Parasmittine de Rouville

Parasmittina rouvillei | (Calvet, 1902)

N° 1572

Méditerranée

Clé d'identification

Bryozoaire encroûtant
Plaque épaisse de quelques millimètres
Coloration beige orangé, mat
Aspect de surface rugueux et très irrégulier
Contour irrégulier, souvent anguleux
Duvet de lophophores très discret

Noms

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Smittia rouvillei Calvet, 1902
Smittina rouvillei Canu & Bassler, 1930
? Smittina porosa Canu & Bassler, 1930
Smittina tropica Waters, 1909 est une espèce de mer Rouge et de l'océan Indien et absente de Méditerranée. Zabala & Maluquer utilise le nom de Parasmittina tropica (Waters, 1909), synonyme considéré comme non valide aujourd'hui.

Distribution géographique

Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Il s'agit d'une espèce endémique* de la Méditerranée où elle semble présente sur l'ensemble des côtes. Elle est commune sur le littoral français.

Biotope

D'affinité modérément sciaphile*, ce bryozoaire encroûtant est rencontré sur les parois verticales et les surplombs de la roche et du coralligène* ainsi qu'au pied des posidonies dans les zones bien balayées par les courants marins. Il est présent depuis les premiers mètres et jusqu'à 40 mètres de profondeur environ.

Description

Parasmittina rouvillei forme des colonies encroûtantes de teinte beige orangé plus ou moins clair, bien calcifiées. La taille des colonies est habituellement de 5 à 10 cm de diamètre, leur contour très irrégulier, souvent anguleux. Plusieurs colonies limitrophes peuvent couvrir de grandes surfaces verticales. L'aspect de surface est granuleux, mat et très irrégulièrement bosselé ou strié. Unilamellaires à la marge, les croûtes sont sur leur plus grande surface constituées par un empilement irrégulier et anarchique de plusieurs couches de zoïdes* (plurilamellaire) donnant une épaisseur de quelques millimètres aux colonies.
Les lophophores* de ce bryozoaire sont très discrets, petits, de couleur jaune clair, en forme de cloche, ils portent de 12 à 15 fins tentacules*. Déployés, ils forment un fin duvet translucide à la surface des colonies.

Voir la description microscopique dans la partie "Divers biologie".

Espèces ressemblantes

Paramittina rouvillei fait partie des espèces difficiles à identifier, à moins de se servir d'une bonne loupe et d'avoir de bonnes figures de référence pour l'aspect des zoïdes. Nombre d'espèces de bryozoaires se présentent sous la forme de plaques encroûtantes de couleur jaune à orangée, en particulier les Schizomavella spp.. Sur les faces verticales des gros blocs (face est ou ouest de l'îlot de la Gabinière à Port Cros, par exemple), Parasmittina rouvillei voisine avec un Schizomavella sp., d'un jaune un peu différent.

D'autres espèces ressemblantes fréquentent les mêmes zones :

- Schizomavella mamillata forme des plaques encroûtantes similaires mais généralement de couleur tirant plus vers l'orange, plus régulièrement bosselées, un peu plus épaisses et à la surface plus régulièrement grenue. Méditerranée.

- Schizomavella monoecencis forme de fines plaques orangées légèrement fluorescentes. Méditerranée et Atlantique Nord-Est limitrophe.

La cellépore pierreuse orange Cellepora pumicosa forme aussi des croûtes orange, mais celles-ci sont nettement plus épaisses, souvent en coupole, de plus l'aspect de surface rugueux est plus régulièrement bosselé. Méditerranée mais aussi Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord.

Schizobrachiella sanguinea forme des lames plates (croûtes) ou érigées (cornets) de coloration marron rougeâtre à orange foncé avec des bandes plus claires en périphérie (pas toujours). Ses lophophores sont rouge sang. Méditerranée, Atlantique Nord-Est et Manche.

Hors zone de distribution, dans le nord de l'Europe (mer du Nord et Manche), une espèce très proche prend le relais, Parasmittina trispinosa, dont l'aspect de surface est moins irrégulier sans être parfaitement lisse.

Alimentation

Comme les autres bryozoaires, Parasmittina rouvillei filtre activement l'eau de mer afin d'y puiser les particules nutritives et l'oxygène dont elle a besoin pour vivre.
Les autozoïdes* possèdent une couronne de tentacules ciliés*, le lophophore, qui crée un courant d'eau dirigé vers la bouche.
Ces tentacules ciliés, recouverts de mucus, piègent les particules nutritives, micro-organismes planctoniques* et particules organiques, qui sont ensuite amenés jusqu'à la bouche.
Les déchets sont éliminés par l'anus qui débouche à l'extérieur du lophophore.

Reproduction - Multiplication

Comme tous les bryozoaires, cette espèce est capable de se reproduire de manière sexuée. Les œufs fécondés sont incubés dans un zoïde modifié appelé ovicelle*, ils seront libérés sous forme de larves. La larve nageuse va ensuite se fixer pour bourgeonner une nouvelle colonie par multiplication asexuée.
La multiplication asexuée peut aussi se faire à partir d'un fragment cassé ou d'un clivage de la colonie.
Les embryons sont orangés et visibles dans les ovicelles quasiment toute l'année.

