chaque côté.
La papille génitale n'est pas pigmentée et elle est située sous le premier cérate droit. La papille anale, cylindrique et pigmentée de blanc, est située entre le premier et le deuxième cérate droit.

La combinaison du dos sombre à bandes claires longitudinales et du tubercule terminal conique des cérates permet une reconnaissance fiable de l’espèce.
Malgré sa petite taille, l’espèce présente une ornementation des cérates très marquée.

Espèces ressemblantes

Le genre Doto est, sur le plan taxonomique*, l'un des genres les plus complexes de nudibranches en raison de la nature cryptique* de ses espèces, de leur petite taille et de l'homogénéité de leurs caractéristiques internes et externes.
Les analyses phylogénétiques* et de délimitation des espèces suggèrent que la coloration et la morphologie externe sont souvent peu fiables pour différencier les espèces (Vàsquez-Alcaide & al, 2026).
L'identification de l’hydraire proie peut faciliter l’identification des dotos.

  • D. arteoi Ortea, 1978, cette espèce est seulement présente au nord de l'Espagne, (Galice) sur Laomedea sp.
  • D. cervicenigra Ortea & Bouchet, 1989, vit sur Obelia sp., Sertularella mediterranea et Campanularia sp. Elle porte une tache noire sur la tête se continuant en arrière entre les rhinophores*. Cette espèce a été observée en Méditerranée occidentale.
  • Doto coronata (Gmelin, 1791), le corps est allongé: étroit, translucide, de couleur crème à blanc, avec des points irréguliers rouges à marron dispersés sur toute la surface, à l'exception du dos autour des appendices dorsolatéraux. La gaine des rhinophores est cylindrique, symétrique, avec des ponctuations rouges à la base et sur les bords. Cette espèce est présente en l’Atlantique Nord-Est et en Méditerranée. Toutefois cette espèce est considérée comme un complexe d'espèces* morphologiquement proches.
  • D. cuspidata Alder & Hancock, 1862, sur Nemertesia ramosa : le corps est fortement marqué de brun foncé ou noir, des glandes pâles sont présentes à l'extrémité des tubercules* des cérates*. Cette espèce est présente en Atlantique Nord-Est.
  • D. eireana Lemche 1976 est présente sur Amphisbetia operculata, Dynamena pumila. Son corps est blanc avec des taches brunes comme sur les tubercules des cérates. Cette espèce est présente en Atlantique Nord-Est.
  • D. floridicola Simroth, 1888. Cette espèce vit sur Aglaophenia tubulifera.et A. kirchenpauer sur des parois verticales exposées au courant, et A. elongata dans des zones sableuses. Les tubercules des cérates sont entièrement colorés de rouge à brun. Cette espèce, très proche de D. lemchei, est présente en Méditerranée et dans l’Atlantique Nord-Est limitrophe (Açores).
  • D. fragaria Ortea & Bouchet, 1989: la glande digestive de couleur fraise est visible par transparence dans les cérates. Cette espèce se nourrit de Sertularia sp. et de Dynamena sp.. Elle est observée en Méditerranée occidentale.
  • D. fragilis Forbes, 1838). Cette espèce a été observée sur les hydraires Nemertesia antennina, Nemertesia ramosa, Halecium halecinum, Halecium muricatum. Le corps est brun, mais il n’y a pas de taches plus foncées, des glandes blanches sont présentes le long des flancs du corps. Il y a jusqu'à 10 paires de cérates, chacun comportant jusqu'à 13 cercles concentriques de tubercules pâles. Cette espèce est présente en Manche, en Atlantique Nord-Est et en Méditerranée.
  • D. hydrallmaniae, Morrow, Thorpe & Picton, 1992 est observée sur Hydrallmania falcata. On distingue de grandes taches rouge foncé sur les tubercules et des marques rouge foncé sur les faces internes des cérates. Cette espèce est présente en Atlantique Nord-Est.
