Hydrobie des antipodes

Potamopyrgus antipodarum | (Gray, 1843)

N° 4832

Mondiale

Clé d'identification

Espèce présente en très grand nombre à certains endroits en eau douce, saumâtre ou salée
Petite coquille dextre allongée de 3 à 6 mm de long, parfois avec une carène et parfois avec des épines sur cette carène
Coquille jaunâtre, du brun clair au brun foncé parfois recouverte d'encroûtements noirs
Présence d'un opercule ovale, fin et corné
Embryons blancs visibles à travers le dernier tour de la coquille chez la femelle

Noms

Autres noms communs français

Hydrobie de Jenkins, nasse de Nouvelle Zélande (Canada)

Noms communs internationaux

New-Zealand jenkins' spire, New-Zealand mudsnail, New Zealand spiresnail, New Zealand mudsnail, New Zealand mud snail, Jenkins's spire snail, Jenkins' spiresnail, Jenkins' spire snail, Jenkins' spire shell (GB), Neuseeland Zwergdeckelschnecke, Neuseeländische Zwergdeckelschnecke, Neuseeländische Deckelschnecke, Jenkins Deckelschnecke, Flussschnecke, Turmschnecke (D), Jenkins' waterhoren, Jenkins' brakwaterhorentje, brakwaterhorentje (NL), Ungefødende dyndsnegl (DK), Wodożytka nowozelandzka (Pol), Nyzeeländsk tusensnäcka, Kölad tusensnäcka, Vandrarsnäcka (S), Vandresnegl, Vandresnigel (N), Vaeltajakotilo (Fin)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Potamopyrgus niger (Quoy & Gaimard, 1835)
Rissoa castanea Sowerby, 1839
Amnicola antipodanum Gray, 1843
Amnicola antipodarum Gray, 1843
Amnicola zelandiae Gray, 1843
Amnicola corolla (Gould, 1847)
Melania corolla Gould, 1847
Amnicola badia Gould, 1848
Amnicola egena Gould, 1848
Amnicola gracilis Gould, 1852
Paludestrina cumingiana Fischer, 1860
Paludestrina salleana Fischer, 1860
Hydrobia fischeri Dunker, 1862
Hydrobia reevei Frauenfeld, 1863
Hydrobia spelaea Frauenfeld, 1863
Paludestrina legrandiana Brazier, 1872
Paludestrina wisemaniana Brazier, 1872
Hydrobia antipodum Martens, 1873
Rissoina vana (Hutton, 1873)
Rissoa vana Hutton, 1873
Bithinia legrandi Tenison Woods, 1876
Bithinia tasmanica Tenison Woods, 1876
Bithinia unicarinata Tenison Woods, 1876
Bythinella exigua Tenison Woods, 1879
Hydrobia jenkinsi E. A. Smith, 1889
Paludestrina jenkinsi (E. A. Smith, 1889)
Potamopyrgus jenkinsi (E. A. Smith, 1889)
Hydrobia ventrosa var. carinata Marshall, 1899
Potamopyrgus jenkinsi aculeata Overton, 1905
Rissoina fuscozona Suter, 1908
Bythinella pattisoni Cotton, 1942
Potamopyrgus (Potamopyrgus) jenkinsi septentrionalis C. R. Boettger, 1951
Pseudamnicola lanceolata Cherbonnier, 1952

Distribution géographique

Mondiale

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest, Eau douce d'Europe

C'est une espèce néo-zélandaise, introduite en Europe (jusqu’en Suisse) par le biais de l'Australie et de la Grande-Bretagne puis aux États-Unis d’Amérique, au Japon et en Irak.

Biotope

L’hydrobie des antipodes est une espèce d’eau douce euryhaline* car elle est capable de survivre dans des salinités très variables. La salinité optimale est probablement inférieure ou égale à 5 ‰, mais P. antipodarum est capable de se nourrir, de grandir et de se reproduire à une salinité de 0-15 ‰ et peut tolérer de 30 à 35 ‰ . En conséquence, elle est présente dans un très large éventail d’habitats d’eau douce et d’eaux saumâtres. Cette espèce peut donc être présente dans des rivières, des ruisseaux, des sources, des étangs, des lacs, des canaux, des fossés et des estuaires. Elle est souvent abondante dans des zones perturbées. En Australie, elle a été trouvée dans des réservoirs d’eau potable et des conduites. On peut l’observer jusqu’à 10 m de profondeur (et 650 m d’altitude en Suisse).
Potamopyrgus antipodarum est eurytherme* puisqu’elle supporte des températures de 2 °C à 34 °C, mais ne supporte pas le gel.
Elle n’est pas amphibie mais peut survivre jusqu’à 10 jours sur une surface humide et une trentaine d’heure dans un air sec.
L'animal tolère l'envasement et prospère dans les bassins versants perturbés où les éléments nutritifs favorisent la croissance des algues vertes filamenteuses. Il s'installe parmi les macrophytes* et préfère les zones littorales dans les lacs ou les cours d'eau lents avec des substrats de limon et de matières organiques, Cependant il tolère aussi les environnements à débit élevé où il peut creuser dans les sédiments.
Cette espèce peut s'enfouir pendant les périodes sèches ou froides.

