Pleurobranche de Forskal

Pleurobranchus forskalii | (Rüppell & Leuckart, 1831)

N° 1310

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge, Méditerranée orientale

Clé d'identification

Grande (20 cm) masse de forme ovale et molle, visqueuse au toucher
Manteau couvrant complètement le pied
Couleur lie-de-vin avec demi-cercles blanc opaque sur le dos ou claire avec demi-cercles noirs
Branchie cachée sous le manteau, collée au côté droit du pied
Deux rhinophores en forme de tube, passant sous l'avant du manteau

Noms

Noms communs internationaux

Forskal's pleurobranch (GB), Pleurobranco indiano (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Oscanius semperi Vayssière, 1897
Pleurobranchus perrieri Vayssière, 1897. La description de Vayssière ne mentionne que la version sombre.
Pleurobranchus semperi (Vayssière, 1896) a été décrite comme une espèce indépendante mais il semble qu'il s'agisse de la variation claire de P. forskalii.

On trouve parfois l'écriture Pleurobranchus forskali (avec un seul i). Elle n'est pas valide.

Distribution géographique

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge, Méditerranée orientale

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Pleurobranchus forskalii a une très large distribution dans tout l'Indo-Pacifique tropical. On le rencontre notamment et pour ce qui nous concerne prioritairement, à Mayotte et à La Réunion ainsi qu'en Nouvelle-Calédonie.
L'espèce est également présente en mer Rouge.
Pleurobranchus forskalii a été à quelques reprises (2 ?) signalé en Méditerranée orientale (Israël). On peut donc considérer l'espèce comme une espèce lessepsienne et cette distribution débutante est à surveiller.

Biotope

Espèce plutôt nocturne, le pleurobranche de Forskal vit là où se mêlent zones algales et rocailleuses, par exemple dans les lagons peu profonds ou la crête des récifs ainsi que sur des fonds sableux ou détritiques. Parfois, on le rencontre en petits groupes.

Description

C'est un des grands pleurobranches puisque Pleurobranchus forskalii affiche couramment une taille entre 10 à 20 centimètres et peut même atteindre 30 centimètres ! Il se présente comme une masse ovale et molle. L'animal est visqueux au toucher.
Le manteau cache complètement le pied. On peut souvent remarquer chez l'individu qui se déplace que la partie postérieure de ce manteau est relevée vers le haut en forme de siphon.

Le manteau des Pleurobranchidés est constitué de petits tubercules dont l'organisation est généralement propre à l'espèce. Ceux de P. forskalii sont peu éminents, distribués un peu chaotiquement en formant néanmoins de grandes plaques dorsales plus ou moins visibles. Quelques-unes de ces plaques sont parfois bordées de blanc ou noir.
En effet, il existe, d'un point de vue de la coloration générale, deux variations principales pour P. forskalii :

  • La première est brune à lie-de-vin, presque rouge. Certains individus ont quelques plaques de tubercules bordées sur l'extérieur d'un liseré blanc opaque, dessinant ainsi comme des demi-cercles. D'autres, plus rares, n'ont aucune marque visible et sont donc uniformément sombres.
  • L'autre variation est beige-jaune et ressemble à un négatif de la version sombre : les plaques de tubercules claires sont bordées de demi-cercles noirs. Parfois, une livrée intermédiaire fait apparaître à la fois les marques blanches et les marques noires.
Il faut soulever le manteau sur le côté droit pour observer la feuille branchiale accolée au pied.
A l'avant de l'animal, les deux tentacules (rhinophores*) sont en forme de tubes et passent généralement sous le rebord du manteau.

Espèces ressemblantes

  • Pleurobranchus grandis Pease, 1868.
    C'est un animal de forme et taille proches de P. forskalii. En déplacement, il montre également souvent l'extension en forme de siphon sur l'arrière du manteau. Mais la couleur et l'observation attentive de ce manteau permet de faire la différence. La couleur générale de P. grandis est souvent blanc cassé, beige clair, avec parfois de grosses taches marron à lie-de-vin. Ces taches, différentes d'un individu à l'autre, peuvent s'étendre et couvrir une grosse partie du manteau faisant apparaître l'animal presque marron. L'examen des tubercules du manteau permet d'observer une organisation très différente de P. foskalii puisqu'autour d'un tubercule central se distribuent d'autres tubercules plus petits, le motif étant parfois cerclé d'une ligne réticulée blanche. Enfin, contrairement à P. forskalii dont les rhinophores apparaissent sous l'avant du manteau, les rhinophores de P. grandis émergent entre les lobes repliés sur l'avant.
  • Pleurobranchus weberi (Bergh, 1905) est aussi un grand pleurobranche (18-20 cm), qui n'est pour l'heure connu que d'Indonésie et des Philippines. Il présente, entre autres, une couleur brune à lie-de-vin et c'est donc dans ces couleurs qu'il constitue une source de confusion avec P. forskalii. Mais les tubercules visibles sur le manteau sont organisés de manière différente que chez l'espèce qui nous intéresse. Cette espèce porte souvent sur le manteau des doubles cercles concentriques blancs que n'a pas P. forskalii. De plus, il ne semble pas que P. weberi montre la posture "en siphon" sur l'arrière de son corps lorsqu'il se déplace.
  • Pleurobranchus peroni Cuvier, 1804 est une espèce qui atteint 6 cm (plus petit que P. forskalii adulte, donc). Les tubercules sont simples et simplement organisés. L'animal peut se présenter sous diverses colorations allant du pourpre à l'orange, avec chez certains individus quelques tubercules entourés de sombre.
Les juvéniles des différentes espèces de pleurobranches se ressemblent plus encore que les adultes et sont parfois très difficiles à discriminer.



