Moule commune

Mytilus edulis | Linnaeus, 1758

N° 581

Atlantique, Méditerranée, Manche, Baltique et mer du Nord. Peut-être cosmopolite.

Clé d'identification

Deux valves symétriques, oblongues, noir-bleuâtre, parfois brunes
Stries de croissance visibles à l’extérieur
Intérieur blanc nacré, aux bords bleu foncé
Manteau orange, aux bords brun-jaune, festonnés
Filaments de fixation qui sortent de la coquille : le byssus

Noms

Autres noms communs français

Moule bleue, moule comestible, moule de bouchot, moule bretonne, moule de Hollande, moule d’Atlantique

Noms communs internationaux

Blue mussel (GB), Cozza, mitilo, musculo (I), Mejillón común(E), Muschel (D), Mossel (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Mytilus pellucidus Pennant 1777
Mytilus vulgaris da Costa 1778
Mytilus abbreviatus Lamarck 1819
Mytilus retusus Lamarck 1819
Mytilus notatus de Kay 1843
Mytilus minganensis Mighels 1844
Mytilus petasunculinus Locard 1886
Mytilus trigonus Locard 1889
Mytilus spathulinus Locard 1889

Distribution géographique

Atlantique, Méditerranée, Manche, Baltique et mer du Nord. Peut-être cosmopolite.

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

Atlantique Ouest : de l’océan Arctique à la Caroline du Nord.
Estuaire et golfe du Saint Laurent.
Côtes européennes de l’Atlantique Est.
Toute la Méditerranée, bien qu’alors plus rare que Mytilus galloprovincialis.
Manche, mer du Nord et mer Baltique.
Certains guides indiquent même que la moule comestible est répandue dans le monde entier.

Biotope

Elle vit en zone intertidale*, souvent dans le ressac, et dans les eaux peu profondes, jusqu’à 10 m environ, où elle se fixe sur différents supports fermes : fonds rocheux, pierres, pilotis, mouillage, coques de bateau. En Atlantique, on peut la retrouver un peu plus profond. Elle peut aussi s’installer sur fonds vaseux, dans les estuaires ou les ports.
La croissance de la moule dépend de la salinité et de la température de l’eau, ainsi que de la nourriture disponible. L’idéal serait entre 10 °C et 20 °C, avec une salinité allant de 12 à 38 ‰. Elle ne peut plus vivre si la température de l’eau dépasse 27 °C.
Dans la zone haute de l’estran*, les moules seront petites et clairsemées : en effet, elles doivent être immergées au moins 75 % du temps pour se développer normalement. Dans la zone médiane, elles sont dans leur élément et laissent peu de place aux autres vies fixées. Enfin, plus bas, si la quantité d’eau reste idéale, les prédateurs, comme la nucelle, deviennent très présents : l’espérance de vie n’y est plus que de trois ans, pour quinze ans ailleurs.
C’est un animal grégaire qui se fixe aussi à d’autres moules, pouvant ainsi former des agglomérats (moulières) importants et denses : elles se protègent ainsi de la force des vagues qui pourrait les arracher au substrat. Certaines moulières peuvent atteindre 30 cm d’épaisseur. La moule peut aussi changer de lieu, pour un déplacement court, en brisant les filaments grâce à son pied puissant. En même temps, le pied de la moule sécrète de nouveau filaments de byssus qui se solidifient et lui permettent de se tirer. Le byssus sera alors reconstitué pour une nouvelle implantation.

