Holothurie à ocelles noirs

Holothuria (Halodeima) atra | Jaeger, 1833

N° 2709

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Clé d'identification

Holothurie de taille moyenne à grande
Couleur noire à reflets brun-rouge
Tégument lisse et peu épais
Bouche ventrale, anus terminal
Corps recouvert de sable avec des lacunes circulaires ou longitudinales

Noms

Autres noms communs français

Stylo noir (Madagascar, Vezo, région de Tulear)

Noms communs internationaux

Lolly fish, black sea cucumber (GB), Loli (Samoa), Thway hmyaw (Birmanie), Loli koko (Hawaii), Black beauty (Philippines), Pesa (Tanzanie), Cera (Indonésie)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Holothuria radackensis Chamisso & Eysenhardt, 1821
Halodeima atra Jaeger, 1833
Microthele affinis Brandt, 1835
Holothuria affinis Selenka, 1867
Holothuria amboinensis Semper, 1868
Holothuria sanguinolenta Bell in Saville-Kent, 1893

NB : Selon la règle d'antériorité, le nom valide devrait être Holothuria radackensis Chamisso & Eysenhardt, 1821, synonyme senior. Cependant un long usage a consacré Holothuria atra qui est considéré comme nom valide, par principe de stabilité.

Cette espèce est parfois désignée avec son sous-genre : Holothuria (Halodeima) atra Jaeger, 1833.

Distribution géographique

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Cette espèce vit dans l'océan Indien, dont la mer Rouge et le golfe Persique, dans l'océan Pacifique Est et Centre jusqu'à Hawaï, et elle est aussi signalée au Panama.

Biotope

Holothuria atra vit entre 0 et 30 mètres dans les lagons et sur les pentes externes récifales, sur substrats durs ou fonds sablo-vaseux. On la trouve aussi dans les herbiers, et elle est capable de coloniser tous les biotopes. La majorité des individus est trouvée entre 0 et 5 mètres.

Description

Holothurie de taille moyenne à grande (au maximum 30 cm de longueur et 10 cm de largeur) au corps fusiforme à section approximativement semi-circulaire. Le tégument est lisse et peu épais (de 2 à 8 mm).

La couleur est uniformément noire et peut présenter des reflets brun-rouge. Le tégument peut être nu, mais les individus sont le plus souvent couverts de sable, à l'exception de deux séries de lacunes circulaires laissant apparaître la couleur de l'animal. Ces lacunes peuvent aussi se rejoindre jusqu'à former deux bandes longitudinales.

Le bivium* (face dorsale) porte des podia* courts répartis sans ordre et des papilles coniques de petite taille. Le trivium* (face ventrale) est couvert de nombreux podia épais et courts dispersés sur les radius et les interradius, qui s'achèvent par un disque podial blanc. La bouche est ventrale, elle est entourée de 20 courts tentacules brun-rouge foncé. L'anus est terminal. Il n'y a pas de tubes de Cuvier.

Espèces ressemblantes

Actinopyga miliaris : cette espèce est plus massive, le bivium est plus élevé, les papilles sont plus nombreuses et plus hautes, et elle possède 5 dents anales ocre très visibles contrastant avec le tégument noir.

Holothuria leucospilota : elle est de plus grande taille, les tentacules sont plus longs, l'organe de Cuvier est présent. Elle se couvre aussi parfois de particules de sable, mais la couverture d' H. atra est composée de sable plus grossier.
Holothuria atra produit une substance toxique rougeâtre lorsque l'on frotte son tégument, alors que H. leucospilota n'a pas cette capacité. De plus H. atra vit à découvert sur fonds sableux et herbiers, alors que H. leucospilota est souvent partiellement cachée sous des blocs coralliens.

Alimentation

C'est une espèce détritivore qui prélève les particules organiques végétales et animales (et les bactéries) contenues dans le sable qu'elle ingère, puis restitue en une série de petits tronçons cylindriques de sable compacté. Elle semble se nourrir préférentiellement d'éléments végétaux. Les holothuries peuvent traiter d'énormes quantités de sable (les estimations faites sur une population d'Isostichopus badionotus répartie sur 4,4 km² vont de 500 à 1 000 tonnes de sable par an) : elles participent ainsi de façon notable, tant par élimination de débris organiques que par remaniement continuel du substrat, à l'équilibre des écosystèmes côtiers.

