Mitre corniculaire

Mitra cornicula | (Linnaeus, 1758)

N° 3920

Méditerranée et sur des zones précises et limitées de l’Atlantique

Clé d'identification

Coquille lisse, fusiforme, de couleur brune, pouvant compter 30 mm
Animal de couleur blanche
Absence de ligne spirale blanche ou brune sur la coquille

Noms

Noms communs internationaux

Horny miter (GB), Mitra cornicula (I), Mitra córnea (E)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Mitra lutescens Lamarck, 1811 est un des synonymes les plus courants pour cette espèce.
Il n'y a pas moins de 26 synonymes répertoriés dans WoRMS. La variabilité individuelle de l'espèce explique sans doute cette synonymie importante accumulée au fil des années depuis 1758.

Distribution géographique

Méditerranée et sur des zones précises et limitées de l’Atlantique

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

On rencontre cette espèce dans toute la Méditerranée.
L'espèce aurait été trouvée sur les côtes atlantiques espagnoles, aux Canaries, au Maroc, aux îles du Cap Vert et jusqu'en dessous du Sénégal mais les auteurs ne sont pas d'accord pour une question de développement de la coquille (voir § Informations complémentaires).

Biotope

Cette espèce vit dans l'étage infralittoral* rocheux, jusqu'à 40 m, sous des cailloux ou encore dans des dépressions sédimentaires, enfouie sous quelques centimètres de sable.

Description

L'animal en lui-même est blanc, avec parfois quelques marbrures brunes.
Le pied* ne possède pas d'opercule*. La tête est en forme de fourche dépourvue de museau.

Sa coquille est fusiforme, d'une longueur pouvant aller jusqu'à 30 mm, avec enroulement dextre*. L'apex* est formé d'une protoconque* paucispirale*. Elle comporte ensuite six à sept tours de spire*. Le dernier tour est plus grand que l'ensemble des tours de spire précédents. Les sutures* sont peu marquées. L'ouverture très allongée permet de voir une columelle* dentée avec trois ou quatre plis de taille décroissante vers le canal siphonal*, le dernier pli n'étant pas toujours visible.
Le canal siphonal est large et court. Le labre* est modérément épaissi.
La couleur est marron clair à marron plus foncé ; le périostracum* une fois disparu, la coquille prend une couleur marron clair à beige.

Espèces ressemblantes

Dans la même zone géographique que Mitra cornicula, on peut trouver :

  • Vexillum ebenus (Lamarck, 1811) : coquille moins fusiforme et de couleur marron à noire, avec ligne plus claire surlignant chaque tour. L'animal a un siphon noir et un pied noir avec des taches de couleur jaune vif.
  • Mitra zonata Marryat, 1819 : la coquille atteint jusqu'à 10 cm, de coloration bicolore, par alternance de bandes noires et brunes.
  • Mitra cornea (Lamack, 1811) : la coquille, marron également, est de taille plus importante soit environ 4 cm. Le pied de l'animal est blanc avec un liseré jaune, très distinctif.
  • Mitra nigra (Gmelin, 1791) : la coquille est en général plus noire. Elle est aussi plus grande, puisqu'elle fait jusqu'à 7 cm. L'animal a un pied brun noir.

Alimentation

Les espèces de Mitridés sont carnivores*, prédatrices de Sipunculidés. Les mitres se servent d'une trompe extensible, ou proboscis*, pour aspirer l'intérieur des siponcles capturés.
Concernant Mitra cornicula, précisément, il n'y a pas à ce jour d'information dans la littérature à propos de son alimentation. Cependant, cette espèce s'enfouissant sous quelques centimètres de sable, là où vivent des siponcles, cela nous permet de supposer qu'elle partage le même mode alimentaire que la majorité des Mitridés.
Le suivi in situ de l'espèce, n'a pas permis de mettre en évidence ses prédations, ni ses proies.

