Haminoé petite-barque

Haminoea navicula | (da Costa, 1778)

N° 2862

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Clé d'identification

Limace grisée et blanc moucheté
Taille de 3 à 5 cm et jusqu’à 7 cm
Pas de tentacules buccaux ni de rhinophores
Présence d'une coquille, à moitié recouverte par les parapodes dorsaux
2 yeux noirs au milieu du bouclier céphalique
Zone périoculaire non pigmentée

Noms

Autres noms communs français

Haminée navicule, limace petit-bateau, haminoé, bulle gondole (da Costa)

Noms communs internationaux

Bubble shell (GB), Blasenschnecken (D), Aminoea (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Bulla navicula da Costa, 1778
Bulla cornea Lamarck, 1822
Haminoea cornea (Lamarck, 1822)
Bulla folliculus Menke, 1853
Haminaea navicula (Pruvot-Fol, 1954)

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

L'haminoé petite-barque est rencontrée en Méditerranée (Algérie, Grèce, Espagne, France), en mer noire (Ukraine) et en Atlantique (Espagne, Portugal, France, Irlande).
En France, elle peut être particulièrement abondante dans l’Etang de Thau dans l’Hérault.

Biotope

L'haminoé petite-barque se retrouve habituellement dans un habitat sablo-vaseux avec des algues et en particulier dans les zostères. On la rencontre dans les premiers mètres ou dans la zone intertidale*, en particulier dans les lagunes côtières.

Description

L’haminoé petite-barque a une taille de 3 à 5,5 cm de long et peut atteindre 7 cm.
Sa tête présente un bouclier céphalique* trapézoïdal. L’arrière de l’animal porte deux lobes* parapodiaux* visibles couvrant plus de la moitié de la coquille (parfois presque toute sa surface pour les plus grands spécimens) mais ne lui permettent pas de nager. Il n’y a ni tentacules* buccaux ni rhinophores*.
Le bouclier céphalique, légèrement concave en avant, est de couleur générale gris foncé, parfois presque noir, avec de nombreuses taches blanches et de petits points orange.
Le manteau* est pigmenté de points noirs, orange et blancs et est visible à travers la coquille transparente.
Les deux yeux sont proches et au milieu du bouclier céphalique avec une tache sombre entre eux. La zone périoculaire (autour des yeux) n’est pas pigmentée. La coquille est de forme globuleuse, fragile, mince et transparente et mesure, à taille adulte, jusqu’à 3 cm.

Espèces ressemblantes

L’haminoé petite-barque est la plus grande espèce du genre sur les côtes européennes. Dans l’Etang de Thau, plusieurs espèces d’Haminoés (H. navicula, H. hydatis, H. exigua et peut-être H. orbignyana et H. japonica) sont rencontrées. Elles sont presque impossibles à différencier sans une analyse fine de leur coquille et surtout une dissection (de l’appareil génital mâle) de l’animal.

Haminoea hydatis a une coquille qui fait la moitié de l’individu et est plus petite (30 mm) que Haminoea navicula (70 mm). De plus, sa coquille est plus claire, a une forme moins globuleuse, avec des striations spirales et d’accroissement peu marquées et sa columelle* est moins concave. Sa coquille est peu recouverte par les lobes* parapodiaux* qui sont plus courts que chez H. navicula. Par contre, cette espèce peut nager occasionnellement.

Akera bullata ressemble beaucoup à Haminoea navicula mais a un corps plus allongé. Les parapodes sont plus amples alors qu’ils sont petits et courts chez H. navicula. Ces derniers lui permettent même de nager contrairement à H. navicula.
A. bullata a les yeux à la périphérie du corps alors que H. navicula a les yeux au centre du bouclier céphalique. Sa coquille est encore plus fragile avec une ouverture baillant vers le sommet. Le tentacule palléal* postérieur peut être absent dans certaines populations. Cette espèce ne s’enfouit pas dans le sédiment.
La forme des pontes de A. bullata est très différente de celle de H. navicula. En forme de rubans plus ou moins enroulés chez les Haminoea et en spaghettis blanc-jaunâtre similaires à celles des Aplysia spp. chez Akera bullata.

Alimentation

Le genre Haminoea est exclusivement herbivore, se nourrissant principalement de toute une gamme de diatomées*. En plus de la radula* il possède (comme les autres Céphalaspides) un puissant gésier musclé équipé de trois plaques (appelées plaques gésiales) dures pour écraser et moudre leur nourriture et de 6 petites épines permettant de contrôler vraisemblablement la quantité de nourriture qui est libérée dans et hors du gésier.

