Grand nudibranche au corps de forme ovale pouvant atteindre 25 cm
Manteau densément couvert de papilles pointues et souples de toutes tailles
Couleur de fond grise à beige fortement brouillée par des taches plus claires et plus foncées à forme et répartition aléatoires
Face inférieure du manteau blanche à taches brun-rouge avec une bande submarginale brun-rouge
Massue des rhinophores beige, panache branchial beige à rachis arborescent blanc
Doris à papilles (nom peu spécifique)
Cloudy sebadoris (GB)
Doris nubilosa Pease, 1871 (nom original)
Archidoris nubilosa (Pease, 1871)
Thordisa crosslandi Eliot, 1904
Diaulula gigantea Bergh, 1905
Argus indicus O'Donoghue, 1932
Mer Rouge, Indo-Pacifique
Zones DORIS : ● Indo-Pacifique, ○ [Mer Rouge] L’espèce est présente en mer Rouge et dans les zones tropicales et subtropicales de l’océan Indien et des parties ouest et centre de l’océan Pacifique.
Dans l’océan Indien, elle est documentée du golfe d’Oman aux côtes du Mozambique et de Tanzanie, avec une distribution vers l’est allant jusqu’à la mer d’Andaman en passant par Zanzibar, Mayotte, les Mascareignes*, les Seychelles, les Maldives et l’Inde.
Dans le Pacifique, sa distribution vers l’est va jusqu’à Hawaï et à la Polynésie française en passant par la Nouvelle-Calédonie et la plupart des îles océaniques comprises entre ces limites.
La sébadoris nuageuse vit en milieu corallien, sur des fonds sableux,
sablo-détritiques ou rocheux. On peut la trouver sous des roches ou des blocs
de corail mort, mais aussi sur des éponges, dans des herbiers de phanérogames*, etc.
Sa distribution verticale ne semble pas exhaustivement documentée, mais la
grande majorité des individus observés semblent l’avoir été par très petits
fonds (jusqu’à 10 m). Certains auteurs (Kay and Young, 1969) considèrent cependant
qu’il s’agit probablement d’une espèce profonde qui peut se trouver
occasionnellement par petits fonds.
Description succincte : ce nudibranche de grande taille peut atteindre 25 cm. Son corps aplati est ovale, sa largeur entre à peu près deux fois dans sa longueur. Il est couvert de très nombreuses papilles souples de tailles différentes, dont beaucoup sont longues et pointues. Le pied est entièrement recouvert par le manteau.
La couleur de fond, grise à beige, est brouillée par des taches présentant un dégradé de teintes plus claires et plus foncées dont la forme et la répartition sont le plus souvent aléatoires. La massue des rhinophores* est beige, les bords des lamelles sont marqués de blanc. Le panache branchial est beige avec un rachis arborescent blanc. La face inférieure du manteau* est blanche avec de petites taches d’un blanc plus mat dispersées parmi de grosses taches brun-rouge, et une bande submarginale brun-rouge à liseré blanc.
Description détaillée
Morphologie
Vu de dessus, le corps de ce grand nudibranche qui peut atteindre 25 cm dessine un ovale dont la largeur entre à peu près deux fois dans la longueur. Vu de profil, il est légèrement convexe ; la discrète bosse dorsale commence devant les rhinophores* et s’achève par une descente sur laquelle se situe le panache branchial. Autour de cette bosse, le manteau* forme une sorte de jupe dont le bord extérieur est ondulé. La face dorsale du manteau est couverte de papilles* presque contiguës de forme et de taille différentes, dont beaucoup sont longues et pointues, certaines pouvant mesurer plus de 5 mm. Ces papilles sont souples, ce qui donne au manteau une consistance douce malgré son aspect hérissé.
Le pied est entièrement couvert par le manteau ; il est puissant, sa largeur équivaut à environ un tiers de celle du manteau dans sa partie médiane. Ses deux extrémités sont arrondies. Sa partie antérieure est séparée en deux lèvres et porte une encoche sur la lèvre supérieure. Les tentacules* oraux sont digitiformes avec une extrémité conique.
