Taret commun

Teredo navalis | Linnaeus, 1758

N° 2612

Cosmopolite

Clé d'identification

Tube calcaire (à l'intérieur lisse) dans un morceau de bois
Mollusque bivalve vermiforme
Longueur courante comprise entre 120 et 200 mm
Valves comportant trois lobes distincts
Grandes apophyses par rapport à la taille de la coquille
Coquille couvrant l'animal sur moins de 1/10 de sa longueur

Noms

Noms communs internationaux

Great taret, shipworm, naval shipworm (GB), Pfahlwurm, Schiffsbohrwurm, Holzbohrmuschel, Bohrmuschel, Bohrwurm (D), Paalworm, gewone paalworm (NL), Pæleorm (DK), Corc marí (Catalan), Broma (E), Pelemark, Peleskjell (Ng), Skeppsmask (S), Laivamato (Finnois)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Calmitas navium (Linnaeus, 1758)
Pholas teredo O.F. Müller, 1776
Serpula teredo DaCosta, 1778
Teredo batavus Spengler, 1792
Teredo vulgaris Lamarck, 1801
Teredo sellii van der Hoeven, 1850
Teredo marina Jeffreys, 1860
Teredo navalis var. occlusa Jeffreys, 1865
Teredo japonica Clessin, 1893
Teredo beachi Bartsch, 1921
Teredo beaufortana Bartsch, 1922
Teredo morsei Bartsch, 1922
Teredo novangliae Bartsch, 1922
Teredo sinensis Roch, 1929
Teredo pocilliformis Roch, 1931
Teredo austini Iredale, 1932

Distribution géographique

Cosmopolite

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Caraïbes, Indo-Pacifique

L'espèce Teredo navalis est présente sur toutes les côtes françaises de la mer du Nord, en Manche (mis à part la péninsule du Cotentin où cette espèce n'a pas été vue), en Atlantique et jusqu'en Méditerranée.
Elle est rencontrée aussi sur la côte atlantique Est, des USA jusqu'au golfe du Mexique.
Cette espèce est très probablement cosmopolite de toutes les mers et océans tempérés.

Biotope

Teredo navalis vit dans le bois qu'il colonise en y creusant des galeries appelées aussi terriers. Il y sécrète du calcaire dont il recouvre la paroi sur des épaisseurs variant de 0,12 à 0,6 mm. Les galeries s'élargissent au fur et à mesure de la croissance de l'animal si bien qu'il s'y trouve prisonnier ou protégé.
On le trouvera dans un grand nombre d'ouvrages réalisés dans de multiples espèces de bois en contact permanent avec l'eau de mer comme les coques de navire, les ouvrages portuaires quais et digues ainsi que sur les bouchots, pignots etc.
Espèce euryhaline*, elle supporte des variations de salinité de 35 à 12 grammes de sel par litre d'eau et aucun individu ne survit en dessous de 5 grammes par litre. Cette espèce supporte des températures comprises entre 0,7 à 36 °C.
On trouve cette espèce entre 0 et 150 m de profondeur.

Description

La première chose que l'on voit, c'est un (ou plusieurs) tube calcaire de section circulaire dans un morceau de bois. Ce tube, lisse à l'intérieur, appartient à un mollusque bivalve vermiforme*, (mais ce n'est pas un ver). Il a une couleur variant du brun clair à rougeâtre. Son corps est cylindrique, d'une longueur courante comprise entre 150 et 200 mm avec des individus pouvant atteindre les 500 mm et exceptionnellement 600 mm pour un diamètre courant de 5 à 6 mm avec un maximum de 10 mm.
L'avant de l'animal porte deux valves calcaires triangulaires blanches, recouvertes d'un très fin périostracum*. Cette coquille bivalve globalement cylindrique plus large que longue ne recouvre son extrémité antérieure que sur moins du dixième de sa longueur de l'animal et n'a pour seule fonction que le forage de la galerie.
Chaque valve est composée de trois lobes* : antérieur, médian et postérieur.

  • Le lobe antérieur est garni de stries droites et parallèles pourvues de dents (4 000) et comporte une grande apophyse* droite en rapport à la taille de la coquille où vient s'insérer le muscle adducteur. Ce muscle puissant forme ventouse et sert d'ancrage à l'animal lors des périodes de forage de la galerie.
  • Le lobe médian est partagé en deux parties. Le côté antérieur comporte des stries droites plus resserrées que sur le lobe antérieur et des stries courbes sur le côté postérieur et est garni également de dents (10 000).
  • Le lobe postérieur est en forme d'oreille.

