Amathie gracile

Amathia gracilis | (Leidy, 1855)

N° 6112

Cosmopolite des mers tempérées

Clé d'identification

Zoïdes cylindriques de petite taille (<1cm)
Zoïdes plus ou moins transparents
En petits bouquets lâches ou en grosses touffes denses
8 tentacules par zoïde
Stolon reliant les zoïdes
Stolon de diamètre plus étroit que les zoïdes

Chez les bryozoaires cténostomes européens, l'association de:
  • zoïdes cylindriques très fins
  • stolon nettement plus étroit
  • lophophore à 8 tentacules
    permet d’orienter vers le complexe Amathia gracilis.

Noms

Noms communs internationaux

Creeping bryozoan (GB)

Synonymes du nom scientifique actuel

Bowerbankia gracilis Leidy, 1855
Bowerbankia caudata (Hinchs, 1877)

Distribution géographique

Cosmopolite des mers tempérées

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises)

Amathia gracilis est présente dans l'ensemble de l’Atlantique, dans le Pacifique Nord-Est (côtes d'Amérique du Nord), sur les côtes du Chili, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Elle est également présente en Méditerranée (Grèce et Égypte).
Compte tenu de l’existence probable d’un complexe d’espèces, la distribution exacte de Amathia gracilis au sens strict reste à préciser.

Biotope

Cette espèce se rencontre par petits fonds. Elle est très tolérante aux variations de salinité (on peut donc la trouver dans les mares intertidales*) et également eurytherme*. Cette tolérance écologique explique sa fréquente présence dans les zones portuaires et les milieux perturbés.
Amathia gracilis est connue pour être une « salissure » (ou fouling*) marine dans les zones portuaires. Les colonies se fixent sur de nombreux supports (coquillage, pierres, algues, etc.).

Description

Amathia gracilis forme des colonies discrètes de zoïdes* cylindriques, de moins d’un centimètre de haut en extension, plus ou moins transparents, de couleur brun clair, reliés entre eux par un stolon* se divisant de manière irrégulière. Le diamètre des zoïdes est compris entre 0,07 mm et 0,13 mm. Le diamètre du stolon est nettement inférieur à celui des zoïdes. Ceux-ci peuvent être solitaires ou regroupés par 2 ou 3 le long du stolon.
Des colonies en touffes denses peuvent aussi exister (A.cf gracilis sp.1 de Hans de Blauwe, 2025).
Le lophophore* comporte 8 tentacules.
Certains zoïdes possèdent une sorte de « queue » du côté proximal* (qui avait conduit à désigner sous le nom de Bowerbankia caudata les individus présentant cette particularité).

Les embryons, présents notamment en fin d’été, sont roses ou jaunes et visibles par transparence.

En raison des différences génétiques entre les populations d’Europe et d’Amérique, et des différences morphologiques entre les embryons roses et jaunes, Amathia gracilis est aujourd’hui considérée comme un complexe d’espèces. Une révision taxonomique est nécessaire.

Espèces ressemblantes

Amathia gracilis peut être confondue avec d’autres espèces du genre Amathia ou Bowerbankia.
La distinction entre ces espèces repose sur la forme et la disposition des zoïdes*, sur le diamètre relatif du stolon* et sur le nombre de tentacules* du lophophore*.

Victorella pavida vit en eau saumâtre, elle forme un gazon lâche sans véritable bouquet, les zoïdes sont disposés en chaîne le long des stolons, le lophophore porte 8 tentacules.

Valkeria uva forme de très petites touffes de quelques zoïdes, le stolon est ramifié de façon lâche, le lophophore porte 8 tentacules.

Alimentation

Comme chez tous les bryozoaires, la nutrition est assurée par la capture de particules alimentaires, notamment du phytoplancton*, par les tentacules* du lophophore*. La sortie du lophophore est assurée par une augmentation de la pression du liquide interne, phénomène obtenu grâce à la compression musculaire.
Une fois la gaine du lophophore dévaginée, un mouvement pendulaire et circulaire des tentacules ciliés* composant le panache de ce lophophore va permettre le brassage de l'eau environnante et favoriser ainsi la capture des micro-organismes composant le régime alimentaire de la colonie.
Ce sont dits filtreurs* actifs c'est-à-dire des filtreurs suspensivores* et microphages*. Les diatomées* (algues unicellulaires) et les bactéries sont la base de l'alimentation de ce type de bryozoaire.