La hampe des rhinophores est forte et émerge d’un fourreau court porteur de petites papilles à sa base. Les massues (les parties lamellaires) sont en forme de pomme de pin. Elles présentent de 25 à 35 lamelles et sont surmontées par un bouton terminal cylindrique.
Le panache branchial regroupe cinq à six branchies* tri- ou tétrapennées disposées en cercle autour de l’anus. Les branchies sont facilement rétractées en cas d’alerte, jusqu’à se fondre dans le tapis de papilles qui les entourent et n’être plus visibles.
Couleurs
La couleur dominante de la partie supérieure du manteau est grise à beige ou brun pâle ; elle est fortement brouillée par des taches plus ou moins diffuses de forme et de taille différentes qui présentent un dégradé de teintes plus claires et plus foncées. La répartition de ces taches est le plus souvent aléatoire, mais on peut trouver des taches foncées alignées autour de la bosse dorsale. Ces couleurs se retrouvent, ou pas, sur les papilles, qui peuvent de surcroît être bicolores, l’ensemble participant de l’aspect général brouillé du manteau.
La couleur de fond de la face inférieure du manteau est un blanc opalescent sur lequel se distribuent aléatoirement de grandes taches brun-rouge entre lesquelles sont dispersées de nombreuses petites taches d’un blanc mat. Une bande submarginale de taches brun-rouge plus ou moins coalescentes marque sa périphérie. La sole* pédieuse présente la même intrication de taches brunes et blanches, mais elles sont plus petites et plus concentrées, et son liseré est blanc.
La hampe des rhinophores est de la couleur dominante du manteau avec des taches claires de forme et emplacement aléatoires. Les lamelles sont beiges à jaunâtres et présentent des bords marqués de blanc.
Les branchies sont généralement de la même couleur que les lamelles des rhinophores, avec un rachis arborescent blanc.
Selon Dayrat (2010), Sebadoris nubilosa peut être distinguée des nudibranches doridiens de morphologie similaire par la très forte densité des papilles coniques, toutes très proches les unes des autres, dont la face supérieure de son manteau est couverte.
On peut aussi la distinguer des espèces dont la face inférieure du manteau présente des taches brunes (par ex. Sebadoris fragilis) par la bande submarginale brun-rouge qui marque la périphérie de S. nubilosa.
Comme beaucoup de nudibranches doridiens, S. nubilosa est supposée se nourrir d'éponges, mais sa diète précise n’est pas documentée à notre connaissance à la date de publication de cette fiche [01/2026].
La reproduction n’est pas étudiée dans cette espèce à la date de publication de cette fiche [01/2026], à notre connaissance.
Les nudibranches sont hermaphrodites* simultanés et pratiquent la fertilisation* croisée : chaque individu produit des gamètes* des deux sexes et est à la fois inséminateur et inséminé pendant l’accouplement, qui consiste en l’échange de gamètes mâles. Les organes génitaux se trouvent du côté droit de la partie antérieure du corps ; les individus voulant s’accoupler se placent donc en position tête-bêche. Les gamètes mâles sont stockés dans une spermathèque*.
Un ruban d‘œufs fécondés au fur et à mesure et enrobés de mucus est ensuite fixé sur un substrat* sous la forme d’une spirale enroulée dans un sens anti-horaire.
Chez Sebadoris nubilosa la ponte se présente comme un ruban ondulé blanchâtre.
Ses couleurs grises à brunes diffuses font à l’espèce un excellent camouflage sur des fonds sableux ou détritiques*.
Quand elle est perturbée, Sebadoris nubilosa est capable de fuir en nageant grâce à des flexions dorso-ventrales de son corps. Son pied est alors complètement plaqué sur la face inférieure du manteau (ce qui diffère de la "nage" des espèces du genre Hexabranchus, les « danseuses espagnoles », chez lesquelles les deux bords se rejoignent en une sorte de carène* ondulante).