Reproduction - Multiplication

La reproduction peut être sexuée : mâles et femelles se dressent alors le plus haut possible pour diffuser largement les gamètes* qu'ils émettent dans la colonne d'eau. L'observation peut en être faite le soir et le plus souvent de nuit. Les stades larvaires se déroulent en pleine eau. Le troisième des stades larvaires (blastula, puis auricularia, puis doliolaria) est atteint en 20 jours en conditions expérimentales. A la fin de ce stade le juvénile rejoint définitivement le substrat et évolue vers l'âge adulte.

La reproduction peut aussi être asexuée et se produire par scissiparité*. Les individus en cours de scission cessent de se nourrir et se cachent pour se protéger. Le processus de scission commence par une contraction de l'animal, puis deux parties du corps pivotent en sens inverse et s'éloignent ensuite l'une de l'autre jusqu'à provoquer la déchirure du tégument au point de constriction. Le point de scission naturel se situe chez Holothuria atra à 45% de la longueur du corps en partant de la tête, mais ce point peut être expérimentalement déplacé (le corps de l'animal est fermement comprimé par un morceau de chambre à air, ce qui provoque le comportement de scission) jusqu'à produire des individus médians (sans tête ni anus), qui se régénèrent aussi. La blessure se referme en deux jours et la régénération dure de deux à trois mois après scission expérimentalement induite. Les parties du corps en régénération sont reconnaissables à une protrusion du tégument au-delà de la zone cicatricielle.
De 15 à 20% d'une population d'Holothuria atra proviennent d'un processus de scission, essentiel au maintien de l'espèce dans la mesure où il compense la mortalité et les migrations, et où il est plus sûr : ni la prédation sur les larves, ni la nécessité d'un partenaire, ni les aléas de la rencontre des gamètes n'interviennent. Ce mode de reproduction peut avoir lieu toute l'année, mais il est le plus fréquent en saison fraîche, c'est-à-dire en dehors des périodes de reproduction sexuée.

Vie associée

Holothuria atra peut être parasitée par Encheliophis vermicularis, bien qu'elle ne semble pas être sa victime élective. Ce poisson anguilliforme vit en couple dans les intestins de diverses holothuries et peut atteindre 15 cm. Il se nourrit des tissus de son hôte.
On trouve parfois le polychète Gastrolepidia clavigera se déplaçant rapidement sur son dos. En fait il se nourrit du tégument de son hôte (on retrouve les spicules de l'holothurie dans son estomac) et il s'agit certainement plus d'un parasite que d'un commensal.

Divers biologie

Cette espèce est l'une des plus communes de l'Indo-Pacifique tropical. Dans les dépressions d'arrière-récif se forment souvent des agrégations très denses, qui peuvent aller jusqu'à plus de 7 000 individus à l'hectare. C'est dans ces conditions que le plus fort taux de scission est atteint.



Selon certaines sources, c'est la même espèce qu'on retrouverait à plus grande profondeur avec des caractéristiques différentes : les individus sont plus grands (jusqu'à 60 cm), portent de petites verrues et ne sont jamais couverts de sable.



Holothuria atra ne possède pas d'organe de Cuvier, mais elle peut s'éviscérer dans les cas extrêmes, et elle sécrète un exsudat* rouge toxique quand on frotte énergiquement son tégument.



Les spicules sont en rosettes et tables pour le tégument, en pseudo-plaques et rosettes pour les podia et les papilles, et en bâtonnets pour les tentacules.



Une étude menée sur Holothuria forskali a montré que cette espèce, comme ses cousins Echinodermes les oursins et les étoiles de mer, possède sur chaque disque podial un système cellulaire complexe permettant l'adhérence au substrat et donc la locomotion. L'épiderme du disque podial est composé de 5 types de cellules. Deux d'entre eux produisent un mucus différent qui, par mélange, devient collant et permet l'adhésion. Un troisième type cellulaire, composé de cellules ciliées dites sécrétrices, permet selon toute vraisemblance de dissoudre la couche superficielle de « colle » fabriquée à la surface du disque et de provoquer le détachement. Les deux derniers types de cellules sont composés de cellules ciliées non-sécrétrices et de cellules de soutien. La stimulation des deux types de cellules ciliées coordonnerait les sécrétions d'adhésion et de détachement, et permettrait ainsi le déplacement. Il est probable que cette organisation du disque podial se retrouve de manière plus ou moins bien conservée chez toutes les espèces d'holothuries, fonction de la modification des podias selon les espèces. La détermination de la nature des sécrétions produites par ces classes d'Echinodermes pourrait à terme déboucher sur la fabrication de colles biomimétiques efficaces en milieu humide ainsi que d'antifouling pour l'entretien des bateaux.

