Spirographe

Sabella spallanzanii | (Gmelin, 1791)

N° 403

Manche, Atlantique et Méditerranée

Clé d'identification

Tube long jusqu'à 60 cm et souple
Double panache spiralé
Panache se rétractant à la moindre alerte (contact, courant, lumière)

Noms

Autres noms communs français

Ver d'anémone, ver à panache de roche

Noms communs internationaux

Spiral tube-worm (GB), Verme fiocco, ombrelle di mare (I), Plumero de mar (E), Schrauben Sabelle (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Spirographis spallanzanii Viviani, 1805 (ce nom est toujours fréquemment utilisé dans la littérature naturaliste)

Distribution géographique

Manche, Atlantique et Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Cette espèce est trouvée de la surface à 40 m de profondeur. Elle est largement présente en Manche, Atlantique ainsi qu'en Méditerranée.
En 1965, elle a été introduite accidentellement en Australie, dans le sud-est, probablement à partir des eaux de ballast d'un bateau. Depuis, elle a colonisé toutes les côtes tempérées froides sud australiennes et la Tasmanie. Aujourd'hui, le spirographe a été également observé en Nouvelle-Zélande, à Java (Indonésie) et au Brésil.

Biotope

Ce ver est une espèce sessile* benthique qui vit dans un tube fixé sur le fond. Il colonise les fonds rocheux mal éclairés mais aussi les fonds meubles, les sables et les vases des zones portuaires aux eaux riches en matière organique et en plancton.
Il se place souvent dans les zones de fort courant.

Description

Le spirographe est un ver annelé tubicole vivant dans un tube mou formé d'un mucus sécrété par l'animal et de vases agglutinées.
Le corps est formé de segments (jusqu'à 200) et n'est pas fixé au tube si bien que l'animal peut parfois en sortir.
Un panache de filaments (jusqu'à 300 soies) bigarrés et rayés de blanc de jaune ou de brun, fixé sur l'article en avant de la bouche, sort du tube et se rétracte à la moindre alerte.
Ce panache est constitué de deux lobes dont l'un s'enroule en hélice.
Le tube et le panache sont les deux seules parties visibles.
Le panache branchial spiralé qui dépasse du tube a un rôle respiratoire et constitue des branchies externes.
D'autre part ce panache a un rôle alimentaire en piégeant les particules en suspension dans l'eau. L'animal peut récupérer ou rejeter les particules prises.
La taille du tube varie de 30 à 60 cm avec un diamètre allant de 10 à 25 mm.
Sabella spallanzanii est le plus grand ver tubicole de nos côtes.
La taille du panache peut atteindre un diamètre de 15 cm, le nombre de spires du panache varie avec l'âge, de 1 pour un juvénile à 6 pour un ver adulte.

Espèces ressemblantes

Sabella pavonina : la sabelle peut être prise pour un spirographe ; mais chez cette espèce le panache est simple et n'est pas spiralé.

Alimentation

Le spirographe est un consommateur suspensivore* microphage. Des bandelettes ciliées acheminent la nourriture le long de l'axe du panache où s'effectue un tri. Les particules les plus grosses sont rejetées.
Ce qui est comestible (algues, bactéries, plancton) est ingéré, ce qui ne l'est pas est excrété vers la base du tube puis expulsé vers le haut par une gouttière ciliée.

Reproduction - Multiplication

Les spirographes sont gonochoriques* (sexes séparés). La taille minimale des individus matures est de 150 mm (sans la couronne). Le sex-ratio est de 1:1. Cette espèce est ovipare*. Les ovocytes nécessitent 9 mois de maturation et atteignent la taille de 250 μm. La fécondation est synchrone entre les individus, il n'est pas clair si elle est interne dans le cœlome de la femelle ou si elle a lieu dans son tube. Les femelles de grande taille peuvent porter 50 000 œufs. Les œufs sont englués dans un mucus et sont expulsés via le canal excréteur quand la température de l'eau se situe entre 11 et 14 °C (observé en février en Méditerranée).
La transformation en larves ciliées nageuses trochophores* est rapide (moins de 36 h après l'expulsion). La vie pélagique* des larves est longue (environ 3 semaines), puis les larves s'installent sur le substrat*. Le tube muqueux apparaît au bout d'une dizaine de jours et atteint 1 mm de longueur au bout d'un mois.