Le manteau est dépourvu de spicules*, ce qui est très inhabituel dans la famille des Discodorididés. C’est cette absence qui permet aux papilles d’être souples.
La radula* est l’organe qui permet aux mollusques brouteurs de se nourrir. C’est une sorte de râpe qui comporte trois bandes longitudinales composées de rangées de dents transversales, la bande médiane pouvant porter une dent, plusieurs ou pas du tout. Celle de la sébadoris nuageuse ne comporte pas de dent médiane. La formule* radulaire donne le nombre de rangées suivi par le nombre de dents par rangée ; par exemple celle du plus grand spécimen de Sebadoris nubilosa documenté, qui mesurait 25 cm, est 65 × (130-0-130), soit 65 rangées avec, par rangée : 130 dents à gauche, aucune au milieu et 130 dents à droite. Cette formule évolue en fonction notamment de la taille de l’individu. Par exemple, celle d’un des plus petits individus documentés (11 cm) est 45 × (105-0-105). Les dents de l’espèce sont en forme de crochet sans denticules*.
Valdès (2002) considère qu’une étude phylogénétique* détaillée pourrait faire du genre Sebadoris un synonyme du genre Discodoris.
Dayrat (2010) laisse entendre, sans trancher, que les deux espèces de Sebadoris (S. nubilosa et S. fragilis) pourraient en fait recouvrir plusieurs espèces cryptiques mais que les éléments restent à établir.
Le statut de l’espèce n'est pas évalué par l’UICN*.
Sebadoris : ce nom est formé d’un radical (seba), suivi de « doris », nom d’un genre de limaces de mer créé par Linné en 1758. Le genre est décrit en 1960 par le couple de zoologistes allemands Ernest Marcus (1893-1968) et Evelin Marcus (1901-1990) dans Opisthobranchia aus dem Roten Meer und von den Malediven. Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften und der Literatur in Mainz. Mathematisch-naturwissenschaftliche Klasse. 12). Il ne nous a pas été possible de consulter ce document, mais les Marcus sont connus pour être parfois abscons ou fantaisistes dans leurs choix des noms de genres et d’espèces, et généralement muets quant à leurs raisons d’être : il y a de fortes chances pour que la description n’éclaire en rien le sens du radical [seba], ni donc celui du nom de genre.
Angel Valdès (2002) reprend la description des auteurs et note que, du point de vue morphologique, ils caractérisent le genre notamment par un pénis spiralé et armé d’épines, ainsi que par la face dorsale du manteau couverte de papilles de taille différente, les unes longues et pointues, les autres courtes et arrondies.
L’espèce-type* est Thordisa crosslandi, synonyme de l’actuelle Sebadoris nubilosa.
Le genre contient actuellement [01/2026] deux espèces acceptées (S. nubilosa et S. fragilis).
nubilosa : ce mot est le féminin de l’adjectif latin [nubilosus], qui signifie « nuageux ».
L’espèce est décrite sous le nom de Doris nubilosa en 1871 par le conchologiste et malacologiste américain William Harper Pease (1824–1871) dans Descriptions of new species of nudibranchiate Mollusca inhabiting Polynesia, n°2, (in American Journal of Conchology, vol. 7, première partie, pp. 13-14). Le descripteur ne justifie pas expressément le choix de l’épithète spécifique, mais sa description mentionne des taches grises qui évoquent des nuages sur la partie dorsale du manteau. Ce sont donc probablement ces taches qui ont orienté le choix du nom d’espèce.
La localité du type* est l’île de Huahine, qui fait partie de l’archipel de la Société en Polynésie française.
