Petite ophiure généralement enroulée sur des cnidaires fixes
Bras blancs annelés de noir
Bras barbelés de longs piquants
Asterias setosa Bruzelius, 1805
Ophiacantha scabra M. Sars, 1859
Ophiolimna setosa (Bruzelius, 1805)
Ophiura rosularia Grube
Ophiura setosa Bruzelius, 1805
Méditerranée occidentale et Atlantique est
Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Méditerranée française]Cette espèce est signalée principalement en Europe, notamment en Méditerranée occidentale (particulièrement en région PACA et Corse) et en Atlantique Est, où elle est trouvée des îles britanniques à l'Afrique de l'est, peut-être même jusqu'au-delà du Golfe de Guinée (données africaines à confirmer).
Cette espèce rarement observée en plongée vit principalement en épibionte* sur des animaux plus gros (principalement des cnidaires octocoralliaires : gorgones, alcyons...). On la trouve soit sur des tombants riches en ces hôtes, soit plus en profondeur sur des hôtes vivant sur substrat horizontal (alors plutôt des alcyonaires).
Dans la région de Marseille, sur des tombants coralligènes (sud et sud-est des Moyades, ouest des Impériaux...), on la retrouve exceptionnellement à partir de 25 m de profondeur et jusqu’à 50 m sur des octocoralliaires de l'ordre des Malacalcyonacés tels que par ordre de préférence d'après les observations connues,
gorgones pourpres (Paramuricea clavata), gorgones orange (Leptogorgia sarmentosa) et gorgones jaunes (Eunicella cavolini) Cette espèce semble cependant plus fréquente plus en profondeur (à partir de 70 m). Ceci représenterait la limite
bathymétrique haute pour cette espèce.
Au large du Cap Corse, au centre des anneaux coralligènes, cette ophiure a été observée en grand nombre sur la gorgone Callogorgia verticillata à 120 m de profondeur (on peut les voir dans le film de Laurent Ballesta, Cap Corse, le mystère des anneaux , 2025 - entre 27 et 30 min). Dans la région de Cannes, sur des fonds sablo-vaseux, de nombreux spécimens sont présents sur Alcyonium palmatum entre 50 et 100 m de profondeur.
On ne connaît pas la limite basse de profondeur de cette espèce volontiers mésophotique*, mais M. Sars l'a retrouvée jusqu'à au moins 90 m et elle serait signalée jusqu'à 355 m, avec une gamme de profondeur préférentielle entre 80 et 150 m.
C'est une petite ophiure discrète, qui se présente généralement comme un amas un peu confus enroulé autour d'un bras de cnidaire, formant une boule noire et blanche de quelques centimètres hérissée de piquants (les anneaux noirs sont parfois gris ou bruns, irrégulièrement espacés). Quand elle est un peu plus déroulée, on peut distinguer le disque central (qui mesure au maximum 1,2 cm de diamètre), en général blanc, avec ou sans motif étoilé sombre. Les boucliers radiaires se prolongent vers le centre du disque en formant des côtes rugueuses.
Les vertèbres des bras sont étranglées aux articulations et donc bien distinctes, ce qui permet de voir qu'une seule rangée de piquants les entoure chacune (entre 7 et 9 piquants par article). Ces piquants sont disposés régulièrement et nettement séparés, ce qui donne un aspect distinctement épineux ("setosum") plutôt que touffu ou poilu (aspect des Ophiothrix, qui en Europe ne semblent pas apprécier vivre ainsi enroulées en épibiontes). Les plaques brachiales dorsales sont triangulaires et bombées, et les ventrales pentagonales.
Les papilles buccales sont coniques et pointues, disposées en une seule rangée, et on compte 3 ou 4 papilles latérales.
Dans sa zone de distribution et aux profondeurs plongeables, le principal risque de confusion est avec :
Ophiothrix fragilis l'ophiure fragile espèce plus grosse, en général plus colorée, et aux piquants plus courts et bien plus nombreux, lui donnant un aspect touffu (notamment sur le disque). Bien plus farouche, on ne la trouve normalement pas enroulée autour de supports exposés au courant.
L'espèce tropicale Ophiactis savignyi l'ophiure-naine à 6 bras semble avoir été introduite en Méditerranée, quoique surtout dans le bassin oriental : elle est encore plus petite, a généralement 6 bras, des piquants brachiaux beaucoup plus courts, et ne s'enroule pas non plus.
Une autre espèce tropicale aime en revanche s'enrouler autour des gorgones, c'est l'ophiure-bracelet Ophiothela mirabilis ; toutefois cette espèce pantropicale n'est pas signalée en Europe et est généralement plus petite, moins piquante et plus colorée.
