Lamantin des Caraïbes

Trichechus manatus | Linnaeus, 1758

N° 2659

Océan Atlantique Ouest, depuis le nord de l'Amérique du Sud jusqu'au sud de l'Amérique du Nord, dont mer des Caraïbes

Clé d'identification

Corps gris brunâtre, robuste et charnu, de forme ovale
Petite tête avec narines supérieures et grosse lèvre tombante
Membres antérieurs développés en palettes, onglés
Pas de membres postérieurs
Nageoire caudale horizontale, en spatule

Noms

Autres noms communs français

Lamentin, manati, vache de mer, vache marine, femme marine, poisson-femme, bœuf marin, poisson-bœuf, lamantin des Antilles, lamantin d'Amérique

Noms communs internationaux

Manatee, caribbean manatee, west indian manatee, sea cow (GB), Lamantino (I), Manati, vaquita marina, vaca marina, manati antillano, manati del Caribe ou manati de Florida (E), Rundschwanzseekuh (D), Peixe-boi, vaca-marinha (P), zeekoe, amerikaanse lamantijn, sekoe (selon les lieux et les usages linguistiques locaux de la région Caraïbe)

Distribution géographique

Océan Atlantique Ouest, depuis le nord de l'Amérique du Sud jusqu'au sud de l'Amérique du Nord, dont mer des Caraïbes

Zones DORIS : Caraïbes

L'aire de répartition de cette espèce comprend toute la zone de l'Atlantique Ouest entre les côtes du Brésil, la Caraïbe et les côtes nord-américaines jusqu'à la Virginie.
On retrouve donc Trichechus manatus en Guyane française, dans les marais de Coswine mais c'est essentiellement au Brésil, Belize et Bahamas que sa population est la plus dense. Néanmoins on en recense aussi, de manière discontinue, au Venezuela, en Colombie, à Panama, au Costa-Rica, au Nicaragua, au Honduras, au Guatemala et au Mexique ainsi que dans les îles de la mer des Caraïbes : Cuba, République dominicaine et Haïti, la Jamaïque, les Antilles néerlandaises, etc. Il se rencontre également aux Etats-Unis d'Amérique en longeant la côte jusqu'à la Virginie. Mais il faut retenir que la distribution est partout fragmentée compte tenu de l'extinction locale ou des caractères de plus en plus inadaptés de l'habitat.

L'espèce Trichechus manatus se divise en fait en deux sous-espèces dont on peut distinguer les aires de distribution :
- le lamantin de Floride, Trichechus manatus latirostris, qui va de la Louisiane à la Virginie, notamment la péninsule de Floride, couvre également le nord du golfe du Mexique.
- le lamantin des Antilles, Trichechus manatus manatus, qui s'étend de la région nord-est du Brésil au sud-est des Etat-Unis en passant par les îles des Caraïbes et le nord du Mexique.

Biotope

Trichechus manatus privilégie les eaux marines littorales, les eaux saumâtres et parfois douces des régions tropicales et subtropicales où il vit, la plupart du temps dans des profondeurs ne dépassant pas les 10 mètres.
Le lamantin semble avoir besoin d'un accès aux eaux douces, ce qui lui fait élire domicile dans des lieux réunissant outre cette condition, la proximité de chenaux profonds pour se déplacer mais aussi des criques calmes pour s'abriter.
La température de l'eau participe aux déplacements visant à accéder à des eaux plus chaudes pendant les périodes hivernales. Etant donné ses lieux de vies côtiers, il se trouve inévitablement au contact de l'homme de temps à autres.

