Faceline de la Gabinière

Paraflabellina gabinierei | (Vicente, 1975)

N° 569

Méditerranée

Clé d'identification

Couleur blanche, avec des ponctuations nacrées
Cérates bruns à pointe blanche, très allongés et disposés en bouquets doubles
Corps très mince, étiré, le pied se terminant en pointe effilée
Courts tentacules pédieux
Rhinophores et tentacules buccaux longs et fins
Rhinophores disposant d'une dizaine de cannelures
Tentacules buccaux lisses

Noms

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Facelina gabinierei Vicente, 1975
Piseinotecus evelinae Schmekel, 1980
Piseinotecus gabinierei (Vicente, 1975)

Distribution géographique

Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Les observations sont reportées essentiellement sur les côtes nord de Méditerranée, (Espagne, France, Croatie, Turquie...) ce qui ne signifie pas qu'elle est absente des côtes sud...

Biotope

Les observations de cette faceline ont été effectuées entre 6 et 32 m de profondeur, ce qui correspond bien aux profondeurs d'observation des eudendriums dont elle se nourrit. Ceux-ci se rencontrent fixés sur fonds rocheux, mais aussi sur les galets, les coquilles ou d'autres supports durs comme le coralligène*. Ils sont plus fréquents à l'entrée des grottes ou sous les surplombs.

Description

La faceline de la Gabinière est de petite taille : 15 mm environ (certains individus atteignent toutefois 30 mm). Elle est de couleur blanche, avec des ponctuations nacrées. Les cérates* (appendices dorsaux) sont brun foncé (couleur des prolongements hépatiques visibles par transparence) et en forme de fuseaux très allongés et disposés en 7 à 9 rangées de deux bouquets à chaque niveau. Chaque bouquet comporte 8 cérates à l'avant du corps et 3 à l'arrière (donc 16 à 6 cérates par rangée). Un cérate est toujours visiblement plus long que les autres cérates de la même rangée. Chaque cérate se termine par une pointe blanche : le cnidosac*, comportant les cellules urticantes récupérées chez les hydraires dont se nourrit cette faceline. Son corps est très mince, étiré, le pied se terminant en pointe effilée. Les coins antérieurs du pied montrent de très courts tentacules pédieux*. Les rhinophores* et les tentacules buccaux* sont à chaque fois longs et fins. Les rhinophores, légèrement roses à leur base, puis blancs ensuite, disposent d'une dizaine de cannelures à rôle olfactif dans leur partie centrale. Ces cannelures peuvent n'être que peu visibles, surtout si les rhinophores sont rétractés. Les tentacules buccaux* sont lisses et intégralement blancs.

Espèces ressemblantes

Peu d'espèces possèdent des caractéristiques pouvant occasionner des confusions avec la faceline de la Gabinière. Cratena peregrina partage un biotope proche et une même nourriture, mais elle est bien plus grande et plus colorée.

Alimentation

La faceline de la Gabinière se nourrit d'hydraires : Eudendrium ramosum (Linnaeus 1758).
En baie de Naples, cette espèce a été observée se nourrissant d'Eudendrium mais aussi de Sertularella, Obelia, Dynamena ou Podocoryne selon Schmekel & Portmann 1982.

La mâchoire comporte 25 denticules au niveau de son bord masticateur et la radula dispose de 21 dents environ.

Reproduction - Multiplication

Ces mollusques sont hermaphrodites*, les individus s'échangeant simultanément leurs gamètes* pendant un accouplement croisé. La ponte est probablement déposée sur Eudendrium. Nous n'en avons aucun cliché, si un photographe pouvait combler ce manque pour cette fiche nous lui en serions reconnaissant.

Vie associée

Elle vit évidemment en dépendance avec Eudendrium ramosum qui est sa seule nourriture reportée.
Elle est toutefois souvent observée et photographiée ailleurs que sur Eudendrium, ce qui est moins souvent le cas avec d'autres éolidiens comme Cratena peregrina ou Flabellina affinis.

