Vélelle

Velella velella | (Linnaeus, 1758)

N° 228

Cosmopolite

Clé d'identification

Colonie flottante à l'aspect de radeau
Disque cartilagineux surmonté d'une voile triangulaire rigide
Couleur transparente à bleu foncé, forme ovale
6 cm de long maximum, 3 cm de haut
Fréquemment échouée en masse au printemps et en été

Noms

Autres noms communs français

Barque de la Saint-Jean (Biarritz), Barque de la Saint-Pierre, méduse voilette

Noms communs internationaux

By-the-wind sailor, Jack-sail-by-the-wind (GB), Segelqualle (D), Zeilkwal (NL), Velero (E), Barchetta di San Pietro (I), Barqueta de San Pere (Catalan)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Velella spirans

Distribution géographique

Cosmopolite

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique, Caraïbes, Atlantique Nord-Ouest

Velella velella est une espèce cosmopolite que l'on rencontrera à la surface des trois océans, en zone tempérée à tropicale.

Biotope

La vélelle est un organisme de pleine mer qui fait partie du pleuston, c'est-à-dire des organismes qui vivent en surface, à l'interface eau-air. Par moment, le vent les ramène près des côtes.

Description

La vélelle est un organisme assez insolite qui provoque toujours la curiosité et l'étonnement de celui ou celle qui la rencontre. Bien que surnommée "méduse voilette" sur la Côte d'Azur, il ne s'agit pas d'une méduse mais d'un Hydrozoaire, une colonie de polypes* spécialisés, portés par un disque cartilagineux, surmonté d'une voile rigide elle aussi cartilagineuse. L'ensemble évoque un petit radeau flottant.

La couleur de la colonie varie du bleu clair au bleu foncé, sa forme ovale, et sa taille n'excède pas 6 cm de long pour une voile de 3 cm de haut maximum. Le disque est parcouru de plusieurs ellipses concentriques. La voile, transparente, a une forme triangulaire, parfois semi-circulaire. Elle est disposée perpendiculairement au flotteur et présente un angle de 40 à 45° maximum par rapport au plus grand axe de l'ellipse formée par ce flotteur, et est orientée en général vers la gauche par rapport à ce même axe. Cette voile présente également des motifs sinueux. Sous le flotteur, on trouve un unique polype nourricier avec bouche terminale, entouré d'une rangée circulaire externe de polypes urticants de couleur bleue qui jouent un rôle dans la défense et la nutrition de la colonie, et plusieurs rangées circulaires de polypes reproducteurs, peu visibles. Ces polypes atteignent une taille de 2 à 3 cm maximum. La voile permet à la colonie d'être déplacée par le vent.

Cet organisme sera peu aperçu par le plongeur à cause de sa couleur mimétique et de sa transparence et du fait qu'elle affectionne plutôt le large et la pleine mer. Un épisode de grand vent peut néanmoins rapprocher ces colonies des côtes, où elles finissent par s'échouer en grand nombre. C'est donc sur la plage au printemps et en été, dans la laisse de mer, qu'on a le plus de chances de trouver des vélelles.

Espèces ressemblantes

La vélelle ne peut pas être confondue avec un autre organisme.
Deux autres colonies, proches zoologiquement de la vélelle, présentent la même couleur, le même mode de vie, le même biotope* :

  • Physalia physalis, la physalie (ou galère portugaise) qui n'est pas surmontée d'une voile triangulaire mais d'un flotteur rempli de gaz. Ses polypes présentent des tentacules beaucoup plus longs et beaucoup plus urticants.
  • Porpita porpita, la porpite, qui se présente aussi comme un radeau flottant, sous lequel pendent des tentacules bleus, mais qui ne possède pas de voile au dessus du flotteur.

Alimentation

La vélelle est planctonophage* et se nourrit en capturant les microorganismes du plancton* grâce à des polypes pêcheurs nourriciers qui sont suspendus en cercle sous le disque. Ces derniers sont garnis de cnidocytes* qui harponnent les petites proies (appendiculaires, copépodes, œufs de poisson, etc...) qui sont ensuite acheminées vers le polype nourricier central (le gastérozoïde).
La symbiose* avec des zooxanthelles* procure à la vélelle un apport supplémentaire en matière organique.

Reproduction - Multiplication

Le cycle de reproduction de la vélelle passe par une phase sexuée, la méduse, qui ressemble à une cloche minuscule, dont la taille n'excède pas 3 mm. Ces méduses sont émises par des polypes reproducteurs, les gonozoïdes, et libèrent dans l'eau les gamètes*. Après fécondation il y a formation d'une larve* pélagique* qui développe de manière asexuée une jeune colonie après deux stades larvaires intermédiaires. Certaines cellules produisent alors des gouttelettes d'huile qui ont pour effet de faire remonter en surface la jeune vélelle.

