Sangsue des soles

Hemibdella soleae | (van Beneden & Hesse, 1863)

N° 2944

Atlantique Nord-Est, Manche, Méditerranée

Clé d'identification

Petite sangsue marine (5 à 10 mm) parasite des soles
Corps cylindrique plus fin à ses extrémités et avec un étranglement au 1/3 antérieur
Ventouse orale petite et ventouse anale en pince peu distincte
Peau coriace jaune chez les jeunes, devenant noire avec l'âge
Six paires de testicules

Noms

Autres noms communs français

Hémibdelle de la sole

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Hemibdella solae (erreur orthographique occasionnelle)

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Manche, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Atlantique Nord-Est et Est, Manche, Méditerranée.

La sangsue des soles H. soleae est une espèce européenne du nord-est atlantique et de Méditerranée ; elle est sans doute présente sur toutes les côtes de France métropolitaine.

Biotope

A l'instar de ses hôtes Soléidés, la sangsue des soles est une espèce épibenthique* démersale* qui vit sur les fonds sédimentaires situés depuis la frange côtière jusqu' à 200 m de profondeur.

Description

Le corps de la sangsue des soles est cylindrique, droit ou légèrement arqué en virgule, un peu ventru dans les 2/3 postérieurs, et plus fin à chacune de ses extrémités ; il présente au niveau du tiers antérieur un étranglement caractéristique.

La peau est très coriace, et elle forme un grand nombre de plis très distincts : l'animal est constitué de 12 segments. La ventouse orale est petite et légèrement concave ; la ventouse anale est peu distincte, et peut se modifier de manière à se contracter et à devenir un organe préhensile en forme de pince. Il n'y a pas de branchies*. La longueur peut atteindre 5 à 10 mm lorsque l'animal s'étire.

Les jeunes sont jaune translucide avec le milieu des segments plus clair, et ont deux taches oculaires qui disparaissent chez l'adulte. En grandissant ils deviennent opaques et pointillés de noir, puis complètement noirs en passant par des teintes intermédiaires beiges ou grisâtres. Chez les jeunes également, on observe souvent au milieu du "cou", juste en avant du rétrécissement principal, deux renflements latéraux blancs, comme des sortes de "bajoues".

Espèces ressemblantes

Plusieurs autres espèces de sangsues marines se rencontrent sur des poissons plats.

La sangsue Hemibdella branchiarum décrite d'Islande est très mal connue ; elle a une petite ventouse antérieure, un abdomen aplati, et seulement quatre paires de testicules.

La sangsue boréale Branchellion borealis Leigh-Sarpe, 1933 et la sangsue des raies B. torpedinis Savigny, 1822 ont des branchies foliacées sur le corps. Ces sangsues vivent sur des poissons cartilagineux en Atlantique Nord-Est.

La sangsue hérissée Pontobdella muricata (Linnaeus, 1758) est une espèce européenne de grande taille (20 cm) qui a la peau marquée de saillies verruqueuses un peu comme les cornichons ; elle parasite également des raies.

Alimentation

Comme toutes les sangsues marines, la sangsue des soles est hématophage*. Contrairement à de nombreuses autres sangsues qui sont des parasites intermittents et qui se détachent de leur hôte après leur repas, H. soleae est un parasite qui vit en permanence sur son hôte. La prise de nourriture dure en moyenne 10 minutes ; pendant le repas, le pharynx pulse environ 2 fois par seconde lorsqu'il aspire le sang. Dans le corps de la sangsue, chaque repas génèrerait une boule rouge interne. Lors des premiers jours de son arrivée sur une sole, la jeune sangsue se nourrit deux à six fois à en juger par le nombre de boules rouges ; la sangsue jeûnerait ensuite une vingtaine de jours. La prise de sang est nécessaire à la reproduction.

Reproduction - Multiplication

La sangsue des soles est hermaphrodite* : elle possède à la fois des testicules et des ovaires. Deux individus sont nécessaires.

Après fécondation interne, l'animal dépose ses œufs dans une ponte en forme de cocon. Lorsque la sole hôte s'ensable, la sangsue pond sur de gros grains de sable ou des morceaux de coquilles. Il peut y avoir jusqu'à huit cocons sur un grain de sable, qui restent ensuite sur place à la surface du sédiment. Leur présence a également été signalée en grand nombre sur le dos de la sole où ils adhèrent fortement, si bien qu'ils se rompent lorsqu'on veut les enlever.

Chaque cocon est hémisphérique, plat du côté du support où il est collé, avec un large rebord transparent ; il est couvert de soie crépue et tissée comme un cocon de ver à soie (il ressemble donc un peu à un chapeau de paille !). Son diamètre est d'environ 0,6 mm. Sa couleur est d'abord jaune pâle et devient brunâtre en cours d'incubation, probablement en raison de la présence de scléro-protéines. Chaque cocon ne contient qu'un seul embryon et possède deux petits bouchons diamétralement opposés.