Vie associée

Ce bryozoaire est le plus souvent très propre, exempt d'épibiontes macroscopiques.

Divers biologie

Description de la famille des Smittinidés (Smittinidae) Levinsen, 1909 :
Les Bryozoaires de cette famille présentent les caractères suivants :
- une paroi frontale (avant de la logette) portant des perforations régulières ou seulement périphériques ;
- un orifice primaire ou aperture* avec une petite dent proximale et médiane en forme de lyre (lyrula*) et/ou une paire de petites dents symétriques (condyles*) ;
- autour de cet orifice, une zone appelée péristome*, formant comme un petit tube avec ou sans épines ;
- des ovicelles* (poches incubatrices) proéminentes, perforées ou non et non recouvertes par l'opercule* ;
- zoïdes* séparés par des cloisons (septula*) entières ou perforées ;
- pas systématiquement présents, des aviculaires * en position suborale ou autour de l'orifice.

Description microscopique de Parasmittina rouvillei :
- Colonie encroûtante uni- ou plurilamellaire, bien calcifiée.
- Les autozoïdes polygonaux de tailles et de positions très variables, inorganisés les uns par rapport aux autres et séparés par des sutures* peu distinctes. Taille des autozoïdes : 0,5-0,9 x 0,3-0,5 mm.
- Paroi frontale légèrement convexe, granuleuse, bordée par un rang de larges pores (18-30), perforée de petits pores irréguliers (en position et en nombre) au centre.
- Ouverture secondaire allongée, piriforme. Ouverture (aperture*) primaire circulaire, péristome plus ou moins élevé, échancré, lyrula* (lyrule) étroite. Condyles* (cardelles) assez forts, au bord émoussé (minuscules denticules*) caractéristique et dirigés vers le fond de l'aperture.
- Le plus souvent non visibles sur les autozoïdes, 2-3 épines (ou tout au moins leur base d'insertion au MEB) peuvent être observées en distal (terminal) de l'ouverture (entre l'ouverture et l'ovicelle, cette zone est nommée l'anter).
- Aviculaires de formes et dimensions diverses présent sur tous les autozoïdes (6 au maximum observés par zoïde). Trois types d'aviculaires ; (1) de taille moyenne à grande, en position proximo-latéral par rapport au péristome et dirigé en proximal, plus ou moins spatulé ; (2) de petite taille, de forme similaire au type 1, emplacement sur la paroi frontal et orientation variable ; (3) de taille petite à moyenne, latéral au péristome et dirigé derrière ou latéralement, forme triangulaire.
- Ovicelle proéminente, globuleuse, criblée de très nombreux pores minuscules pour la portion distale et granuleuse et imperforée pour la portion proximale.

Informations complémentaires

Le genre Parasmittina est très largement représenté dans toutes les mers du globe, plus d'une centaine d'espèces actuelles et plusieurs dizaines d'espèces fossiles sont dénombrées.

Origine des noms

Origine du nom français

Parasmittine de Rouville est une traduction du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Parasmittina : du grec [para] préfixe signifiant à côté de ou qui ressemble à et de smittina qui provient du nom du professeur Fredrik (Frits) Adam Smitt (1839-1904), un illustre bryozoologiste et ichtyologiste suédois. Il a travaillé au Muséum d'histoire naturelle suédois de Stockholm. Son nom a été utilisé sous plusieurs déclinaisons (espèce, genre, famille), toujours pour le groupe des bryozoaires : Smittina, smitti, Smittoidea, Parasmittina ...
Donc "ressemble au genre Smittina".

rouvillei : ? peut-être en l'honneur d'un certain E. de Rouville contemporain et collègue de l'auteur de la description L. Calvet.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Bryozoa / Ectoprocta Bryozoaires / Ectoproctes Petits animaux coloniaux filtreurs aquatiques fixés à un substrat. Tous les zoïdes sont en continuité physique et issus de bourgeonnement à partir d’un individu unique. Chaque zoïde porte un lophophore rétractile et est abrité dans une logette.
Classe Gymnolaemata Gymnolèmes Colonies polymorphes. Les zoïdes sont cylindriques ou aplatis, les lophophores circulaires. Les parois peuvent être calcifiées ou non. Presque tous marins.
Ordre Cheilostomatida Cheilostomes Bryozoaires calcifiés, zoïdes* en forme de boîte obturée par un opercule à charnière. Gymnolèmes les plus nombreux et les plus diversifiés des régions littorales, souples à rigides. Groupe au polymorphisme marqué où l’on trouve des individus différenciés (aviculaires, vibraculaires, ovicelles globuleux…).
Sous-ordre Neocheilostomatina/Ascophora Ascophores Paroi frontale calcifiée sous laquelle un sac flexible invaginé s'ouvre sur l’extérieur par un pore médian situé derrière le péristome et nommé ascopore.
Famille Smittinidae Smittinidés Zoïdes très calcifiés, colonies encroûtantes ou arbustives, 25 genres environ.
Genre Parasmittina
Espèce rouvillei

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