Crevette cavernicole jaune

Stenopus spinosus | Risso, 1827

N° 1195

Atlantique Est et Méditerranée

Clé d'identification

Crevette épineuse, jusqu’à 7 cm
Couleur uniforme jaune ou orangée
Antennes blanches 3 fois plus longues que l’animal
Grosses pinces au niveau de la 3e paire de pattes
Dans les fissures profondes et les grottes

Noms

Autres noms communs français

Crevette cavernicole, crevette épineuse, crevette nettoyeuse, crevette nettoyeuse de poissons, crevette orange, crevette sténopus

Noms communs internationaux

Orange shrimp, golden coral shrimp, spiny shrimp, Mediterranean boxer shrimp, golden shrimp (GB), Alifantozza rossa, gambero meccanico (I), Camaròn espinoso (E), Mittelmeer-Scherengarnele (D), Camarão-espinhoso (PT)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Byzenus scaber Rafinesque, 1814
Stenopus scaber (Rafinesque, 1814)

Distribution géographique

Atlantique Est et Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

On trouve cette espèce dans l’Atlantique oriental tempéré et tropical, entre 40° N et l’équateur : Portugal, Madère, Açores, Canaries, Maroc, Cameroun, Congo, et dans toute la Méditerranée : mer d’Alboran, côtes de France (Nice est la station type), Adriatique, mer Ionienne, mer Egée, bassin du Levant.
Les signalements anciens de mer Rouge sont erronés et correspondent à une autre espèce.

Biotope

Stenopus spinosus se rencontre à des profondeurs comprises entre 1,5 m et 690 m. A faible profondeur, cette crevette se trouve toujours sur des fonds durs. Pendant la journée, elle est cachée dans les fentes, les fissures, les interstices des gros galets, les grottes, les trous à congre ou à murène, le coralligène, les récifs profonds, les zones à corail rouge. La nuit, elle peut s’aventurer à découvert à proximité de sa cachette.
Dans les zones profondes non accessibles aux plongeurs, elle a été signalée sur des fonds meubles (ou bien elle pourrait y habiter dans des terriers ?).

Description

Cette crevette est relativement grosse et peut atteindre 75 mm de longueur. Le rostre* est droit et aussi long que la moitié de la carapace* ; il est muni de huit à treize dents dorsales et de cinq à neuf dents ventrales.
La carapace et le reste du corps sont couverts d’épines dirigées vers l’avant. Sur les trois derniers segments de l’abdomen on trouve des rangées transversales de petites épines ou "spinules".
Les yeux portent une couronne de spinules. Les antennules et les antennes sont très longues (jusqu’à trois fois la longueur du corps). La troisième paire de pattes est très développée et constitue les pinces principales. Les pinces de la première et deuxième paires de pattes sont beaucoup plus petites.
L’animal a une couleur générale assez uniforme, jaune, orangée ou rouge doré, légèrement transparente ; la moitié postérieure de l’éventail caudal est rouge avec la partie centrale (telson*) blanche. Les antennes sont blanches (orangées à la base). Les grosses pinces sont orangées-opaques, avec les doigts blancs.
Les œufs sont jaunes.

Espèces ressemblantes

De par son allure générale, ses grosses pinces à la 3e paire de pattes, sa coloration et son habitat, cette espèce ne peut être confondue avec aucune autre en plongée en France.
En zone tropicale, il existe d’autres espèces du même genre comme par exemple Stenopus hispidus.
Huit espèces de Sténopodidés appartenant à d’autres genres se rencontrent en Europe. La quasi-totalité de ces espèces ne sont connues que par quelques rares spécimens de petite taille (10 à 20 mm) provenant de profondeurs bien supérieures à celles fréquentées par les plongeurs (de 330 à 1 721 m). Seule Odontozona addaia Prerus, 1990 trouvée dans une grotte à 5 m aux Baléares peut éventuellement être rencontrée en plongée.

