Poisson-lune

Mola mola | (Linnaeus, 1758)

N° 344

Cosmopolite des mers tropicales à tempérées

Clé d'identification

Corps discoïde de taille importante (50 à 300 cm)
Nageoires dorsale et anale, de bonne taille, triangulaires, reculées et opposées
Absence de queue, remplacée par une simple frange
Occurrence surface
Pélagique du grand large (rarement près des côtes)

Noms

Autres noms communs français

Môle commune, môle

Noms communs internationaux

Sunfish, ocean sunfish, headfish, moonfish (GB), Pesce luna (I), Mola, pez luna (E), Mondfisch, Schwimmender kopf (D), Maanvis, Klompvis (NL), Peixe lua (P)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Tetraodon mola
Orthagoriscus mola

Distribution géographique

Cosmopolite des mers tropicales à tempérées

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique, Caraïbes, Atlantique Nord-Ouest

La môle est présente dans toutes les mers tropicales, subtropicales et tempérées.
Pour l'Europe, elle est présente en Méditerranée, ainsi qu'en Atlantique jusqu'à la Scandinavie où le Gulf Stream la ramène parfois.
Dans l'Atlantique Ouest, les observations vont du Canada (Newfoundland), au golfe du Saint-Laurent en été à l'Argentine.
Dans le Pacifique, elle est aussi rencontrée en Asie, Australie et Amérique (mais aucune observation connue en Nouvelle-Calédonie).
Son peuplement en faible densité n'empêche pas certains rassemblements dans certaines zones bien précises, par exemple en hiver au large des côtes catalanes (falaises d'Escala).

Biotope

Tout pélagique qu’il soit, on peut l’observer près des côtes sous l’eau, vertical en nage lente, la nageoire dorsale émergée près de la surface tel un aileron de requin, ou couché sur le flanc affleurant la surface se laissant porter par les courants. Il est généralement admis qu’il reconstitue alors ses réserves thermiques en se faisant « dorer au soleil » ce qui lui vaut le nom de sunfish dans les pays anglo-saxons. Il peut sonder jusqu'à plus de 400 m de fond (filmé à 480 m en 2005).

Description

Le poisson-lune est le plus grand représentant des poissons osseux, même si son squelette est incomplètement calcifié, il peut atteindre 3 m de longueur pour quelques tonnes. Il est généralement plus petit (55 à 100 cm) et c’est par sa silhouette particulière qu’on remarquera ce singulier poisson.



Ce poisson de corps quasi circulaire, comprimé latéralement forme un disque ovoïde caractéristique. Très apparentes, les deux nageoires dorsale et anale, triangulaires, reculées et opposées (placées en vis-à-vis du disque corporel), lui servent de rames verticales synchrones. On compte de quinze à dix-huit rayons mous dorsaux et de quatorze à dix-sept rayons mous pour la nageoire anale. Le corps est plus allongé chez les jeunes adultes où la longueur fait environ 1,5 fois la hauteur, le corps ne devient quasi circulaire que chez les individus âgés.



A tous âges, la hauteur, nageoires dorsale et anale comprises, est supérieure à la longueur chez ce poisson-lune.
Une frange fait office de nageoire caudale. Chez Mola mola on peut noter l’absence de cellules de Mauthner (au niveau du nerf crânien VII) dont l’activité joue un rôle important dans la locomotion. Sa région caudale réduite lui confère une nage lente, même s'il est capable de démarrage soudain grâce à une grande amplitude de courbure corporelle. Les nageoires pectorales sont petites, rondes et peu visibles sous l’eau et les pelviennes absentes ce qui lui vaut parfois la qualification de apode.



Les ouvertures branchiales petites, en pores, sont situées en avant de la base des nageoires pectorales.
Le Mola mola appartient à l’ordre des tétraodontiformes car ses dents et les mâchoires sont soudées en un bec formé de deux lames dentaires. Plus en arrière dans la gorge il possède des arcs de dents griffues sur plusieurs rangées. Sa bouche est de petite taille et peu fendue.



En ce qui concerne les téguments, les Molidés ne possèdent, en apparence, pas d’écailles (elles existent, mais sont très petites et non imbriquées). Le derme est épais, rugueux, parsemé de petits tubercules et recouvert d’un mucus abondant. Sa coloration est dans les tons gris bleuté, et gris-blanc ou marron clair plus ou moins marbré, les nageoires plus foncées, le ventre plus clair. Il présente parfois des taches claires.
Il ne possède pas de vessie natatoire malgré des déplacements en profondeur importants.