Divers biologie

Un des moyens de défense les plus utilisés par les nudibranches, notamment les éolidiens, est la récupération des armes utilisées par leurs proies spécifiques et le recyclage de ces armes à leur propre profit. Ainsi, Paraflabellina gabinierei, qui mange la tête des polypes d'hydraires, non seulement n'est pas blessée par l'action fortement urticante des cnidocytes de l'hydraire mais fait migrer ces cellules urticantes (une des hypothèses est que ces cnidocytes sont embryonnaires mais le mécanisme de cette immunité est encore grandement incompris) intactes jusqu'à l'extrémité de son système digestif et les stocke dans ses cnidosacs, au sommet des cérates. Ces cellules urticantes sont désormais allouées à sa propre protection et se déclencheront si Paraflabellina gabinierei est attaquée. Dès lors, on ne connaît pas beaucoup de prédateurs à cet éolidien.

Deux traits caractéristiques des éolidiens sont la présence de cérates (les appendices dorsaux) ainsi que l'absence du panache branchial visible ou présent dans d'autres sous-ordres. En effet, la respiration des éolidiens se fait non pas au travers de branchies mais directement au travers de la membrane des cérates. On parle de respiration cutanée.

Les rhinophores sont les organes "chimiques" des nudibranches. C'est entre autre grâce à eux que l'animal perçoit son environnement, reconnaît les signaux de ses congénères ou de ses proies.
Ces rhinophores sont également utiles à l'orientation car sensibles aux paramètres physiques, comme le sens des courants, la luminosité, la température, etc.

Les tentacules buccaux sont, eux, plus précisément destinés à un rapport de contact avec l'environnement.

La radula, pièce physique primordiale dans la nutrition de la plupart des mollusques opisthobranches, est une sorte de langue râpeuse, située dans le larynx et constituée de nombreux denticules acérés. La forme de la radula, des denticules, leur agencement, sont des éléments spécifiques d'une espèce donnée et sont discriminatifs quant à l'identification et la taxonomie de cette espèce. Son observation exige néanmoins du matériel optique de laboratoire.

Origine des noms

Origine du nom français

Faceline de la Gabinière : simple francisation du nom scientifique sous lequel Nardo Vicente a décrit cette espèce en 1975 : Facelina gabinierei.

Origine du nom scientifique

Paraflabellina : du latin [para] = à côté de, qui ressemble à, devant le mot Flabellina. Donc qui ressemble au genre Flabellina, diminutif du latin [flabellum] = éventail.

g
abinierei est la latinisation du nom de l'îlot de la Gabinière, près de l'île de Port-Cros. L'auteur de l'espèce, Nardo Vicente, ne l'ayant trouvée que sur la face sud de cet îlot entre 1971 et 1972, alors que bien d'autres plongées avaient été effectuées ailleurs autour de Port-Cros. Depuis, cette faceline a été vue sur d'autres sites dans le Parc Marin de Port-Cros, et ailleurs aussi en Méditerranée.

En complément.
Concernant l'ancien nom de genre (qui a changé en 2017) de l'espèce, Piseinotecus : inutile d'ouvrir un dictionnaire de langues anciennes pour trouver l'origine de ce terme singulier ! Marcus, l'inventeur du genre, ne manquait pas d'esprit facétieux pour donner des noms aux nouveaux genres qu'il créait. Ce terme est né d'un événement banal de la vie domestique : une amie de la famille Marcus heurta un jour un chien en descendant l'escalier dans leur maison et prononça cette phrase en portugais : "Pisei no Teco" : j'ai marché sur Teco (Teco était le nom du chien) au moment précis où Marcus se creusait la tête pour baptiser cette nouvelle espèce...

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Aeolidiina Eolidiens Corps long et effilé portant des cérates simples, alignés ou non sur plusieurs rangées ou en bouquets. Tête avec deux paires de tentacules, la postérieure (rhinophores) sans gaine. Coins antérieurs du pied parfois effilés en tentacule. La majorité consomme des cnidaires mais certains mangent d’autres opisthobranches ou des œufs de poissons.
Famille Tergipedidae Tergipédidés Petits éolidiens avec une seule série de cérates fusiformes parfois renflés, peu nombreux, de chaque côté du dos, au pied arrondi en avant, aux rhinophores et tentacules buccaux simples.
Genre Paraflabellina
Espèce gabinierei

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