Alimentation

C'est une crevette nettoyeuse de poissons. Elle pourrait donc consommer des ecto-parasites et des desquamations qu’elle va chercher sur la peau des espèces nettoyées, ainsi que les restes de repas de ces mêmes poissons. Elle est également signalée comme pouvant errer la nuit et consommer des organismes libres comme vers, larves, mollusques, et crustacés.

Reproduction - Multiplication

Peu de données sont disponibles : en Méditerranée, on signale des femelles ovigères* d’avril à novembre. Elles portent leurs œufs sur les pléopodes* (appendices abdominaux) jusqu’à l’éclosion des larves.
Le premier stade larvaire est de grande taille, a un rostre relativement long, et des épines dorsales sur les segments abdominaux 3, 5 et 6. Il y a au moins cinq stades zoé* planctoniques avant la métamorphose. La morphologie des juvéniles n’est pas bien connue.

Vie associée

Comme les crevettes monégasques (Lysmata seticaudata) et les grands bouquets (Palaemon serratus), les crevettes cavernicoles jaunes se rencontrent souvent dans les mêmes trous, ou à proximité immédiate des congres (Conger conger) et des murènes (Muraena helena) qui les tolèrent. Les observations de crevettes cavernicoles jaunes effectivement en position ou en action de nettoyage sont rares.
Le sar commun (Diplodus sargus) a fait l’objet d’une observation d’une crevette en position de nettoyage à l’avant du poisson, tout comme l'apogon rouge (Apogon imberbis).
Occasionnellement, la crevette cavernicole jaune a été observée et photographiée à proximité d’autres espèces comme la castagnole (Chromis chromis), ou le faufré noir (Grammonus ater) sans qu’une relation privilégiée soit réellement établie.

Divers biologie

La biologie de cette espèce est assez mal connue. C'est un animal lent et maladroit, semblant vulnérable à découvert. De jour elle est cachée ; de nuit, elle peut s’aventurer à l’entrée de son repaire. Animal plus ou moins grégaire : il n’est pas rare d’avoir plusieurs individus dans la même fissure (couples ?). Ces crevettes tiennent souvent les pinces largement écartées en demi-cercle et relevées en avant (d’où le nom anglais « boxer shrimp ») ; elles se tiennent souvent sur les parois ou "à l’envers’’ sur les plafonds des grottes ou des fissures.

Informations complémentaires

Cette espèce était considérée à tort, comme rare. Dans la mesure où elle a des mœurs crépusculaires ou nocturnes, les plongeurs l’observent souvent, surtout la nuit. Elle semble particulièrement commune sur les côtes de Provence-Côte d’Azur. Il convient d’éviter une trop forte fréquentation des grottes qu’elle affectionne tout particulièrement. En effet, les grottes sont des milieux sensibles qu'il faut ménager et respecter.



Fiche MNHN/DORIS.

Origine des noms

Origine du nom français

Crevette cavernicole jaune se réfère à la fois à l’habitat dans les grottes et à sa couleur habituelle.

Origine du nom scientifique

Stenopus : du grec [steno] grêle, étroit, fin et [pous] pied : ce nom fait référence aux pattes fines de cette crevette.
spinosus : (latin) signifie épineuse.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Eumalacostraca Eumalacostracés Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax.
Super ordre Eucarida Eucarides Présence d'un rostre.
Ordre Decapoda Décapodes La plupart marins et benthiques. Yeux composés pédonculés. Les segments thoraciques sont fusionnés avec la tête pour former le céphalothorax. La première paire de péréiopodes est transformée en pinces.  Cinq paires d'appendices locomoteurs (pinces comprises).
Sous-ordre Stenopodidea Sténopodides Les Sténopodidés sont proches des Caridés, mais leur 3ème paire de chélipèdes est bien plus grande. La carapace est souvent épineuse. Espèces nettoyeuses de poissons.
Famille Stenopodidae Sténopodidés
Genre Stenopus
Espèce spinosus

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