A des profondeurs vraiment abyssales on trouvera parfois en abondance les congénères Ophiacantha bidentata, de coloration plutôt jaunâtre, ubiquitaire* dans les abysses de l'hémisphère Nord (des Caraïbes au Japon, mais sans la Méditerranée), ainsi que Ophiacantha abyssicola, cette dernière uniquement en Atlantique nord (plutôt blanchâtre).
Le mode de vie de cette espèce suggère une alimentation planctonivore* et suspensivore*, même s'il ne faut pas négliger la possibilité qu'elle se nourrisse de certaines sécrétions de son hôte. Aucune publication ne semble avoir encore traité de la biologie de cette espèce méconnue.
Là encore aucune donnée scientifique n'existe, mais on peut penser que cette espèce, comme la plupart des ophiures de cette gamme de profondeur, est à sexes séparés avec une fécondation en pleine eau.
Certaines espèces du même genre comme O. bidentata, présentent une reproduction sexuée avec de gros œufs riches en vitellus, suggérant un développement direct sans phase larvaire libre. D’autres comme O. wolfarntzi pratiquent une incubation (brooding) où les jeunes se développent dans les fentes génitales de la mère. Toutefois ces deux espèces vivent bien plus profond, et ces modes de reproductions semblent plutôt associés à une adaptation au milieu extrême.
Cette espèce semble vivre en association presque obligatoire avec de grands cnidaires octocoralliaires, principalement gorgones pourpres (Paramuricea clavata), gorgones orange (Leptogorgia sarmentosa) et gorgones jaunes (Eunicella cavolini), et plus en profondeur Alcyonium palmatum et Callogorgia verticillata.
Le genre Ophiacantha, érigé dans la première moitié du XIXe siècle, compte actuellement plus de 130 espèces dont une grande partie très peu connues, et est probablement paraphylétique* : une révision est actuellement en cours, qui devrait probablement déplacer Ophiacantha setosa dans un nouveau genre.
On ignore l'espérance de vie de cette espèce, mais un même individu a été observé à Marseille pendant plus de deux ans et demi, exactement au même point de la même gorgone.
On ne savait presque rien de cette espèce (aspect vivant, mode de vie...) jusqu'à ce que l'équipe DORIS commence à s'y intéresser. Cette fiche constitue la première synthèse écologique basée sur des observations in situ répétées.
Ophiure des gorgones : nom proposé récemment en lien avec son écologie très spécifique et unique chez les ophiures européennes.
Ophiacantha : du grec [ophis] = serpent, et [akantha] = épine ;
setosa : du latin [setosum] = épineux. C'est en effet l'ophiure la plus piquante d'Europe (mais sans danger).
Numéro d'entrée WoRMS : 125002
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Echinodermata | Echinodermes | Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement. |
| Sous-embranchement | Asterozoa | Astérozoaires | Echinodermes de forme étoilée. Les bras, simples et parfois absents, sont en nombre variable, et contiennent des organes. |
| Classe | Ophiuroidea | Ophiuroïdes | Echinodermes benthiques, 5 bras à la base, serpentiformes, parfois ramifiés. |
| Sous-classe | Myophiuroida | Myophiuroidés | |
| Super ordre | Ophintegrida | Ophintégridés | |
| Ordre | Ophiacanthida | Ophiacanthidés | |
| Famille | Ophiacanthidae | ||
| Genre | Ophiacantha | ||
| Espèce | setosa |
Ophiures et Gorgonocéphales (Ophiurides)
Identification in situ récente
Cette ophiure épineuse vit quasi exclusivement enroulée autour de gorgones ou d’alcyons où elle forme une boule annelée noir et blanc. Les bras fortement annelés, les piquants longs et espacés et l'aspect “boule hérissée” caratérise cette petite ophiure.
Ophiure identifiée en 2023 sur le forum DORIS : L'association apparemment obligatoire avec les gorgones, le patron de coloration très stable et la morphologie clairement distincte indiquaient qu'il s'agissait d'une autre espèce que la classique Ophiothrix fragilis. Nous venons d'avoir la confirmation par la grande spécialiste suédoise Sabine Stöhr : il s'agit d'Ophiacantha setosa (Bruzelius, 1805).
Une espèce sur laquelle on ne savait quasiment rien jusqu'ici et qui n'avait jamais été observée vivante par des biologistes conscients de son identité (donc aucune photo in situ identifiée n'existait nulle part, et les spécimens connus avaient perdu leurs couleurs).
Moyades, archipel du Riou, Marseille, (13), Méditerranée
05/07/2023
Ophiures et Gorgonocéphales (Ophiurides)
Ophiure épineuse, face dorsale
Sur une gorgone jaune.
