Scrupocellaires d'Europe

Scrupocellaria spp. (Europe) | van Beneden, 1845 (Genre)

N° 1540

Mer du Nord, Manche, Atlantique Nord-Est et Méditerranée

Clé d'identification

Colonies branchues, ramifiées, souvent rampantes, touffues
Petites colonies (1 à 5 cm) fortement calcifiées à joints souples
Faiblement ancrées au substrat
Branches constituées d'une double série de zoïdes alternés
Très fins filaments balayant la colonie (vibraculaires)

Noms

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Les confusions entre les espèces du genre Scrupocellaria et les synonymies sont nombreuses dans la littérature, nous ne les détaillerons pas.

Distribution géographique

Mer du Nord, Manche, Atlantique Nord-Est et Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Voir le paragraphe descriptif correspondant à chaque espèce.

Biotope

Les scrupocellaires se trouvent souvent mélangés entre eux, à d'autres petits bryozoaires érigés ou rampants (Caberea boryi, Idmidronea atlantica, Valkeria tuberosa, Chartella papyracea, Bugula spp., Cellaria spp., Beania spp., Crisia spp., etc), à de nombreux hydraires ou à des algues. Ils sont aussi souvent en épibionte* de plus grandes espèces de bryozoaires (sur Pentapora fascialis, Myriapora truncata, Chartella spp. etc.), sur divers substrats libres érigés (axes de gorgones mortes, grandes algues) ou directement sur la roche et au pied de la posidonie.
Scrupocellaria bertholetti et Scrupocellaria reptans vivent principalement sur les algues superficielles en Méditerranée et sur les laminaires en Atlantique.

Description

Les espèces du genre scrupocellaires (Scrupocellaria spp.) présentes en Europe forment de petites colonies en général fortement calcifiées, "libres", branchues, souvent rampantes, plutôt touffues et faiblement ancrées au substrat* par l'intermédiaire d'une sorte de petits "bouquets de radicelles" nommés rhizoïdes*. Les colonies ne dépassent guère 4 à 5 cm de hauteur, le plus souvent beaucoup moins. Les fines branches rugueuses se ramifient à intervalles réguliers et sont constituées d'une double série de zoïdes* alternés. Chaque rameau s'articule par un joint souple situé à son commencement. La présence de très fins filaments balayant la colonie, les vibraculaires*, est caractéristique de la famille des Candidés (Candidae), mais ces "fouets" ne sont pas faciles à observer in-situ.

Voir la rubrique "Divers biologie" pour la description microscopique.

A ce jour (2013), les principales espèces observables en plongée et sur le littoral européen sont les suivantes :

Scrupocellaria reptans (Linnaeus, 1767), montre des colonies en forme de très large éventail aplati donnant un aspect plus rampant que les autres espèces. Ce bryozoaire forme des rameaux légèrement épineux, donnant une allure rêche à la colonie de couleur beige à blanchâtre et dont l'envergure est de l'ordre de 2 à 3 cm. Scrupocellaria scruposa et Scrupocellaria ellisi sont des espèces voisines très ressemblantes. Décrit sur les côtes européennes il semblerait (Vieira, 2012) que S. reptans ne soit en réalité présent qu'autour des îles Britanniques et que S. ellisi le remplace plus au sud.

Du point de vue microscopique, l'aviculaire* latéral est absent ou très inconstant, le scutum* est très ramifié et recouvre les bords de la membrane frontale.

Scrupocellaria scruposa (Linnaeus, 1758), montre des colonies plutôt grêles en touffes dressées, blanches, et abondamment ramifiées de façon dichotomique*. On peut l'observer en Atlantique Est et en Méditerranée.

Du point de vue microscopique S. scruposa se caractérise par l'absence de scutum et un opercule distinct. Les entre-nœuds sont formés de 7 à 11 paires de zoïdes alternés.

Scrupocellaria scrupea Busk, 1852, montre des colonies en touffes dressées d'aspect assez robuste, des rameaux épais, lisses et aplatis. Son port en "rosette" de couleur rouge-orangé est très caractéristique, le diamètre des colonies est de l'ordre de 2 cm. On peut l'observer en Atlantique Nord, Méditerranée, Pacifique Nord, Arctique.

