Tamarin à bandes noires

Hemigymnus fasciatus | (Bloch, 1792)

N° 3211

Indo-Pacifique

Clé d'identification

Corps trapu, pédoncule caudal puissant, taille maximum 50 cm
Tête pointue, lèvres très épaisses, yeux globuleux
Cinq larges barres brunes à noires séparées par une barre blanche plus étroite sur les flancs
Larges marques faciales roses à orange à marge bleue
Pelviennes noires chez les femelles, jaunes à vertes chez les mâles

Noms

Autres noms communs français

Chien noir, labre à bandes noires, bourrique (Maurice), Mamselle Adèle, tamarin (Seychelles)

Dans l’édition française de l’ouvrage contenant la description de l’espèce, le descripteur lui donne le nom commun de « labre à bandes ».

Noms communs internationaux

Banded thicklip, barred thicklip, barred thicklip wrasse, barred wrasse, five-banded wrasse, fiveband wrasse (GB), Tamarín anillado, doncella tamarín anillada (E), Tamarino anelado (Portugais), Balk-dikbek (Afrique du Sud)

Synonymes du nom scientifique actuel

Labrus fasciatus Bloch, 1792
Halichoeres fasciatus (Bloch, 1792)
Mullus fasciatus Thunberg, 1795
Hemigymnus fuliginosus (Lacepède, 1801)
Labrus fuliginosus Lacepède, 1801
Labrus malapteronotus Lacepède, 1801
Sparus meaco Lacepède, 1802
Sparus zonephorus Lacepède, 1802
Sparus zonatus Shaw, 1803
Scarus quinquefasciatus Bennett, 1830
Tautoga mertensii Valenciennes, 1839
Tautoga leucomos Bleeker, 1858
Thalassoma bilateralis von Bonde, 1934

Distribution géographique

Indo-Pacifique

Zones DORIS : ● Indo-Pacifique

Hemigymnus fasciatus est présent dans les zones tropicales et subtropicales* de l’océan Indien et du Pacifique Ouest et centre.
Sur la bordure ouest de l’océan Indien, on le trouve depuis les côtes omanaises jusqu'au KwaZulu-Natal (Afrique du Sud), avec une distribution vers l’est qui va jusqu’en mer d'Andaman et à l’île Christmas en passant par les Comores, Madagascar, les Mascareignes* et les Maldives.
Dans le Pacifique, on le rencontre du sud du Japon à l’Australie, avec une distribution vers l’est qui s’étend jusqu’à la Polynésie française, en passant par la Nouvelle-Calédonie et la plupart des îles comprises dans ces limites.

Il est « remplacé » en mer Rouge et dans le golfe d’Aden par Hemigymnus sexfasciatus, qui a été un temps considéré comme l’un de ses synonymes*.

Biotope

Le tamarin à bandes noires vit en milieu corallien sur des fonds sableux à sablo-détritique*, en lagon*, sur les platiers* ainsi que sur les pentes externes. Il préfère les zones protégées des courants.
On le rencontre de 1 à 25 mètres.

Description

Description succincte : ce labre au corps trapu a une tête pointue, avec des lèvres épaisses, un dos élevé, un pédoncule* caudal puissant et une caudale arrondie. Sa taille maximum est de 50 cm.
Les flancs portent cinq larges barres brunes à noires séparées par une barre blanche nettement plus fine. La tête est verte en partie supérieure et blanche en partie inférieure, avec une fine zone médiane jaune à blanchâtre ; de larges marques faciales généralement roses à orange à marge bleue, parfois violacées, se superposent à ces couleurs de fond. La nageoire caudale peut être très brune, avec parfois des bords supérieur et inférieur jaunes à orange.

Description détaillée :
Morphologie
Ce labre de taille moyenne a un corps trapu au dos relativement élevé ; sa hauteur entre de 2,3 à 2,6 fois dans la longueur standard* (longueur sans la queue). Le pédoncule* caudal est puissant (sa hauteur entre environ 5,4 fois dans la longueur standard). Les écailles sont de grande taille. La taille maximale documentée est de 50 cm selon la plupart des auteurs (30 cm selon Randall en 2013).

La tête est massive, pointue et longue (elle entre presque trois fois dans la longueur standard), avec un profil dorsal faiblement convexe. Les yeux sont globuleux et la bouche aux lèvres très épaisses est terminale et protractile*. La lèvre supérieure évoque un bec arrondi. L’angle du préopercule* est droit.