Description

La coquille de l’hydrobie des antipodes est dextre*, petite, sa longueur est de 3 à 6 mm (pour une spire* de 5 à 6 tours) mais dans sa région d'origine elle peut atteindre 13 mm (avec 7 à 8 tours de spire). La forme de la coquille est très variable, la surface peut être lisse ou avec une carène (présence d'une ligne fine ou d'une arête avec de petites épines formées par le périostracum*). La spire est gonflée et la suture* profonde. La coquille de certains individus porte souvent des dépôts noirs qui ne permettent pas de voir la forme de la spire, alors que d’autres ont une coquille propre, jaunâtre voire brune (du brun clair au brun foncé). L’ouverture est ovale, avec un péristome* épaissi chez les individus adultes. L’ombilic* est fermé par la lèvre interne de l’ouverture. L’opercule* solide est ovale, fin et corné (la plupart des escargots d’eau douce n’ont pas d’opercule).

L’animal a un mufle long, étroit se terminant en deux lobes, plus ou moins uniformément pigmenté de sombre, avec parfois une bande transversale pâle antérieure. Les tentacules* céphaliques sont longs et ciliés, pâles avec une base plus sombre ; il y a une zone foncée derrière chaque œil à la base de chaque tentacule. Le bord du manteau ne porte pas de tentacule palléal.

Espèces ressemblantes

En Europe, il existe de nombreuses espèces de petits gastéropodes à la coquille allongée de la taille et à peu près de la forme de l'hydrobie des antipodes. Plusieurs espèces vivent exclusivement en eau douce (dulçaquicoles) et d'autres sont présentes dans des eaux plus ou moins salées. Seules les espèces d'eaux salées à saumâtres sont prises en compte ici.
La répartition de certaines de ces espèces peut se chevaucher.
Malgré de nombreuses variations individuelles au sein de ces espèces, la pigmentation des tentacules semble être un caractère utilisable pour séparer les différentes espèces d'hydrobies de ces milieux.

  • Espèces ayant des marques sombres sur les tentacules :
    - Peringia ulvae ou hydrobie saumâtre : sous l'extrémité de chaque tentacule on peut observer un petit anneau sombre (irrégulier à gauche, régulier à droite). Le tentacule gauche est un peu plus épais que le droit.
    - Hydrobia acuta neglecta Muus 1963 ou hydrobie du Danemark : sur chaque tentacule on observe une zone sombre en forme de V inversé, longue sur le tentacule droit et courte sur le tentacule gauche. Cette sous-espèce, discrète, vit dans des lagunes peu profondes d'eau salée (10 à 35 ‰). Elle fait partie d'un ensemble d'espèces divisé en deux zones géographiques : Hydrobia acuta acuta (Draparnaud, 1805) ou hydrobie méridionale, en Méditerranée et en mer Noire et Hydrobia acuta neglecta sur la côte ouest de la Manche, la mer du Nord et la mer Baltique. Entre ces deux zones, du sud de la Bretagne aux côtes de l'Afrique de l'Ouest, une autre espèce très proche est présente : Hydrobia glyca Servain, 1880 ou hydrobie de Cadix.
  • Espèces sans marques sur les tentacules :
    - Ecrobia ventrosa (Montagu, 1803) ou hydrobie atlantique : elle vit dans des lagunes d'eau salée (1 à 36 ‰) peu profondes. Les tours de la coquille sont plus dilatés. On observe, en arrière de l'œil, une zone claire.
    - Heleobia stagnorum (Gmelin, 1791) ou hydobie obèse est souvent confondue avec l'hydrobie atlantique. Du fait de la confusion avec Ecrobia ventrosa, la répartition de l'hydrobie obèse est mal connue. Vraisemblablement toutes les signalisations continentales concerneraient H. stagnorum.

