Ver plat ciel étoilé

Thysanozoon nigropapillosum | (Hyman, 1959)

N° 3265

Indo-Pacifique

Clé d'identification

Ver plat au corps noir velouté
Papilles dorsales arrondies à extrémité jaune
Marge du corps blanc opaque ondulée
Deux pseudo-tentacules antérieurs noirs et blancs
Face ventrale brune

Noms

Autres noms communs français

Ver plat à papilles jaunes, ver plat à points dorés

Noms communs internationaux

Gold-dotted flatworm, yellow papillae flatworm (GB), Sternenhimmel-strudelwurm (D), Orosalpicada platelmintos, planaria de punto amarillos (E)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Acanthozoon nigropapillosus Hyman, 1959
Acanthozoon nigropapillosum (Hyman, 1959)
Thysanozoon flavomaculatum : nom utilisé principalement en mer Rouge mais non reconnu par WoRMS.
A noter que cette espèce se rencontre encore fréquemment dans la littérature sous le nom de Thysanozoon sp. à cause des errements liés aux couleurs inversées dans la description initiale de 1959.

Distribution géographique

Indo-Pacifique

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Cosmopolite dans les zones tropicales et subtropicales des océans tels que :
Océan Indien : Mayotte, Maldives, Réunion, Madagascar, Sri Lanka et Sulawesi et Bali pour l'Indonésie ;
Océan Pacifique Ouest : Taïwan, mer de Chine ;
Océan Pacifique central : îles Salomon, Nouvelle Guinée ;
Mer Rouge.

Biotope

Dans la journée, ce ver plat vit entre 5 et 30 m de profondeur, sur les fonds rocheux des récifs coralliens. Sur le substrat* dur, il se déplace relativement rapidement, grâce aux poils minuscules de sa face ventrale sur un film de mucus qu'il sécrète. Si le courant est fort ou qu'un coup de palme le perturbe, il peut nager en pleine eau avec contractions et ondulations de tout le corps dans une danse gracieuse.
De nuit, il s'abrite dans les anfractuosités des rochers et sa rencontre est rare.

Description

Le corps ovale, à symétrie bilatérale, mesure de 5 à 8 cm (maximum 10 cm). Il est aplati dorso-ventralement et son épaisseur est de l'ordre du mm.
La surface dorsale est noire, d'aspect velouté, avec de nombreuses papilles à l'extrémité arrondie jaune-orangé, de tailles différentes et régulièrement disposées.
La marge extérieure est lisse, d'un blanc opaque et présente de nombreuses ondulations.
Une paire de pseudo-tentacules*, formés par des replis de l'épiderme, se situe au milieu de la partie antérieure du corps. Les taches oculaires, très peu visibles, se rassemblent en un amas en forme de fer à cheval, placé derrière les pseudo-tentacules.

La face ventrale est brune et porte la bouche qui s'ouvre au milieu du pharynx, replié vers l'avant. A l'arrière du pharynx, une paire de pores génitaux mâles est suivie d'un pore femelle central. Une "ventouse", postérieure au pore génital femelle, permet au ver de s'agripper au substrat en cas de fort courant.

Espèces ressemblantes

Une autre espèce pour l'heure encore non décrite, Acanthozoon sp. ressemble à Thysanozoon nigropapillosum et fréquente une partie commune dans la zone de distribution.
La forme aux bords chantournés est proche, la bande marginale est blanche. Mais les papilles dorsales jaunes sont beaucoup plus petites et serrées que chez T. nigropapillosum et, parmi ce fin semis jaune, de larges taches blanches, d'où viennent parfois émerger des papilles pointues, parsèment le dos noir.

Par ailleurs, la confusion entre les vers plats et les nudibranches est courante à cause de leurs formes et couleurs voisines. Mais le ver plat est beaucoup plus mince (1 mm), ne possède pas de panache branchial* sur sa face dorsale. Il se déplace de façon plus fluide et rapide qu'un nudibranche. Ces deux groupes d'animaux utilisent les mêmes types de couleurs vives pour décourager leurs prédateurs. Ceci serait attribué à une forme de mimétisme de Muller (deux espèces dangereuses ayant les mêmes prédateurs imitent les signaux d'alerte les uns des autres).