Il n'y a pas de stade larvaire* chez les sangsues : la jeune sangsue est prête à éclore après 41 jours d'incubation à une température de 16 ou 17 °C. Elle mesure alors 1,6 à 2 mm de long au repos et possède une paire de taches oculaires rouges, le reste du corps étant presque transparent. Si elle n'a pas accès à un poisson hôte, la jeune sangsue peut survivre deux mois sans grandir. Si elle trouve un hôte, elle s'y attache immédiatement avec sa ventouse antérieure, puis par la ventouse postérieure. Le premier repas de sang est pris presque immédiatement. La coloration brune ou noire commence à se développer une vingtaine de jours après la première prise de nourriture et la maturité sexuelle intervient quelques jours plus tard. Arrivées sur une sole dix jours après l'éclosion, les jeunes sangsues atteignent leur taille maximale de 6 mm environ quarante jours plus tard à 17 °C. A la taille de 3,8 mm, environ 23 jours après avoir trouvé un hôte, elle commencent à se reproduire et déposer de nouveaux cocons. Ainsi, le cycle de vie complet ne prend que trois mois dans ces conditions de température.

Le comportement d'ensablement et l'immobilité subséquente des soles facilitent sans doute la colonisation de la peau du poisson par les jeunes sangsues. Rarement observé en aquarium, le transfert direct de sangsues adultes d'un soléidé à un autre est sans doute absent dans la nature.

Vie associée

L'espèce se rencontre plutôt sur la sole Solea solea dans sa zone nord de distribution ; d'autres espèces de Soleidés peuvent également lui servir d'hôte plus au sud comme par exemple Solea senegalensis Kaup, 1858, Dicologlossa cuneata (Moreau, 1881), Microchirus azevia (de Brito Capello, 1867), Synapturichthys kleinii (Risso, 1827), Pegusa lascaris (Risso, 1810), ou Synaptura lusitanica de Brito Capello, 1868. D'autres Soléidés comme Buglossidium luteum (Risso, 1810), ou Microchirus variegatus (Donovan, 1808) ne semblent jamais parasités.

En Manche (Plymouth), la prévalence* varie avec l'âge des soles : 3 % des spécimens immatures de moins de 20 cm (c'est-à-dire de moins de 2 ans) n'ont qu'une ou deux sangsues par individu. La prévalence serait de 30 % à 100 % selon les localités chez les poissons adultes, avec jusqu'à 40 voire 70 parasites par individu. Généralement, les sangsues ont peu de prédateurs, de maladies et de parasites.

Divers biologie

Des marques rouges en chapelet (internes et intercalées avec les testicules) pourraient correspondre aux restes des repas (c'est-à-dire à du sang en cours de digestion). Au laboratoire, sous la loupe, si on exerce une légère pression, les principaux viscères deviennent visibles et on peut discerner en avant les organes femelles suivis de six paires de testicules, et plus en arrière encore, différentes parties de la cavité digestive.

Informations complémentaires

L'espèce est parfois capturée avec les soles hôtes lors des chalutages côtiers. La sangsue des soles est menacée par les mêmes éléments que ses poissons hôtes. En aquaculture et en aquariologie, il est possible de déparasiter les soles en les plaçant un certain temps en eau douce.

Origine des noms

Origine du nom français

Sangsue des soles : ce nom vient du fait que cette espèce est habituellement observée sur les soles. Le nom de sangsue provient du latin [sanguis] = sang et [sugo] = sucer.

Origine du nom scientifique

Hemibdella : ce genre établi par van Beneden & Hesse en 1863 est une association de hemi du grec [hémi-] = à demi, la moitié de, et [bdella] = sangsue ; donc "demi-sangsue". En effet, une des caractéristiques de l'espèce est la constriction qui sépare la sangsue en deux moitiés.

soleae : du latin [solea] = ancien nom de la sole.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Annelida Annélides Vers segmentés (annelés) à section cylindrique, à symétrie bilatérale constitués d’anneaux identiques. Le premier segment porte la bouche et le dernier l’anus. Nombreuses formes marines, dulcicoles ou terrestres, libres ou parasites.
Classe Clitellata Clitellates Annélides hermaphrodites, dont quelques segments sont enveloppés dans une enveloppe glandulaire.
Sous-classe Hirudinea Hirudinées / Achètes Annélides aquatiques, principalement d'eau douce, sans soies ni parapodes, mais possédant une ventouse postérieure et parfois une antérieure. Ectoparasites d'animaux aquatiques et de vertébrés terrestres.
Ordre Rhynchobdellida Rhynchobdelliformes

Sangsues sans mâchoires, à trompe dévaginable, marines ou d'eau douce. Appareil circulatoire différencié. Toutes sont aquatiques.

Famille Piscicolidae Piscicolidés

(syn. : Ichthyobdellidae) Corps cylindrique. Ventouse antérieure bien visible en forme de cloche. Habitats marins, parasites de poissons.

Genre Hemibdella
Espèce soleae

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