Gammare des tubes en haricot

Haploops nirae | Kaïm-Malka, 1976

N° 5157

Atlantique et Méditerranée

Clé d'identification

Petit amphipode vivant dans un tube de vase vertical à l'extrémité aplatie
Antennes aussi longues que le corps
Antennes couvertes de grandes soies

En Bretagne Sud, en tapis très denses, sur des fonds de 25 à 30 m
Associé à des cratères de dégazage (ou pockmarks)

Noms

Autres noms communs français

Haricot, fayot

Distribution géographique

Atlantique et Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Cette espèce a été observée et étudiée du sud de la Bretagne (de la pointe de Penmarc’h jusqu’à l’estuaire de la Loire) aux côtes marocaines ainsi qu’en Méditerranée (sud de la France, Corse, Italie et Israël).

Biotope

Haploops nirae est observé de 15 à 320 m de profondeur sur des fonds de vase ou de sable vaseux. Dans le sud de la Bretagne, cette espèce grégaire est associée systématiquement à des pocksmarks (petits cratères sous-marins de dégazage de méthane de 1 à 35 m de diamètre).

Description

Chaque individu vit dans un tube de vase à l'extrémité aplatie (ce dernier ressemble à une cosse de légumineuse) disposé verticalement dans le sédiment. Ces tubes peuvent atteindre 5 cm de long pour un individu adulte mais ne dépassent du sédiment que de 2 à 3 cm.

Haploops nirae est un amphipode grégaire. Il s’agit donc d’un petit crustacé au corps aplati latéralement mesurant de 3 à 11 mm de long. Comme tous les amphipodes il porte de nombreux appendices pairs sur sa face ventrale.
Chez un amphipode classique : (voir le schéma)

  • la tête porte, en avant, deux paires d’antennes (antennes 1 et antennes 2) et ventralement d’autres appendices. Chez Haploops nirae, les deux paires d’antennes sont caractéristiques car elles sont aussi longues que le corps. Ces antennes sont couvertes de grandes soies ;
  • le thorax ou péréion* comprend 7 segments (ou somites) porteurs chacun d’une paire de pattes ou péréiopodes*. Les deux premières paires sont appelées gnathopodes* ;
  • l’abdomen ou pléon* est constitué de 6 segments ;
    • Les trois premiers forment le pléosome et portent chacun une paire de pléopodes* ;
    • les trois derniers forment l’urosome et portent chacun une paire d’uropodes* ;
  • Le corps se termine par un tout petit telson*.

Espèces ressemblantes

La détermination des différentes espèces tubicoles* du genre Haploops sur des critères morphologiques est très délicate car elles se ressemblent beaucoup. Il y aurait 28 espèces réparties dans le monde entier dont 11 dans l’Atlantique.
Les Haploops du sud de la Bretagne ont d’abord été considérés comme appartenant à l’espèce Haploops tubicola. Cette dernière espèce présenterait des « joues » blanches visibles à l’œil nu.

Alimentation

Les Haploops sont strictement suspensivores* et ne quittent pas leur tube pour se nourrir. Ils filtrent le plancton* et les particules en suspension dans le milieu environnant en balayant la masse d'eau avec leurs antennes. Ils se tiennent en position dorsale près de l’orifice du tube.

Chez les amphipodes un mucus visqueux, sécrété par les gnathopodes, couvre les antennes, en plus es antennes des Haploops portent des rangées de soies* (les soies principales) espacées de 110 à 120 µm. Ces soies portent d’abondantes petites soies secondaires espacées de 20 µm. L’ensemble constitue un tamis particulièrement fin qui permet de récupérer entre autres le phytoplancton. Ce sont les pattes qui, en brossant les antennes ramenées contre le corps, vont permettre d’amener à la bouche les éléments capturés.
Le taux de filtration de cette espèce est beaucoup plus élevé comparé à de nombreux autres suspensivores (bivalves*, gastéropodes ou annélides* polychètes*). Toutefois elle profiterait surtout de la mise en suspension des particules lors des courants de marée.

Reproduction - Multiplication

Les Haploops vivent 2 à 2,5 ans et ne se reproduisent qu’une seule fois dans leur vie à l’âge de 2 ans. Les mâles, peu nombreux, quittent leur tube et mènent une courte vie pélagique* alors que les femelles restent dans leur tube jusqu’au moment de l’accouplement. Celui-ci a lieu, entre novembre et janvier, en pleine eau. Les mâles meurent peu de temps après. Les femelles regagnent le fond et reconstruisent un tube. Elles incubent leurs embryons (en moyenne 30) dans une chambre incubatrice (ou marsupium*) formée par des expansions lamelleuses des péréiopodes appelées oostégites*. Au printemps, après 3 mois d’incubation, les juvéniles (identiques aux parents mais beaucoup plus petits) sont expulsés. Le développement est direct, il n’y a pas de phase larvaire. Ces juvéniles sont aptes à se nourrir et à construire un tube. Les femelles meurent peu de temps après l’expulsion des jeunes.

