Eolis à papilles

Aeolidia papillosa | (Linnaeus, 1761)

N° 150

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord, océan Pacifique Est

Clé d'identification

Grand éolidien aplati
Une marque blanche, en forme de Y depuis les tentacules oraux jusqu'au péricarde en passant entre les rhinophores
Cérates allongés et minces, jamais aplatis, avec un diamètre uniforme sur la plus grande partie de leur longueur
Cérates de coloration plus sombre que le reste du corps
Zone dépourvue de cérates entre les rhinophores et le péricarde

Noms

Autres noms communs français

Eolis, nudibranche à crinière (Québec)

Noms communs internationaux

Grey sea slug, shag-rug aeolis, papillose eolis (GB), Eolidia con papilas (E), Breitwarzige Fadenschnecke, Breitwartige Fadenschnecke (D), Vlokkige zeeslak, vlokkige zeenaaktslak, grote vloslak (NL), Eolidia papilar (P) Stor trådsnegl (Danois)

Synonymes du nom scientifique actuel

Limax papillosus Linnaeus, 1761
Eolis papillosa (Linnaeus, 1761)
Doris bodoensis Gunnerus, 1770
Doris vermigera Turton, 1807
Eolis obtusalis Alder & Hancock, 1842
Eolis rosea Alder & Hancock, 1842
Aeolis murrayana MacGillivray, 1843
Eolis farinacea Stimpson, 1853
Eolis plumata Dalyell, 1853
Aeolidia herculea Troschel, 1866
Aeolidia papillosa var pacifica Bergh, 1879

Distribution géographique

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord, océan Pacifique Est

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises], ● Atlantique Nord-Ouest

Cette espèce est commune le long des côtes de l'Europe et d'Amérique du Nord. Elle est présente de la Norvège aux Pays-Bas, autour des îles Britanniques, au sud de la mer de Barents, sur la côte ouest-atlantique (du golfe du Saint Laurent au sud de la Caroline du Nord). Elle est également présente le long de la côte est du Pacifique de l'Alaska, en Colombie Britannique et l'Etat de Washington.
Des études doivent vérifier si les signalements sur la côte de Sakhaline et la côte est d'Hokkaido (Japon) concernent bien cette espèce.

Biotope

On rencontrera cette espèce en eaux peu profondes : domaines intertidal* et infralittoral* peu profonds, toutefois cette espèce a été observée jusqu'à 800 m de profondeur. Elle est présente en eaux plutôt froides, en présence d'anémones de mer.

Description

Aeolidia papillosa peut atteindre 120 mm de long. C'est un des plus grands éolidiens de nos régions. Le corps est large et peu élevé, plus étroit à l'extrémité postérieure du pied. Les coins antérieurs du pied sont tentaculiformes (ils forment les tentacules pédieux).

La couleur de fond est très variable, du blanc-beige clair, moutarde brunâtre, jusqu'au brun rougeâtre ou brun foncé. De petites taches blanches ou brun clair sont dispersées sur le dos. Elles sont légèrement plus sombres que la couleur générale, variant dans leur densité et leur intensité sur un même spécimen. Une marque blanche en forme de Y s'étend des tentacules oraux jusqu'au péricarde* en passant entre les rhinophores*. Les rhinophores coniques, émoussés et lisses sont un tout petit peu plus foncés que la couleur générale du corps, plus clairs aux extrémités, avec de petites taches claires sur toute leur surface. Les tentacules oraux sont translucides, plus longs que les rhinophores et peuvent avoir des pointes blanches.

Les cérates* sont allongés et minces, jamais aplatis avec un diamètre uniforme sur la plus grande partie de leur longueur. Au milieu du corps, les cérates sont les plus grands Une zone, dépourvue de cérates, part des rhinophores jusqu'au péricarde. Les cérates ont une coloration plus sombre que le reste du corps, leurs extrémités sont blanc-beige. Les cérates sont disposés en rangées serrées nombreuses (jusqu'à 25) portant chacune entre 8 et 12 cérates. Leur taille décroît vers l'arrière du pied.

Cette espèce est vraiment très proche de Aeolidia filomenae mais il y a quelques différences (voir la rubrique "espèces ressemblantes").

Espèces ressemblantes

- Aeolidia filomenae : cette nouvelle espèce décrite en 2016 est très proche d'Aeolidia papillosa. Quelques différences peuvent être notées :
Les cérates de A. filomenae sont plus aplatis, légèrement en forme de crochet et présentent une coloration plus pâle que le reste du corps alors que celles d'Aeolidia papillosa sont en général plus sombres et plus minces. L'anus est situé entre le 9ème et le 10ème rang du côté droit ainsi que le gonopore qui lui est entre le 4ème et le 5ème rang.

