Holothurie-panthère

Holothuria pardalis | Selenka, 1867

N° 2721

Mer Rouge, océan Indien et zones tropicales du Pacifique

Clé d'identification

Holothurie de taille petite à moyenne (moyenne 12 cm, maximum 25 cm)
Corps cylindrique s'affinant aux deux extrémités
Deux séries longitudinales (généralement 5 à 10 paires) de taches brun foncé suivant les radius du bivium
Trivium blanc jaunâtre à jaune
Organe de Cuvier absent

Noms

Autres noms communs français

Holothurie-léopard (mais ce nom désigne également Bohadschia argus)

Noms communs internationaux

Leopard sea cucumber (GB), Bantunan (Indonésie), Bat (Malaisie)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Lessonothuria pardalis (Selenka 1867)
Holothuria peregrina Ludwig, 1875
Holothuria tenuicornis Helfer, 1913

Le nom Holothuria (Lessonothuria) pardalis, indiquant le sous-genre, est également une appellation pleinement valide.

Distribution géographique

Mer Rouge, océan Indien et zones tropicales du Pacifique

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Outre la mer Rouge, la distribution de l'espèce englobe l'océan Indien, depuis les côtes orientales de l'Afrique (de Djibouti à l'Afrique du Sud) à l'Australie, en passant par Madagascar, les Mascareignes, le golfe Persique, les Maldives, l'Inde et toute la côte du sud-est asiatique. Dans l'océan Pacifique, on la trouve de la Chine aux côtes occidentales du Mexique jusqu'à l'Equateur, en passant par l'Indonésie, les Philippines et toutes les îles du Pacifique tropical.

Biotope

Holothuria pardalis apprécie les substrats* sablo-détritiques* où elle peut se cacher sous ou entre les débris coralliens. On peut la trouver généralement entre 0 et 10 m, mais des spécimens ont été ramenés de plus de 35 m de profondeur.

Description

Holothuria pardalis est une holothurie de taille petite à moyenne (moyenne 12 cm, maximum 25 cm). Son corps cylindrique s'affine aux deux extrémités mais est plus large en partie postérieure. Le trivium* est légèrement aplati. Le tégument* est fin et très plissé.

La couleur du bivium* est en général un beige jaunâtre à rosé piqueté d'une multitude de minuscules points blancs et d'un grand nombre de petites taches brun foncé, à forme et répartition aléatoires. Cette couleur de fond présente des zones diffuses marron clair et d'autres blanches, dont les emplacements sont variables. Deux séries longitudinales comprenant généralement de 5 à 10 paires de taches brun foncé suivent les radius* du bivium. Le trivium est blanc jaunâtre à jaune, vif ou verdissant, avec des zones diffuses plus foncées et les mêmes points blancs que le bivium, auxquels s'ajoutent parfois de petites taches brunes.

Les papilles du bivium sont coniques et de même couleur que le tégument à l'endroit où elles sont placées. Leur pointe porte un anneau brun. Elles sont dispersées sur l'ensemble du bivium, mais elles sont plus nombreuses sur les radius. Les papilles rétractées peuvent former de petites verrucosités. Les podia* du trivium sont nombreux, courts et épais. Ils sont translucides et piquetés de blanc avec une extrémité jaunâtre et un disque terminal blanc. Leur répartition est de même type que celle des papilles du bivium.

La bouche, terminale, est entourée de 18 à 22 tentacules* peltés* jaunâtres à pédoncule* translucide eux-mêmes entourés par un double collier de papilles coniques. L'anus est terminal et entouré du même type de papilles.

L'organe de Cuvier* est absent : cette espèce n'expulse donc pas de tubes de Cuvier quand elle est stressée.