Description

Le lamantin des Caraïbes est caractérisé par un corps robuste de forme fuselée, s'effilant vers la racine de la nageoire caudale. La taille moyenne est de 3 m (5 au maximum) pour un poids de 400 à 900 kg mais les femelles peuvent atteindre un poids supérieur (plus de 1 000 kg). L'épaisse couche de graisse de son corps lui donne un aspect dodu.
De couleur brunâtre à gris noir, la peau est souvent recouverte d'algues ou de bernacles chez l'adulte et parsemée de duvet chez le veau (le bébé lamantin) uniquement. Sa couleur est plus sombre sur le dos et paraît rugueuse à cause des traces laissées par les animaux qui s'y fixent. Le ventre est plus clair et peut parfois être tacheté de blanc. Il n'est pas rare de voir sur le dos des animaux des cicatrices claires, résultant des contacts, hélas courants, des lamantins avec les hélices des bateaux qui fréquentent les mêmes voies.

Doté d'une tête de petit format, ses caractéristiques sont spécifiques : les narines sont très haut placées afin de faciliter la respiration en surface en toute discrétion et sont munies d'un appareil obturateur (valves). Latéralement et approximativement à la même hauteur que les narines, apparaissent des petits yeux ronds de 15 mm de diamètre, nantis de membrane nictitante*. Dans le prolongement, s'ouvrent les conduits auditifs dont on remarque l'absence de pavillon externe comme pour toute espèce dotée d'hydrodynamisme. Sa très grosse lèvre supérieure, spécifique au régime herbivore, est couverte de vibrisses* tandis que le menton porte des poils très longs. Deux replis disgracieux apparaissent sur les cotés latéraux et deux fentes se distinguent au centre de la lèvre supérieure. Il se sert de cette partie de son corps comme d'un organe tactile. Au niveau de la dentition, seules les dents jugales* sont présentes chez l'adulte, le jeune perdant sa paire de dents de lait supérieure ainsi que ses incisives assez rapidement. Eu égard à son activité principalement de brouteur, le museau est légèrement dirigé vers le bas.
Le cou est quasi invisible, seuls quelques plis laissent entrevoir un soupçon de région cervicale. La cicatrice ombilicale est visible sur l'abdomen de l'animal.

Le lamantin ne possède pas de membres inférieurs mais en revanche, les membres antérieurs sont bien développés et mobiles. Ces pectorales sont falciformes et plates, du genre palettes natatoires se terminant par trois ou quatre ongles. Sa queue est également plate sur le plan horizontal, en forme de pelle à contour rond.

Espèces ressemblantes

Deux autres espèces de lamantins se retrouvent de par le monde :

Trichechus inunguis (Natterer, 1883) : le lamantin d'Amazonie, propre aux écosystèmes d'eaux douce et saumâtre (endémique du bassin de l'Amazonie : Brésil, Guyane, Colombie, Pérou, Equateur) est le seul qui peut recouper l'aire de distribution de T. manatus, par exemple en embouchure de l'Amazone et en Guyane. C'est le plus petit des lamantins (max. 3,9 m). Gris sombre à noir, il se différencie par une tête très large, avec le museau plutôt dirigé vers le haut (il mange principalement des végétaux flottants) et par l'ossature de ses pattes avant, qui ne portent pas d'ongles.

Trichechus senegalensis Link, 1795 : le lamantin d'Afrique fait 4 m maximum et ne partage pas la distribution de T. manatus puisqu'il est adepte des eaux littorales, rivières, fleuves et estuaires, depuis le sud de la Mauritanie jusqu'au nord de l'Angola, sur le continent africain. Les yeux sont plus proéminents et la courbe de son museau est plus descendante.

Trichechus manatus pourrait à première vue être confondu avec Dugong dugon (Müller, 1776). Ayant investi une bonne partie de l'Indo-Pacifique, cet autre sirénien montre effectivement un aspect très proche. Cependant, ses pattes antérieures ont leurs "coudes" orientés vers l'arrière lui permettant ainsi de pouvoir porter sa nourriture à sa bouche. Il n'a ni ongles, ni griffes. Mais le plus visible des critères de distinction entre dugong et lamantin est la nageoire caudale respective de ces animaux. Celle du dugong est semblable à celle, fourchue, d'un cétacé alors que celle du lamantin rappelle plus la forme d'une pelle, d'une spatule, avec un contour bien rond et pas du tout bilobé.

