Chartelle

Chartella papyracea | (Ellis & Solander, 1786)

N° 1372

Atlantique Nord-Est, Manche, mer du Nord

Clé d'identification

Touffes lamelleuses blanchâtres et souples
Taille de 5 cm environ
Lames découpées et ramifiées en lanières étroites
Extrémités lobées ou en forme d'éventail
Souvent marquées de stries transversales plus sombres
Zoïdes rectangulaires sur les deux faces

Noms

Autres noms communs français
Petite flustre
Noms communs internationaux
Lesser hornwrack (GB), Briozoo foliàceo pequeño,rosa de coral pequeña (E), Kleines Blätter-Moostierchen (D), Klein bladachtig hoornwier (NL), Liten bladlignende mosdyr (Norvégien)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Flustra papyracea Ellis & Solander, 1786
Carbasea papyracea (Ellis & Solander, 1786)

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Manche, mer du Nord

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Atlantique Nord-Est, depuis le sud de la mer du Nord et la mer d'Irlande, jusqu’au Portugal. On la trouve en Manche et dans le golfe de Gascogne.
Elle est absente de Méditerranée.

Biotope

Les chartelles forment des touffes denses sur les substrats durs modérément exposés, de préférence sous les surplombs rocheux ombragés. On les trouve aussi à l’ombre des frondes de laminaires, sur la roche infra-littorale* en mode exposé (faciès à Laminaria hyperborea-Laminaria achroleuca-bryozoaires gazonnants).
Elles vivent à partir de la zone intertidale* jusqu'à une quinzaine de mètres de profondeur habituellement, cinquante mètres au maximum.

Description

Chartella papyracea, bryozoaire marin très commun, forme des colonies de cinq centimètres de hauteur, rarement jusqu'à dix. Ces colonies dressées et foliacées* ont l'aspect de touffes buissonnantes denses. Elles sont constituées de lames ou frondes plates, souples, lobées, de 5 à 10 mm de large environ. On rencontre deux grands types de lames : soit courtes et lobées en petits éventails ; soit découpées en fines lanières à l'extrémité tronquée, à peine arrondie. Ces lames portent plusieurs milliers de zoïdes* sur les deux faces. Quand elle déploie les lophophores*, la colonie prend un aspect duveteux.
Les chartelles attirent l'œil par leur teinte claire, blanchâtre à jaune clair ou brun très pâle. Certaines colonies, colonisées par des algues symbiotiques, prennent une teinte rosée. Les lames sont souvent marquées de stries transversales plus sombres : bandes de croissance, de corps bruns* ou de reproduction.

Espèces ressemblantes

Flusta foliacea (Linnaeus, 1758) présente des colonies plus grosses, d'une vingtaine de centimètres, et des lames plus larges, plus épaisses et opaques, moins ramifiées, aux extrémités arrondies. On la rencontre dans des zones plus profondes, sédimentaires, balayées par les courants.

Securiflustra securifrons
(Pallas, 1766) forme des colonies aux lames plus étroites, tronquées et portant des ramifications latérales courtes en forme de coin. C'est une espèce arctique boréale quasiment inconnue sur le littoral français.

Chartella barleei (Busk, 1860) ressemble à C. papyracea mais est également plus nordique (Atlantique Nord), et non décrite sur le littoral français à ce jour.

Bugula angustiloba (Lamark, 1816), nettement plus petite, présente des lames soit en forme d'éventail replié en entonnoir, soit plates et étroites, mais non ramifiées.

En Méditerranée, les deux espèces endémiques sont parfois confondues dans la littérature avec la petite flustre Chartella papyracea :
Chartella tenella (Hincks, 1887) forme des colonies claires aux lames étroites et bilamellaires (deux couches de zoïdes dos à dos). On la rencontre sur des substrats rocheux verticaux ou en surplomb. Principalement présente en Méditerranée occidentale.
Chartella papyrea (Pallas, 1766), également endémique de Méditerranée, forme de petites touffes jaunes souples aux lames courtes, larges et aux extrémités arrondies. Ces lames très fines à l'aspect parcheminé sont constituées d'une seule couche de zoïdes.

Alimentation

Comme les autres bryozoaires, la chartelle filtre activement l’eau de mer afin d’y puiser les particules nutritives et l’oxygène dont elle a besoin pour vivre.
Les autozoïdes* disposent d’un système digestif complet. Ils possèdent une couronne de tentacules ciliés, le lophophore*, qui crée un courant d’eau dirigé vers la bouche.
Ces tentacules ciliés, recouverts de mucus, piègent les particules nutritives, micro-organismes planctoniques et particules organiques, qui sont ensuite amenées jusqu’à la bouche.
Les polypides* n'ont pas de système excréteur spécialisé. La majeure partie des déchets s'accumule dans la paroi du tube digestif, provoque la dégénérescence, puis la mort du polypide, qui devient un "corps brun"*. Ultérieurement, un nouveau polypide se forme par bourgeonnement et expulse ou digère le corps brun.