Alimentation

Potamopyrgus antipodarum est un consommateur primaire, brouteur, nocturne, se nourrissant de détritus végétaux et animaux. ll se nourrit d’algues vertes filamenteuses et d’autres algues, d'algues microscopiques épiphytes*, de diatomées* benthiques* ainsi que de bactéries.

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés (gonochorie*) chez l’hydrobie des antipodes, mais cette espèce présente dans son habitat d’origine, en Nouvelle-Zélande, des populations dans lesquelles la reproduction sexuée se déroule normalement ainsi que des populations parthénogénétiques (capables de parthénogenèse*) dans lesquelles seules les femelles assurent la reproduction.
Les populations en Europe et aux États-Unis d’Amérique sont uniquement parthénogénétiques. Elles sont composées de femelles et il n’y a pas de fécondation*. Une femelle peut être à l’origine d’une colonie entière (clone*). Cependant certaines populations européennes peuvent compter entre 0 et 5 % de mâles (voire jusqu’à 20 %). Ces derniers ne semblent pas participer à la croissance de la population.
Les femelles sont ovovivipares* c'est-à-dire que les embryons se développent complètement dans une poche de la cavité palléale* avant d’être libérés, lorsqu’ils sont capables de ramper (coquille de 1,5 tour et 350-400 µm de long). Ces embryons blancs dans la poche incubatrice sont visibles à travers le dernier tour de la coquille.
Les femelles sont capables de se reproduire 3 à 9 mois après leur naissance (pour une taille de coquille d’environ 3,5 mm), elles produisent environ 35 à 40 voire 50 jeunes à chaque fois et en moyenne 230 par an. Le cycle de vie est annuel.

Cette espèce diploïde* possède 24 chromosomes mais on observe dans les populations parthénogénétiques des individus triploïdes* (36 chromosomes) voire tétraploïdes (48 chromosomes).

Toutes les populations introduites sont donc des clones* et se reproduisent par parthénogenèse. Les individus peuvent varier considérablement en forme, taille, couleur et ornementation de la coquille, même au sein d'une population, ainsi que parmi les clones. Certains individus et certains clones par exemple présentent une forte carène hérissée de soies.
Les larves* de trématodes parasites* dont Potamopyrgus antipodarum est l’hôte se développent au sein des gonades* et ainsi bloquent la reproduction.

Vie associée

Cette espèce, dans les milieux favorables, peut être présente en très grand nombre : 5 000 à 20 000 individus par mètre carré (voire plus de 300 000 ou même 500 000 par mètre carré aux États-Unis d'Amérique) au point de recouvrir complètement les algues et la vase sur laquelle elle rampe.

Les populations vivant en eau douce sont associées à la faune des insectes de ce milieu.

Elle est la proie potentielle de poissons (comme la truite et la carpe), d’oiseaux (canards et oiseaux de rivages) et d’invertébrés. L’hydrobie des antipodes peut survivre à la traversée du tube digestif des poissons et des oiseaux et donc peut être ainsi transportée.

L'hydrobie des antipodes est le premier hôte intermédiaire d'une quinzaine d’espèces de vers trématodes digénétiques* parasites (2 hôtes successifs). Le second hôte est un oiseau. Ces vers trématodes infectent les escargots en tant que larves qui se développent dans les gonades* et stérilisent les individus infectés.
Mais il semble que lorsque les trois espèces Peringia ulvae, Ecrobia ventrosa et Potamopyrgus antipodarum sont présentes au même endroit, cette dernière n’est pas infestée !

En Corse, à la fin des années soixante, il a été envisagé d’évincer le Bulin tronqué (Bulinus truncatus, (Audouin, 1827)) par la présence de Potamopyrgus antipodarum. En effet, cette dernière espèce entre en concurrence (certainement pour la nourriture) avec les espèces autochtones dans les biotopes où elle est introduite. Le Bulin tronqué est un vecteur de la bilharziose vésicale (maladie parasitaire due à un ver).
Certaines démangeaisons observées chez des nageurs en eaux douces européennes sont dues aux larves de vers trématodes (cercaires* de schisostomes). Ces vers trématodes pourraient être éradiqués grâce à l'utilisation de l'hydrobie des antipodes.

