Couronne d’épines

Acanthaster planci | (Linnaeus, 1758)

N° 827

Océan Indien, mer Rouge, océan Pacifique

Clé d'identification

Etoile en couronne avec 9 à 23 bras
Dos et bras recouverts d'épines acérées et venimeuses
Taille de l'ordre de 35 cm

Noms

Autres noms communs français

Couronne du Christ, coussin de belle-mère, acanthaster pourpre

Noms communs internationaux

Crown of thorns starfish (GB), Stella corona di spine (I), Estrella de mar corona de espinas (E), Dornenkronenseestern (D), Taramea (Tahitien)

Distribution géographique

Océan Indien, mer Rouge, océan Pacifique

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Ce complexe d'espèces est présent dans tout l'Indo-Pacifique tropical, de la mer Rouge en passant par l'océan Indien jusqu'à la bordure est du Pacifique. Pour plus de détails, voir le paragraphe sur les espèces ressemblantes.

Biotope

Elle envahit les récifs coralliens notamment ceux riches en coraux des genres Acropora et Pocillopora mais aussi en alcyonnaires ou en actiniaires. Certes son activité est plutôt nocturne mais le plongeur peut la voir aussi au détour d'un récif durant le jour.

Description

Cette étoile de mer a une forme particulière avec un large disque central entouré de bras assez courts répartis en couronne. Elle a un nombre variable de 9 à 23 bras. Le dos et les bras sont recouverts d'épines acérées et venimeuses. Sa taille moyenne est de l'ordre de 35 cm mais elle peut atteindre un diamètre maximum de 50 à 60 cm. Son poids varie de 200 g à 3 kg. L'étoile possède des podia* pour son déplacement. Elle assure sa défense grâce à ses piquants. La coloration est très variable d'une région à l'autre et varie du brun rouge au gris olive, vert foncé, jusqu'au violet bleuté.

Espèces ressemblantes

Des études génétiques ont montré que le complexe Acanthaster planci comporte en fait 4 espèces, ayant des répartitions géographiques différentes :

  • A. planci Linnaeus, 1758, rencontrée au nord de l’océan Indien, de couleur typique bleu électrique. N'est pas présente en eaux françaises.
  • A. mauritiensis de Loriol, 1885, rencontrée au sud de l’océan Indien, de couleur bleu clair à rouille. Présente à Mayotte, îles Eparses, et à La Réunion.
  • A. solaris (Schreber, 1795), nom proposé pour l’espèce présente dans l’océan Pacifique et la côte ouest de l’Australie, ayant une zone de recouvrement avec A. planci en Thaïlande et partie est de l’Indonésie. Couleur variable entre le gris-vert et le gris-pourpre. Présente en Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, et en Polynésie française.
  • Et l’espèce de mer Rouge pas encore nommée. Contrairement aux autres espèces possédant 23 bras, celle-ci possède au maximum 14 bras.

D’autres étoiles de mer épineuses se rencontrent aussi dans le domaine Indo-Pacifique :

Acanthaster brevispinus (Fisher, 1917) : étoile épineuse rouge à pourpre avec des zones sombres sur la quinzaine de bras. Les piquants sont plus courts et denses que chez A. planci. Plutôt rare, cette espèce ne se nourrit pas de polypes coralliens.

Heliaster kubiniji : étoile épineuse dépourvue de piquants acérés, mais présente dans une zone géographique limitée de la basse Californie au Nicaragua.

Alimentation

Cette espèce au stade adulte est corallivore*, mais le régime n'est pas strict : algues, acropores, gorgones et alcyonaires peuvent être consommés. Pour se nourrir, l'étoile dévagine son estomac (c'est-à-dire qu'elle le retourne) et l'applique sur les polypes*, qu'elle digère sur place avant de rétracter son estomac. La surface de l'estomac est proportionnellement bien supérieure à celle des autres étoiles. Cette particularité explique la croissance rapide de cette espèce. Une Acanthaster peut détruire 5 à 6 m² de corail par an. Une agrégation (une colonie d'étoiles) peut ainsi détruire plusieurs km² par an.

Reproduction - Multiplication

Cette espèce est gonochorique*, les produits génitaux sont émis dans l'eau de mer. La fécondation est plus efficace lorsqu'il y a un rapprochement avec une concentration importante d'individus. La période de reproduction est synchronisée et déterminée par des facteurs externes et endocriniens.

Le développement de l'étoile est illustré par les différents stades suivants :

  • l'œuf fécondé donne une larve* planctonique* qui se nourrit de phytoplancton* (stade 1).
  • après une durée d'un mois environ de vie planctonique, la larve se métamorphose en étoile juvénile à cinq bras, dont la taille initiale est de 0,5 mm (stade 2).
  • cette larve mène une vie benthique* (sur le fond). Cette étoile juvénile se nourrit d'algues pendant environ 6 mois jusqu'à atteindre une taille de 10 mm (stade 3).
  • elle poursuit son développement en se nourrissant de coraux et sa croissance s'accélère (stade 4) de 6 mois à 2 ans avec augmentation du nombre de bras (15).

Après 2 ans, ayant atteint une taille de 20 cm, c'est un adulte sexuellement mature et le nombre de bras peut dans certains cas augmenter en se dédoublant.

Vie associée

De très nombreux animaux trouvent refuge entre les piquants des acanthasters tant cette protection est avantageuse ! On peut citer la crevette Zenopontonia soror qui est la plus fréquente.