Phyllidiella carlsonhoffi Brunckhorst, 1993 a un manteau noir avec des tubercules de couleur gris bleuté ou crème coiffés de jaune. Les tubercules sont espacés. Ils ont une base élargie et ne forment pas de rangées. Des tubercules de grande taille et de forme conique alternent avec de petits tubercules ronds. Un tubercule isolé se trouve à l'avant des rhinophores formant un triangle avec ceux-ci. La sole pédieuse est grise et porte une ligne longitudinale noire. On la rencontre dans le Pacifique Ouest et central.

Phyllidia ocellata : ce nudibranche présente beaucoup de variation de couleurs incluant du noir et de grosses papilles jaunes. Mais là aussi, la présence de rhinophores jaunes et l'épaisseur du corps évitent la confusion.

Antennarius pictus : la forme juvénile de ce poisson imite la silhouette de Thysanozoon nigropapillosum pour se défendre des prédateurs.

Alimentation

C'est un prédateur benthique*, carnivore et charognard qui se nourrit d'une grande variété d'invertébrés (bivalves, gastéropodes, vers, bryozoaires, coraux mous et surtout ascidies). Il se place sur sa proie, déplie son pharynx avec extension de la bouche qui agit comme un broyeur. La digestion est extracellulaire grâce à une enzyme (endopeptidase). La nourriture non digérée est recrachée par la bouche sous forme de boulettes ou éliminée par des pores situés sur la face dorsale.
On le rencontre au voisinage de ses proies favorites comme les ascidies composées du genre Didemnum et Nephteis fascicularis. La présence de spicules* de Didemnum a été mise en évidence dans les boulettes régurgitées et dans l'intestin principal.

Reproduction - Multiplication

Comme la plupart des vers plats, le Thysanozoon nigropapillosum est hermaphrodite* et possède donc un système reproducteur fonctionnel mâle et femelle.
Lors de la reproduction sexuée, trois types d'insémination peuvent intervenir :

  • la vraie copulation : chaque individu donne et reçoit simultanément le sperme lors de l'accouplement.
  • la copulation unilatérale : chaque ver étend son organe reproducteur mâle (pénis double armé d'un stylet) pour essayer de percer la peau de l'autre partenaire afin de le féconder (insémination hypodermique) en évitant de se faire lui-même féconder. Le sperme est absorbé et fertilise l'autre ver pour donner des œufs puis des larves* ciliées. En effet, il vaut mieux être "père" que "mère" puisque la production des œufs consomme beaucoup d'énergie et de ressources. C'est une lutte acharnée (qui peut durer une heure) ) appelé en anglais "penis fencing" et que l'on pourrait (maladroitement) traduire par "duel de stylets".
  • l'imprégnation dermique : dans la région marginale du receveur, le ver dépose son sperme qui peut pénétrer à travers la peau. Les spermatophores* ne peuvent pas être déposés sur les papilles qui ont probablement une fonction pour empêcher l'insémination dermique. Les comportements de harponnage et de préhension par le pénis servent à maintenir le partenaire pour faciliter la fécondation.

La reproduction asexuée peut se faire par scissiparité*. Après séparation en deux parties de l'animal, un grand pouvoir de régénération permet d'obtenir deux nouveaux individus complets.

Vie associée

Parmi ses prédateurs figurent des cnidaires, des crustacés (crabes), des poissons et des opisthobranches (Chelidonura varians). L'utilisation de couleurs vives (couleurs aposématiques*) avertit pourtant que le ver plat est désagréable à manger en raison de la sécrétion de toxines.