Numéro d'entrée WoRMS : 221068
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Mollusca | Mollusques | Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies. |
| Classe | Gastropoda | Gastéropodes | Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules. |
| Sous-classe | Heterobranchia | Hétérobranches | |
| Infra-classe | Euthyneura | Euthyneures | Gastéropodes hétérobranches possédant une disposition particulière non croisée du système nerveux, résultant de la torsion puis détorsion de la larve véligère. |
| Subter-classe | Ringipleura | ||
| Super ordre | Nudipleura | Nudipleures | |
| Ordre | Doridida | ||
| Super-famille | Doridoidea | ||
| Famille | Discodorididae | Discodorididés | Forme aplatie ovale ou un peu rectangulaire. Pied plus petit que le manteau granuleux. Possibilité d’autotomie du bord du manteau. Présence de glandes à acide. Tentacules buccaux coniques ou digitiformes. |
| Genre | Sebadoris | ||
| Espèce | nubilosa |
Gastéropodes Opisthobranches
Nuageuse
Les taches diffuses présentes sur le manteau et leurs dégradés de teintes grises à beiges plus ou moins claires ou foncées évoquent un ciel nuageux, d’où le nom scientifique et le nom commun de l’espèce (sébadoris nuageuse).
Ces couleurs, qui font à l’espèce un excellent camouflage sur des fonds sableux ou détritiques, la mettent en valeur sur un fond plus vivement coloré.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
07/11/2020
Gastéropodes Opisthobranches
De profil
Vu de profil le corps est légèrement convexe. Les rhinophores (à droite sur la photo) et les branchies (à gauche) se trouvent respectivement au début et à la fin de la bosse discrète ainsi formée.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
07/11/2020
Rhinophores
La hampe des rhinophores est de la couleur dominante du manteau avec des taches claires de forme et emplacement aléatoires. La massue porte des lamelles beiges à jaunâtres aux bords marqués de blanc.
Notez l’extrême densité des papilles qui couvrent la face supérieure du manteau, manifeste sur ce gros plan. Cette densité est une des caractéristiques qui permettent de distinguer l’espèce de celles qui lui ressemblent.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
07/11/2020
Panache branchial
Les branchies sont discrètes. Elles sont généralement de la même couleur que les lamelles des rhinophores, avec un rachis arborescent blanc.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
07/11/2020
Face inférieure du manteau et sole pédieuse
La face inférieure du manteau est d’un blanc opalescent ornée de taches brun-rouge et de petites taches blanc mat, ainsi que d’une bande submarginale brun-rouge. Cette dernière caractéristique permet aussi de distinguer l’espèce de celles qui lui ressemblent.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
17/07/2013
Tentacules oraux
Les tentacules oraux sont digitiformes, ce qui est une caractéristique de la famille des Discodorididés, mais ils peuvent avoir une extrémité conique, comme c’est le cas chez cet individu.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
17/07/2013
De nuit
Sebadoris nubilosa semble active la nuit. Cet individu photographié à Mayotte est probablement à la recherche des éponges dont il se nourrit.
Sada, Mayotte (976), océan Indien, 1 m, de nuit
23/04/2017
Nage nocturne
L’espèce est capable de nager grâce à des flexions dorso-ventrales de tout le corps.
Cet individu nage par une nuit noire au contact de la surface, qui fait miroir et lui renvoie son image.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
24/02/2015
Rédacteur principal : Philippe BOURJON
Vérificateur : Alain-Pierre SITTLER
Responsable régional : Alain-Pierre SITTLER
Dayrat B., 2010, A Monographic Revision of Basal Discodorid Sea Slugs (Mollusca: Gastropoda: Nudibranchia: Doridina), Proceedings of the California Academy of Sciences, 4, 6(1), 69-77.
Jasper P.D., Froehlich E.M., Carbayo F., 2021, A study on the etymology of the scientific names given to planarians (Platyhelminthes, Tricladida) by Ernest Marcus’ school, Papéis Avulsos de Zoologia, 61, 1-11.
Kay E.A., Young D.K., 1969, The Doridacea (Opisthobranchia; Mollusca) of the Hawaiian Islands, Pacific Science, 23, 2, 172-231.
Valdés A., 2002, A phylogenetic analysis and systematic revision of the cryptobranch dorids (Mollusca, Nudibranchia, Anthobranchia), Zoological Journal of the Linnean Society, 136, 4, 535-636.
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La page de Sebadoris nubilosa dans l'Inventaire National du Patrimoine Naturel : INPN
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