Description

La moule commune est un mollusque bivalve filtreur* à coquille de couleur noir bleuâtre, parfois brune, de forme oblongue, qui mesure de 1 à 10 cm de long. Les valves sont symétriques et la coquille est allongée, pointue à l’avant, élargie en arrière, avec une dent de charnière peu développée. Sa surface est rugueuse et finement striée de façon concentrique (stries de croissance). L’intérieur est blanc nacré, aux bords bleu foncé, avec une empreinte correspondant au muscle de fermeture de la coquille. Bien que plutôt fine, cette coquille est recouverte d’un épais périostracum* (couche externe de la coquille d’un mollusque), robuste. Ses deux valves s’appliquent l’une contre l’autre par contraction de muscles. Quand le muscle se relâche, les deux valves peuvent s’écarter du fait de l’action mécanique du ligament qui les unit.
La masse viscérale* aplatie et molle est enveloppée par le manteau*. Il est formé de deux grands lobes, attachés sur une face, qui sécrètent la coquille calcaire. Ses bords festonnés forment, à l’arrière, le siphon inhalant de l’animal. On peut le voir facilement quand la coquille s’ouvre pour filtrer l’eau : il est orange, aux bords brun-jaune. Juste à côté, le siphon exhalant permet l’élimination de l’eau filtrée et des déchets. Entre les lobes du manteau, en avant, on repère comme une fente, la bouche, et quatre palpes labiaux ; en arrière, on remarque le pied très foncé.
C’est un sillon sur ce pied qui sécrète des filaments adhésifs très solides et souples, le byssus, qui lui permettent de s’attacher au substrat dur ou les unes aux autres et de résister aux courants ou aux vagues. Ces filaments se terminent par de petits disques adhésifs et chacun d’eux est fixé par le pied. S’ils sont arrachés, ils sont sécrétés à nouveau. Les filaments du byssus sont composés d’un mélange de protéines et de glucides, parfaitement imputrescible et donc, aux performances sures. Le byssus est parfois appelé « barbe ».
Quand les moules communes sont jeunes, elles n'ont pas la livrée bleu nuit mais sont plutôt verdâtres avec des bandes.

Espèces ressemblantes

En Méditerranée, on peut la confondre avec la moule de Provence ou moule de Méditerranée ou moule d’Espagne (Mytilus galloprovincialis Lamarck 1819) qui a une coquille plus large et arrondie, deux bords droits de part et d’autre de la charnière et le sommet des valves crochu. Son manteau est violacé sur les bords. Elle peut atteindre une taille plus importante (12 cm). Il faut noter que certains spécialistes estiment qu’il ne s’agit que d’une sous-espèce de la moule commune. Ces deux espèces peuvent s’hybrider entre elles. Elle est aussi élevée à grande échelle, surtout en Méditerranée.
Il existe aussi la moule de Californie (Mytilus californianus Conrad 1837), de l’Alaska jusqu’au sud de la Californie, qui peut vivre jusqu’à 24 m de profondeur et grandir jusqu’à 25 cm de long.

Alimentation

Un courant d’eau, créé par les cils vibratiles des branchies et les palpes labiaux, entre par le siphon inhalant et ressort par le siphon exhalant. Il permet les échanges gazeux, via les branchies, nécessaires à la respiration et la filtration de la nourriture.
C’est un animal microphage*, plutôt omnivore, qui filtre l’eau de mer au travers de ses branchies et en récupère les particules alimentaires (phytoplancton* et zooplancton*) qui sont alors agglutinées par un mucus. Elles sont ensuite apportées à la bouche grâce aux cils vibratiles. Les débris sont rejetés à l’extérieur.
La moule peut filtrer jusqu’à trois litres d’eau par heure. Sa croissance est rapide.

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés. Le taux de reproduction est élevé car une moule peut produire chaque année 5 à 12 millions d’œufs, en plusieurs fois. La ponte a généralement lieu de mars à octobre mais peut être déclenchée par des variations de température ou de quantité de nourriture. Le manteau est alors orange chez la femelle, blanchâtre chez le mâle. La ponte est fatigante pour l’animal qui perd alors beaucoup de poids : il doit après se mettre au repos et refaire des réserves.
La fécondation a lieu dans l’eau et peu après, une larve* trocophore* se développe tout en se déplaçant dans l’eau. Trois ou quatre semaines après la fécondation, la larve va d’abord se fixer sur un support fin (algues, bryozoaires), en recherchant plutôt des surfaces accidentées ou filamenteuses, puis se métamorphoser en moule juvénile (0,5 mm). Cette dernière, quand elle atteint la taille de 1 à 2 mm va sécréter de longs filaments de byssus afin d’être emportée par le courant et choisir alors un substrat dur. L’ensemble des jeunes moules qui se fixent alors constitue le naissain*.

