Flocon pédonculé rouge

Morchellium argus | (Milne-Edwards, 1841)

N° 1150

Manche, Atlantique Nord

Clé d'identification

Colonie en forme de massue
Pédoncule petit, large et rougeâtre
Zoïdes rose pâle en groupe
Rainure rose plus foncé séparant les groupes
Quatre taches rouges sur chaque individu

Noms

Autres noms communs français

Morille des mers

Noms communs internationaux

Red Flake-ascidian (GB), Sinascidia pedunculada roja (E), Rote Sproß-Synascidie (D), Rode vlokkige zakpijp (NL), Sinascidia pedunculada vermelha (P)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Sidnyum argus
Aplidium argus
Amaroucium argus
Milne-Edwards, 1841

Distribution géographique

Manche, Atlantique Nord

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Cette espèce est très commune de la Bretagne aux côtes sud-ouest des îles Britanniques, plus rare dans l'est de l'Atlantique Nord. Elle est présente dans le bassin d'Arcachon. En Méditerranée, un seul signalement sur les côtes de Grèce a été relevé (identification ancienne et douteuse). Des observations, non validées scientifiquement, sont aussi à noter dans le golfe du Lion.

Biotope

On trouve le flocon pédonculé rouge fixé sur ou sous les roches, dans des zones sombres comme les surplombs, entre la surface et 10 mètres de profondeur, ainsi que sur l'estran. Les colonies peuvent être découvertes à marée basse. Dans ce cas, leur apparence est modifiée (voir photo sur l'estran). Du fait qu'elle est hors de l'eau, la colonie pend et semble couler, elle est aplatie et molle, la couleur est orange foncé. Sa longueur peut alors doubler. On la trouve aussi dans les herbiers littoraux.
Cette espèce peut être localement abondante, surtout en Manche, et former de grandes touffes, dont le diamètre dépasse 10 cm.

Description

Le flocon pédonculé rouge est une ascidie coloniale, dont la silhouette évoque un champignon. Il peut mesurer 4 cm, voire un peu plus pour les grosses colonies. Un bouquet de zoïdes* se dresse sur un pédoncule court et trapu, rouge orangé. Le pédoncule, large et légèrement conique, mesure 1 à 2 cm et peut être rempli ou incrusté de sable. De nombreuses ramifications stoloniales sont parfois émises par le pédoncule. Longs et grêles, les zoïdes sont de couleur blanche à rose pâle, lui conférant ainsi un aspect cotonneux. Le bouquet de zoïdes est recouvert d'une tunique* transparente, un peu grisâtre, et est divisé en plusieurs groupes à la forme irrégulière. Chaque groupe comprend des individus ayant leur propre siphon* buccal (à huit lobes), mais partageant le même siphon cloacal*. La séparation des groupes est marquée par une rainure rose foncé rougeâtre. Les branchies, de grande taille, peuvent parfois s'observer par transparence.
Quatre taches rouges situées sur la partie supérieure du pharynx caractérisent cette espèce.

Description microscopique :

Le sac branchial souvent bien visible, bien que transparent, montre de dix à quinze rangées de trémas* (voir photo). L'estomac est, chez cette espèce, souvent aréolé (nombreuses boursouflures à la surface). Les huit lobes du siphon buccal sont aigus, mais relativement courts. Les filets tentaculaires sont le plus souvent au nombre de seize : huit petits et huit grands. Une seule languette est présente au niveau de l'orifice cloacal.

Espèces ressemblantes

Aplidium punctum : les deux espèces se ressemblent par leur forme de massue. Cependant, M. argus possède quatre taches rouges sur la partie supérieure du pharynx alors que A. punctum ne possède qu'un seul gros point rouge au même endroit.
L'organisation des zoïdes est également différente : sur M. argus, les zoïdes sont en petit groupe, alors que chez A. punctum, il n'y a qu'une quarantaine de zoïdes, tous répartis uniformément. Attention, leur aire de répartition est commune.

Aplidium turbinatum : chaque « bouquet » ne regroupe que six à douze zoïdes à huit lobes pigmentés de blanc, les stolons (pédoncules) sont encroûtants et enchevêtrés.

Aplidium pallidum : ascidie nettement plus claire et d'aspect cotonneux.

Alimentation

Ces animaux sont des filtreurs microphages*. Les ascidies créent un courant d'eau (rentrant par les petits orifices inhalants individuels) grâce au mouvement des cils du pharynx pour attraper les particules en suspension (organismes suspensivores*). Ce courant est aussi utilisé pour les échanges gazeux. L'eau filtrée est rejetée par le siphon exhalant.

Reproduction - Multiplication

La reproduction des ascidies coloniales présente une alternance de cycles sexués et asexués. Elles sont hermaphrodites, la fécondation est interne et le développement indirect.

- Reproduction sexuée : les gonades se trouvent dans le post abdomen, où a lieu la fécondation. Le développement embryonnaire commence après la formation des œufs où il y a différenciation des organes internes, de la chorde* et de la queue pour former une larve nageuse semblable à un têtard. Ces larves sont libérées dans le milieu par le siphon atrial des zoïdes. Après une vie pélagique très courte, elles se fixent au substrat par les papilles adhésives. A partir de là commence la métamorphose qui donne un individu adulte.

- Reproduction asexuée : formation de la colonie par bourgeonnement à partir de l'individu souche.

Divers biologie

Le rôle des taches rouges n'est pas éclairci. Fernand Lahille écrit en 1890 : "aucun nerf spécial ne s'y rend, et elles sont formées par de simples amas de cellules mésodermiques".

Origine des noms

Origine du nom français

L'aspect un peu flou des zoïdes et leur couleur seraient à l'origine du nom flocon.

Origine du nom scientifique

Mochellium : dérive de [morchella], nom latin de la morille, allusion évidente à la forme en champignon de la colonie.

argus : reprend le nom d'un personnage mythologique aux cent yeux, préposé par Junon à la garde d'Io (fille d'Inachus changée en vache ou génisse par Jupiter), les taches pigmentaires rappellent les cent yeux d'Argus.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde.
Ordre Aplousobranchia Aplousobranches Ascidies coloniales.
Famille Polyclinidae Polyclinidés Aplousobranches avec thorax, abdomen et post abdomen (où se trouvent les gonades et le cœur). Tunique sans incrustation calcaire.
Genre Morchellium
Espèce argus

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