Espèces ressemblantes

Le patron de couleur claire avec deux séries de taches foncées ornant les radius du bivium est relativement répandu chez les holothuries et peut produire des confusions. Pour citer quelques espèces manifestant cette caractéristique dans la zone de distribution de l'espèce :

  • Holothuria arenicola : cette espèce est de couleur généralement uniforme beige à ocre plus ou moins foncé, ses deux séries de taches radiaires sont marron rouge, son tégument est rugueux et elle porte des podia (vs des papilles) sur le bivium. On la trouve en mer Rouge et dans les zones tropicales et subtropicales des océans Indien, Pacifique et Atlantique.
  • Holothuria fuscocinerea : la couleur dominante est un beige rosé qui semble cendré, et les taches foncées présentes sur le bivium constituent des paires transversales souvent coalescentes plutôt que des lignes parallèles. Elle se distingue d'H. pardalis notamment par les détails suivants : de petites verrucosités portent les papilles dorsales, la base des papilles dorsales et celle des podia ventraux est entourée d'un cercle noir, la zone anale est entourée par un large anneau noir. L'espèce est répandue dans tout le domaine indo-Pacifique, on la trouve aussi en mer Rouge.
  • Holothuria insignis : c'est une holothurie de petite taille (entre 2 et 8 cm). Son bivium est noirâtre à gris-brun et le trivium est grisâtre. Bivium et trivium portent de petites verrucosités blanchâtres, et le corps est couvert par une multitude de points clairs correspondant à des amas de spicules. Cette espèce peu connue n'est signalée que de Hong-Kong, du nord-est de l'Australie et du sud-est de l'Iran.
  • Holothuria pervicax : la couleur de fond est beige à jaunâtre parfois cendré. Les taches foncées présentes sur le bivium constituent des paires transversales souvent coalescentes plutôt que des lignes parallèles longitudinales. Les papilles sont portées par des verrucosités de grande taille de couleur rosâtre avec de multiples petites taches blanches. L'organe de Cuvier est présent et très fonctionnel. L'espèce est répandue dans tout le domaine Indo-Pacifique et on la trouve aussi en mer Rouge.
  • Holothuria verrucosa : la couleur de fond est marron clair à beige rosâtre avec des zones plus claires que les autres. De larges taches brun foncé forment deux séries parallèles sur les radius du bivium. Ces taches peuvent être coalescentes longitudinalement et transversalement. Il existe des individus à couleur dominante blanc jaunâtre. Ce qui distingue le plus facilement cette espèce d'H. pardalis est la présence de hautes papilles coniques sur le bivium. On rencontre H. verrucosa en mer Rouge, dans l'océan Indien et dans les zones tropicales et subtropicales du Pacifique.
  • Holothuria lineata : cette espèce peut présenter deux séries de taches brunes parallèles le long du bivium, mais elles sont moins nombreuses que chez H. pardalis, et la couleur de fond est blanc sale à jaunissant moucheté d'une multitude de points blancs et de nombreuses petites taches noires éparses. Les papilles sont coniques mais petites et la base de certaine d'entre elles est jaune, notamment auprès des taches brunes. Cette espèce discrète n'est signalée que par des spécimens prélevés en mer Rouge, au Mozambique, à Maurice, à La Réunion, en Australie, dans les îles Cocos (ex-Keeling) et à Hawaï.

Alimentation

Holothuria pardalis est détritivore*, ce qui signifie qu'elle ingère le sédiment* et en retient les nutriments d'origine végétale et animale, les déchets et les bactéries qui y sont contenus. Elle participe ainsi à l'équilibre des écosystèmes côtiers tant par élimination de débris organiques que par remaniement du substrat.

Reproduction - Multiplication

La reproduction dans cette espèce n'est pas documentée à la date de rédaction de cette fiche (mars 2017). Elle ne diffère probablement pas quant à ses modalités principales de celle des autres holothuries de l'ordre des Aspidochirotida : en situation de reproduction la majorité des holothuries, mâles et femelles plus ou moins regroupés, se dresse le plus haut possible pour diffuser les gamètes* émis dans la colonne d'eau. La fécondation* a lieu au hasard des rencontres de ces gamètes dans le courant. Les larves* sont pélagiques*. Les stades larvaires (blastula*, puis auricularia*, puis doliolaria*) se déroulent en pleine eau. A la fin du dernier stade, le juvénile rejoint définitivement le substrat et évolue vers l'âge adulte.

L'aspect des juvéniles d'Holothuria pardalis ne diffère pas de celui des adultes. Il n'est caractérisé que par un moins grand nombre de taches, qui augmentera avec la croissance.

Vie associée

Un mollusque bivalve de la famille des Montacutidés, Entovalva lessonothuriae, parasite l'œsophage d'H. pardalis.