Vie associée

Les tissus des polypes de la vélelle sont fréquemment colonisés par des zooxanthelles, qui confèrent alors à certains polypes une teinte brune. Cette association est symbiotique.
Parmi les essaims de vélelles, on trouve souvent les coquilles violacées de petits gastéropodes pélagiques Janthinidés, tels que Janthina janthina (Linnaeus, 1758) ou Janthina pallida Thompson W., 1840 qui sont en fait prédateurs des vélelles.

Divers biologie

Le disque basal qui porte les polypes possède de petites chambres remplies de gaz qui assurent à la colonie une flottaison parfaite. On parle de pneumatocyste.

Il n'est pas rare de trouver des vélelles qui présentent une voile orientée vers la droite par rapport au grand axe du flotteur. Lorsque le vent souffle, il sépare les vélelles en deux populations !

Bien que proche des Siphonophores et souvent rapprochée des physalies, la vélelle est en principe inoffensive pour l'homme. Si ses cnidocytes* sont redoutables pour les proies du zooplancton*, ils le sont beaucoup moins pour la peau humaine. Cependant, après avoir manipulé une vélelle, même échouée, il faut veiller à ne pas porter les doigts à la bouche ni aux yeux. Certaines personnes plus sensibles (notamment les enfants) peuvent présenter de sérieuses irritations.

Des individus d'une taille de 8 cm ont déjà été observés.

Informations complémentaires

La vélelle est un organisme qui peut parfois pulluler de manière importante. Les bancs de vélelles peuvent s'étendre sur des dizaines de kilomètres et leur densité peut atteindre localement une centaine d'individus au mètre carré. Il est fréquent d'observer alors sur certaines plages des échouages massifs de plusieurs milliers de ces organismes. Leur décomposition peut alors générer une odeur pestilentielle, et il ne persiste, après quelques heures, que la partie cornée de la colonie dont la consistance rappelle celle du plastique ou de la cellophane.

Ces pullulations auraient été constatées beaucoup plus fréquemment ces dernières années et en de nombreux endroits à l'échelle du globe ; le réchauffement climatique en serait peut-être une cause. En comparaison, au XIXème siècle, les vélelles étaient considérées comme très rares. Il est possible que les vélelles pullulent de manière cyclique, comme c'est le cas pour les pélagies (Pelagia noctiluca).

Les vélelles servent de nourriture aux poissons-lune (Mola mola), ainsi qu'à des gastéropodes, la janthine (Janthina sp.), et le nudibranche Glaucus atlanticus.

Des études récentes ont rapproché les vélelles du groupe des Anthoméduses. Jadis intégrés aux Siphonophores, puis aux Chondrophores, ces organismes présenteraient en fait des colonies très proches de celles des Hydraires.

Origine des noms

Origine du nom français

Le nom vernaculaire est directement traduit du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Velella : du latin [velum] = voile, en référence à la membrane cartilagineuse perpendiculaire au disque flottant, qui permet à la colonie d'être poussée par le vent. Velella signifie probablement "petite voile".

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Classe Hydrozoa Hydrozoaires Cnidaires dont le cycle de vie est alterné, mais de façon inconstante, par deux phases différentes : le polype et la méduse. Présence d’un velum dans la méduse (dite craspédote), gonades ectodermiques, perte des septes, perte des cnidocytes endodermiques. Coloniaux ou solitaires. Quelques espèces d’eau douce.
Sous-classe Hydroidolina Hydroïdes Hydrozoaires dont le cycle de vie présente toujours une phase polype.
Ordre Anthoathecata Anthoathécates

Hydraires dont la phase polype est dépourvue de thèques protectrices rigides. Phase polype presque exclusivement benthique, quelques espèces tropicales sécrétant un exosquelette calcaire (coraux de feu). Méduse avec ombrelle haute possédant des ocelles, les gonades se développent autour du manubrium.

Sous-ordre Capitata Capités

Tentacules des polypes le plus souvent capités (avec des nématocystes groupés en « boutons »), parfois seulement chez les juvéniles. Longs pédoncules fixés ou ancrés dans le sédiment. Anthoméduses. Quelques espèces sécrètent un squelette calcaire.

Famille Porpitidae Porpitidés Cette famille réunit les seules colonies d'hydraires flottantes, de couleur bleue, de part la présence dans leurs tissus d'algues symbiotiques.
Genre Velella
Espèce velella

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