Thuridille de Hope

Thuridilla hopei | (Vérany, 1853)

N° 955

Méditerranée

Clé d'identification

Corps svelte, lisse et longiligne
Couleur générale bleutée à violette, voire noire
Parapodes repliés sur le corps en fourreau, d'où émerge la tête
Liseré orangé constant le long des parapodes suivi de 2 lignes colorées
Deux rhinophores céphaliques longs et robustes enroulés sur eux-mêmes

Noms

Autres noms communs français

Thuridille, thuridille splendide, élysie rayée, thuridille rayée

Noms communs internationaux

Hope’s elysia, thuridilla (GB), Farfalla di mare (I), Thuridilla (E), Thuridilla, gestreifte Flügelschnecke (D), Thuridilla, gestreepte vleugelslak (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Actaeon hopei Vérany, 1853
Elysia hopei Vérany, 1853
Elysia splendida Grube, 1861
Thuridilla splendida (Grube, 1861)

Distribution géographique

Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Cette espèce endémique* est présente dans toute la mer Méditerranée.

Biotope

Ce sacoglosse évolue depuis les premiers mètres jusqu'à parfois plus de 40 mètres de profondeur. Mais il fréquente de préférence les fonds rocailleux et bien éclairés où se développent les végétaux. On le retrouve souvent près d'algues brunes ou vertes.

Description

Ce mollusque de 10 à 25 mm a un corps long, lisse et fin. La thuridille possède, de chaque côté du corps, des parapodes* (ou parapodies), extensions latérales unies à l'arrière, venant se replier et se rejoindre sur le dos de l'animal. Concernant l'aspect général de cette espèce, les parapodes de la thuridille forment un fourreau allongé d'où émerge la tête.

La couleur de sa robe est, le plus souvent, bleue à violette. Mais elle a d'autres teintes comme verdâtre, grise, voire presque noire. Elle montre toujours plusieurs bandes (généralement 3) de couleurs variables en bordure haute des parapodes, dans l'axe du dos où ces parapodes se rejoignent.
La ligne de bordure, la plus extérieure, est quasiment toujours jaune ou orange (de rares individus montrent cette bande blanche). La présence de cette ligne est constante.
Deux autres bandes colorées sont visibles :
- une ligne intermédiaire, parallèle à la bordure jaune, est généralement bleue à vert d'eau et peut éventuellement être discontinue.
- la dernière bande parallèle, la plus intérieure, est blanche ou jaune, d'une nuance pouvant être sans rapport avec celle de la bordure.
Sur les flancs de l'animal, sur la partie inférieure des parapodes, on peut parfois observer des ponctuations jaunes ou blanches sous les lignes colorées. La base du pied est souvent margée de blanc également.
Ces différentes variations permettent de rencontrer des individus assez diversifiés du point de vue de la coloration (cf. photos).

En avant des parapodes, la tête porte deux rhinophores*. Ceux-ci sont assez longs (jusqu'à 4 mm), robustes et élargis au sommet, enroulés sur eux-mêmes. On peut observer, débouchant du fourreau des parapodes et empruntant les rhinophores, une marque blanche en V, plus ou moins diffuse et pouvant se répandre jusqu'à colorer l'ensemble de ces extensions céphaliques. Parfois, d'autres teintes diffuses (jaune, bleu ciel, noir...) viennent également colorer ces rhinophores.
A la base des rhinophores, en bordure de la marque blanche, on peut facilement remarquer deux petits points noirs. Ce sont les taches oculaires.

Espèces ressemblantes

Les confusions possibles sont restreintes car il n'y a pas d'espèce proche réellement similaire en coloris dans la zone de distribution.

Lorsqu'elle est bleue, un œil peu exercé peut éventuellement confondre la thuridille avec des représentants du groupe des "doridiens bleus" (Hypselodoris tricolor, H. fontandraui, H. villafranca, etc...) qui présentent des couleurs identiques et des motifs en lignes. Mais ces doridiens n'ont pas de parapodes latéraux (ils ont un dos plutôt plat), possèdent un panache branchial sur la partie postérieure du dos et des rhinophores lamellés sur la tête. Ils sont tous bien plus larges que l'élancée Thuridilla hopei.

Une espèce de céphalaspidés, Philinopsis depicta (Renier, 1807), peut également générer un doute car elle possède un corps parfois sombre, ainsi que des parapodes. Ceux-ci sont également bordés de deux lignes, orange et bleue et sont souvent ponctués de blanc. Mais cet animal est bien plus massif (60 mm !), moins élancé que la thuridille. Il ne fréquente que des fonds sablo-vaseux.

Alimentation

Thuridilla hopei est végétarienne. Elle est fréquemment retrouvée sur des algues vertes (notamment Cladophora vagabunda, Derbesia tenuissima, etc...) dont on suppose qu'elle se nourrit.
Comme la majeure partie des sacoglosses, Thuridilla hopei perfore les cellules de l'algue proie, grâce à sa radula* agissant comme une scie, un couteau, de façon à en aspirer le contenu.

Reproduction - Multiplication

L'espèce est hermaphrodite* et deux individus sont nécessaires à la reproduction. Le rapport est proximal et on rencontre souvent les couples procréant enlacés deux à deux dans une posture très explicite.
L'appareil reproducteur débouche sur le côté droit de l'animal, quasiment à la base arrière du rhinophore droit, ce qui implique ce contact tête contre tête des partenaires (même si les corps s'entremêlent). Le pénis, chose rare et notable chez les sacoglosses, est rouge vif !
La ponte est constituée par un fil torsadé orange à rouge, lui-même disposé en une large spirale dans le sens antihoraire. La couleur de la ponte s'affadit au fur et à mesure du développement embryonnaire. Ces pontes de thuridille sont souvent attachées à la base d'algues calcaires ou d'algues vertes comme Flabellia petiolata.
Le développement des larves est de type lécitotrophique*. C'est à dire que les larves se nourrissent des réserves contenues dans l'œuf (probablement la raison de l'affadissement progressif de la couleur de la ponte). Au bout de quelque temps, une vingtaine de jours à 21°C, les larves véligères* écloront et leur développement se poursuivra jusqu'au stade adulte.

