Holothurie noire de l'Indo-Pacifique

Holothuria (Mertensiothuria) leucospilota | (Brandt, 1835)

N° 2698

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Clé d'identification

Corps tubulaire relativement fin
Couleur uniformément noire à reflets brun-rouge possibles
Tégument lisse, papilles courtes et peu nombreuses
Bouche ventrale, anus terminal
Canaux de Cuvier longs et fins

Noms

Autres noms communs français

Holothurie noire, trépang à canaux blancs, holothurie à filaments blancs

Noms communs internationaux

Shy black sea cucumber, white threads fish, black trepang, black dog (GB), Weißgefleckte Seegurke (D), Sisigo (Samoa), Ka la lee (Birmanie), Patola (Malaisie), Lolosong (langue Bajo, Indonésie)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Stichopus leucospilota Brandt, 1835
Holothuria vagabunda Selenka, 1867
Holothuria lagoena Haacke, 1880

Distribution géographique

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Zones DORIS : Indo-Pacifique

On rencontre cette espèce dans l'océan Indien (très présente à la Réunion, elle semble peu représentée sur Mayotte) ainsi que dans l'océan Pacifique tropical Est et centre jusqu'à Hawaï.
L'espèce est présente également en mer Rouge et dans le golfe Persique.

Biotope

On trouve cette holothurie par petits fonds (de 0 à 10 mètres) dans les zones sableuses des récifs, notamment là où se trouvent de nombreux blocs détritiques. Elle apprécie les zones calmes.

Description

Holothurie de taille moyenne à grande (maxima de 60 cm de longueur et 6 cm de large) au corps tubulaire relativement fin s'amincissant en partie antérieure. La section est approximativement circulaire.
La couleur est uniformément noire, souvent avec des reflets brun-rouge plus ou moins prononcés. Le tégument, lisse et peu épais, est fréquemment couvert d'une mince couche de sable fixée par du mucus. On peut parfois observer également une desquamation de ce tégument.
Le bivium* (face dorsale) porte des papilles coniques courtes et de fins podia* (pieds ambulacraires*) à distribution irrégulière hors aires ambulacraires.
Le trivium* (face ventrale) est légèrement aplati et présente de nombreux podia courts et larges, s'achevant par une ventouse blanche et répartis sur 4 ou 5 rangs sur les radius*. Les podia sont moins nombreux et sont dispersés dans les interradius*.
La bouche est ventrale
(positionnée au plus près du substrat) et entourée par 20 tentacules assez longs.
L'anus est terminal.
Les tubes de Cuvier, facilement expulsés, sont nombreux, longs et fins, de couleur blanc bleuté.

Espèces ressemblantes

Holothuria atra peut être confondue dans son biotope avec Holothuria leucospilota, d'autant qu'elles se trouvent souvent sur les mêmes sites. Holothuria atra est cependant plus petite et le plus souvent couverte d'une couche de sable sauf en deux rangées de zones circulaires plus ou moins parallèles, laissant apparaître un tégument noir. D'autre part, ses tentacules sont courts et elle ne possède pas d'organe de Cuvier.

Actinopyga miliaris (qui peut aussi porter le nom vernaculaire d'holothurie noire) est plus petite, de forme ovoïde et possède des dents anales.

Holothuria coluber : le tégument est gris-bleu foncé couvert de petits points clairs, le corps est plus large en partie antérieure, les papilles sont jaunes et placées sur des verrucosités. Les tentacules sont de couleur crème.

Alimentation

C'est une espèce détritivore qui ingère le sable, n'en retenant que les particules organiques végétales et animales qui y sont contenues. Elle rejette ensuite ses fèces* en une série de petits tronçons cylindriques. L'holothurie participe ainsi de façon notable, tant par élimination de débris organiques que par remaniement continuel du substrat, à l'équilibre des écosystèmes côtiers.

