Zanardinia

Zanardinia typus | (Nardo) P.C. Silva

N° 1178

Méditerranée, Atlantique Nord-Est

Clé d'identification

Jeunes thalles bruns, de forme discoïdale et de quelques centimètres de diamètre, très proches du substrat et avec une frange de filaments sur le bord du thalle
Thalles âgés bruns à noirâtres, de consistance coriace, souvent libres sur le fond
Algue sciaphile profonde

Noms

Noms communs internationaux
Penny weed (GB)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Stifftia typus Nardo 1835
Stifftia nardi Zanardini 1840
Stifftia prototypus Nardo 1841
Zanardinia prototypus Zanardini 1841

Note : Bien qu'ayant l'antériorité, le genre Stifftia a dû être remplacé par Zanardinia car le nom Stifftia avait déjà été donné auparavant (1820) à un genre de Compositées.

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique Nord-Est

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

L'espèce se rencontre en Méditerranée et sur les côtes Atlantiques depuis les îles Canaries jusqu'au sud de la Grande Bretagne, en Irlande ainsi que dans la Manche.

Biotope

Elle se rencontre de 10 m à 50 m, sur sédiments grossiers (fonds détritiques) ou sur la roche, plus rarement en épiphyte* (sur le maërl par exemple). En Manche-Atlantique, l'algue est fréquemment observée immédiatement en dessous de l'horizon à Laminaria hyperborea. En Méditerranée, Zanardinia typus peut parfois recouvrir abondamment le coralligène* et le détritique côtier.

Description

Cette algue se présente sous la forme de lames brunâtres, fixées au rocher par des rhizoïdes*. Lorsque l'algue est jeune, elle se présente sous la forme d'un disque brunâtre incurvé au centre, dont le bord est densément orné d'une double frange de filaments libres (poils). C'est cette forme jeune qui vaut son nom commun anglais à cette algue.

Lorsque l'algue grandit, la forme discoïde disparaît et l'algue comporte alors souvent plusieurs lames épaisses aux marges irrégulières, à la consistance cartilagineuse voire coriace, de couleur brun jaunâtre à brun olive avec souvent des veines radiales plus colorées. La face supérieure est lisse et la face inférieure est couverte d'un feutrage dense jaune rougeâtre de rhizoïdes. A ce stade de développement, seules les marges intactes et les jeunes proliférations qui se développent sur la face supérieure restent bordées de poils. Les vieux individus, souvent non fixés sur le fond, ressemblent à de vieux morceaux de cuir noirâtres plus ou moins racornis. Le thalle* peut atteindre 20 cm de diamètre.

Espèces ressemblantes

Les jeunes thalles peuvent être aisément confondus avec Cutleria adspersa. Cependant les deux espèces n'occupent pas les mêmes biotopes : Cutleria adspersa qui est une espèce photophile*, se rencontre sur les substrats durs bien éclairés des premiers mètres (0-2 m de profondeur), tandis que Zanardinia typus qui a une nette préférence sciaphile*, se développe toujours plus profond, préférentiellement au-delà de 20-30 m de profondeur. D'autre part, chez Cutleria adspera la fixation au substrat se fait par des rhizoïdes beaucoup moins nombreux que chez Zanardinia typus et l'aspect des faces supérieure et inférieure est identique.

Alimentation

Comme toutes les algues, Zanardinia typus croît grâce au procédé de la photosynthèse (CO2 + H2O + sels minéraux + lumière = O2 + matière organique) et en absorbant les sels minéraux contenus dans l'eau.

Reproduction - Multiplication

Zanardinia typus présente une alternance de générations, sporophytes* et gamétophytes*, schéma reproductif retrouvé chez toutes les Cutleriacées. Ces deux générations sont morphologiquement semblables (cycle isomorphe). Les organes reproducteurs (gamétocystes et sporocystes) se différencient en sores* sur la face supérieure de l'algue. Les gamétophytes sont généralement bisexués (= hermaphrodites* ou monoïques*) mais des individus monosexués (= dioïques*) ont été découverts dans des cuvettes intertidales près de Vigo sur la côte atlantique espagnole. D'autres localités présentant un phénomène similaire sont mentionnées dans la littérature. Chez cette algue, les gamétocystes mâles arrivent à maturité avant les gamétocystes femelles. L'existence de thalles monosexués pourrait être liée à une dissociation très accentuée de la maturité des deux types de gamétocystes.