Divers biologie

Le corps ne possède pas de cavité interne (acoelomate*), ni d'organes respiratoire et circulatoire organisés. La forme très aplatie augmente la surface de contact et permet la diffusion de l'oxygène et des nutriments à travers la peau.
Le système digestif incomplet comprend la bouche au centre du pharynx puis un intestin multisegmenté avec diverticules. La bouche est la seule ouverture qui sert pour l'ingestion (apport de nourriture) et pour l'évacuation des déchets non digérés. L'alimentation n'est donc pas continue.

Les ocelles* oculaires se trouvant dans une zone en fer à cheval, derrière les pseudo-tentacules antérieurs, constituent une source d'informations sensorielles sur l'environnement lumineux du plathelminthe.

Le système nerveux se résume aux ganglions cérébraux avec les taches oculaires et à des chaînes de ganglions dans le corps qui assurent la locomotion.
Ce ver plat serait capable d'apprentissage et les contenus mémorisés resteraient conservés après décapitation et régénération de la tête.

Informations complémentaires

La "ventouse" présente sur l'axe central de la face inférieure fonde l'appartenance de cette espèce au sous-ordre des Cotylés.

Problèmes de description :

  • La description par Hyman en 1959 de Acanthozoon nigropapillosum indique une surface supérieure noire avec des papilles blanches et une marge jaune. Elle fut faite sur un spécimen conservé en laboratoire et d'après les notes du collecteur (Migel, en 1953 en Micronésie).
  • En 1984, Faubel transfère l'espèce du genre Acanthozoon (ne possédant qu'un seul pénis) vers le genre Thysanozoon (genre qui possède un pénis double). Elle devient donc Thysanozoon nigropapillosum.
  • Leslie Newman, en 2003, utilise le nom de Thysanozoon sp2 pour des spécimens étudiés à Palau et Guam parce que les couleurs des papilles et de la marge sont l'inverse de la description initiale de Hyman et ne correspondraient donc pas à cette espèce.
  • Les photos de l'holothype*, au Smithsonian Museum of National History, montrent qu'hormis les couleurs inversées sur les papilles et la marge, tout le reste correspond bien à la description initiale d'Acanthazoon nigropapillosum : la forme, la disposition et la proportion en couleurs des papilles dorsales, de même que la largeur de la bande submarginale. Il est donc possible que la description initiale de Hyman soit erronée quant à l'indication respective des coloris. Il n'y a en effet à ce jour aucune espèce recensée de l'Indo-Pacifique central qui possède des papilles blanches avec une marge jaune.
  • En 2014, une re-description par Wei-Ban Jie, Shih-Cheich Kuo et Hin-Kiu Mok établit que l'espèce Thysanozoon nigropapillosum possède bien une marge blanche et une surface dorsale noire avec des papilles dont l'extrémité est jaune-orange.

Origine des noms

Origine du nom français

Ver plat : embranchement des Plathelminthes, du grec [platus] = aplati et du grec [helmins] = ver ;
ciel étoilé : mise en avant des points jaunes sur fond sombre, ce qui peut évoquer un ciel nocturne constellé d'étoiles.

Origine du nom scientifique

Thysanozoon : du grec [thusanos] = frange ; et [zôon] = animal ; donc littéralement : animal à frange.

nigropapillosum : du latin [nigro] = noir , et [papillosa]= bouton, pustule. Cela décrit les papilles noires sans évoquer la couleur jaune de leur extrémité.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Platyhelminthes Plathelminthes Vers plats à symétrie bilatérale, portant des organes des sens simples sur la tête, tube digestif à une seule ouverture ventrale. Nombreuses espèces libres ou parasites.
Classe Rhabditophora Rhabditophores Plathelminthes libres ou parasites.
Ordre Polycladida Polyclades Turbellariés à intestin très ramifié. Espèces de grande taille. Planaires marines.
Sous-ordre Cotylea Cotylés Polyclades caractérisés par la présence d’une ventouse ventrale permettant aux vers de se maintenir sur le fond.
Famille Pseudocerotidae Pseudocérotidés Corps ovale, lisse ou à papilles. Tentacules proéminents formés à partir de la marge.
Genre Thysanozoon
Espèce nigropapillosum

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