Vie associée

La coquille de la moule bleue peut servir de support à des organismes fixés : balanes, algues, anémones, hydraires, bryozoaires. Les moulières peuvent abriter des ophiures (Ophiothrix fragilis, par exemple), des crustacés et des vers.
Un petit crabe Pinnotheres pisum (Linnaeus, 1767) vit souvent en commensal dans la cavité palléale* de la moule.
Un petit gastéropode parasite de 3 à 4 mm du genre Odostomia déploie une immense trompe qui pénètre dans les tissus, par la coquille ouverte, et il suce l’hémolymphe* de l’animal.
La nucelle ou pourpre petite pierre ou escargot pourpre (Nucella lapillus) est un gastéropode qui perfore la coquille des moules puis les dévore.

Divers biologie

La moule commune a de nombreux prédateurs : des oiseaux (huitrier pie et canard eider), des crustacés (crabes), des étoiles de mer (Asteria rubens qui s’attaque surtout aux individus de grande taille) mais aussi certains poissons (flétan, plie) et mammifères (dont l’homme). Sans attaque de prédateur, elle peut vivre jusqu’à 15 ans.
Elle peut supporter une période de quelques jours hors de l’eau car le volume de sa coquille devient une réserve d’eau. Quand l’oxygène devient rare dans l’eau retenue, la moule passe alors à un métabolisme anaérobie*.

Informations complémentaires

Elle est pêchée et élevée commercialement depuis des siècles en Europe et en Amérique, où on la ramasse à marée basse. La mytiliculture date du XIII° siècle. Elle a été découverte par un Irlandais naufragé, échoué en 1235, qui avait installé des piquets et des filets pour attraper des oiseaux : il remarque après quelque temps que les piquets plantés dans l’eau ont été recouverts de moules. Aujourd’hui, les élevages se font aussi sur des radeaux, au large des côtes. Elevées parfois à grande échelle, ces moules sont aussi appellées « bouchot ». En France, la production avoisine les 60 000 tonnes. C’est le coquillage comestible le plus consommé et la production française ne suffit pas : il faut en importer de Hollande ou d’Espagne. Elles sont généralement commercialisées au bout d’un an ou deux, à une taille moyenne de 4 cm.
Comme animal filtreur, elle peut concentrer des substances chimiques toxiques ou des bactéries pathogènes présentes dans l’eau. En cas de prolifération d’algues toxiques, elle peut aussi concentrer des substances produites par ces algues. La consommation de moules est alors interdite car la chair contient une trop forte concentration de mytilitoxine* provenant des algues dinoflagellées et la rend dangereuse à la consommation. Comme elle peut filtrer des particules d’à peine un micron, elle est souvent utilisée comme indicateur biologique de la qualité des eaux.
Au XIX° siècle, on pensait que les moules étaient toxiques l’été à cause de la présence d’un petit crabe dans la coquille, puis à cause du frai des étoiles de mer, vivant au milieu des moulières.
Il a aussi longtemps été déconseillé de manger des moules hors des mois en « r ». Faut-il y voir un lien avec la période de reproduction ou plutôt une difficulté à acheminer les coquillages pendant les mois chauds?
Les moules sont elles-aussi « perlières » mais les perles fabriquées sont ternes et fragiles, donc non utilisées en joaillerie.

Origine des noms

Origine du nom français

Directement traduit du nom latin.

Origine du nom scientifique

Mytilus :du latin [mitulus] = moule,
edulis : du latin [edulis] = bon à manger, comestible.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Bivalvia / Lamellibranchia / Pelecypoda Bivalves / Lamellibranches / Pélécypodes Mollusques aquatiques, filtreurs, au corps comprimé latéralement. Coquille composée de 2 valves articulées disposées de part et d’autre du plan de symétrie. Absence de tête, de pharynx, de radula et de glande salivaire.
Sous-classe Pteriomorphia Ptériomorphes Muscle adducteur postérieur développé, antérieur réduit.
Ordre Mytiloida Mytiloïdes Coquille équivalve, dents régressées, empreintes musculaires inégales. Pas de siphons développés. Bivalves libres ou fixés par un byssus.
Famille Mytilidae Mytilidés Coquille oblongue symétrique attachée au substrat par les filaments du byssus.
Genre Mytilus
Espèce edulis

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