Vie associée

L'espèce a une relation symbiotique partielle avec les végétaux dont elle se nourrit. En effet, on sait que Thuridilla hopei conserve les chloroplastes* fonctionnels des algues qu'elle mange (kleptoplastie*) et que ces cellules, durant une certaine période, peuvent apporter à l'animal des éléments résultants de la photosynthèse* [Marín & Ros 1989].
Outre ces chloroplastes, métaboliquement utiles, Thuridilla hopei "vole" également les substances défensives du végétal (des diterpernoïdes de l'algue verte que choisit en priorité le sacoglosse et qu'il modifie) et s'en sert comme forces de dissuasion envers les prédateurs potentiels.

Divers biologie

Les sacoglosses ont recours généralement à trois moyens de défense : la dissimulation, la sécrétion acide et la prévention. Celle-ci se fait grâce à la coloration assez voyante, à des motifs repérables et cette fonction est dite aposématique* c'est-à-dire qu'elle veut informer d'éventuels prédateurs que l'animal est "immangeable". En effet, la thuridille récupère les éléments toxiques des cellules végétales de ses proies et possède des glandes dorsales spécifiques produisant des sécrétions acides. Mais ceci ne la protège pas complétement.
On peut alors noter qu'elle présente une livrée proche des nudibranches doridiens bleus comme Hypselodoris fontandraui ou H. tricolor qui, eux, sont indigestes et n'ont pas vraiment de prédateur connus. En résumé : si la thuridille se défend en sécrétant de l'acide, elle reste néanmoins comestible pour certains prédateurs, contrairement aux doridiens dont elle emprunte les motifs et couleurs (mimétisme batésien*), bénéficiant ainsi de leur immunité.

A l'instar des autres sacoglosses, Thuridilla hopei a une radula* constituée d'un simple rang de dents. Cette radula est adaptée à l'alimentation par percement de la paroi cellulaire des algues et succion des fluides internes. Les sacoglosses n'ont pas de mâchoire.
La forme des dents radulaires reste aujourd'hui l'un des meilleurs critères de différenciation dans la systématique des sacoglosses. Il est à noter que la distinction entre les genres Thuridilla et Elysia peut être effectuée grâce à la morphologie des dents.

Comme chez tous les opisthobranches, les rhinophores sont des organes chémorécepteurs* permettant de détecter les molécules chimiques présentes dans l'environnement (nourriture, congénères...) et les mouvements d'eau (courants ou présence d'un ennemi potentiel).

Les taches oculaires sont des yeux rudimentaires. Ces organes ne sont probablement pas à même de former des images et permettent simplement une différenciation ombre/lumière et peut-être clair/foncé.

Si certaines espèces d'opisthobranches portant des parapodes en forme d'ailes sont capables de "nager" (Aplysia sp., Gastropteron rubrum...) et même si certaines publications ou certains sites estiment que cela est possible pour notre espèce, il semble peu probable que Thuridilla hopei puisse réellement adopter ce mode de déplacement au stade adulte ! Mais si vous constatez de visu cette faculté, n'hésitez pas à prévenir DORIS !

Comme tous les sacoglosses, la thuridille ne possède pas de panache branchial, ni aucune coquille (interne ou externe).
La respiration se fait au travers du tégument.

Informations complémentaires

On trouve parfois dans la littérature l'ordre des Ascoglosses en lieu et place de Sacoglosses. Il ne s'agit pas d'une faute de frappe mais d'un synonyme senior de Sacoglosses !

Origine des noms

Origine du nom français

Thuridille de Hope : simple traduction du nom scientifique.
Elysée rayée : l'élysie (premier nom de genre de la thuridille) montre un liseré de plusieurs couleurs bordant les parapodes, sur l'axe du dos.

Origine du nom scientifique

Thuridilla : on peut suggérer que ce genre, créé par Bergh en 1872, provient de la même source que plusieurs de ses noms de genre, à savoir la saga nordique : "The Story of Burnt Njal" (Njal's Saga), originellement écrite en islandais vers le XIIIème siècle et qui évoque la vie en Islande au Xème siècle. Nous y trouvons un personnage se nommant Thurida. Notons que l'on côtoie également dans cet ouvrage Hallgerda et Jorunna dont on pourrait penser qu'ils sont la source d'autres noms de genres de Mollusques Opistobranches (Halgerda et Jorunna) créés par le même Bergh. Hypothèse à confirmer.

hopei : Espèce dédiée au Révérend Frederick William G. Hope (1797-1862). C'est l'un des rares entomologistes dont le nom a été employé en systématique de la faune marine. F.W. Hope était un riche et célèbre entomologiste amateur qui a tenu une chaire à Oxford. Sa seule incursion dans le domaine marin a été l'élaboration d'un catalogue de crustacés, son "Catalogo dei Crostacei Italiani", publié à Naples en 1851.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Sacoglossa Sacoglosses Coquille à paroi fine et en forme d’œuf ou de 2 valves, ou absente. Les espèces sans coquille sont pourvues de parapodies ou de cérates. 2 paires ou pas de tentacules sur la tête (rhinophores en tube).
Famille Elysiidae Elysiidés Pas de coquille. Une paire de tentacules auriculés. Pas de voile tentaculiforme. Pied parfois divisé transversalement par un sillon. Parapodies dressées ou étalées.
Genre Thuridilla
Espèce hopei

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