Les trois espèces suivantes sont plus petites.
- Aeolidiella alderi (Cocks, 1822): les premières touffes de cérates sont petites, avec de grands cnidosacs*, et forment une collerette caractéristique.

- Aeolidiella glauca (Alder & Hancock, 1845) : pas de collerette caractéristique mais de petits points blancs sur le dos, les cérates et les tentacules.

- Aeolidiella sanguinea Norman, 1877 : Cette espèce rare est un peu plus grande que les deux précédentes. L'ensemble du corps y compris les cérates, les tentacules et les rhinophores sont jaune pâle, orange ou rouges et tous les appendices dorsaux ont des pointes blanches. La sole pédieuse est également blanche. Elle n'a pas non plus la collerette de cérates caractéristique de Aeolidiella alderi.

Il faut toujours avoir à l'esprit que les mollusques sont des organismes extrêmement plastiques, que la coloration de beaucoup d'organismes dépend de nombreux facteurs et donc que la détermination d'une espèce peut être très délicate à réaliser à partir de photographies.

Alimentation

Cette espèce se nourrit d'anémones de mer comme Sagartia elegans (Dalyell,1848), Actinia equina (Linnaeus, 1758), Metridium senile (Linnaeus, 1761), Urticina felina (Linnaeus, 1761), Anemonia viridis(Forsskal, 1775), Cereus pedunculatus (Pennant, 1777), Actinothoe sphyrodeta (Gosse, 1858), en faisant de grandes morsures sur la colonne de l'anémone. Avant la morsure elle écarte aux maximum ses tentacules sensoriels et sécrète un mucus abondant pour se protéger des aconties* (filaments entièrement recouverts de cellules urticantes) projetées par l'anémone agressée.

Reproduction - Multiplication

Cette espèce annuelle (une seule génération par an) pond de petites capsules contenant des œufs blancs (parfois roses) placées dans un cordon de quelques millimètres de diamètre disposé en spirale et entortillé sur un support. Les larves se dispersent dans le plancton* après leur éclosion. Comme chez les autres nudibranches, l'accouplement est réciproque, ces animaux étant hermaphrodites*.

Vie associée

Elle peut être l'hôte de copépodes parasites :

Divers biologie

Comme les autres éolidiens, les cellules urticantes des proies sont stockées dans l'extrémité des cérates. Elles permettent d'assurer une protection contre des agresseurs (poissons par exemple).

Tardy en 1964 a publié une description du comportement prédateur "des Aeolidiens mangeurs d'actinies tels que Aeolidia, Berghia, Spurilla, protègent leurs appendices les plus sensibles, palpes et rhinophores, en les rétractant entre les cérates qu'ils hérissent légèrement, tandis qu'ils se recouvrent d'un épais mucus protecteur ; enfin le mufle se dévagine au maximum de sa longueur afin d'attaquer l'actinie en laissant le plus d'espace possible entre elle et lui. Lorsque la proie est de petite taille comparée à celle du prédateur, celui-ci met moins de formes pour la dévorer".

L'anus est situé entre le 9ème et le 10ème rang du côté droit ainsi que le gonopore* qui, lui, est entre le 6ème et le 8ème rang.

Informations complémentaires

Cette espèce, A. papillosa, est très proche d'une autre espèce, Aeolidia filomenae, décrite en 2016 dans l'article cité en référence (Kienberger & al. 2016). Jusqu'à la description de cette dernière tous les individus observés étaient attribués à A. papillosa. La mise en évidence de ces espèces (4 en tout, mais les deux autres sont en dehors du domaine de DORIS) a nécessité le séquençage de l'A.D.N. de 3 gènes (2 mitochondriaux et un nucléaire). Les différences morphologiques sont réduites, ce qui ne facilite pas la tâche, d'autant plus que A. papillosa et A. filomenae sont sympatriques* aux Pays-Bas et autour des îles Britanniques.

Origine des noms

Origine du nom français

Eolis à papilles est la traduction directe du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Aeolidia : du grec [Aeolis] = fille d'Eole, dieu grec du vent,
papillosa : du latin [papillosus] = papilleuse, orné de papilles : la présence de papilles (les cérates) sur le dos.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 138709

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Super ordre Nudipleura Nudipleures
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Cladobranchia Cladobranches
Famille Aeolidiidae Eolidiidés Éolidiens au corps large, rhinophores et tentacules buccaux simples sans lamelles, pas de tentacule pédieux, cérates nombreux (non groupés) laissant le milieu du dos libre.
Genre Aeolidia
Espèce papillosa

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