Reproduction - Multiplication

La croissance de la colonie se fait par bourgeonnement* périphérique de nouvelles zoécies* (= zoïdes* ; kénozoïdes* = stolons* et autozoïdes*).
La reproduction est sexuée et la colonie est hermaphrodite* protandre*. Les colonies fonctionnent d’abord comme mâles avant de produire des zoïdes femelles. Il n’y a pas de synchronisation de la reproduction au sein d’une même colonie, où l’on pourra donc trouver à la fois des zoïdes mâles et femelles.
Les œufs produits par un zoïde sont incubés dans le fourreau tentaculaire après dégénérescence du lophophore*. Cette dégénérescence s’accompagne d’une modification du cœlome*, avec apparition d’un nouvel organe, la gouttière ciliée, destinée à favoriser l’ovulation et l’oviposition. Chaque zoïde n’incube qu’un œuf à la fois. Après fécondation, la larve* se développe dans le zoïde pendant quelques jours (13 à 14 jours à 12,5 °C), puis il y a émission de la larve en forme de tonneau, ciliée et lécithotrophique*, qui va être dispersée par les courants.
L’émission de la larve est induite par la lumière (en laboratoire, on arrive facilement à provoquer l’émission des larves arrivées à maturité en maintenant les colonies dans le noir pendant une douzaine d’heures puis en les exposant à la lumière). Un autre œuf viendra alors, presque immédiatement, prendre la place de la larve émise. Les larves sont phototactiques, bien qu’elles soient dépourvues d’yeux. Après une courte vie (quelques heures) dans la colonne d'eau, la larve va se fixer sur un substrat* adéquat et se métamorphoser* en un zoïde primaire ou ancestrule*. Celui-ci bourgeonnera deux à trois zoïdes, qui bourgeonneront eux-mêmes en émettant de longues digitations creuses, les stolons, à partir d'un kénozoïde* souche.

La production de larves favorise ainsi la dispersion de l’espèce et le peuplement de nouveaux substrats*.

La période de reproduction sexuée s’étend de fin avril à octobre, avec un pic d’émission des larves en mai-juin, puis en septembre-octobre.

Informations complémentaires

Le genre Bowerbankia, auquel était précédemment rattachée Amathia gracilis a été récemment (Waeschenbach & al., 2015) considéré comme un synonyme de Amathia.

Il est probable que Amathia gracilis recouvre en réalité un complexe d’espèces, les individus aux embryons jaunes étant une espèce différente des individus aux embryons roses, qui présentent certaines caractéristiques morphologiques différentes.
Cette situation est typique de nombreux bryozoaires ctenostomes à morphologie simple.

Des expérimentations conduites sur des plaquettes test dans différents ports égyptiens ont montré que Amathia gracilis n’est pas une espèce pionnière, mais apparaît sur des plaquettes immergées, selon les ports, entre 8 et 12 mois, au milieu de nombreuses autres espèces.

Origine des noms

Origine du nom français

Amathie gracile : le nom français proposé est une transcription en français du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Amathia : ce nom de genre provient du nom d'une des Néréides (nymphes marines, filles de Nérée et de Doris) selon Homère et dans sa version anglo-saxonne, parfois écrit Amatheia (en français : Amathée). Ce nom de genre a été créé en 1812 par le naturaliste français Jean-Victor Felix Lamouroux (1776-1825).

gracilis : cette épithète spécifique a été attribuée en 1855, par Joseph Leidy (1823-1891), paléontologiste et naturaliste américain. Ce nom provient du latin [gracilis] = grêle, effilé, mince, gracile, probablement en lien avec l’allure des zoïdes.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 851589

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Bryozoa / Ectoprocta Bryozoaires / Ectoproctes Petits animaux coloniaux filtreurs aquatiques fixés à un substrat. Tous les zoïdes sont en continuité physique et issus de bourgeonnement à partir d’un individu unique. Chaque zoïde porte un lophophore rétractile et est abrité dans une logette.
Classe Gymnolaemata Gymnolèmes Colonies polymorphes. Les zoïdes sont cylindriques ou aplatis, les lophophores circulaires. Les parois peuvent être calcifiées ou non. Presque tous marins.
Famille Vesiculariidae Vésiculariidés Colonies érigées, en touffes ou rampantes. Zoïdes* cylindriques à ovales allongés et bourgeonnant en groupes ou en lignes le long d'un stolon irrégulièrement ramifié.
Genre Amathia
Espèce gracilis

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