Pastenague américaine

Hypanus americanus | (Hildebrand & Schroeder, 1928)

N° 1835

Océan Atlantique occidental

Clé d'identification

Corps en forme de losange aux extrémités pointues
Dos foncé, ventre blanc
Queue en forme de fouet
Courtes épines le long de la ligne médiane du dos
Un ou deux dards venimeux sur le pédoncule caudal

Noms

Autres noms communs français

Raie-fouet

Noms communs internationaux

Southern stingray, stingray, whip stingray (GB), Peitschenrochen, Stechrochen (D), Pastinaca, trigono, raya, raya americana (I)
Raya látigo blanca, raya americana, raya chucho, raya látigo americana (E), Raia-cravadora (P), Stekelrog (NL)

Synonymes du nom scientifique actuel

Dasyatis americana, Hildebrand & Schroeder, 1928

Distribution géographique

Océan Atlantique occidental

Zones DORIS : ● Caraïbes

Hypanus americanus est une espèce que l'on trouve sur les côtes ouest de l'océan Atlantique, depuis le New Jersey jusqu'au sud du Brésil, incluant le golfe du Mexique et les Antilles. Elle est très commune aux Caraïbes et moins présente aux Bahamas et en Floride.

Biotope

Hypanus americanus fréquente les eaux marines et saumâtres dont la température varie entre 15 et 30 °C. On la rencontre fréquemment dans les baies et les estuaires, depuis la surface jusqu'à 50 m de profondeur environ. Elle est souvent posée sur les fonds sableux, voire enfouie ne laissant dépasser que les yeux et les opercules* branchiaux. Occasionnellement, on peut la rencontrer sur des fonds vaseux. Elle fréquente également les stations de nettoyage où elle est prise en charge par la girelle à tête bleue, Thalassoma bifasciatum, ou par le manicou, Bodianus rufus.

Des études menées sur des pastenagues américaines vivant autour de l'archipel Fernando de Noronha (petit archipel brésilien situé dans l'océan Atlantique face à Natal) ont montré que les individus de petite taille dont la longueur du disque est comprise entre 15 et 35 cm, fréquentent de préférence les eaux peu profondes comme les bords de plages, alors que les individus plus âgés préfèrent les eaux plus profondes et les récifs.

Description

La pastenague américaine a un corps (ou disque) en forme de losange. Le museau et les extrémités des nageoires pectorales sont pointus. Sa longueur sans la queue est en moyenne de 90 cm et au maximum de 150 cm. Son dos est marron clair, noir, ou gris olive chez les juvéniles. Une rangée de courtes épines recouvre la ligne médiane de la surface du dos. Son ventre est blanc, bordé de gris ou marron. La bouche est arquée en forme de croissant de lune dont les pointes sont dirigées vers l'arrière.
La pastenague américaine possède un ou deux dards venimeux sur le pédoncule caudal. Sa queue en forme de fouet, est mince, plus longue que la largeur du disque, et de couleur brun foncé.
La pastenague n'a ni nageoire caudale, ni nageoire anale.

Espèces ressemblantes

On peut confondre la pastenague américaine avec la pastenague des Caraïbes, Himantura schmardae. Cette dernière se reconnaît à son disque semi-circulaire et ne se rencontre qu'aux Caraïbes, principalement au sud.

On peut également la confondre avec Bathytoshia centroura qui fréquente les côtes de l'Atlantique Ouest, celles de l'Atlantique Est incluant Madère et les îles Canaries ainsi que celles de Méditerranée. Elle possède des tubercules et des grandes épines sur le disque et la queue. La largeur du disque peut atteindre 210 cm.

Dasyatis pastanica ne peut être confondue avec H. americanus, car elle ne fréquente pas les côtes de l'Atlantique Ouest. On la rencontre le long des côtes de l'Atlantique Est et de la Méditerranée.

Alimentation

La pastenague américaine se nourrit principalement de bivalves et de vers, mais aussi de crustacés comme les squilles, crabes et petits poissons. Elle chasse à l'aube et au crépuscule, en creusant le sable afin d'en extraire les invertébrés et poissons qui s'y cachent.

Reproduction - Multiplication

L'accouplement des pastenagues américaines a lieu avec étreinte, le mâle se tenant sur le dos de la femelle. Il est précédé de poursuites et morsures pré-copulatoires.
La pastenague américaine est ovovivipare* aplacentaire*. Les œufs sont « pondus » dans les voies génitales femelles, et les embryons se développent dans le corps de la femelle. Ils se nourrissent d'abord du vitellus*, puis d'un liquide utérin enrichi de mucus, graisse et protéines. Après incubation, les œufs éclosent dans la mère. Les juvéniles dont le disque mesure alors entre 17 et 19 cm, ne bénéficient d'aucun soin parental après la mise bas. Le nombre d'embryons varie de 3 à 5, voire 10 en captivité, et augmente avec l'âge des femelles. Les pastenagues américaines utilisent des nurseries dites primaires où les femelles mettent bas, et des nurseries dites secondaires où les juvéniles grandissent. Peu de choses sont connues sur les endroits où se trouvent ces nurseries, ou sur la façon dont les juvéniles migrent d'un endroit à l'autre.