Malgré le peu de signalements, pour l'instant, de P. forskalii en Méditerranée, notons que l'on y trouve deux espèces de pleurobranches pouvant ressembler à cette espèce :

  • Pleurobranchus membranaceus (Montagu, 1803). Ne dépassant pas 12 cm, il est donc plus petite taille que P. forskalii. Brun rougeâtre avec des macules claires et des tubercules pointus, il n'a pas les motifs blancs ou noirs en arcs de cercles sur le dos. Le pied est très développé et lui sert à une sorte de natation "à l'envers", le dos vers le bas, le pied vers la surface...
  • Pleurobranchius testudinarius Cantraine, 1835. Méditerranéen, celui-ci n'est donc source de confusion que parce que P. forskalii a déjà été signalé en Méditerranée. La taille pouvant être proche de P. forskalii (20 cm), il montre néanmoins une forme un peu plus ronde que ce dernier. Il ne présente jamais "l'échappement en siphon arrière" du pleurobranche de Forskal. Dans les couleurs communes avec P. forskalii, il se distingue grâce aux tubercules du dos qui sont souvent proéminents, de forme polygonale, avec des éminences pyramidales ainsi que les lignes violettes alentour.

Alimentation

Hormis le fait que les Pleurobranchidés sont carnivores et peuvent se nourrir sur une palette de proies assez large (tuniciers, éponges, anémones mais sans doute aussi restes de poissons et même autres opisthobranches), on ne connaît pas avec exactitude le régime alimentaire de Pleurobranchus forskalii. Cette espèce se nourrit probablement de tuniciers coloniaux, de synascidies, peut-être d'ascidies solitaires. Mais des précisions ont besoin d'être apportées.

Reproduction - Multiplication

Les pleurobranches sont des animaux hermaphrodites, dont les organes génitaux mâles et femelles sont conjointement fonctionnels. Ceux-ci débouchent sur le côté droit du corps, juste devant la branchie costale.
Les partenaires vont devoir s'accoupler pour un échange réciproque des gamètes mâles. La fécondation est interne et chaque individu pourra ensuite pondre de son côté.
Les modalités spécifiques de la reproduction de P. forskalii ne sont pas connues avec certitude. La ponte pourrait être un large ruban, plat, blanc, disposé plus ou moins en spirale sur le substrat par une de ses tranches, le côté libre étant très ondulé. Le développement des larves n'est pas encore bien connu non plus.

Vie associée

Pleurobranchus forskalii est couramment observé portant la crevette commensale Periclimenes imperator, espèce connue pour enlever les parasites de certains animaux, opisthobranches et holothuries notamment.

Il semblerait que les tortues marines puissent manger le pleurobranche de Forskal ! On a en effet retrouvé dans l'estomac de certaines tortues des plaques de chitine, identifiées comme des pièces de mâchoires appartenant à Pleurobranchus forskalii.

Divers biologie

Le manteau de cette espèce, comme chez beaucoup de Notaspidés, sécrète un mucus avec une substance contenant de l'acide (sulfurique ?) assurant sa défense contre les prédateurs. En effet, en réponse à un stimulus de stress quelconque (compression ou abrasion de la peau), les glandes spécialisées exsudent une sécrétion laiteuse au pH inférieur à 3, parfois moins.

Parmi les Pleurobranchidés, certaines espèces possèdent une petite coquille interne et d'autre n'en ont pas. Concernant Pleurobranchus forskalii, il semble que l'adulte ne conserve pas de résidu de coquille interne. Mais la question se pose encore pour les juvéniles et les très petits individus.

La branchie unique est collée au pied, complètement dissimulée sous le manteau, sur le côté droit. Elle est l'organe de la respiration.

Les rhinophores, organes des sens présents chez la plupart des opisthobranches, sont des chémorécepteurs (sensibles aux molécules chimiques présentes dans l'eau) qui permettent à l'animal d'appréhender son milieu sous cet aspect sensoriel. Ils donnent également des indications sur le courant et autres paramètres.

Informations complémentaires

Il est possible, mais ça n'est pas tranché, que l'espèce puisse se "déplacer" en pleine eau (nager semble un bien grand mot et les rares descriptions n'ont pas de commune mesure avec le déplacement gracieux de la danseuse espagnole !). A moins que les animaux décrits aient été embarqués dans le courant... Le genre Pleurobranchaea sait "nager", le genre Pleurobranchus sait-il le faire ?

Origine des noms

Origine du nom français

Pleurobranche de Forskal : traduction littérale du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Pleurobranchus : du grec [pleuro] = sur le côté, flanc ; et [branchus] = branchie. C'est donc un animal ayant une branchie sur le côté.

forskalii : espèce dédiée à Peter Forskål (ou Pehr Forsskål. On trouve aussi Forskaal) (1732-1763), naturaliste, orientaliste et voyageur finno-suédois qui, entre autres choses, décrivit les espèces animales et végétales des régions méditerranéennes orientales (Egypte, Yémen...). Ancien élève de Linné.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Notaspidea / Pleurobranchomorpha Notaspides / Pleurobranchomorphes Coquille en coupelle plate, cachée ou absente. Cavité palléale représentée par une gouttière située sur le coté droit avec une branchie pourvue d’une double rangée de lamelles. Pas de lobes pédieux. Rhinophores enroulés. Tous marins.
Famille Pleurobranchidae Pleurobranchidés Manteau recouvrant le pied et la branchie latérale. Rhinophores canaliculés, voile buccal aux extrémités parfois enroulées. Coquille toujours interne.
Genre Pleurobranchus
Espèce forskalii

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