Alimentation

Le régime végétarien du lamantin, herbivore sous-marin, se compose essentiellement de jacinthes d'eau (Eichornia crassipes) ainsi que de phanérogames marines, la thalassie des tortues (Thalassia testudinum) pouvant être agrémentée d'herbe du lamantin (Syringodium filiforme), trouvés dans les vastes herbiers sous marins. Selon les zones où il se trouve, il peut néanmoins s'accommoder d'algues, de feuilles de palétuviers, de végétation flottante du littoral, de rhizomes. Aux Antilles ainsi qu'en Floride, 44 espèces végétales et 10 espèces d'algues ont été recensées comme faisant partie des différentes variétés de son alimentation.
Si sa curiosité (?) le pousse parfois à consommer quelques petits invertébrés (tuniciers) mais aussi quelques malheureux poissons malchanceux pris dans des filets de pêche, cette nourriture essentiellement végétale, bien trop pauvre en substances nutritives et énergétiques, contribue à limiter sa répartition dans les eaux froides pour fréquenter plutôt des eaux plus chaudes. En effet, craignant le froid, il lui faut maintenir sa température interne et cela lui impose une consommation importante (8 à 15 % de sa masse corporelle) chaque jour. Ou plutôt devrait-on dire chaque nuit, le soir et l'aube semblant les moments les plus propices pour s'alimenter.

Reproduction - Multiplication

Le dimorphisme sexuel est assez peu marqué. Les femelles sont généralement plus grandes et plus lourdes que les mâles mais ça n'est pas un critère absolu. Les nageoires des mâles, un peu plus longues, possèdent une zone auto-agrippante sur leur face dorsale, capacité de maintien qui se trouve bien utile pour l'accouplement ! Des mamelles sont présentes, sous les nageoires, chez les deux sexes. Il est donc difficile de différencier visuellement et sans erreur mâles et femelles. Seule la localisation des organes génitaux peut permettre cette discrimination et encore cela n'est-il pas évident car le pénis du mâle est contenu dans un sinus pénien dont les replis ressemblent aux lèvres vulvaires de la femelle ! A observer, donc, la distance entre l'anus et les organes en question : les organes génitaux masculins se situent sous le nombril (grande distance) alors que ceux des femelles surplombent l'anus (petite distance).

La période de reproduction des lamantins n'est pas proprement déterminée par une saison propice puisqu'elle peut se produire toute l'année, mais il a été constaté des périodes plus actives entre mars et août, en corrélation avec la saison des pluies.
L'espèce pratique la stratégie de développement appelée "stratégie K". Celle-ci vise à investir dans la survie des jeunes et le taux de reproduction est donc faible (cf. § Divers biologie). Aussi, lorsqu'une femelle est en oestrus* (c'est à dire qu'elle est fécondable), elle libère des signaux chimiques qui engendrent un rassemblement de multiples prétendants (jusqu'à 20 !) chez qui va s'installer une compétition, voire des affrontements.

Le lieu de l'accouplement est en général calme, peu profond (anse, ruisseaux, lagunes...) et le cadre doit offrir des reliefs permettant aux animaux de se frotter pour laisser des traces olfactives de leur passage. Il n'est pas rare de les apercevoir se flairer mutuellement, notamment les zones ano-génitales. La période où les femelles sont réceptives n'excède pas deux jours. Elles deviennent alors polyandres*, permettant des copulations successives.
Le mâle étreint fermement la femelle avant l'introduction de son pénis qui dure entre 15 et 30 secondes et ces étreintes sont entrecoupées par des pauses de moins d'une minute.