Reproduction - Multiplication

Chez les bryozoaires, les deux types de reproduction, sexuée et asexuée, concourent au développement.
Au sein d'une même colonie, des polypides* mâles et femelles existent, mais on connaît aussi des zoïdes hermaphrodites*.
La fécondation (reproduction sexuée) conduit à la formation d'œufs, incubés dans les ovicelles* de forme hémisphérique, en grande partie inclus dans la masse zoéciale* et placés au-dessus de l'ouverture. Ces œufs se développent et donnent des larves de couleur orange clair visibles sur certaines colonies. Une fois libérées, elles entament une courte vie nageuse. Cela permet la dissémination spatiale de l'espèce. Les larves de Chartella papyracea se fixent peu après leur émission sur un substrat dur et libre et se transforment en zoïdes primaires isolés appelés ancestrules*.
Chaque ancestrule forme une nouvelle colonie (reproduction asexuée) par bourgeonnement*, qui assure la croissance de la colonie.
En Bretagne, les larves sont produites au printemps et à l'automne.

Vie associée

Le biotope de la chartelle est identique à celui d'autres bryozoaires. Caberea boryi, Bugula sp., Crisia sp., Aetea sp., Cellaria sp., et les Scrupocellariidés sont souvent mélangés à la petite flustre sur les roches plus ou moins verticales de l’infra-littoral*.

Divers biologie

La petite flustre a une durée de vie qui dépasse deux ans, mais on ne connaît pas exactement sa longévité maximale.
Elle a comme prédateurs de petits gastéropodes prosobranches et des nudibranches comme Crimora papillata.

Une observation au microscope, utile pour identifier ce bryozoaire, permet de distinguer la structure des zoïdes. D'une taille de l'ordre du demi-millimètre, ils ont tous la même forme, grossièrement rectangulaire et allongée. Chaque logette* présente une ouverture distale* semi-circulaire, fermée par un opercule, et par où sort le lophophore*. Les autozoïdes* possèdent un système digestif complet, et portent deux épines courtes et fines, une à chaque angle distal ; les ovicelles*, hémisphériques, internes, visibles par transparence, servent à l'incubation des œufs. Chartella papyracea se caractérise par l'absence d'aviculaires*.

Informations complémentaires

Des chercheurs danois ont extrait et isolé des bromo-alcaloïdes de chartelles de la mer du Nord. Etudiées en laboratoire, ces molécules montrent une affinité avec le récepteur nicotinique neuronal de l'acétylcholine.

L'identification précise des différentes espèces de bryozoaires Flustridés est difficile à l'œil nu ou sur photo. Plusieurs ouvrages (Moen & Svensen 2004, Simeonidis 1997, Weinberg Atlantique 2004 et 2010) présentent des photos de Chartella papyracea pour illustrer des descriptions de Flustra foliacea, entretenant la confusion entre ces deux espèces.

Origine des noms

Origine du nom français

Chartelle : simple traduction du nom de genre scientifique Chartella.

Origine du nom scientifique

Chartella : du latin [charta] = feuille de papier,
papyracea :du latin[papyrus] = papyrus d'Egypte, papier.
La ressemblance des lames de chartelle avec celles du papyrus a semblé évidente.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Bryozoa / Ectoprocta Bryozoaires / Ectoproctes Petits animaux coloniaux filtreurs aquatiques fixés à un substrat. Tous les zoïdes sont en continuité physique et issus de bourgeonnement à partir d’un individu unique. Chaque zoïde porte un lophophore rétractile et est abrité dans une logette.
Classe Gymnolaemata Gymnolèmes Colonies polymorphes. Les zoïdes sont cylindriques ou aplatis, les lophophores circulaires. Les parois peuvent être calcifiées ou non. Presque tous marins.
Ordre Cheilostomatida Cheilostomes Bryozoaires calcifiés, zoïdes* en forme de boîte obturée par un opercule à charnière. Gymnolèmes les plus nombreux et les plus diversifiés des régions littorales, souples à rigides. Groupe au polymorphisme marqué où l’on trouve des individus différenciés (aviculaires, vibraculaires, ovicelles globuleux…).
Sous-ordre Anasca Anasques La paroi frontale (ventrale) est membraneuse, flexible.
Famille Flustridae Flustridés Colonie encroûtante ou le plus souvent érigée, foliacée, uni ou bilamellaire et flexible, fixée au substrat par une base encroûtante. Zoïdes peu calcifiés au contour rectangulaire. Avec ou sans épines, parfois nombreuses et recouvrant la membrane frontale. Ovicelle réduite.
Genre Chartella
Espèce papyracea

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