Impériaux du Milieu, îles de Marseille (13), 34 m
11/10/2025
Ophiure profonde
Les bras sont barbelés de longs piquants. On aperçoit la face ventrale et la bouche au centre.
Moyades, Marseille (13), 38 m
06/04/2024
Ophiure acrobate des gorgones profondes
La face dorsale du disque est visible sur cette photo.
Aiguilles du Trayas, Agay (83), 39 m
28/05/2023
Face dorsale
La face dorsale est parcourue de plis saillants et granuleux et dépourvue d'épines. Le disque central apparait ici bombé du fait du changement de pression lié à une remontée rapide.
La Línea de la Concepción, Andalousie, Espagne
Jesús (Lechu) SANCHEZ HERNANDEZ
17/04/2024
face ventrale
La bouche est ici ouverte.
La Línea de la Concepción, Andalousie, Espagne
Jesús (Lechu) SANCHEZ HERNANDEZ
17/04/2024
Disque, face dorsale
C'est une espèce qui vit plutôt en profondeur, mais qui se retrouve parfois prise par les pêcheurs et relâchée dans des zones peu profondes. Le disque central apparait ici bombé du fait du changement de pression lié à une remontée rapide.
La Línea de la Concepción, Andalousie, Espagne
Jesús (Lechu) SANCHEZ HERNANDEZ
02/12/2024
Disque : face ventrale
Ici la bouche est fermée.
La Línea de la Concepción, Andalousie, Espagne
Jesús (Lechu) SANCHEZ HERNANDEZ
02/12/2024
Un déchet comme support
Ophiacantha setosa est également observée sur des substrats durs et même sur des déchets. Elle dresse alors ses bras dans le courant pour y collecter des particules alimentaires. Sur cette photo, en bas à droite, l'ophiure noire (Ophiocomina nigra) est également visible.
Cannes (06), 58 m
18/07/2025
Sur un alcyon
Dans la région de Cannes, sur des fonds sablo-vaseux, de nombreux spécimens ont été observés en épibionte sur des alcyons comme Alcyonium palmatum.
Cannes (06), 96 m
29/07/2025
Sur des fonds sablo-vaseux
Sur les fonds sablo-vaseux, il existe peu de support pour cette ophiure, hormis les alcyons comme la main de mer (Alcyonium palmatum).
Cannes (06), 70 m.
30/07/2025
Un individu suivi sur 3 ans
Un individu a été observé de novembre 2021 jusqu’à janvier 2025 sur une gorgone orange. En juillet 2025, la gorgone était très abîmée et l’Ophiacantha avait disparu. Cet individu semble avoir survécu plus de 3 ans.
Moyades, Marseille (13), 38m
2021/2025
Un autre individu suivi sur plus de 2 ans
Un individu est observé depuis juillet 2023 sur une gorgone pourpre. Cet individu semble avoir plus de 2,3 ans et survit encore à ce jour au même emplacement. L’enroulement des bras autour de la gorgone change légèrement à chaque passage
Moyades, Marseille (13), 32m
2023/2025
Rédacteur principal : Frédéric DUCARME
Rédacteur : Céline RETY
Vérificateur : Samuel JEGLOT
Responsable régional : Frédéric ANDRÉ
Ballesta L., (2025), LOIN DU CIEL, Andromède Éditions, 296p.
Ballesta L. et al., (2025), Cahier de surveillance MEDTRIX, PNM Cap Corse-Agriate.
Bruzelius, N. (1805). Dissertatio sistens species cognitas asteriarum, quam. sub praesidio D. M. And. J. Retzii. pro laurea modeste exhibet Nicolaus Bruzelius. 1-37. Lundae.
Koehler R., (1898), « Ophiacantha setosa », Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht par Albert Ier, prince souverain de Monaco - échinides et ophiurides, Monaco, 57-59.
Lyman, T. (1882). Report on the Ophiuroidea dredged by H.M.S. Challenger during the Years 1873-1876. Report on the Scientific Results of the Voyage of H.M.S. Challenger during the years 1873–76. Zoology. 5 (part 14), 1-387, pl. 1-48.
Müller J.P., Hermann Troschel F.,(1842), « Ophiacantha setosa< », Friedrich Vieweg und Sohn, 106.
Sars M., (1859), « Bidrag til Kundskaben om Middelhavets Littoral-Fauna, Reisebemærkninger fra Italien » (2den Afhandling), Nyt Magazin for Naturvidenskaberne, 1859, 10(1): 57-155, 2 pls., p. 78/22.
Toma M., Bavestrello, G., Enrichetti, F., Costa, A., Angiolillo, M., Cau, A., Andaloro, F., Canese, S., Greco, S., & Bo, M. (2024). Mesophotic and Bathyal Echinoderms of the Italian Seas. Diversity, 16(12), 753.
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