La dorsale est continue, avec une partie molle plus haute que la partie épineuse ; la partie épineuse est discrètement échancrée, la partie molle ne l’est pas.
L’anale est légèrement moins haute.
La caudale est légèrement arrondie mais elle peut paraître tronquée quand elle n’est pas complètement déployée.
Les pectorales sont arrondies et entrent de 1,5 à 1,7 fois dans la longueur de la tête.
Les pelviennes sont pointues et de longueur moyenne : quand elles sont plaquées sur le corps, leur pointe n’atteint pas le niveau de l’origine de la nageoire anale.

Patrons de coloration
Les flancs portent cinq larges barres brunes à noires, séparées par une barre blanche beaucoup plus étroite et qui s’élargit souvent en passant du dos à la zone ventrale. La première barre brune se situe au contact de la partie postérieure de la tête (elle colore la pointe de l’opercule*), et la dernière, généralement moins large, marque la partie postérieure du pédoncule caudal ; on peut généralement compter quatre barres blanches intercalées nettement visibles, et parfois cinq, quand la très discrète dernière, au bout du pédoncule caudal, se manifeste, voire six quand on a affaire à un subadulte* portant une dernière trace de la livrée du juvénile. Certaines livrées ne laissent en outre paraître que la première barre blanche, les autres étant plus ou moins noircies. La couleur des bandes brunes est variable en partie dorsale, notamment dans la partie antérieure du dos : les écailles peuvent y devenir ocre, rouges ou noires, avec un bord bleu. On peut aussi observer dans la moitié postérieure du corps, toujours en partie dorsale, des taches noires d’assez petite taille, vaguement circulaires et dispersées sans ordre sur les deux types de barres.

La couleur de fond de la tête est verte en partie supérieure et blanche en partie inférieure, avec une fine zone médiane jaune à blanchâtre. Des marques faciales spectaculaires s’ajoutent à ces couleurs.
Dans la partie verte, deux bandes en forme de fers à cheval superposés marquent généralement le museau ; elles sont roses à orange et pourvues d’une marge bleue. Celle qui relie les yeux est la plus courte et peut être interrompue en son milieu. L’autre commence sous l’œil, généralement derrière l’aplomb de sa limite postérieure, et rejoint l’autre œil au même endroit. Derrière les yeux se trouvent généralement trois marques de mêmes couleurs et de forme très variable s’échelonnant de l’arrière de l’œil à la partie inférieure de l’opercule. Une large tache rose à violacée ou noirâtre bordée de bleu se trouve derrière la bouche et marque généralement toute la base du préopercule, après lequel elle est suivie d’une tache moins grande de mêmes couleurs. Il peut aussi arriver que la forme des marques soit complètement aléatoire et ne respecte pas le schéma habituel.
Le globe charnu portant les yeux est brun, leur iris* est doré à jaune sale.
La lèvre supérieure est jaune, l’inférieure est blanche à gris violacé.

La couleur de fond de la dorsale peut aller d’un jaune plus ou moins ocre à un brun plus ou moins foncé. Ses membranes portent une tache bleue à leur base, une autre en partie médiane dont la forme est extrêmement variable (elle peut aussi dessiner une bande oblique sur plusieurs membranes), et une troisième qui marque la partie apicale de chaque élément de la dorsale épineuse, et forme un liseré bleu continu le long de la dorsale molle.
La nageoire anale est noirâtre avec des marques bleues à la base et une ligne bleue proche d’un liseré de même couleur, mais le liseré peut devenir une bande jaune à verte.
La caudale est brun foncé, mais elle peut être orange plus ou moins fumé avec un fin liseré jaune vif chez les femelles. Chez les mâles, il arrive que le bord supérieur du pédoncule caudal ainsi que la partie extérieure des lobes de la nageoire soient jaune vif à orange. Il peut aussi arriver que le bout du pédoncule et la première moitié de la nageoire soient jaune sale, le reste étant gris-vert foncé.
Les pectorales sont translucides avec des rayons légèrement teintés de brun rougeâtre. Un discret dichromatisme* sexuel s’exprime aussi au niveau des pelviennes : chez les femelles (et les éventuels mâles primaires, voir la section sur la reproduction) elles sont noires avec, éventuellement, un premier rayon bleu, alors qu’elles sont jaune verdissant chez les mâles.