Espèces ressemblantes

On ne connaît que trois (quatre avec le rarissime Mola ramsayi) espèces de molidés dans le monde, dont deux sont présentes en Méditerranée (Mola mola et Ranzania laevis) :



- Ranzania laevis : beaucoup plus petit (taille 80 cm), corps plus allongé (deux fois plus long que haut), caudale jaune, peau assez lisse et lignes argentées sur la tête. Espèce souvent grégaire présente en Méditerranée et en Atlantique tropical jusqu'aux îles Britanniques.



- Masturus lanceolatus : semblable au poisson-lune commun, ce proche cousin taché de gros points argentés en diffère par une pointe au centre de la queue tronquée et sa distribution est limitée à l'Atlantique tropical jusqu'aux Açores et Madère.



- Mola ramsayi : semblable au poisson-lune commun (3 m maximum), distribution incertaine, probablement présent dans les eaux tempérées et tropicales de l'hémisphère sud. Très rare.

Alimentation

La nourriture du Mola mola est variée et témoigne de sa présence aussi bien en surface que dans les eaux profondes. Ses proies les plus communes sont les méduses, les cténophores, les salpes, les calmars, les crustacés, les éponges et le zooplancton essentiellement constitué de larves, ainsi que de petits poissons : la taille de sa bouche étant petite comparée à celle de son corps. Un grand nombre de larves d'anguilles est souvent présent dans son estomac.

Reproduction - Multiplication

C’est l’une des espèces les plus fécondes des Téléostéens, la femelle pond 300 millions d’ovocytes chaque année pour un peuplement de faible densité. Leur nombre est en raison inverse de leur taille puisque les œufs n’ont un diamètre que de 0,2 mm.



Les larves se développent en deux phases : d’une forme commune, elles perdent brusquement leur région caudale et se couvrent de fortes épines qui servent à la fois à les soutenir et les protéger. Après quelques temps de vie pélagique, les épines tombent et le bourrelet caudal ou frange se reforme. Le petit poisson lune est alors semblable à l’adulte mais ne mesure que 2 cm.



Les jeunes adultes se regroupent souvent en larges bancs puis deviennent solitaires avec l'âge.

Vie associée

L’épais derme de Mola mola est recouvert d’un mucus abondant et abrite une quantité importante de parasites. Aussi bien internes qu’externes, un seul poisson peut abriter une quarantaine d’espèces de parasites. Il semblerait que les plongées à grandes profondeurs (jusqu'à plus de 400 m) qu’il effectue lui permettent de se débarrasser d’une partie de ses hôtes ; il est aussi aidé en cela par de petits poissons (crénilabres à queue noire, sars) qui lui « grignotent » l’extérieur. Pour accéder à ces stations de nettoyage, ce poisson du grand large vient donc occasionnellement à la côte.

Divers biologie

Mola mola est inoffensif et connaît peu de prédateurs. Les juvéniles sont des proies faciles pour les requins et les lions de mer (ces derniers peuvent pratiquer l'ablation de la nageoire dorsale pour conserver une proie vivante à portée de dents).



Son approche en plongée n'est pas facile, il s'éloigne dès que l'on s'en approche, sauf dans de rares cas, où, on ne sait pas pourquoi (phase de déparasitage?), il se laisse accompagner quelques minutes. On aura la chance de le rencontrer en plongée principalement dans la zone des 30/40 mètres près de gros reliefs isolés au large : épaves (ex. : Donator à Porquerolles), tombants ou secs éloignés de la côte. Mais c'est du bateau de plongée et en scrutant la surface que vous aurez le plus de chance de l'observer.



Nageoire dorsale avec quinze à dix-huit rayons mous, anale avec quatorze à dix-sept rayons mous.

Informations complémentaires

En Asie ce poisson essentiellement aqueux est une délicatesse. A Taiwan, le prix d’un unique Mola mola peut atteindre 600 $.
En Europe il n'est commercialisé (frais) qu'à Chypre et rejeté partout ailleurs.

Origine des noms

Origine du nom français

Poisson-lune : sa forme ronde suggère celle de la pleine lune.
Môle : nom féminin, autre nom commun du poisson-lune, du grec [mola] = meule.

Origine du nom scientifique

Mola : du grec [mola] = meule de moulin.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Tetraodontiformes Tétraodontiformes Groupe hétérogène mais absence d'écailles imbriquées, ouvertures branchiales réduites, bouche très peu fendue, pelviennes anormales ou absentes.
Sous-ordre Tetraodontoidei Tétraodontoïdes Mâchoires et dents transformées en "bec de perroquet".
Famille Molidae Molidés Pédoncule caudal inexistant, caudale atrophiée et réduite à une frange, surface ventrale du corps non extensible.
Genre Mola
Espèce mola

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