La gestation est donnée pour durer entre 12 et 14 mois avec comme aboutissement, la naissance d'un seul petit veau (les jumeaux sont extrêmement rares), pesant près de 30 kg et mesurant environ 120 à 140 cm de long.
La mise bas coïncide avec une période de production végétale intense pour pallier l'augmentation des besoins de la mère. Lorsque la parturition* semble s'annoncer, celle-ci se retire dans des eaux stagnantes, isolées des vagues et à l'abri de prédateurs pour diminuer les risques de prédation et de mortalité périnatale.

Dotée de mamelles situées près de l'attache des membres inférieurs, hypertrophiées pour cette occasion, la femelle allaite son petit pendant au moins 24 mois, concomitamment à une alimentation végétale et ce, jusqu'au sevrage.
L'intervalle entre deux naissances est de 3 à 5 ans, période importante dans la transmission transgénérationnelle, comme les sites d'alimentation, les voies migratoires, la localisation des sources d'eau douces et les rassemblements hivernaux.
La maturité sexuelle d'un jeune mâle ne s'acquiert pas avant 9 ou 10 ans contre 4 à 5 pour les femelles.

Vie associée

Si l'euryhalinité* (il peut supporter de grandes variations de salinité) du lamantin lui permet de ne pas être trop exposé au parasitage (les différents parasites, n'ayant pas forcément cette capacité), elle nous favorise l'identification des milieux marins fréquentés par Thichechus manatus. Ainsi, le copépode Harpaticus pulex, n'a été observé que chez des animaux en captivité. L'algue bleue Lyngbya martensian, présente sur le dos de l'animal, justifierait d'un long séjour en milieu dulçaquicole tandis que les bernacles (Chelonibia manati), les anatifes, les balanes qui se fixent sur le dos et la queue sont plus spécifiques à la fréquentation d'herbiers, en milieu marin.

Traditionnellement parasité par des helminthes (vers parasites), c'est chez le lamantin essentiellement des nématodes (au niveau de l'estomac et de l'intestin grêle), des cestodes ainsi que des trématodes (nasopharynx, poumons, intestins et colon) que l'on retrouve ; avec, en cas d'infestation massive, une observation de quatre espèces maximum/individu. Des rémoras (Echeneis neucratoides) se fixent parfois sur les lamantins, mais cette association avorte en eaux douces, le poisson n'ayant pas la possibilité de s'adapter aux conditions de non-salinité.

Divers biologie

Le lamantin pourrait vivre plus de 50 ans.

Pour vivre et se reproduire, les conditions de vie ont conduit le lamantin à adopter une stratégie de développement pour préserver l'espèce en fonction des besoins de matière et d'énergie. Cette stratégie (parmi 2 référencées) porte le nom de stratégie K. Son principe repose sur l'investissement de la survie des jeunes et aboutit donc sur une fécondité restreinte. Les principales caractéristiques pour l'espèce en sont :
- une longue durée de vie
- une grande taille
- une maturité sexuelle tardive associé à un taux de fertilité faible
- une éducation parentale longue réduisant considérablement l'itéroparité (ou reproduction multiple).
Cette stratégie est un élément fondamental employé pour toutes mises en œuvre de classement et de protection de l'espèce.

C'est à son très long tube digestif (le gros intestin peut mesurer jusqu'à 40 m) que le lamantin doit sa capacité à absorber une très grande quantité d'aliments divers et notamment végétaux. Cet organe favorise la fermentation de la cellulose très présente dans son alimentation grâce aux bactéries et protozoaires qu'il contient au niveau du cæcum (première partie du colon).
Pour se nourrir, son comportement alimentaire emploie deux techniques différentes selon la facilité à pouvoir ou non fouiller le substrat, selon le stade de croissance, nécessitant une alimentation spécifique, et selon la densité des espèces présentes dans l'environnement. Le "grazing" correspond au "broutage", tel un herbivore terrestre, de feuilles fraîches plus riches en protéines tandis que le "rooting" (ou fouille) est plus destructeur pour les herbiers puisque la plante est complètement déracinée et consommée. C'est cette pratique qui laisse des traces très spécifiques de sillons provoqués par la bouche et les nageoires de l'animal. C'est la préférée de l'animal qui y trouve certainement un plaisir à se nettoyer la bouche ainsi qu'à ingérer du sable et de la boue pour s'enrichir en minéraux.
Son régime alimentaire a entraîné certaines particularités anatomiques. Consommant des plantes abrasives, celles-ci usent sa dentition qui se régénère tout au long de sa vie par un phénomène de poussées en avant jusqu'à ce que les dents de devant tombent. Ce mouvement des molaires s'active au sevrage du veau lorsque celui-ci commence à mastiquer sa nouvelle alimentation.