La livrée des juvéniles est décrite dans la section consacrée à la reproduction.

Espèces ressemblantes

Hemigymnus sexfasciatus : il n’y a pas de larges motifs roses à orange à marge bleue sur la tête chez les mâles, ni chez les femelles. L’espèce ne croise la distribution de H. fasciatus que dans l’archipel de Socotra (Yémen) et le « remplace » en mer Rouge.

Alimentation

Hemigymnus fasciatus est un carnivore dont les proies électives sont des crustacés, des mollusques et des échinodermes, tous de petite taille. Il se nourrit en prélevant des bouchées de sédiment, généralement sableux, pour débusquer les organismes qui y vivent ; le sable est évacué par les ouïes* durant cette opération. Quand elle est accomplie, il recrache avec force les plus gros éléments du sédiment prélevé. Il peut aussi s’attaquer à des oursins, des mollusques ou des vers de taille légèrement supérieure.

Reproduction - Multiplication

La biologie de la reproduction de cette espèce n’a pas été étudiée, à notre connaissance, à la date de publication de cette fiche (07/2026). Toutefois, on sait que l’espèce est hermaphrodite*, que les accouplements se font par paires et que, comme chez tous les labres du domaine indo-Pacifique, leurs œufs et leurs larves* sont pélagiques*.

La livrée de reproduction du mâle est caractérisée par une inversion des couleurs foncées et claires, notamment dans les barres brunes et blanches. Cette inversion peut concerner les flancs entiers, ou commencer derrière une diagonale reliant la base du début de la dorsale et la zone située au-dessus du premier tiers de la nageoire anale. Devant cette diagonale, les barres brunes le restent et les barres blanches intercalaires deviennent gris fumé. La tête conserve ses couleurs normales, mais la caudale devient blanche, avec parfois une grosse tache noire centrale. Si l’on en croit Randall (2013) une autre livrée est dédiée à la cour : elle est caractérisée par l’estompage du motif de bandes noires et blanches derrière la deuxième marque noire et par le pâlissement de la caudale.

Les juvéniles
Le corps des juvéniles est plus fuselé que celui des adultes et leur nageoire caudale est arrondie.
Leur couleur paraît à quelque distance être un brun foncé barré par six lignes blanches à jaunâtres. Plus près, on s’aperçoit que la couleur dominante est un gris densément moucheté de petites taches circulaires jaune sale, rouille ou noires. Les taches noires peuvent être alignées pour former une ligne verticale au milieu de la zone délimitée par les lignes blanches. La première ligne blanche se trouve devant les pectorales et les deux dernières barrent le pédoncule caudal.
La couleur de fond de la tête est jaunâtre à verdâtre dans la moitié supérieure, et brun noirâtre dans l’autre. De nombreuses lignes, blanches dans la partie brune et brunes dans la partie claire, rayonnent autour de l’œil. La bouche est du même type que celle des adultes ; les lèvres sont vert anis.
Les juvéniles sont très craintifs, ils se protègent dans les coraux branchus. Ils se nourrissent de crustacés planctoniques*.

Vie associée

Le ver plathelminthe Deretrema woolcockae infeste la vésicule biliaire d’Hemigymnus fasciatus, qui est son hôte spécifique. Le ver acanthocéphale Transvena annulospinosa infeste son intestin.

Divers biologie

Chaque mâchoire porte deux canines en partie antérieure, celles de la mâchoire inférieure se logeant entre celles de la mâchoire supérieure quand la bouche se ferme. Une canine dirigée vers l'avant se trouve en outre à l'arrière de la mâchoire supérieure au niveau des commissures des lèvres. Le reste de la dentition est complexe et destiné à broyer plutôt qu’à dilacérer, conformément au régime alimentaire de l’animal.

Les individus sont généralement solitaires.

La nageoire dorsale comprend 9 rayons durs et 11 rayons mous, l’anale 3 rayons durs et 11 rayons mous. Les pectorales ont 14 rayons. Les pelviennes ont 1 rayon dur et 5 rayons mous.

La ligne latérale* compte 27 à 28 écailles perforées. Elle accompagne le profil dorsal depuis l’attache supérieure de l’opercule jusqu’à l’aplomb de la moitié de la dorsale molle, pour descendre ensuite abruptement sur la médiane horizontale du corps et se poursuivre sur cette ligne jusqu’à l’extrémité du pédoncule caudal.