Les deux valves pivotent autour d'un axe dorso-ventral.
L'extrémité postérieure (l'arrière) est terminée par les siphons* (inhalant et exhalant). Ils débouchent sur l'extérieur par le point d'entrée d'environ 0,5 à 0,6 mm de diamètre réalisé par la larve*. Elle s'y est fixée avant de grandir et de commencer son travail de forage. Sur cette extrémité il y a également deux palettes calcaires, en forme de pagaie terminée par une sorte de bec de canard. Par cette ouverture l'animal sort ou rétracte ses siphons et ses palettes. Ces dernières une fois rentrées bouchent hermétiquement la cavité où vit le taret. Les palettes et la coquille sont d'importants caractères d'identification.
Les branchies* sont étalées sur plus de la moitié de la longueur de l'animal côté postérieur c'est-à-dire côté des siphons.

Espèces ressemblantes

Nototeredo norvagica (Spengler, 1792) : tube calcaire avec de petites cloisons à l'intérieur. Palette en forme de pagaie, atteignant sa plus grande largeur à l'extrémité distale et s'effilant à l'extrémité proximale, tige apparente sur presque toute la longueur de la lame.

Lyrodus pedicellatus (Quatrefages, 1849) : les palettes sont constituées d'une base calcaire recouverte d'un vaste périostracum (alors que chez Teredo elles sont uniquement calcaires).

Bankia setacea (Tryon, 1863) : les palettes des Bankia sont constituées de petits cônes emboîtés les uns dans les autres au bout d'une hampe.

Vu le nombre d'espèces de tarets présentes dans les eaux métropolitaines (au niveau mondial : 15 genres, 74 espèces), il est illusoire de vouloir déterminer une espèce précisément sans étudier tous les caractères dont les palettes.

D'autres bivalves, de la famille des Pholadidae (appartenant aux genres Martesia et Xylophaga), peuvent forer des galeries dans le bois mais elles ne sont pas tapissées de calcaire.

Alimentation

Le mollusque utilise les dents présentes sur la coquille pour râper le bois et agrandir lentement, en longueur, le tube où il vit. Les particules de bois sont conduites à la bouche par des cils.
Le bois est sa nourriture principale : Teredo navalis est donc d'abord un xylophage*.
Afin de pouvoir digérer la cellulose du bois le taret utilise des enzymes sécrétées par des bactéries symbiotiques* fixatrices d'azote présentes dans les branchies (dans des structures appelées autrefois glandes de Deshayes). Les composés azotés fournis par les bactéries permettent de compenser la faible teneur en protéines du bois. Les plus gros fragments de bois sont rejetés (pseudo-fèces) lors de contractions du siphon inhalant.

Les tarets peuvent également se nourrir des particules en suspension dans l'eau. Le plancton* est aspiré par le siphon inhalant puis est capturé par les branchies et conduit vers les palpes* labiaux puis la bouche par un sillon alimentaire cilié.
Les parts de bois et de plancton consommés varient selon les espèces, la saison et probablement d'autres facteurs comme l'âge de l'animal. Toutefois quand la croissance cesse par manque d’espace, l’animal enfermé peut continuer à vivre en se nourrissant uniquement de plancton comme les Pholadidés.

Reproduction - Multiplication

Teredo navalis est une espèce hermaphrodite* protandre*, c'est-à-dire qu'à maturité elle est d'abord mâle puis devient femelle (un hermaphrodisme fonctionnel peut être observé temporairement avant la phase femelle). La reproduction peut s'effectuer quand l'eau dépasse 11 °C.
L'émission des gamètes* mâles se fait dans l'eau, ils sont capturés par les femelles à l'intérieur desquelles a lieu la fécondation. Les œufs sont incubés au niveau des branchies*. Ces organismes sont donc vivipares* (certaines espèces sont ovipares*).
Ensuite il y a une phase larvaire véligère* libre, planctotrophique* variant de 15 à 20 jours en fonction de la température et de la nourriture disponible.

La fécondité des tarets est très élevée et leur durée de vie est estimée à trois ans maximum.
La maturité sexuelle des tarets dans nos régions survient vers 6 mois.
En Atlantique les larves sont rencontrées de juin à novembre.

Quand la larve véligère* se pose sur un support, elle ne s'y attache par un byssus* que si la surface est en bois. Seuls les constituants du bois déclenchent la métamorphose. Chaque larve creuse, alors, une petite cavité dans laquelle elle subit une métamorphose rapide pour devenir un jeune taret fonctionnel.

Vie associée

Cette espèce est toujours rencontrée dans les bois immergés de longue date. De multiples essences naturelles sont utilisées pour les constructions marines et peu d'entre elles échappent à leur râpe. Par contre dans une même pièce de bois il est tout à fait possible de trouver plusieurs espèces de tarets et d'autres espèces xylophages.
À leur mort les galeries peuvent être occupées par d'autres organismes comme des annélides polychètes, des crustacés etc. et ce jusqu'à la destruction complète du bois.