Divers biologie

Bien qu'il ne semble pas y avoir d'étude sur ce point pour cette espèce, il est probable que, comme la majorité des espèces d'holothuries, les tissus de H. pardalis contiennent des molécules extrêmement toxiques groupées sous le nom de saponines, l'ensemble étant communément appelé holothurine. Cette substance provoque une hémolyse (destruction des globules rouges) pathologique dont l'effet sur les poissons et d'autres organismes marins est mortel.

L'armature de l'ensemble du tégument* (les spicules*) est composée de tables et de boutons (ce sont des formes de spicules, comme plaques ou bâtonnets) pour ce qui concerne le tégument du bivium et celui du trivium. Les podia ventraux ont les mêmes ossicules* auxquels s'ajoutent des plaques ; les papilles dorsales ont aussi les mêmes ossicules mais s'y ajoutent de gros bâtonnets et les tentacules buccaux portent des bâtonnets en faible nombre.

Réglementation

La Liste Rouge de l'UICN la classe sous la rubrique « LC » (Least Concerned »), ce qui signifie que l'espèce est faiblement concernée par la nécessité de mesures de protection. Elle n'est pas commune, ses densités sont faibles et elle n'est que rarement pêchée. Elle est cependant exploitée en Chine et en Indonésie, mais sa valeur commerciale est faible.

Origine des noms

Origine du nom français

Holothurie-panthère : en référence à l'aspect tacheté de cet animal.
Ce nom vernaculaire est une proposition de l'équipe DORIS. En effet, l'espèce est parfois appelée en français holothurie-léopard, par traduction du nom vernaculaire anglais leopard sea cucumber. Mais ce nom, qui désigne également Bohadschia argus évoque immédiatement cette dernière pour la communauté scientifique comme pour les pêcheurs, tant anglophones que francophones. Dans la mesure où le descripteur a délibérément choisi le mot latin pardalis (le mot français léopard vient du latin leopardus), nous proposons de la nommer holothurie-panthère pour éviter les confusions. La panthère et le léopard sont par ailleurs le même animal. Ces noms vernaculaires sont donnés par analogie d'aspect, les taches présentes sur le corps de ces holothuries évoquant les rosettes du félin.

Origine du nom scientifique

Holothuria : le terme grec [holothourion] est le nom donné par Aristote à un animal que les ambiguïtés de sa description rendent impossible à déterminer. Le mot latinisé « holothurium » a désigné d'abord des cnidaires, puis a été appliqué aux échinodermes.
Une tentative de décomposition du mot grec holothourion en [holo-] = entier ; et [thouro-] = impétueux, produit l'interprétation fréquente : « tout à fait impudique ». La forme phallique de ces animaux motive cette interprétation.

pardalis : le mot latin pardalis signifie panthère.

Le nom scientifique complet de l'espèce est Holothuria (Lessonothuria) pardalis. Le sous-genre Lessonothuria a été créé comme un genre nouveau par E. Deichmann en 1958, l'espèce-type étant Holothuria pardalis. La descriptrice considérait que ce genre était monotypique (autrement dit qu'il comprenait une seule espèce : H. pardalis), mais Rowe observe que l'assemblage de spicules caractéristique du genre se retrouve dans d'autres espèces, ce pourquoi il élève le genre au rang de sous-genre en 1969. Le nom du genre est donné en l'honneur du naturaliste français René Primevère Lesson (1794-1849), descripteur de dix espèces d'holothuries en 1830.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Classe Holothuroidea Holothuroïdes Echinodermes vermiformes, ouverture buccale à l’extrémité antérieure du corps et entourée d’une couronne de tentacules rétractiles, anus postérieur, une seule gonade : holothuries, concombres de mer.
Endosquelette réduit à de microscopiques ossicules ou plaques, inclus dans la paroi du corps.
Super ordre Aspidochirotacea Aspidochirotacés
Ordre Aspidochirotida Aspidochirotes Symétrie bilatérale, avec une sole de reptation et des podia buccaux en forme d’écusson.
Présence de poumons, pas de muscle rétracteur de la bouche.
Famille Holothuriidae Holothuriidés Podia munis d’ampoules. La gonade est placée à gauche du mésentère dorsal.
Genre Holothuria
Espèce pardalis

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