Reproduction - Multiplication

La reproduction peut être sexuée : mâles et femelles se dressent le plus haut possible pour diffuser largement des gamètes qu'ils émettent alors. On les trouve ainsi parfois au sommet des coraux. L'observation peut en être faite le soir et le plus souvent de nuit.
L'émission des mâles est beige, celle des femelles est rose. La fécondation se fait dans la colonne d'eau.
Les quatre stades larvaires (gastrula, auricularia, doliolaria, pentactula) se déroulent en pleine eau ; 33 jours après la fécondation et définitivement posé sur le substrat, le juvénile d'un millimètre va évoluer vers le stade adulte.

La reproduction peut également être asexuée et se produire par scissiparité*. Les individus en cours de scission cessent de se nourrir et se cachent pour se protéger.
L'endroit du corps où a lieu la scission est propre à chaque espèce ! Ainsi, pour H. leucospilota, la scission se fait au cinquième de la longueur du corps, une partie du système respiratoire restant dans chacun des éléments.
Les parties postérieures semblent avoir de meilleures chances de survie que les antérieures pendant le processus de régénération. La régénération peut commencer dès le dernier stade de la scission et dure plusieurs semaines.
Ce mode de reproduction peut coexister avec le premier, ou ne pas se produire dans certaines populations, probablement en fonction des conditions environnementales.

Vie associée

Holothuria leucospilota est parfois parasitée par des Eulimidés (Gastéropodes), ainsi que par un poisson Carapidé, Encheliophis vermicularis.

Divers biologie

Espèce très commune qu'on trouve parfois en agrégations importantes.

Les spicules* présents dans le tégument sont en tourelles et boutons sur l'ensemble du corps, s'y ajoutent des plaques sur les podia ventraux et des bâtonnets sur les podia dorsaux. Les tentacules ne sont pas équipés de spicules.

La défense de l'holothurie noire de l'Indo-Pacifique est assurée par l'organe de Cuvier, qui se trouve près du cloaque, les tubes collants étant projetés par l'anus. La pression d'eau permettant leur expulsion les fait alors s'allonger et se disperser autour de l'agresseur qui s'y empêtre. Ces tubes contiennent une substance toxique, l'holothurine, susceptible de provoquer chez l'homme des irritations. La médecine rapporte également des complications plus graves.

L'éviscération est enfin le dernier recours utilisé par l'holothurie, donnant ainsi satisfaction au prédateur, qui laissera s'éloigner l'animal, au prix du temps de vulnérabilité requis par la régénération de ses organes.

On assiste aussi à des moments de desquamation générale, comme si l'holothurie muait : J. P. McMurrich a suggéré en 1894 un lien avec l'excrétion de résidus de l'activité métabolique par les arbres respiratoires, résidus qui seraient portés vers le tégument et ainsi périodiquement éliminés. Il peut également s'agir de déparasitage externe. On peut voir parfois des poissons picorer cette paroi dont se débarrasse l'holothurie.

Une étude menée sur Holothuria forskali a montré que cette espèce, comme ses cousins Echinodermes les oursins et les étoiles de mer, possède sur chaque disque podial un système cellulaire complexe permettant l'adhérence au substrat et donc la locomotion. L'épiderme du disque podial est composé de 5 types de cellules. Deux d'entre eux produisent un mucus différent qui, par mélange, devient collant et permet l'adhésion. Un troisième type cellulaire, composé de cellules ciliées dites sécrétrices, permet selon toute vraisemblance de dissoudre la couche superficielle de « colle » fabriquée à la surface du disque et de provoquer le détachement. Les deux derniers types de cellules sont composés de cellules ciliées non-sécrétrices et de cellules de soutien. La stimulation des deux types de cellules ciliées coordonnerait les sécrétions d'adhésion et de détachement, et permettrait ainsi le déplacement. Il est probable que cette organisation du disque podial se retrouve de manière plus ou moins bien conservée chez toutes les espèces d'holothuries, fonction de la modification des podias selon les espèces. La détermination de la nature des sécrétions produites par ces classes d'Echinodermes pourrait à terme déboucher sur la fabrication de colles biomimétiques efficaces en milieu humide ainsi que d'antifouling pour l'entretien des bateaux.