  • D. hystrix Picton & G. H. Brown, 1981, est présente sur l'hydraire Schizotricha frutescens. Les cérates n’ont pas de taches, mais de longs tubercules pointus, le bord des gaines des rhinophores portent une série de pointes. Cette espèce est présente en Atlantique Nord-Est.
  • D. lemchei Ortea & Urgorri, 1978. Cette espèce est observée sur Aglaophenia tubulifera. Il n’y a pas de taches sur les tubercules, le corps présente une teinte brune avec sur la tête du brun pâle. Cette espèce est présente en Atlantique Nord-Est jusqu’en Galice (Espagne).
  • D. maculata (Montagu, 1804). Cette espèce est présente sur Schizotricha catharinae. Sur les tubercules des cérates et sur le corps, on observe la présence de taches rouges en forme de virgule aux extrémités. Les tubercules des cérates sont allongés et le tubercule terminal est souvent sans taches. Cette espèce est présente en Atlantique Nord-Est jusqu’à la côte Nord de l’Espagne.
  • D. millbayana Lemche, 1976. Cette espèce est observée sur Plumularia setacea et Kirchenpaueria halecioides ou K. pinnata. Son corps est blanc avec des stries rouges ou noires et il y a de multiples taches à la surface des cérates. En plus des taches terminales sur les tubercules, des taches rouges sont présentes sur et entre les tubercules des cérates et sur le corps, un bord blanc est bien visible autour des gaines des rhinophores. Cette espèce est présente en Atlantique Nord-Est. Doto dunnei est un synonyme de cette espèce.
  • D. oblicua Ortea & Urgorri, 1978. Cette espèce est observée sur Amphisbetia operculata, en Asturies (Espagne).
  • D. onusta Hesse, 1872. Cette espèce vit plutôt dans la zone de balancement des marées sur Dynamena pumila. Elle a été observée en Bretagne.
  • D. paulinae Trinchese, 1881. Cette espèce vit sur Obelia geniculata, Aglaophenia pluma et Eudendrium sp. Les tubercules sont entièrement bruns à l’exception de celui situé à l’apex*, pas de pigmentation blanche sur les gaines des rhinophores. Cette espèce est présente en Méditerranée occidentale.
  • D. pinnatifida (Montagu, 1804). Cette espèce est observée sur Nemertesia antennina, Aglaophenia sp., Amphisbetia operculata, Halecium spp., Sertularia sp.. Elle présente des tubercules à pointe noire sur les côtés du corps et des taches noires sur le bord des gaines des rhinophores. Cette espèce vit en mer du Nord, en Atlantique Nord-Est.
  • Doto rosea Trinchese, 1881. Cette espèce est présente sur Eudendrium sp. Sertularella sp. ou Campanularia. en Méditerranée occidentale.
  • D. sarsiae, Morrow, Thorpe & Picton, 1992 est observée sur Coryne (anciennement Sarsia) exima. On observe de grandes taches rouges sur les tubercules des cérates et sur le corps. Les cérates sont en forme de massue, avec un tubercule terminal émoussé. Cette espèce est présente dans l’Atlantique Nord-Est.
  • D. tuberculata Lemche, 1976 est présente sur Sertularella gayi et Abietinaria abietina. L’animal est jaune pâle avec des tubercules tachetés de noir. Les tubercules sont disposés en rangées sur le dos. C'est une espèce proche de D. pinnatifida, mais la ponte est différente.
  • D. verdicioi Ortea & Urgorri, 1978. Cette espèce est observée sur Aglaophenia sp. en Méditerranée occidentale, au Portugal et en Galice (Espagne).

    D’autres nudibranches de petite taille pourraient être confondus avec les Doto
  • Hancockia uncinata et les Tritonia (T. hombergii et T. plebeia), les Candellia (C. odhneri et C. lineata) et Marionia blainvillea mais le voile oral de ces espèces est digité.
  • Chez Lomanotus marmoratus et L. genei, le voile oral porte deux paires de tentacules.
  • Chez un jeune Dendronotus frondosus (4 mm de longueur), la marge frontale porte deux paires de tentacules, puis ces tentacules deviennent arborescents.