Parmi les autres organismes marins xylophages* peuvent être également observés des isopodes Limnoriidés comme Limnoria lignorum (Rathke, 1799) (certainement l'espèce la plus commune) souvent accompagnée de Chelura terebrans Philippi, 1839 et de nombreuses autres espèces. Ces petits crustacés ne consomment pas directement le bois, ce sont les associations de bactéries et de champignons qui décomposent les constituants du bois.
De nombreux organismes peuvent vivre avec les tarets: des cnidaires, des gastéropodes et des copépodes parasites.

Divers biologie

Le taret dans son tube peut respirer grâce aux deux siphons inhalant et exhalant rétractables qu'il peut sortir à l'extérieur du tube. Lorsqu'il est menacé, il peut les rétracter et les protéger en bouchant l'orifice de la galerie avec une paire de palettes calcaires en forme d'aviron.

La coquille n'a plus de fonction protectrice puisque l'animal vit dans un tube calcifié dans le bois. Son rôle est de râper le bois. Pour cela le taret prend appui sur son pied et provoque le basculement de sa coquille, fermement appliquée contre le bois. L’humidité permanente des parois lubrifie et refroidit les valves pendant le raclage des parois. La présence de bactéries et de champignons peut probablement participer à la désintégration du bois. La galerie creusée est recouverte entièrement d'un revêtement calcaire sauf à l’extrémité du forage.

Les tarets jouent un rôle écologique important en tant qu'agents principaux de la minéralisation des matières végétales cellulosiques dans des milieux marins et saumâtres peu profonds (<150 m).

Informations complémentaires

Très tôt l'homme a été confronté aux dégâts provoqués par les tarets. Pendant la période antique, les coques étaient enduites de goudron. (Christophe Colomb a dû naviguer avec des navires envahis par les tarets). A partir du 18e siècle, des plaques métalliques (de cuivre) ont été fixées sur les coques des navires. Actuellement les dégâts des tarets concernent toutes les structures en bois immergées (ouvrages portuaires, supports pour la conchyliculture, etc.).

En cas de danger les tarets peuvent obturer leur extrémité débouchant sur l'extérieur par plaquage de leurs palettes et rester ainsi à l'abri pendant plusieurs semaines. Les tarets dans leurs galeries sont ainsi protégés contre la dessiccation et les variations de salinité. En utilisant un métabolisme particulier à partir du glycogène produit par la digestion de la cellulose, ils pourraient survivre, en conditions anaérobies (en l'absence d'oxygène), quelques semaines.

L'amenée en eau douce des navires nécessitait une mise en quarantaine de plusieurs jours à plusieurs semaines pour obtenir une certaine efficacité. Cela a été fait pendant plusieurs siècles en mer Baltique dans des zones où la salinité descendait très en dessous de 12 g/L d'eau de mer et aucun taret ne survivait quand la salinité descendait en dessous de 5 g/L. C'est pourquoi de grandes épaves se trouvant au fond de cette mer depuis plusieurs siècles ont encore leur bois en relativement bon état.

La mise au sec des navires peut s'avérer efficace mais crée d'autres dommages aux structures du fait du déssèchement.

La lutte chimique et biochimique est peu efficace face aux tarets, tout au plus les peintures antifouling retardent le travail de forage. D'autres mesures chimiques ont été tentées mais leur impact sur l'environnement s'est avéré extrêmement néfaste et elles ont dû être abandonnées.

Le réchauffement climatique et l'augmentation du trafic marchand sont favorables à la colonisation entière de la mer Baltique et donc complètement défavorables à la conservation des épaves.

Origine des noms

Origine du nom français

Taret vient du latin teredo.
commun : désigné comme «commun» car fréquemment observé sur les côtes françaises.

Origine du nom scientifique

Teredo : du latin [terebra] = tarière, foret, vrille, [tero] = frotter, user, percer. Teredo : "ver" qui ronge le bois "Plin. 16, 182".

navalis : du latin [navis] = de vaisseaux, de navire, relatif aux navires, naval.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Bivalvia / Lamellibranchia / Pelecypoda Bivalves / Lamellibranches / Pélécypodes Mollusques aquatiques, filtreurs, au corps comprimé latéralement. Coquille composée de 2 valves articulées disposées de part et d’autre du plan de symétrie. Absence de tête, de pharynx, de radula et de glande salivaire.
Ordre Myoida ou Myida Myoïdes

Bivalves fouisseurs à coquille mince et aux siphons très développés. Charnière généralement édentée ou avec 1 ou 2 dents. Coquille non nacrée. Chondrophore présent.

Famille Teredinidae Teredinidés

Corps allongé comme celui d'un ver, enfermé dans un tube calcaire rétréci en arrière. Les valves très petites, à trois plans, ne recouvrent que la partie antérieure du corps. Siphons courts, qui se ferment par deux pièces calcaires allongées (les palettes). Creusent le bois et font des dégâts considérables. Lindner 1999 p170.

Genre Teredo
Espèce navalis

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