Pour s'immerger, le lamantin utilise le poumon-ballast !
Une apnée peut durer jusqu'à 24 mn souvent suivie d'une période de repos durant laquelle la respiration s'autorégulera afin de pallier le manque d'oxygène et de laisser l'animal s'approvisionner pour une éventuelle apnée suivante.

Le rythme des respirations pourrait être un réflexe conditionné à la naissance par la mère, lorsque, portant son rejeton sur le dos, elle lui inculque le rythme des respirations au gré des retours en surface.

Le lamantin se repose, immobile, yeux fermés, environ 6 à 10 heures par jour, par tranches de 2 heures.
Espèce frileuse, elle privilégie les eaux dont la température est supérieure à 20°C. Leur maigre réserve de graisse ainsi que leur métabolisme bas n'offrent pas aux lamantins un potentiel conséquent pour résister au froid.

Le lamantin est un des rares mammifères marins à ne pas posséder la capacité de nager vite. Sa vitesse de croisière est de 5 à 8 km/h. S'il peut accomplir parfois une pointe à 30 km/h, sur une distance maximale de 100 m, lors d'une poursuite par exemple, il ne peut toutefois pas maintenir longtemps cette allure.
Doté d'une agilité remarquable, ses déplacements sont assurés par des ondulations dorso-ventrales de la queue pour la propulsion. Mais celle-ci, totalement musculaire, assume également le rôle de gouvernail et de stabilisateur lors de phases de repos pour éviter les roulis. Les nageoires pectorales permettent les changements de cap ou bien servent de moyen de locomotion lorsque l'animal est sur le fond, afin d'éviter de trop remuer le substrat, ou pour se repousser vers la surface.

Cas particulier chez les mammifères, les lamantins n'ont que 6 vertèbres dans le cou contre 7 à tous les autres mammifères et 10 chez les paresseux.
Les lamantins ne possèdent pas de cordes vocales. La question des "lamentations" sonores, notamment entre le petit et la mère, reste donc pleinement posée. Il s'agit de petits cris aigus, de vagissements, de glapissements...

Informations complémentaires

Aux Caraïbes, l'espèce se divise en deux sous-espèces : le lamantin de Floride, Trichechus manatus latirostris (Harlan 1824) et le lamantin des Antilles, Trichechus manatus manatus (Linnaeus 1758). La subdivision est basée sur les comparaisons des caractéristiques ostéologiques, notamment crâniennes (constantes à 95% au moins pour chaque sous-espèce), faisant partie des travaux de recherches établis par [Domning et Hayek 1986].