Informations complémentaires

La question de savoir si l’hermaphrodisme de l’espèce est monandrique* (tous les individus naissent femelles et certains deviennent ensuite des mâles) ou diandrique* (certains individus naissent mâles - dits "primaires"- et d’autres le deviennent) ne se pose probablement pas puisqu’une étude a montré que diverses espèces pouvait être monandriques sur un site, et diandriques sur un autre (Lowe et al., 2021). Cette étude le démontre entre autres pour Hemigymnus melapterus, et n’échoue à le faire pour H. fasciatus que parce le nombre d’individus capturés pour la recherche sur l’un des deux sites étudiés (aux Philippines) était trop faible pour rendre le résultat acceptable du point de vue académique. Ceux qui avaient été capturés sur l’autre site (la Grande Barrière de corail, en Australie) étaient tous monandriques, ce qui n’implique pas qu’ils le sont aussi aux Philippines ou ailleurs. Les auteurs estiment que la science n’a pas encore les moyens d’expliquer ces données.

Statuts de conservation et réglementations diverses

Le statut de Hemigymnus fasciatus pour l’UICN* est LC (Least Concerned, traduit par « Préoccupation mineure »), ce qui signifie que les informations recueillies sur l’espèce ne permettent pas de la classer dans les autres catégories, notamment dans les trois qui alertent sur une menace (CR : en danger critique d’extinction, EN : en danger, VU : vulnérable). En fonction de quoi elle n’est pas actuellement concernée par des mesures de protection.

Cependant, le déclin des coraux dans toute sa distribution est susceptible de la mettre en danger, comme cela a été prouvé en Australie par une étude menée sur la Grande Barrière de Corail (Russ et al. 2017).

Origine des noms

Origine du nom français

Tamarin : ce nom commun s’applique aux trois espèces du genre Hemigymnus, mais aussi à des espèces des genres Anampses, Bodianus, etc., généralement aux Seychelles et à La Réunion.
C’est aussi un nom commun pour les espèces de petits singes du genre Saguinus, et c’est d’abord, semble-t-il, le nom du fruit du tamarinier (Tamarindus indica) : il semble impossible de saisir un rapport susceptible de lier ce nom commun de poisson et l’un des autres sens du mot.

à bandes noires : du fait des cinq bandes brunes à noires qui marquent les flancs des individus de l’espèce.

Origine du nom scientifique

Hemigymnus : le nom du genre est composé des mots grecs [hemi-], qui signifie « demi, moitié », et [gumnos], qui signifie « nu ».
Il est décrit en 1861 par l’ichtyologiste anglais d'origine allemande Albert Günther (1830-1914) dans "A preliminary synopsis of the labroid genera", Annals and Magazine of Natural History, Series 3, volume 8, no. 47, p. 386. L’auteur n’explique pas le choix du nom qu’il a composé, mais dans sa courte description, il note que les joues portent une bande de très petites écailles, alors que les opercules sont nus (« opercles naked »). C’est probablement cette différence qui justifie le choix du nom de genre.
L'espèce-type* est Hemigymnus fasciatus.
Le genre contient actuellement 3 espèces acceptées.

fasciatus : ce mot est le participe passé du verbe latin [fascio], qui signifie attacher, bander. Ce verbe vient lui-même du mot [fascia], qui signifie bande, bandelette, ruban.
L’espèce est décrite en 1792 sous le nom de Labrus fasciatus par le médecin et naturaliste allemand Marcus Elieser Bloch (1723-1799) dans Naturgeschichte der ausländischen Fische, dont il sera fait une édition française (Ichthyologie, ou Histoire naturelle, générale et particulière des poissons, vol. 9, p. 6) dans laquelle le nom commun français de « labre à bandes » est donné à l’espèce. Le texte de la description mentionne que « Le tronc couleur d’olive est embelli de bandes brunes. » Ce sont donc ces bandes qui expliquent l’épithète spécifique.
En ce qui concerne la localité du type*, Bloch se contente de préciser : « J’ai reçu ce poisson du Japon ».

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 218999

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Actinopteri
Classe Teleostei
Ordre Eupercaria (incertae sedis)
Famille Labridae Labridés Lèvres épaisses.
Sous-famille Julidinae
Genre Hemigymnus
Espèce fasciatus

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