Informations complémentaires

Holothuria leucospilota est parfois consommée à une échelle locale, mais moins que les Holothuria nobilis, scabra et fuscogilva, par exemple. Elle fait d'ailleurs partie des espèces les moins chères, parce que les moins recherchées.

Ses propriétés médicinales sont étudiées par les laboratoires.
Dans [Chen 2003], on peut lire que les holothuries en général sont connues depuis très longtemps en Asie pour leurs propriétés médicinales. Du point de vue médical moderne, les comprimés ou gélules produits à partir de certaines holothuries sont considérés comme un supplément alimentaire particulièrement riche en protéines, qui sont aussi capables de diminuer les douleurs articulaires. Les composants de la bêche de mer sont encore connus pour ralentir la progression des infections virales (le sulfate de chondroitine notamment est utilisé par les Japonais dans le cadre d'une thérapie anti-VIH) et pour des propriétés anti-cancérigènes (selon des études chinoises).

Réglementation

Holothuria leucospilota est une espèce de faible valeur commerciale ; elle n'est pas mentionnée en annexe de la CITES (La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction).
Néanmoins, de nombreux pays réglementent la pêche des holothuries en général par fixation de quotas, de saisons de pêche, de limitations des aires, de permis divers ou de tailles minimales.

Origine des noms

Origine du nom français

Holothurie noire de l'Indo-Pacifique est une proposition du site DORIS, apportant la précision géographique au nom vernaculaire francophone localement rencontré d'holothurie noire. Cela permet de distinguer cette espèce d'Holothuria forskali et d'Actynopyga miliaris (toutes deux appelées également holothuries noires !).

L'un des autres noms vernaculaires (holothurie à filaments blancs) évoque les canaux de Cuvier.

Origine du nom scientifique

Holothuria : Le terme grec [holothourion] est le nom donné par Aristote à un animal que les ambiguïtés de sa description rendent impossible à déterminer. Le mot latin [holothuria] a désigné d'abord des cnidaires, puis a été appliqué aux échinodermes par Linné.
Une tentative de décomposition du mot grec holothourion en [holo-] = entier ; et [thouro-] = impétueux, produit l'interprétation fréquente : « tout à fait impudique ». La forme phallique de ces animaux motive cette interprétation.

leucospilota
: du grec [leukos] = de couleur blanche ; et [spilos] = tache sur la peau, bouton.

NB : le nom scientifique complet de cette espèce est Holothuria (Mertensothuria) leucospilota. Le sous-genre Mertensiothuria a été créé par Deichmann en 1958. La descriptrice ne donne pas les raisons de son choix pour le nom du sous-genre, mais il semble évident qu'il est donné en l'honneur du naturaliste et botaniste allemand C. H. Mertens. Pour ce qui concerne la morphologie externe de ce sous-genre, il est caractérisé par un corps cylindrique ou à faible aplatissement du trivium, des podia et papilles dispersés sur tout le corps, l'absence de papilles anales et de collier de papilles autour des tentacules, qui sont au nombre de 18 à 20.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Holothuroidea Holothuroïdes Echinodermes vermiformes, ouverture buccale à l’extrémité antérieure du corps et entourée d’une couronne de tentacules rétractiles, anus postérieur, une seule gonade : holothuries, concombres de mer.
Endosquelette réduit à de microscopiques ossicules ou plaques, inclus dans la paroi du corps.
Super ordre Aspidochirotacea Aspidochirotacés
Ordre Aspidochirotida Aspidochirotes Symétrie bilatérale, avec une sole de reptation et des podia buccaux en forme d’écusson.
Présence de poumons, pas de muscle rétracteur de la bouche.
Famille Holothuriidae Holothuriidés Podia munis d’ampoules. La gonade est placée à gauche du mésentère dorsal.
Genre Holothuria (Mertensiothuria)
Espèce leucospilota

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