Vie associée

Il est fréquent de rencontrer sur le spirographe un nombre d'épibiontes* qui se fixent sur le tube, comme des hydraires, ascidies, algues…

Un copépode, Sabelliphilus elongatus, vit sur le spirographe.

Divers biologie

Il est assez facile de voir ressortir le panache de ces vers à condition d'être patient ...
Prédateurs :
La dorade Sparus aurata et certains sparidés sont des prédateurs connus de cette espèce.
Certains vers némertiens sont aussi des prédateurs comme Tubulanus annulatus et Tubulanus superbus.

Informations complémentaires

Pêche :
Ce ver est utilisé comme appât et esche de choix pour la dorade.
Il est à remarquer que la récolte est difficile sur parois rocheuses et le spirographe est une espèce menacée sur la côte méditerranéenne, aussi les prélèvements se doivent d'être modérés.

Origine des noms

Origine du nom français

Spirographe : de l'ancien nom de genre Spirographis. Selon certains, ce nom de genre vient du latin [spirare ] = respirer et du grec [graphis] = stylet, pinceau. Ce mélange de racines grecques et latines désignerait donc un ver « qui respire au moyen de branchies en panache ».
Mais quand on a eu la patience de guetter un spirographe rétracté, de le laisser s'épanouir sans le tripoter et de le voir déployer à contre-jour le magnifique dessin à double révolution de son panache branchial, on préfère imaginer que Viviani s'est inspiré du grec [speira] = enroulement, spirale et [graphein] = tracer, dessiner : ce ver dessine des spirales !

Origine du nom scientifique

Sabella : du latin [sabulum] = sable : cet animal vit enfoncé dans le sable ou le gravier.
Spallanzanii : en hommage à Lazzaro Spallanzani, physiologiste italien (Modène, 1729 - Pavie, 1799), professeur de sciences naturelles à l'Université de Modène.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Annelida Annélides Vers segmentés (annelés) à section cylindrique, à symétrie bilatérale constitués d’anneaux identiques. Le premier segment porte la bouche et le dernier l’anus. Nombreuses formes marines, dulcicoles ou terrestres, libres ou parasites.
Classe Polychaeta Polychètes

Annélides marines. Chez les espèces non tubicoles, chaque anneau, hormis la tête et la queue, porte des excroissances locomotrices (les parapodes) munies de touffes de soies chitineuses rigides. Chez la plupart des espèces, la tête porte plusieurs organes sensoriels, des mâchoires, et souvent un panache branchial coloré. Animaux libres, galéricoles ou tubicoles.

Sous-classe Sedentaria - Canalipalpata Annélides polychètes sédentaires - Canalipalpata

Annélides polychètes sédentaires vivant dans des tubes ou des terriers semi-permanents, avec une paire de palpes creusés d'un sillon longitudinal cilié.

Ordre Sabellida Sabellides

Métamérie très altérée, corps divisé en deux régions distinctes, une thoracique à segments peu nombreux et une abdominale à segments très nombreux. Prostomium indistinct et peristomium faisant une collerette plus ou moins développée, entière ou divisée en lobes, branchies volumineuses (2 lobes semi-circulaires ou spiralés portant de nombreux filaments ou rayons garnis de barbules ciliées) en panache terminal disposé en entonnoir entourant la bouche.

Famille Sabellidae Sabellidés

Dans des tubes de mucoprotéines à paroi mince avec ou sans vase, sable ou débris de coquille, la plupart du temps flexibles. Pas d'opercule. Panache coloré, de grande taille aux radioles en forme de plume formant une couronne symétrique.

Genre Sabella
Espèce spallanzanii

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