Reproduction - Multiplication

Mitra cornicula est une espèce gonochorique*, c'est-à-dire que les individus possèdent des sexes séparés et que l'on peut donc compter des mâles et des femelles. Le dimorphisme* sexuel existe probablement (mâle plus petit ? couleur ?), mais il n'est pas aussi marqué que pour d'autres espèces du même genre, comme Mitra cornea.

Vie associée

Les Mitra cornicula qui vivent sur de la roche et sous des cailloux, présentent parfois quelques épibiontes* sur leur coquille comme des bryozoaires ou des algues calcaires encroûtantes. C'est beaucoup plus rare pour les spécimens qui vivent enfouis dans le sable.

Divers biologie

La trompe extensible (ou proboscis*) possède un organe particulier propre aux Mitridés, l'épiproboscis. Cet épiproboscis est une fine trompe musculeuse en forme de J au repos, qui est extensible et prolonge le proboscis lorsqu'elle est déployée.
La proie est détectée grâce à son osphradium*, organe olfactif qui est relié au siphon et qui lui permet de tester la salinité de l'eau et la présence de nourriture.
Après que le proboscis se soit fixé sur la proie, l'épiproboscis se déploie et pénètre l'intérieur pour la maintenir et la dévorer.
L'épiproboscis semble être une adaptation pour se nourrir de proies à corps mou qui sont recluses et protégées par une enveloppe, comme les siponcles. Cela représente une évolution vers une spécialisation extrême de l'alimentation des Mitridés.
C'est le proboscis qui supporte la radula* rachiglosse* qui compte des dents pluricuspides (5 à 7 cuspides*) et deux dents latérales, cumulées entre 12 et 16 denticules*.

Informations complémentaires

La variabilité individuelle est sous contrôle génétique et due à l'adaptation aux différents biotopes*.
Cette espèce présente quelques rares spécimens albinos. La couleur de leur coquille devient blanche. Pour les spécimens vivants dont la coquille est recouverte du périostracum, la couleur est plutôt beige.

Quelques spécimens sénestres* ont été signalés.

Si la présence de Mitra cornicula en Méditerranée est largement avérée, la distribution hors Méditerranée pose question. En effet, l'espèce aurait été rencontrée sur les côtes atlantiques espagnoles, aux Canaries, au Maroc, dans les îles du Cap Vert et jusqu'en dessous du Sénégal. Mais certains auteurs la considèrent comme endémique* de Méditerranée, estimant que sa protoconque paucispirale (protoconque avec peu de tours) rendrait sa présence en Atlantique improbable selon la règle suivante :
- protoconque paucispirale, en forme de bouton => larves* à vie planctonique* courte. Peu de déplacement.
- protoconque multispirale (3 à 4 tours pour certains genres) => larves à vie planctonique longue. Déplacement longue distance possible.
Les études futures pourront sans doute clarifier ce point.

Origine des noms

Origine du nom français

Mitre corniculaire : francisation du nom scientifique de l'espèce, descriptif de la coquille.

Origine du nom scientifique

Mitra : du latin [mitra] = mitre, coiffure d'un évêque. La forme de la coquille rappelle cette coiffure.

cornicula : du latin [cornicula] = (en forme de) petite corne.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Ordre Neogastropoda Néogastéropodes Coquille avec canal siphonal bien développé. Un repli du manteau forme un tube extensible : le siphon. La plupart sont des prédateurs ou nécrophages. Tous marins sauf le genre Clea.
Famille Mitridae Mitridés

Coquille atteignant 70 mm, fusiforme, à spire plus ou moins haute; ouverture étroite, formant un angle aigu à son extrémité supérieure, munie d'une faible échancrure canaliculée à la base. Columelle à 3 ou 4 plis obliques, le plus épais en bas. Pas d'opercule. Se nourrissent principalement de Sipunculiens. Lindner 2011:109-110.

Genre Mitra
Espèce cornicula

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