Une étude conduite récemment a montré que les femelles de la pastenague américaine se reproduisent annuellement. La gestation dure entre 4 mois et demi (135 jours) et 7 mois et demi (226 jours). Le cycle de reproduction des femelles n'est pas synchronisé, ovulation et mise bas se produisant à toute période de l'année. Les femelles peuvent s'accoupler quelques minutes après la mise bas, et une même femelle peut s'accoupler successivement avec plusieurs mâles.
Les pastenagues atteignent la maturité sexuelle lorsque le disque mesure 75 à 80 cm pour les femelles (vers 5-6 ans) et 51 cm pour les mâles (vers 3-4 ans).

Vie associée

La pastenague américaine a la peau parasitée, notamment par les copépodes Eudactylinella alba et Pseudocharopinus concavus.

Divers biologie

Les pastenagues américaines ont plusieurs rangées de dents. Les dents des femelles et des juvéniles sont en forme de quadrilatère dont les arêtes sont arrondies, celles des mâles présentent des petites pointes coniques.

On connaît mal la longévité de la pastenague américaine. Une étude rapporte que l'âge maximal observé est de 12 ans pour les mâles, 13 ans pour les femelles.

Hypanus americanus semble pouvoir communiquer en utilisant des phéromones*. Ces hormones interviendraient dans la communication pré-copulatoire.

Informations complémentaires

La pastenague américaine ne fuit pas le plongeur, sauf si ce dernier l'approche de trop près ou la touche. Elle possède un dard capable d'infliger des blessures très douloureuses dont la cicatrisation peut être longue. Gare à celui qui la piétine.

Des travaux scientifiques menés dans le détroit de Floride (aux îles Keys) ont montré que Hypanus americanus ainsi que Ginglymostoma cirratum, le requin nourrice, qui présentent de nombreuses ampoules* de Lorenzini autour de la tête, sont sensibles aux champs magnétiques et cherchent à s'en écarter. Cette étude suggère que les champs magnétiques pourraient être utilisés afin de réduire la mortalité de ces animaux due aux activités de pêche et aux filets de plage.

Les raies sont des animaux qui répondent favorablement aux sollicitations des touristes, particulièrement lorsque ces derniers les nourrissent. L'environnement des raies ainsi que leur comportement s'en trouvent modifiés : la nourriture est abondante et la population de raies se densifie. Ces animaux, plutôt solitaires habituellement, se retrouvent à vivre en groupes. Une étude a été faite sur les raies pastenagues américaines des îles Caïman afin d'évaluer les conséquences de cette activité touristique. Il s'avère que les raies présentent davantage de blessures et de parasites sur la peau que des animaux non exposés aux activités touristiques, et ont des comportements agressifs entre elles.

Statuts de conservation et réglementations diverses

L'espèce est classée dans la catégorie "Données insuffisantes" (ou DD pour Data Deficient) par l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). L'évaluation de l'état de la population n'a pu être menée faute de données suffisantes. Cependant le statut de cette espèce, dont le cycle de reproduction est très lent, est sujet à discussion sur certaines parties de la côte américaine, notamment dans la partie sud du golfe du Mexique, où l'espèce subit de fréquentes captures accidentelles lors des pêches artisanales.

Origine des noms

Origine du nom français

Pastenague : issu du latin [pastinaca] = panais, qui désigne une racine comestible proche de la carotte. Rondelet en 1554 précise que la queue de ce poisson dépourvue de nageoires a la « couleur et rondeur » de la racine du panais. Par la suite la langue provençale a fait évoluer ce mot dans deux directions :
- pastenade pour désigner la plante connue aujourd'hui sous le nom de panais
- pastenago pour désigner localement le poisson. Au XVIe siècle, Ambroise Paré écrivait (XXIII, 9) : "Les bestes venimeuses sont aspics, pastenaques, vives, torpedes, araignées".

américaine : en référence à sa présence sur les côtes ouest de l'Atlantique.

Origine du nom scientifique

Une révision de la classification des espèces de la famille des Dasyatidés, basée sur des caractères morphologiques et moléculaires, a été publiée en 2016. Le genre Hypanus, qui était jusqu'alors considéré comme un synonyme de Dasyatis (« junior synonym »), a été validé.

Hypanus : du grec [hyp(o)] = sous, de dessous, et du suffixe latin [-anus] indiquant la provenance, l'origine.

americanus : en référence à sa présence sur les côtes ouest de l'Atlantique.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 1042856

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Super ordre Euselachii Sélaciens Raies et requins.
Ordre Myliobatiformes Myliobatiformes Raies dont la dentition évoque une meule.
Famille Dasyatidae Dasyatidés Famille des raies pastenague.
Genre Hypanus
Espèce americanus

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