L'espèce peut se multiplier également végétativement grâce à des proliférations brunes légèrement translucides en forme de cupules qui se développent à la surface des vieux thalles.

Vie associée

En Méditerranée, l'espèce a été classée parmi les espèces du groupe écologique des algues sciaphiles de mode relativement calme. Elle est donc fréquemment rencontrée avec les autres algues de ce groupe écologique (dont plusieurs Peyssonnelia, Halimeda tuna et Valonia macrophysa, pour n'en citer que quelques-unes bien connues des plongeurs).

Divers biologie

La croissance de Zanardinia typus est une croissance dite trichothallique*. L'algue croît par la marge du thalle, la zone de croissance se situant à la base des filaments libres (poils marginaux). Une coupe radiale permet de constater que le bord du thalle n'est constitué que de deux couches accolées de cellules qui se prolongent par les deux poils marginaux monosiphonés* (= constitués d'une seule file de cellules). Les cellules du thalle se divisent ensuite plusieurs fois pour former un thalle épais constitué d'un cortex supérieur, comportant 5 à 6 rangées de cellules, d'un cortex inférieur, comportant une ou deux rangées de cellules d'où émergent les rhizoïdes, et d'un parenchyme médullaire constitué de longues cellules à paroi épaisse.

Informations complémentaires

Zanardinia typus présente des caractéristiques écologiques intéressantes pour être utilisée comme espèce indicatrice : espèce à tendance sciaphile, elle remonte vers la surface lorsque la turbidité s'accroît. Elle est par ailleurs assez sensible au stress, notamment chimique. Zanardinia typus est ainsi utilisée aujourd'hui dans la constitution de l'indice « macroalgues subtidales » pour le suivi de la qualité des eaux côtières au titre de directive cadre sur l'eau sur la côte Basque et en Espagne. Zanardinia typus est considérée comme une « espèce caractéristique », traduisant un bon état écologique du milieu, pour le bas de l'étage infralittoral* supérieur et pour l'étage infralittoral inférieur.

Comme beaucoup de Phéophycées, Zanardinia typus présente une activité antimicrobienne relativement élevée, ce qui lui permet de lutter contre les attaques microbiennes. Les extraits de cette algue présentent également des propriétés antifongiques, antivirales, cytotoxiques et antimitotiques. Avec un tel arsenal, les épiphytes* et épibiontes* sont rares.

Origine des noms

Origine du nom français

Zanardinia est le nom de genre repris sans francisation ni traduction.

Origine du nom scientifique

Le genre Zanardinia Nardo ex Zanardini a été décrit en l'honneur de Giovanni Zanardini, un médecin italien ayant publié de nombreux travaux sur les algues. Il peut paraître surprenant que l'auteur du genre Zanardinia soit Zanardini en personne puisqu'il est de règle en systématique de ne pas se rendre hommage soi-même. En fait, dans le nom de genre, « Nardo ex » signifie que Zanardini a attribué l'invention du nom Zanardinia à un autre naturaliste italien du XIXe siècle, Giovanni Domenico Nardo, bien que ce dernier ne l'ait jamais publié nulle part.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Ochrophyta Ochrophytes ou Hétérokontes, ou Straménopiles: présence d'un stade unicellulaire à 2 flagelles, un lisse et un à poils tubulaires.
Classe Phaeophyceae Phéophycées Algues brunes.
Sous-classe Fucophycidae Fucophycidées
Ordre Tilopteridales Tiloptéridales
Famille Cutleriaceae Cutleriacées
Genre Zanardinia
Espèce typus

Nos partenaires