Reproduction - Multiplication

Les haminoés, comme les autres Céphalaspides, sont des hermaphrodites* simultanés (chaque individu possède les organes génitaux féminins et masculins fonctionnels). Elles pratiquent une fécondation croisée avec un accouplement impliquant la participation de deux animaux.
Les adultes de l’haminoé petite-barque (à partir de 10 à 30 mm de longueur) pondent d’avril à la mi-juin pendant la nuit ou très tôt le matin sur du sable fin limoneux ou des ulves et des zostères. La ponte dure entre 30 et 50 minutes. L’animal fait des va-et-vient disposant ainsi des chaînes d’œufs parallèles légèrement incurvées pour former un ruban courbe. La taille de la ponte dépend de celle de l’animal (15 mm de large et jusqu’à 70 mm de long). La ponte peut contenir entre 7000 et 15000 œufs. Les œufs blanchâtres, sphériques d’environ 145 µm de diamètre sont chacun dans une capsule légèrement ovale. Les capsules sont reliées entre elles (comme des perles sur un collier) par une chalaze*. Le tout est enveloppé d’une glaire (mucus) transparente parfois jaunâtre.
Les adultes meurent après la ponte. Leur cycle de vie est annuel.
De chaque œuf éclot une larve véligère* planctonique* nageuse (larve planctotrophique*) qui, ultérieurement, se métamorphosera* en un adulte miniature.

Vie associée

Cette espèce peut être présente en grand nombre et se déplacer en file au moment de la reproduction.

Divers biologie

L’haminoé petite-barque est active la nuit et est cachée dans le sédiment le jour.
La forme du corps et la présence d’un bouclier céphalique* important reflètent un comportement de fouissage. Lorsque ces animaux rampent sur des substrats vaseux, le bord du bouclier céphalique se trouve juste sous la surface de la vase et un mince voile de mucus avec de la vase part vers le haut sur la surface dorsale. Derrière le mollusque, ce voile forme un tube aplati vaseux (une piste) qui marque sur le substrat le déplacement de l’animal. Les gastéropodes Céphalaspides sont généralement solitaires, à l'exception des espèces d’Haminoea qui ont un comportement social simple pendant la période de reproduction. Avant la copulation croisée, on peut observer une file simple d'individus suivant la traînée de mucus de l’animal en tête.

L’animal ne peut pas se rétracter complètement dans sa coquille et la fragilité de celle-ci et l’absence d’opercule* ne lui confèrent que peu de sécurité vis-à-vis d’un prédateur éventuel. L’haminoé petite-barque peut adapter la couleur de son corps à l’environnement en fonction du substrat ou des conditions de stress grâce à la présence de chromatophores* mélaniques* dans sa peau. Ces derniers peuvent se contracter ou se relâcher. Ainsi elle peut passer du foncé au clair en 4-5 heures.

Ces mollusques ont également attiré l'attention car, associés au comportement social, ils produisent et secrètent des phéromones* d'alarme (des haminols) lorsqu'ils sont inquiétés. Ces phéromones d'alarme sont probablement biosynthétisées par des glandes cutanées situées sur le bouclier céphalique, les lobes* parapodiaux* et le lobe palléal* postérieur.

Les Aglagidés (qui sont également des Céphalaspides) sont des prédateurs voraces d'autres opisthobranches, en particulier de Haminoea et de Bulla. Ils utilisent le chimiotactisme* (en cours d'ajout au glossaire) pour suivre la piste muqueuse de la proie.

Enfin, l’haminoé petite-barque possède comme la plupart des opisthobranches à coquille un organe sensoriel particulier : l’organe de Hancock. Cet organe joue un rôle dans la détection sensorielle (tactile et olfactive). Il est situé sur le côté droit entre le bouclier céphalique* et le pied et a un aspect de petite plume constituée de 12 à 20 fines lamelles.

Origine des noms

Origine du nom français

Haminoé petite-barque : francisation du nom latin.

Origine du nom scientifique

Haminoea : Peut-être pour Hamina, ville du golfe de Finlande. Le nom des gastéropodes n’a pas été expliqué par les auteurs (Turton & Kingston, 1830).

navicula : du latin [navicula] = petit bateau, petite barque.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Cephalaspidea / Bullomorpha Céphalaspides / Bullomorphes Coquille externe ou interne, spiralée, très fine et réduite. Tête élargie en bouclier. Yeux développés. Pas de rhinophores. Cavité palléale à droite avec une branchie plissée. Parfois des parapodes. Marins et fouisseurs sur les fonds de sédiments.
Famille Haminoeidae Haminoeidés Coquille externe large et gonflée, fragile, qui peut contenir l'animal rétracté. Pas d'opercule. Bouclier céphalique arrondi, extensions tentaculaires postéro-latérales en forme d'oreille, qui cachent souvent l'avant de la coquille. Lobes parapodiaux de grande taille, qui souvent se rejoignent dorsalement au dessus de la coquille.
Genre Haminoea
Espèce navicula

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