Divers biologie

Les prédateurs
Le triton géant (gastéropode), les cnidaires Pseudocorynactis sp, certains balistes (Balistoides viridescens, Balistapus undulatus), des poissons-ballons (Arothron stellatus, Arothron hispidus) font partie des prédateurs adultes identifiés capables de s'attaquer aux acanthasters adultes.
Hymenocera picta la crevette arlequin, certains empereurs (Lethrinus sp), ainsi que le Napoléon Cheilinus undulatus sont des prédateurs des juvéniles.

Les larves brachiolaria sont consommées par des poissons de la famille des Pomacentridés, des crabes Trapeziidés vivant dans les coraux, des vers polychètes, mais aussi des polypes de coraux lors de la phase d’installation sur le substrat benthique* Un autre prédateur connu des larves est le casque rouge Cassis rufa. Cependant, des études ont montré que les larves brachiolaria s’installent préférentiellement à proximité d’étoiles adultes, sur un substrat de coraux morts récemment, qui leur est donc favorable.

Les gêneurs et protecteurs du corail
Des chercheurs australiens ont montré que l'huître corallicole participe à la protection de son corail hôte contre les agressions de prédateurs tels qu'Acanthaster planci. En effet, Pedum spondyloideum peut déloger l'étoile de mer en lui envoyant une série de violents jets d'eau par son siphon ! Plus généralement, la présence d'invertébrés symbiontes des coraux a une influence protectrice sur les espèces coralliennes dont se nourrit Acanthaster planci (voir la fiche Spirobranchus giganteus).

Informations complémentaires

Les invasions : cette espèce fait l'objet régulièrement et mystérieusement de concentrations importantes sur les récifs de l'Indo-Pacifique (densité supérieure à 1000 individus par hectare pour une population normale inférieure à un individu par hectare) transformant rapidement un splendide jardin de coraux en masse de calcaire blanchi et inerte. Ce phénomène a lieu dans toutes les zones où l'Acanthaster planci existe et se multiplie. Les raisons de ces invasions explosives ne sont aujourd'hui pas totalement élucidées mais les hypothèses suivantes sont les plus souvent retenues pour expliquer localement ou généralement ces invasions :

  • la raréfaction du triton Charonia tritonis (trop ramassé par les pêcheurs pour arrondir leurs fins de mois difficiles et surtout trop acheté par les touristes pour la beauté de ses formes et des couleurs de sa coquille), réduit et supprime le rôle de ce prédateur quasi exclusif et conduit à la prolifération de cette étoile. Cependant, la disparition soudaine de l'étoile sur un récif attaqué laisse supposer qu'il existe d'autres mécanismes de régulation inconnus à ce jour.
  • la disparition des mangroves, l'activité humaine et les fortes pluies : des études scientifiques poussées sur les larves des Acanthasters ont montré que l'augmentation et l'enrichissement en sels nutritifs favorisaient la résilience* des larves. Différentes hypothèses ont été alors émises pour expliquer cette augmentation de sels nutritifs. On peut citer : le drainage des sols occasionné par les fortes pluies, l'activité de l'espèce humaine par son développement et la pollution engendrée, la disparition des mangroves naturelles des zones tropicales, tapis végétal retenant naturellement les sels minéraux. Cette résistance accrue des larves entraîne automatiquement une prolifération exceptionnelle d'individus, semant la mort sur le récif.
  • le prédateur ultime : un prédateur de ce type semble être un désastre au niveau d'un récif où les plongeurs ont l'habitude d'évoluer, en quelques mois son aspect change radicalement. A l'échelle de plusieurs années, cette prédation ultime possède des avantages car le récif se reconstitue en laissant la place à d'autres espèces dont la diversité apparaît progressivement. De même pour les colonies de coraux touchées, de nouvelles larves se fixent avec, pour la plupart certainement, un potentiel génétique supérieur.

On le voit, le débat est ouvert et ces étoiles n'ont pas fini de faire parler d'elles.


Médical :
Acanthaster planci est venimeuse et provoque des troubles qui peuvent être graves pour l'espèce humaine en cas de piqûre par les épines, enduites d'une sécrétion toxique. Le venin est constitué d'un allergique puissant, d'une enzyme attaquant les membranes cellulaires et de plancinine, un anti-coagulant puissant. Ces troubles vont de la paralysie au vomissement avec nausées, jusqu'au malaise syncopal nécessitant le transfert vers un hôpital dans les plus brefs délais. Des risques d'infection grave sont fréquents.

Origine des noms

Origine du nom français

Couronne d'épines : la forme particulière de cette étoile avec un disque massif et des petits bras rappelle une couronne couverte d'épines.

Origine du nom scientifique

Acanthaster : du grec [acanthos] = épine et [aster] = étoile. Le genre signifie donc étoile avec épines.
planci : du nom propre Giovanni Paolo Bianchi alias Janus Plancus, (Rimini) 1693-1775, naturaliste italien.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Asterozoa Astérozoaires Echinodermes de forme étoilée. Les bras, simples et parfois absents, sont en nombre variable, et contiennent des organes.
Classe Asteroidea Astérides Organismes en forme d’étoile, libres. 5 à 50 bras, squelette réduit, estomac dévaginable. Ce sont les étoiles de mer.
Ordre Valvatida Valvatides Etoiles de mer à 5 bras arrondis et souples. Papules* respiratoires réparties sur la face dorsale.
Famille Acanthasteridae Acanthastéridés
Genre Acanthaster
Espèce planci

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