Chez Doto koenneckeri, l’association d’Aglaophenia pluma comme proie et la bande dorsale claire reste un critère distinctif important.

Une clé de détermination des espèces britanniques de Doto est présentée dans le Thompson & Brown de 1976 page 71 et un tableau de comparaison dans le Thompson & Brown de 1984 pages 28-29.

Alimentation

Doto koenneckeri semble se nourrir de l'hydraire calyptoblastique* Aglaophenia pluma.
Toutefois, Urgorri et Besteiro (1984) ainsi que McDonald et Nybakken (1996) citent également, comme nourriture, d'autres hydraires comme A. kirchenpaueri et A. tubiformis.

H. Lemche, en 1976, cite comme nourriture, Lytocarpia myriophyllum, (anciennement dans le genre Theocarpus) qui est une espèce d'hydraire d'eau profonde. Il s'agit d'une erreur d'identification de cet auteur (Picton, 1978).

Comme les autres mollusques gastéropodes Doto koenneckeri possède une radula*, mais avec peu de dents. Les Doto n'attaquent pas et n'ingèrent pas les polypes des hydraires calyptoblastiques sur lesquels on les trouve presque toujours, mais se nourrissent plutôt en perforant le périsarc* à l'aide de leurs dents radulaires extrêmement petites et fines et en aspirant le liquide du cœnosarc*.

Cette stratégie permet l’exploitation des tissus internes sans détruire les colonies d’hydraires.

Reproduction - Multiplication

Les Doto, comme les autres nudibranches, sont hermaphrodites*. Chez Doto koenneckeri, la reproduction est sexuée et l'accouplement n'est observé qu'entre février et juin alors que les pontes sont enregistrées toute l'année. Les individus produisent des gamètes* mâle et femelle dans des gonades* au niveau des cérates* des deuxième, troisième paires jusqu’à la sixième paire.
La ponte, accrochée sur les colonies d'hydraires, est un ruban blanchâtre ou rose pâle sinueux ou en forme de C. Elle contient environ 2000 œufs de 60 à 70 µm de diamètre.
Les larves* véligères* nageuses qui éclosent sont planctotrophes*. Elles subissent ensuite une métamorphose* avant de s’installer sur un hydraire.
Le développement planctotrophique favorise une large dispersion géographique.

Vie associée

Comme les Doto se nourrissent d'hydraires, ils sont associés aux espèces consommées, ici Aglaophenia pluma, A. kirchenpaueri et A. tubiformis.

Divers biologie

Les Doto n’ont pas de cnidosacs* mais possèdent sur les cérates* de grosses cellules glandulaires probablement à rôle défensif. Ces glandes pourraient sécréter des composés dissuasifs contre les prédateurs.

Informations complémentaires

Comme les Doto se nourrissent d'hydraires, ils présentent un excellent mimétisme. De ce fait ce sont souvent les pontes qui trahissent leur présence.

Origine des noms

Origine du nom français

Doto de Koennecker : simple traduction du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Doto : il s'agit du nom d’une Néréide de la mythologie grecque. Ce nom de genre a été donné, en 1807, par le zoologiste allemand Ludwig Gilbert Lorenz Oken (Okenfuss) (1779-1851).

koenneckeri : ce Doto a été nommé en l'honneur du zoologiste allemand Gerd Koennecker (1943-) qui a collecté en plongée (en Irlande) le matériel type pour le zoologiste danois Henning Mourier Lemche (1904-1977).

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 139644

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Infra-classe Euthyneura Euthyneures

Gastéropodes hétérobranches possédant une disposition particulière non croisée du système nerveux, résultant de la torsion puis détorsion de la larve véligère.

Subter-classe Ringipleura
Super ordre Nudipleura Nudipleures
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Cladobranchia Cladobranches
Famille Dotidae Dotïdés

Limaces de petite taille. Rhinophores simples avec un fourreau. Présence d'un voile à la place des tentacules buccaux. 5 à 9 paires de cérates massifs et tuberculés.

Genre Doto
Espèce koenneckeri

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