Divers biologie

Comme cette espèce a un large domaine de tolérance pour les facteurs physico-chimiques (salinité, température), elle tolère une légère pollution par les nitrates et l'envasement. Comme en plus elle a un taux de reproduction élevé et donc de fortes populations, elle entre en concurrence avec les espèces présentes dans le milieu qu'elle colonise. L’extension de son aire de répartition est favorisée par la pollution par les nitrates des eaux non marines.
Elle profite également de nombreux moyens (vecteurs) pour sa dispersion : poissons, becs et pattes des oiseaux (ou par le transit digestif), barils d'eau potable des voiliers autrefois, ballasts des navires, engins de pêche (professionnels et de loisirs), bottes, transports de poissons d'eau douce ou encore de plantes aquatiques ornementales (Japon), etc...

Potamopyrgus antipodarum peut réagir à certains stimuli chimiques présents dans l’eau (comme l’odeur de poissons prédateurs) et ainsi se cacher sous des pierres pour éviter la prédation.

Ce mollusque est extrêmement actif et peut se déplacer aussi bien de jour que de nuit à près de 3 cm par minute.

Informations complémentaires

C'est une espèce néo-zélandaise, introduite en Europe par le biais de l'Australie (en 1870) et de la Grande-Bretagne (estuaire de la Tamise) en 1859 et elle s’est répandue ensuite en Europe (en mer du Nord depuis 1883), en Méditerranée (1936), mer Noire et aux États-Unis d’Amérique (1987), au Japon (1990) et en Irak (2008).

Une fois introduite l'hydrobie des antipodes peut se propager rapidement et atteindre des densités très élevées, et ainsi être en concurrence avec les invertébrés indigènes. Ceci a pour effet de perturber les écosystèmes* en altérant les réseaux trophiques* et en affectant les pêches sportives et commerciales. L'hydrobie des antipodes présente une grande plasticité phénotypique* et écologique par rapport aux espèces natives avec lesquelles elle entre en compétition.
Du fait de ses capacités d'envahisseur, cette espèce a été très étudiée (écologie, métabolisme, reproduction).

De nombreux moyens de prévention et de lutte sont mis en jeu pour essayer de réguler ces populations dans certaines régions des États-Unis d’Amérique par exemple.

Cette espèce a été décrite dans l'estuaire de la Tamise sous le nom d'Hydrobia jenkinsi par Smith en 1889. Peu de temps après, il a été suggéré que l’espèce avait probablement été introduite. En effet, d'une part cette espèce avait été récoltée dans une zone qui avait fait l'objet d'études pendant plusieurs années et dans laquelle elle n'avait jamais été observée. D'autre part , elle était récoltée dans des ports faisant l’objet d’un commerce international. L'identité avec l'espèce néo-zélandaise Potamopyrgus antipodarum a été déterminée par Ponder en 1988 à la suite de l'examen de nombreux spécimens provenant de régions tant introduites que natives. Ponder a également identifié la synonymie avec une espèce de Tasmanie et du sud-est de l'Australie, connue auparavant sous le nom de P. nigra (Quoy & Gaimard, 1835). L'identité a ensuite été confirmée par des études moléculaires.

Jensen en 2010 a également montré que le genre Potamopyrgus pourrait ne pas appartenir à la famille des Hydrobiidés, qui est apparemment limitée aux espèces européennes et nord-américaines. L'hydrobie des antipodes est actuellement classée dans la famille des Tateidés. Autrefois les différents Hydrobiidés appartenaient à la superfamille des Rissooidés (ex- Rissoacés).

Origine des noms

Origine du nom français

Cette espèce a longtemps été rangée dans le genre Hydrobia.
Simple traduction du nom scientifique pour le nom d'espèce.

Origine du nom scientifique

Potamopyrgus : du grec [potam] = fleuve et du grec [pyrgus] = tour (de château) ; faisant référence à l'habitat et à la forme de la coquille. Nom de genre donné par Stimpson, en1865.

antipodarum : génitif du latin [antipodae] = des antipodes. En Europe, l'espèce était connue sous le nom d'espèce jenkinsi, Smith en 1889, Ce dernier l'avait dédiée à A.J. Jenkins, un tapissier (passionné de conchyologie) des environs de Londres (Woolwich) qui avait récolté les spécimens dans des mares le long de la Tamise.

Hydrobia : du grec [hydro] = eau et du grec [bio] = vie, donc qui vit dans l’eau. Nom de genre donné par W. Hartmann en 1821 sans précision.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Caenogastropoda Caenogastropodes
Ordre Littorinimorpha Littorinimorphes
Famille Tateidae Tateidés

Les coquilles sont petites, spiralées, généralement coniques (mais pouvant être aplaties ou allongées). Les yeux sont généralement sur les renflements sur les côtés extérieurs des bases des tentacules. Les sexes sont généralement séparés .

Genre Potamopyrgus
Espèce antipodarum

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