Vie associée

La présence de fortes concentrations d’Haploops (6 800 à 25 500 individus par m², ce sont les densités les plus élevées observées pour ce genre) modifie l’écosystème. Les tubes qui constituent un piège à vase, rendent le chalutage difficile car ils colmatent les filets. Le milieu créé par ces amphipodes est particulier : les espèces associées à Haploops sont différentes de celles que l’on trouve aux alentours. Certaines espèces rares d’annélides polychètes et d’autres crustacés amphipodes (comme Photis inornatus) sont uniquement trouvées parmi les tubes d’Haploops. Plusieurs espèces comme les roussettes, le tacaud, la dorade grise, la vieille commune, le gobie noir, le syngnathe aiguille, l’étrille, la coquille saint-jacques et Antedon bifida y trouvent un habitat préférentiel de même que pour la baudroie et le saint Pierre. Alors que les poissons plats qui ne peuvent plus s’enfouir et le merlu, le merlan, le bar présents dans les environs se tiennent à l'écart de ces concentrations d'Haploops..

Ces vasières à Haploops exercent un rôle de récif et offrent un espace de nourricerie auquel les Haploops eux-mêmes contribuent et un refuge à l'abri du chalutage.

De telles espèces qui par leur activité biologique modifient les conditions physiques et biologiques de leur environnement sont appelées espèces ingénieures.

Divers biologie

Ces tubes, construits à l’aide des antennes et des pattes, sont constitués d’un mélange de vase, de pseudofèces (les particules non ingérées par l’animal) et de mucus (des mucopolysaccharides) sécrété par des glandes glutinifères (= qui portent de la colle) situées dans les péréiopodes. Au cours de la construction de son tube l’espèce H. nirae opère une sélection des particules sédimentaires. En effet, les caractéristiques des sédiments présents dans les tubes sont différentes du sédiment qui compose le milieu. Cette espèce utilise les particules les plus fines.
Le tube s’allonge et s’élargit au fur et à mesure de la croissance de l’animal. Chaque tube est occupé par un individu et les dimensions de celui-ci (la longueur mais aussi la largeur du tube ) sont proportionnelles à la taille de l’individu qu’il héberge. Ainsi à l’âge adulte, chaque Haploops vit dans un tube de 4 à 5 cm de long dont une partie est enfouie dans le sédiment alors que la partie supérieure est dressée au-dessus de la surface du sédiment. L'animal se place près de l’extrémité supérieure.

Le mucus sécrété par Haploops nirae serait à l’origine du développement de certaines populations de diatomées*.

Informations complémentaires

La présence des colonies de Haploops nirae semble liée de façon très étroite à l’activité des pockmarks. L’aire de répartition de ces pockmarks coïncide exactement avec celle des Haploops. Les pockmarks sont des dépressions sédimentaires, dans des sédiments à grains fins (comme de la vase) de forme généralement circulaire d’un mètre à 35 m de diamètre et de quelques dizaines de centimètres de profondeur jusqu'à moins de 2. Ces structures sont présentes entre 15 et 30 m de profondeur. Au large de Concarneau on observe une densité de 2 500 pockmarks par km². Ces figures géologiques sont liées à l’échappement de fluides (dégazage) comme du méthane d’origine biogénique*.
Les mouvements des masses d'eau liés à la marée semblent être les candidats idéaux pour déclencher l’expulsion de méthane dans l’eau. Ce qui provoquerait la remise en suspension des sédiments alentours et engendrerait une turbidité nécessaire au nourrissage des Haploops de façon récurrente.

Les Haploops peuvent être trouvés sur les côtes de l’hémisphère nord à de très faibles densités (de l’ordre de quelques individus par m²). Cependant, d’après les connaissances actuelles, seuls trois endroits connus au monde abriteraient de denses populations d’Haploops :

  • dans l’Øresund et le Kattegat (sud de la Suède) avec des densités de 3 000-4 000 individus par m² où deux espèces cohabitent : Haploops tenuis et Haploops tubicola ;
  • la baie de Fundy au Canada où les densités d’Haploops fundiensis atteignent 923 individus par m² ;
  • la Bretagne sud.

Les scientifiques ont observé en Bretagne sud une tendance à l’expansion. Par exemple en baie de Concarneau : les populations couvraient 650 ha en 1963 et 3680 ha en 2003. Soit pour la Bretagne sud plus de 100 km² au total sont couverts par des tubes d'Haploops.

Origine des noms

Origine du nom français

Fayots ou haricots : ces noms sont donnés par les pêcheurs probablement du fait que les tubes de ces animaux, qui colmatent les chaluts, ressemblent à des gousses de haricots.

Gammare des tubes en haricot (proposition de DORIS pour avoir un nom précis)

Origine du nom scientifique

Haploops : du grec [haplos] = simple et du grec [ops] = œil. Lilljeborg en 1855 a créé ce genre et a précisé que le nom est lié au fait que les yeux de ces amphipodes sont simples et non pas composés.

nirae : Richard Kaïm-Malka a décrit cette espèce en 1976 et l’a dédiée à son épouse Nira.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Super classe Multicrustacea
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Eumalacostraca Eumalacostracés Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax.
Super ordre Peracarida Péracarides Les femelles sont dotées d'une cavité d'incubation formée par des expansions lamelleuses des péréiopodes.
Ordre Amphipoda Amphipodes Péracarides comprimés latéralement, dépourvus de carapace, et possédant de nombreuses paires d'appendices souvent modifiés. Ils sont représentés par les gammares, les talitres, les caprelles...
Sous-ordre Amphilochidea Amphilochide
Famille Ampeliscidae Ampeliscidés
Genre Haploops
Espèce nirae

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