Triton de Naples

Monoplex parthenopeus | (Salis Marschlins, 1793)

N° 2520

Cosmopolite des eaux chaudes et tempérées

Clé d'identification

Coquille à l'allure robuste, en forme de fuseau, brune
Corps blanc crème parsemé de taches brunes arrondies
Chez les individus vivants, présence d'un périostracum épais donnant un aspect chevelu à la coquille

Noms

Autres noms communs français

Monoplex de Naples, triton velu

Noms communs internationaux

Giant triton, hairy trumpet, neapolitan triton, hairy whelk

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Murex parthenopeus Salis Marchlins, 1793
Murex costatus
Born, 1778
Cymatium parthenopeum (Salis, 1793)
Monoplex australasiae Perry, 1811
Triton succinctum Lamarck, 1816
Ranella pyramidata Risso, 1826
Murex costulatus Risso, 1826
Triton americanum d'Orbigy 1842
Triton brasilianum Gould, 1849
Triton abbreviatum Bellardi in d'Ancona, 1872
Triton acclivis Hutton 1873
Cymatium turtoni Smith E.A., 1890
Dissentoma prima Pilsbry, 1945
Cymatium echo Kuroda & Habe in Kira, 1961

Distribution géographique

Cosmopolite des eaux chaudes et tempérées

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique, Caraïbes

Cette espèce est présente dans toutes les eaux tempérées et subtropicales du globe. Sa présence est avérée en Métropole, Guyane, Guadeloupe, et Nouvelle-Calédonie.

Biotope

L'espèce se rencontre sur tous types de fonds, rocheux ou sableux, depuis la zone intertidale* jusqu'à 150 m.

Description

Coquille massive, de couleur brune, à bords larges, épais, pouvant atteindre une taille de 180 mm. Les tours sont peu étagés et anguleux, avec de fines stries longitudinales. Les côtes sont noduleuses. Les nodulosités sont plus particulièrement marquées sur le dernier tour. La coquille présente un pli en net relief, parfois décoloré. Le canal siphonal* est plus court que la longueur de l'ouverture. La columelle* est fortement plissée. Le labre* est denté et présente une alternance de bandes claires et sombres, les dents, claires, ressortant clairement sur le fond sombre.
La coquille est couverte d'un périostracum* épais, brun, assez long, présentant de nombreuses excroissances bien ordonnées, dont la longueur peut atteindre 2 cm, lui donnant une allure très particulière. Le périostracum peut progressivement disparaître.

L'espèce présente une variabilité morphologique importante (qui se devine, sans plonger, au nombre de synonymes). Ainsi, les coquilles rencontrées aux Canaries sur fonds sableux sont particulièrement allongées et ne sont pas recouvertes du périostracum particulier typique de l'espèce. Les espèces rencontrées à proximité mais vivant sur fond rocheux ont une forme normale et sont complètement recouvertes par le périostracum.

La forme initialement associée à Monoplex australasiae est assez radicalement différente. L'intérieur du labre est totalement blanc.

Le corps de l'animal présente une magnifique couleur (blanc crème parsemé de grosses taches arrondies sombres rapprochées, souvent brunes mais tirant parfois sur le bleu sous éclairage, et dotées d'une fine bordure plus sombre). Il est protégé par un opercule* lorsqu'il est replié dans la coquille.

Espèces ressemblantes

Monoplex corrugatus (Lamarck, 1816) présente la même forme globale, bien que sa taille maximale soit beaucoup plus faible (environ 100 mm). Sur les animaux vivants, le périostracum donne à la coquille un aspect velouté, mais jamais chevelu comme chez Monoplex parthenopeus (beaucoup d'identifications erronées circulent sur le net !).
Chez Monoplex corrugatus, le canal siphonal est plus long que l'ouverture. Ce critère n'est hélas pas toujours évident à vérifier, selon les individus.

Alimentation

Cette espèce se nourrit principalement de bivalves, de gastéropodes et d’échinodermes. Comme les autres Ranellidés, il s’agit d’un prédateur aux mœurs plutôt nocturnes. La prédation sur bivalve a pu être observée : le gastéropode maintient ouvertes les deux valves de sa proie à l’aide de son pied* puis introduit son proboscis*. Les glandes salivaires de Monoplex parthenopeus sécrètent, comme la plupart des Ranellidés, plusieurs toxines, notamment hémolytiques*, qui ont fait l’objet d’études détaillées. L’une de ces toxines, baptisée échotoxine B2 (car étudiée sur Monoplex echo, une des sous-espèces de Monoplex parthenopeus) pourrait dériver, probablement via un ancêtre commun, de l’actinoporine, toxine bien connue des actiniaires. La salive de ces espèces contient de l’acide sulfurique, des agents chélatants, une toxine paralysante ainsi que des enzymes digestives et du mucus.
L’espèce peut être problématique lorsqu’elle fréquente les parcs à huîtres, ou dans les élevages de tridacnes (bénitiers), où elle peut causer des dégâts importants (Australie, Venezuela – voir Villaroel et al. par exemple).