Du point de vue microscopique il y a deux vibraculaires axiaux (au niveau des bifurcations). Le scutum réduit ne couvre pas entièrement la membrane frontale, il est inséré à proximité de l'épine interne et possède la forme d'un rein sans saillie distale. Il y a 2 ou 3 épines orales externes et 1 ou 2 internes. La longueur du zoïde est supérieure au double de celle de l'opesia* (membrane frontale), à comparer à S. delilii. L'aviculaire frontal est toujours absent.

Scrupocellaria delilii (Audouin, 1826), s'observe en Méditerranée, mais peut être cosmopolite.

Du point de vue microscopique il y a deux vibraculaires axiaux (au niveau des bifurcations), un scutum réduit ne couvrant pas entièrement la membrane frontale et qui est inséré à distance de l'épine interne, sa forme est celle d'un rein plus étroit sur la partie distale. Il y a deux épines orales externes et une interne. La longueur du zoïde est inférieure au double de celle de l'opesia (membrane frontale), à comparer à S. scrupea.

Scrupocellaria bertholettii (Audouin, 1826), s'observe en zone circumtropicale* et aussi en Méditerranée.

Du point de vue microscopique, l'aviculaire latéral est constant mais petit, le scutum est ramifié mais ne recouvre pas les bords de la membrane frontale.

Scrupocellaria aegeensis Harmelin, 1969, est présente en Méditerranée (mer Égée).

Du point de vue microscopique il y a deux vibraculaires axiaux au niveau des bifurcations, un scutum en croissant de lune symétrique en proximal et distal, trois épines orales externes et une interne.

Scrupocellaria ellisi Vieira & Spencer Jones, 2012, est présente en Mer du Nord, Atlantique Nord, Adriatique, Tasmanie.

Scrupocellaria maderensis Busk, 1860, est cosmopolite des eaux chaudes.

Du point de vue microscopique il y a deux vibraculaires axiaux au niveau des bifurcations, un scutum très large couvrant la totalité de la membrane frontale et au bord distal plat ou légèrement dentelé.

Espèces ressemblantes

Les espèces des genres proches Caberea et Tricellaria appartenant également à la famille des Candidés (Candidae, anciennement Scrupocellaridae) montrent quelques ressemblances, en particulier la présence de longs fouets (vibraculaires) :

Caberea boryi forme des colonies en éventail, de couleur fauve à rouge orangé et aux branches plus robustes, plus rigides et cylindriques. Sa distribution est sub-cosmopolite.

Caberea ellisii, espèce des eaux froides du nord de l'Europe sporadiquement rencontrée en Bretagne Nord mais non en Méditerranée, est dépourvue de scutum, forme des colonies plus robustes et plus grandes que Caberea boryi de couleur plus claire.

Tricellaria spp, forment des colonies plus grêles, blanches :

Tricellaria inopinata d'Hondt & Occhipinti Ambrogi, 1985,

Tricellaria ternata (Ellis & Solander, 1786).

D'apparence proche, certaines espèces de bugules en forme d'éventails (Bugulina calathus, etc.) et dont les ramifications sont aplaties sur un même plan, ne s'organisent pas de la même façon et ne possèdent pas de vibraculaires.

Alimentation

Comme chez tous les bryozoaires, la nutrition est assurée par la capture de particules alimentaires (phytoplancton*, en particulier) par les tentacules* du lophophore*, dont la sortie est assurée par une augmentation de la pression du liquide interne, phénomène obtenu grâce à la compression musculaire.
Une fois la gaine du lophophore dévaginée, un mouvement pendulaire et circulaire des tentacules ciliés* composant le panache de ce lophophore va permettre le brassage de l'eau environnante et favoriser ainsi la capture des micro-organismes composant le régime alimentaire de la colonie. Ces animaux sont ainsi dits filtreurs* "actifs".
Les diatomées* (algues unicellulaires) et les bactéries sont la base de l'alimentation de ce type de bryozoaire, filtreur suspensivore* microphage*.

