Gobie demi-lune

Proterorhinus semilunaris | (Heckel, 1837)

N° 3815

Europe et Amérique du Nord (eaux douces)

Clé d'identification

Poisson de fond
Deux nageoires dorsales sans tache noire
Deux narines tubulaires sur la lèvre supérieure
Couleur de brun rouge à gris foncé, marbrée de taches sombres, avec quatre ou cinq stries sombres
Longueur jusqu'à 12 cm

Noms

Autres noms communs français

Gobie à nez tubulaire

Noms communs internationaux

Tubenose goby, western tubenose goby (GB), Ghiozzo dalle narici a tubo occidentale (I), Marmorgrundel, Marmorierte Grundel (D), Marmergrondel (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Proterorhinus marmoratus (Pallas, 1814)
Gobius semilunaris Heckel, 1837

Dans le passé, tous les gobies de la mer Noire étaient regroupés au sein d'une seule espèce : Proterorhinus marmoratus. Récemment, P. marmoratus a été limité aux populations des zones marines et saumâtres de la mer Noire, et les populations d'eau douce ont été scindées suivant les différentes régions :

  • P. nasalis et P. semipellucidus pour les populations vivant dans la mer Caspienne et le bassin de la Volga ;
  • P. tataricus endémique* de plusieurs cours d'eau de la péninsule de Crimée ;
  • P. semilunaris pour les gobies des rivières et estuaires de la mer Noire, de la mer d'Azov et de la mer Égée ; c'est la seule espèce de gobie à nez tubulaire introduite dans plusieurs régions d'Europe centrale et occidentale, et en Amérique du Nord.

Distribution géographique

Europe et Amérique du Nord (eaux douces)

Zones DORIS : Eau douce d'Europe, Atlantique Nord-Ouest

Le gobie demi-lune est originaire des bassins du Danube, de la mer Noire et de l'est de la mer Égée. Il a remonté le Danube pour atteindre Vienne et ensuite, via le canal Rhin-­Main­-Danube, le sud de l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et le nord-est de la France (dans le Rhin).

Souvent transporté accidentellement dans l'eau des ballasts des navires, il a atteint les Grands Lacs en Amérique du Nord (en Ontario en 1991).

Biotope

Il habite les eaux dormantes ou à écoulement lent, habituellement dans la végétation ou dans des gros graviers, généralement à faible profondeur (moins de 5 mètres). On le trouve posé sur le substrat*. Il se déplace peu et préfère simplement se positionner sur le fond grâce à ses nageoires pelviennes.

P. semilunaris n'est présent qu'en eau douce, mais il est probable qu'il ait une tolérance élevée à l'eau saumâtre.

Description

Le gobie demi-lune est un poisson de fond avec deux nageoires dorsales. La première nageoire dorsale est plus petite que la deuxième. Les nageoires pelviennes sont soudées (en ventouse ou disque) afin de lui permettre de se fixer au substrat.

La tête est haute et courte, avec une bouche étroite qui n'atteint pas le bord antérieur de l'œil. La lèvre supérieure porte deux narines en forme de petits tubes d'environ 1 mm de longueur. L'œil est traversé d'une strie sombre bordée de blanc.

La livrée va du brun rouge au gris foncé, marbrée de taches sombres, avec quatre ou cinq stries sombres sur le dos et une à la base de la nageoire caudale. Les nageoires sont généralement rayées de pointillés bruns.

La taille varie de 4 à 9 cm (maximum de 12 cm).

Le gobie demi-lune n'est pas un bon nageur, il ne se déplace que sur de courtes distances.

Espèces ressemblantes

Neogobius melanostomus gobie à taches noires : il a une tache noire sur la première nageoire dorsale et préfère les substrats rocheux alors que le gobie demi-lune opte davantage pour les habitats avec une abondance de plantes aquatiques.

Cottus gobio chabot commun : sa tête plate et large représente 1/3 de la longueur du corps, il a une épine sur l'opercule.

Alimentation

Il se nourrit d'invertébrés benthiques*. Dans son aire géographique d'origine, il consomme principalement des Phytotendipes gripekoveni (une espèce de chironomidé - 40,2 %),des aselles (27,6 %) ainsi que des corises, des copépodes, des ceratopogonidés (insectes diptères se nourrissant de sang), des cladocères et des sangsues.

Contrairement au gobie à taches noires, il ne se nourrit pas de moules zébrées.

Reproduction - Multiplication

Le gobie demi-lune atteint la maturité sexuelle vers 1-2 ans. Il se reproduit pendant 1-2 saisons seulement, d'avril à août.

Au printemps, généralement en avril, les mâles délimitent un territoire de frai. Pour le nid, ils préfèrent une cavité où une ou plusieurs femelles viendront déposer leurs œufs. Les mâles comme les femelles utilisent des sons de basse fréquence (70-130 Hz) pour communiquer.

Le nombre d'œufs dépend de la taille de la femelle. Celle-ci peut pondre à plusieurs reprises et produire jusqu'à 2 500 œufs sur la saison de reproduction. Les mâles veillent sur leur développement.

Les larves* et les juvéniles sont benthiques.

L'espérance de vie est généralement de 3-4 ans (jusqu'à 5 ans).

Informations complémentaires

Espèce invasive

Transport : le gobie demi-lune n'est pas un bon nageur. La migration serait due à la canalisation des fleuves et des lacs ainsi qu'aux eaux à faible courant créées par les centrales hydroélectriques. Son expansion vers l'ouest de l'Europe aurait été facilitée par la création du canal Rhin-­Main­-Danube en 1992. Mais des moyens de transport "actifs" peuvent aussi expliquer sa rapide diffusion en Europe et en Amérique du nord :

  • les ballasts des navires pour atteindre l'Amérique du Nord en 1991 ;
  • son utilisation comme appât vivant pour la pêche dans le sud-est de la République Tchèque, pays dont les eaux s'écoulent vers trois mers différentes : la mer du Nord, la Baltique et la mer Noire..
Chronologie de son expansion :
  • Vienne en Autriche en 1970 ;
  • dans le cours supérieur du Danube en Bavière, en Allemagne en 1985 ;
  • dans le Main, un affluent du Rhin, en 1998 (via le canal Main-Danube qui a été approfondi en 1992) ;
  • Bonn en Allemagne en 2000 ;
  • Pays-Bas au printemps 2002 (dans le Geldersepoort) ;
  • à 4,5 km à l'aval du barrage hydroélectrique de Gambsheim en France en septembre 2007 ;
  • dans la Meuse en Wallonie en 2009 ;
  • en Flandre belge en 2010 (dans le canal Zuid-Willemsvaart, qui relie la Meuse près de Maastricht et sa partie brabançonne près de Bois-le-Duc).

Impacts : contrairement au gobie à taches noires, il ne semble pas avoir un impact notable sur les espèces indigènes*.

Origine des noms

Origine du nom scientifique

Proterorhinus : du grec [proteros] = antérieur, avant, passé et du grec [rhinos] = nez, en allusion aux narines tubuleuses de ce genre taxonomique ;
semilunaris : du latin [semi] = à demi, à moitié et du latin [lunaris] = lunaire.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Famille Gobiidae Gobiidés
Genre Proterorhinus
Espèce semilunaris

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