La présence d’individus de Monoplex parthenopeus a pu être observée à quelques reprises à l’intérieur même de coquilles de bivalves [Crassostrea rhizophorae (Guilding, 1828), Crassostrea gigas (Thunberg, 1793), Pinna bicolor (Gmelin, 1791), Pinna muricata (Linnaeus, 1758), Atrina vexillum (Born, 1778), Pecten novaezelandiae Reeve, 1852]. Le gastéropode se nourrit alors en consommant le bord du manteau* de sa proie, totalement accessible. Les coquilles rencontrées dans ces conditions étant relativement fines (selon Beu & Zibrowius il s’agit surtout des protoconques* et de coquilles de petite taille) par rapport aux individus couramment rencontrés, on suppose que l’introduction dans le bivalve se fait au stade larvaire*. Les Monoplex sont les seuls gastéropodes prédateurs connus à ce jour capables de ce comportement (les autres gastéropodes prédateurs de mollusques restent à l’extérieur de leur proie). On suppose que ceci est dû à deux facteurs, probablement conjugués : d’une part les propriétés acides et paralysantes de la salive de ces espèces (qui insensibilise donc la proie vis-à-vis de la présence de son prédateur) et d’autre part la présence de l’épais périostracum, qui protège la coquille du prédateur des effets de sa propre salive.

Reproduction - Multiplication

La fécondation est interne. Selon Couto 1998, en captivité, la copulation est précédée d'un comportement agressif entre les mâles. Une fois fécondée, la femelle pond pendant 4 à 6 jours des œufs dans une capsule en forme de coupe. L'incubation dure 16 à 18 jours pendant lesquels les femelles restent à proximité. La capsule perdure longtemps après l'éclosion (voir le lien vers le site australien Seafriends pour avoir une photographie de capsule vide). Les larves véligères* sont dites téléplaniques*, car capables de rester sous cette forme pendant une longue durée. Le cycle larvaire dure 175 jours, mais la larve peut retarder la métamorphose. Des durées de vie planctonique de près de 300 jours ont ainsi pu être observées en milieu naturel. Ceci assure à l'espèce une large capacité de diffusion dans l'ensemble des eaux marines, les larves véligères profitant des courants marins pour être transportées à de très grandes distances (parfois plus de 4000 km) du lieu de ponte. Pendant un temps considéré comme un record de longévité larvaire, d'autres espèces sont désormais connues pour des survies en stade larvaire beaucoup plus longues.

Vie associée

Voir rubrique alimentation.

Informations complémentaires

Cette espèce, comme beaucoup d'autres gastéropodes, est sensible au phénomène d'imposex* (apparition de caractères mâles chez des individus femelles), induit par certains polluants organiques comme les tributylétain (TBT). Costa et al. ont démontré que Monoplex parthenopeus pourrait être utilisé comme bioindicateur de ce type de pollution. Contrairement à d'autres espèces de gastéropodes, les femelles imposexées ne présentaient pas de signe de stérilité. Ceci conduit, de fait, Monoplex parthenopeus a être moins sensible à la pollution par les tributylétain que d'autres gastéropodes.

Une étude récente (Cunha et al.) réalisée à partir de l'intégralité du génome mitochondrial de plusieurs espèces de Néogastéropodes et de quelques espèces voisines, dont Monoplex parthenopeus, a montré que le groupe des Néogastéropodes n'était pas monophylétique, car notre Ranellidé, appartenant aux Mésogastéropodes (clade Littorinimorpha), vient s'insérer dans l'arbre cladistique présentant le maximum de vraisemblance. Il est donc très probable, si ce n'est certain, que la classification de cette famille sera amenée à évoluer dans les années à venir.

Du fait de son activité prédatrice dans les parcs à huîtres cette espèce est considérée dans certaines régions comme nuisible.

Origine des noms

Origine du nom français

Les noms suivants sont proposés par le site DORIS.
Triton de Naples, monoplex de Naples : traduction du nom scientifique d'espèce.
Triton velu ou monoplex velu : en référence à l'aspect du périostracum.

Origine du nom scientifique

Le genre Monoplex a été décrit en 1810 par George Perry, selon des modalités très particulières puisqu'aucune espèce de ce genre n'a été décrite à cette occasion (le type est donc rattaché à la première espèce du genre décrite plus tard, en 1811, également par Perry, Monoplex australasiae, synonyme de Monoplex parthenopeus). Perry a ainsi décrit plusieurs genres désignés en fonction du nombre de plis présents sur les tours de la coquille : Monoplex pour les coquilles ne présentant qu'un pli, Biplex pour celles présentant deux plis, Triplex pour celles présentant trois plis, Hexaplex pour celles présentant six plis, et enfin Polyplex pour celles présentant plus de six plis.

Monoplex
: du préfixe grec [monos] = seul et du suffixe latin [plex] = forme passée du verbe [plicare] = plier.
Le nom de l'espèce, parthenopeus, provient de Parthénope (Παρθενόπης), l'une des sirènes, éprise d'Ulysse, dont le temple se situait dans l'actuelle ville de Naples. Carl Ulysses von Salis-Marschlins a proposé ce nom car le coquillage qu'il décrivait avait été pêché au large de Naples (Parthenope = nom latin de la ville de Naples). Après qu'Ulysse leur eut échappé, les sirènes dont Parthenope se jetèrent à la mer. Son corps fut rejeté à l'endroit de la ville de Naples.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Caenogastropoda Caenogastropodes
Ordre Littorinimorpha Littorinimorphes
Famille Ranellidae Ranellidés

Coquille de forme et de taille variables, de 15 à quelques 500 mm de haut. ouverture ovale, canal siphonal plus ou moins long, mais bien formé. Forte sculpture spiralée, tuberculée, avec de grosses varices. Périostracum souvent épais, garni de soies. Ouverture fermée en haut (pas de sinus anal comme chez les Bursidés). Labre épais, dentelé intérieurement. Callosité columellaire plissée. Lindner 2011:90.

Genre Monoplex
Espèce parthenopeus

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