Informations complémentaires

Cette espèce fait partie des espèces commerciales, mais elle reste cantonnée à un cadre de pêche traditionnelle. C'est une des espèces les moins chères sur le marché de la bêche-de-mer (holothurie traitée pour la rendre propre à la consommation humaine). Néanmoins, du fait de la croissance continue de la demande mondiale, l'augmentation de la pression de pêche concerne désormais toutes les espèces commerciales.

Les holothuries en général sont connues depuis très longtemps en Asie pour leurs propriétés médicinales. Du point de vue médical moderne les comprimés ou gélules produits à partir de certaines holothuries sont considérés comme un supplément alimentaire particulièrement riche en protéines. Ils sont aussi capables de diminuer les douleurs articulaires. Certains composants extraits de leur organisme sont encore connus pour ralentir la progression des infections virales (le sulfate de chondroïtine notamment est utilisé par les Japonais dans le cadre d'une thérapie anti-VIH) et pour des propriétés anti-cancérigènes selon des études chinoises. D'autres sont reconnus pour leurs propriétés anti-fongiques, pour leur intérêt en immunologie et pour leur probable capacité à participer au traitement des maladies dégénératives.

Réglementation

Holothuria atra n'est pas mentionnée en annexe de la CITES (La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). Néanmoins, de nombreux pays règlementent la pêche des holothuries en général par fixation de quotas, de saisons de pêche, de limitations des aires, de permis divers ou de tailles minimales.

Origine des noms

Origine du nom français

Ce nom est une proposition du site DORIS. Il est justifié par les lacunes dans la couverture de sable.

Origine du nom scientifique

Holothuria : le terme grec [holothourion] est le nom donné par Aristote à un animal que les ambiguïtés de sa description rendent impossible à déterminer. Le mot latin [holothuria] a désigné d'abord des cnidaires, puis a été appliqué aux échinodermes par Linné. Les éléments du mot grec, composé de [holo-] = entier, complet, dans toutes ses parties et [thuro-] = fougueux, impétueux, joints à la forme phallique de ces animaux, motivent l'interprétation fréquente qui propose « tout à fait impudique ».

atra : c'est le féminin du mot latin [ater], qui signifie noir, sombre, qui manque d'éclat. Il a pu être appliqué à l'encre des seiches ou à la peinture. Le mot renvoie à la couleur du tégument de l'animal.

NB : le nom scientifique complet de cette espèce est Holothuria (Halodeima) atra. Le sous-genre Halodeima a été créé par Pearson en 1914. Le descripteur ne donne pas les raisons de son choix pour le nom choisi pour le sous-genre. Le mot grec [halos] désigne le sel marin, et [deima] est probablement repris du genre Deima, fondé par Théel en 1879, ce mot grec signifiant « frayeur ». Le sens de l'association des deux mots reste obscur. Pour ce qui concerne la morphologie externe, il est caractérisé par un corps épais et cylindrique à trivium plat, des podias disposés en rangs serrés sur chaque radius, éventuellement dispersés et peu nombreux sur les interradius, et de petites papilles dispersée sans ordre sur le bivium.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Holothuroidea Holothuroïdes Echinodermes vermiformes, ouverture buccale à l’extrémité antérieure du corps et entourée d’une couronne de tentacules rétractiles, anus postérieur, une seule gonade : holothuries, concombres de mer.
Endosquelette réduit à de microscopiques ossicules ou plaques, inclus dans la paroi du corps.
Super ordre Aspidochirotacea Aspidochirotacés
Ordre Holothuriida Holothuries

(Anciennement: Aspidochirotida / Aspidochirotes) Symétrie bilatérale, avec une sole de reptation et des podia buccaux en forme d’écusson. Présence de poumons, pas de muscle rétracteur de la bouche.

Famille Holothuriidae Holothuriidés Podia munis d’ampoules. La gonade est placée à gauche du mésentère dorsal.
Genre Holothuria (Halodeima)
Espèce atra

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