Reproduction - Multiplication

La croissance de la colonie se fait par bourgeonnement* périphérique de nouvelles zoécies* (= zoïdes). La reproduction est sexuée et la colonie est hermaphrodite*. Les œufs fécondés produits par un zoïde femelle sont incubés dans une ovicelle* (petite chambre au-dessus de l'orifice).
Après maturation, il y a émission des larves* lécitotrophiques* ciliées*, qui vont être dispersées par les courants. Après une courte vie dans la colonne d'eau, la larve va se fixer sur un substrat adéquat et se métamorphoser* en un zoïde primaire ou ancestrule*. Celui-ci bourgeonnera deux à trois zoïdes, qui bourgeonneront eux-mêmes en formant petit à petit la colonie érigée, lui permettant de grandir.

Divers biologie

Description microscopique du genre Scrupocellaria :
- Les zoïdes en forme de losange portent une membrane frontale ovale.
- Des épines sont habituellement présentes sur la marge haute (distale) du zoïde. Une épine latérale particulièrement modifiée en une sorte de palette de forme très diverse suivant l'espèce, le scutum*, recouvre la membrane frontale.
- De petits aviculaires* non pédonculés* sont présents latéralement et souvent frontalement. L'aviculaire latéral forme une proéminence triangulaire au niveau de l'angle externe haut (en distal) du zoïde avec la mandibule* orientée en distal. Dans la majorité des espèces, les aviculaires frontaux se localisent en bas (en proximal) près de l'aire membraneuse, parfois uniquement associés aux ovicelles*.
- Les vibraculaires* (voir plus bas pour plus d'informations sur cet hétérozoïde* caractéristique de la famille des Candidae) sont présents chez presque toutes les espèces de Scrupocellaria, en position latérale du côté basal (ou dorsal). De plus il peut y avoir un ou deux vibraculaires additionnels dans l'axe des bifurcations. Les chambres vibraculaires (la partie fixe) sont séparées transversalement en deux parties distinctes, une chambre supérieure contenant les muscles mobilisateurs du fouet et une plus petite chambre inférieure qui peut parfois donner naissance à un rhizoïde, particulièrement dans les parties basses des colonies.
- Les ovicelles* sont globuleuses et placées au dessus de l'ouverture.
- Les ancestrules* (le premier zoïde issu d'une larve nageuse) de forme évasée sont fixées au substrat par une paire de rhizoïdes.

Le vibraculaire est un aviculaire dont la partie mobile, la mandibule, s'est largement modifiée en une sorte de fin et long fouet. Chez Caberea boryi, une espèce proche des scrupocellaires, ce fouet est articulé et animé de mouvements vibraculaires synchrones et rythmiques. Chez d'autres espèces de Candidés (Candidae), comme les Scrupocellaria, ces mouvements pendulaires peuvent être moins réguliers, moins coordonnés.

Vibraculaires et aviculaires ont des fonctions non parfaitement définies. Un rôle de nettoyage et de défense de la colonie est suggéré.

Origine des noms

Origine du nom français

Scrupocellaire est une francisation du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Scrupocellaria : de [scrupus] = rocher, dans le sens "bryozoaire poussant sur les rochers" et de [cella] = loge.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Bryozoa / Ectoprocta Bryozoaires / Ectoproctes Petits animaux coloniaux filtreurs aquatiques fixés à un substrat. Tous les zoïdes sont en continuité physique et issus de bourgeonnement à partir d’un individu unique. Chaque zoïde porte un lophophore rétractile et est abrité dans une logette.
Classe Gymnolaemata Gymnolèmes Colonies polymorphes. Les zoïdes sont cylindriques ou aplatis, les lophophores circulaires. Les parois peuvent être calcifiées ou non. Presque tous marins.
Ordre Cheilostomatida Cheilostomes Bryozoaires calcifiés, zoïdes* en forme de boîte obturée par un opercule à charnière. Gymnolèmes les plus nombreux et les plus diversifiés des régions littorales, souples à rigides. Groupe au polymorphisme marqué où l’on trouve des individus différenciés (aviculaires, vibraculaires, ovicelles globuleux…).
Sous-ordre Flustrina Flustrine
Famille Candidae Candidés Signifie "qui a les cheveux blancs". Principaux genres : Caberea, Scrupocellaria, Canda, Tricellaria, ... = Scrupocellariidae (synonyme ancien, non valide)
Genre Scrupocellaria spp. (Europe)
Espèce

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