Parce qu'elle fut la première espèce à avoir été suivie par satellite par le biais de balises Argos, de nombreux rapports ont pu être établis sur ses comportements : comportements alimentaires, migratoires, etc. Mais les relations sociales des lamantins n'ont pu être étudiées que par l'observation en milieu naturel ou artificiel avec pour moyen de repérage individuel, les cicatrices, à la suite de collisions avec les hélices de moteurs, que portent malheureusement presque tous les animaux dans les lieux où l'on peut les observer facilement.
Ainsi savons-nous que l'espèce est plutôt solitaire hormis le binôme composé de la mère et son petit ou bien les "troupeaux d'oestrus" (une femelle en chaleur suivie de près par plusieurs mâles). Les lamantins ne semblent pas avoir d'organisation sociale bien définie. Cependant des rassemblements peuvent se produire (10-15 individus max.) pour profiter de certaines conditions favorables comme l'abondance de ressources alimentaires ou encore les sources chaudes pendant l'hiver. Des contacts codifiés ont été observés comme des reniflements, des caresses mais aussi des vocalises. Mais la seule relation sociale pérenne est le duo mère-veau.
Une autre étude a démontré que les lamantins de sexe masculin se livraient à des comportements homosexuels à multiples partenaires (plus de deux partenaires) se caractérisant par des contacts naso-génitaux, ano-génitaux et génito-génitaux. L'hypothèse serait la détermination du futur mâle dominant parmi les mâles juvéniles.

Les balises Argos ont notamment précisé les migrations hivernales vers le sud à la recherche d'eaux plus chaudes ou bien fuyant les périodes de précipitations, fuyant l'augmentation de débit des rivières et fleuves.

Du fait que le lamantin pâture essentiellement dans des eaux peu profondes, les prédateurs sont quasi inexistants si ce n'est l'homme (chasse) et ses outils (filets, bateaux). On cite quelques attaques de requin en Amérique du Sud mais cela semble localisé. De nature paisible, voir naïf, le lamantin se laisse très facilement approcher par l'homme avec qui il rentre facilement en contact à la recherche de caresses.

Les causes de mortalités du lamantin hormis quelques pathologies et causes naturelles sont principalement anthropiques :
- Dégradation de l'habitat (pollution des eaux) dont les lamantins servent entre autres d'indicateurs de santé écologique générale pour l'écosystème qu'ils fréquentent.
- Blessures mortelles occasionnées par des collisions avec des bateaux ou bien lacérations graves et profondes causées par les hélices lorsque l'animal évolue près de la surface.

L'ouïe des lamantins semble bonne mais quelque peu altérée dans les basses fréquences, ce qui l'empêche d'entendre correctement les moteurs des bateaux qui arrivent doucement sur lui. Des universitaires de Floride ont travaillé sur une alarme bateau émettant des hautes fréquences spécifiques afin de prévenir les animaux de l'arrivée de bateaux. Lors des tests avec ce système, il a été effectivement constaté que 100% des lamantins déviaient de la trajectoire du bateau équipé d'une alarme contre à peine 3% sans ce dispositif.

Le lamantin fut longtemps consommé pour la grande qualité de sa viande, ainsi que pour ses vertus cicatrisantes et réputées combattre le scorbut. Un bon nombre d'autres utilisations (dont le cuir de sa peau, sa graisse…) ont amené l'espèce à disparaître de la Martinique mais aussi de la Guadeloupe où il était signalé depuis le début du XVIIe siècle. Son commerce était considéré comme une référence économique et souvent seule ressource pour la survie des flibustiers de l'époque.
Il a laissé comme seules traces de son passage en Martinique, son nom sur la rive nord-est de la Baie de Fort de France, à une ville (Le Lamentin) et une baie ; et en Guadeloupe, en Basse-Terre, à une ville, une rivière ainsi qu'une baie.

S'il est si difficile d'obtenir des photographies de lamantins des côtes françaises, c'est que l'espèce a donc disparu de Martinique et de Guadeloupe entre le XVIIIe et le XIXe siècle et qu'il est quasi impossible de dénombrer la population guyanaise, le terrain ne se prêtant pas à l'observation. L'espoir réside donc dans la réintroduction prochaine du lamantin en Guadeloupe, sur les rives du Grand Cul De Sac marin par le Parc National de la Guadeloupe et SITA Espérance. Cette action vise à consolider le statut de l'espèce et de rétablir un noyau de population en Guadeloupe afin qu'à long terme, se rétablissent des conditions de recolonisation progressive.

On retrouve une culture du folklore autour du lamantin dans les contes créoles, où l'image emblématique inspire la sympathie. Parmi les plus célèbres, sont à citer : le Compère Lamantin ainsi que Manman Dlo (sorte de sirène aux pouvoirs magiques). De même, le légendaire mythe de la sirène proviendrait du fait que la femelle lamantin allaite son veau en le positionnant d'une manière très humaine. La position ainsi que la forme de ses mamelles associées à la vue approximative due aux conditions maritimes, ont vite fait de porter la confusion dans les esprits des marins d'autrefois.
Les indiens d'Amazonie considèrent que le lamantin est une forme d'être humain envoûté. Ici, il est un danger pour les hommes, là il est empreint d'un pouvoir bénéfique. Le lamantin participe de la culture de toute une grande zone géographique.
Ainsi, la Voie lactée est appelée la Voie du Lamantin dans certaines régions…

Outre les lamantins et le dugong, l'ordre des siréniens comptait une autre espèce, la grande (8 m / 10 tonnes !) rhytine de Steller (Hydrodamalis gigas), dans les régions arctiques du Pacifique. Elle s'est éteinte au XVIIIe s., peu après qu'on l'eut découverte.

Réglementation

Depuis 1973, la loi des Etats-Unis sur les espèces menacées (Endangered Species Act) classe les lamantins antillais comme menacés tandis qu'ils sont répertoriés comme vulnérables et menacés d'extinction par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature et de ses ressources (UICN).

Trichechus manatus figure en Annexe I (les espèces animales et végétales les plus menacées) de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction).
La CITES interdit le commerce international de ces espèces de l'annexe I sauf lorsque l'importation n'est pas faite à des fins commerciales mais, par exemple, à des fins de recherche scientifique.

L'annexe II au Protocole SPAW (le protocole relatif à la protection des aires et des espèces sauvages spécialement protégées, qui est rattaché à la Convention pour la protection et la mise en valeur du milieu marin de la région des Caraïbes, aussi appelée Convention de Carthagène) inclut toutes les espèces de siréniens comme nécessitant une protection totale, en vertu de l'Article 11 qui interdit la capture, la possession, l'abattage et le commerce de ces espèces et des produits qui en sont dérivés.

De nombreux autres textes s'inquiètent et protègent le lamantin et/ou son habitat.
De par sa vulnérabilité et bien qu'il soit donc protégé partout, les mesures de protections du lamantin des Caraïbes semblent mal appliquées au vu de la population restante constatée.

Origine des noms

Origine du nom français

Lamantin : le cri de "lamentation" de l'animal, longtemps confondu par les marins avec les appels amoureux des sirènes, associé au mot espagnol manati, est à l'origine du mot lamenti (langage arawak insulaire)... qui deviendra lamantin.

Origine du nom scientifique

Trichechus : du grec [trichos] = poil ; et [ekho] = avoir. Ce mot fait référence aux vibrisses ainsi qu'aux soies que possède l'animal sur la tête.

manatus : manatee en anglais et manati en espagnol proviennent d'un mot caraïbe, manattoui, qui signifie "poitrine de femme, seins" en référence aux mamelles, présente chez les deux sexes.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Mammalia Mammifères Vertébrés possédant des poils et des glandes mammaires produisant du lait.
Sous-classe Theria Thériens La paroi latérale du crâne est constituée de deux os particuliers: l'alisphénoïde et le squamosal.
Super ordre Eutheria Euthériens Présence d'une dentition lactéale et d’un développement embryonnaire effectué entièrement dans l'utérus (mammifères placentaires).
Ordre Sirenia Siréniens Mammifères herbivores (vaches marines) strictement marins (dugongs) ou marins et d’eau douce (lamantins).
Famille Trichechidae Trichechidés Famille monogénérique et regroupant 3 espèces. Ce sont les lamantins.
Genre Trichechus
Espèce manatus

Nos partenaires