Requin-nourrice atlantique

Ginglymostoma cirratum | (Bonnaterre, 1788)

N° 3807

Atlantique tropical

Clé d'identification

Couleur fauve
2 nageoires dorsales triangulaires très en arrière sur le corps
Queue unilobée
Tête arrondie avec 2 barbillons
4 fentes branchiales visibles (mais il y en a 5 en réalité)
Se pose sur le fond

Noms

Autres noms communs français

Requin dormeur, vache de mer

Noms communs internationaux

Nurse shark, sand shark, carpet shark (GB), Tiburón nodriza, tiburón gata, gata nodriza, bañay (E), Atlantischer Ammenhai, Karibik-Ammenhai (D), Verpleegsterhaai (NL), Gata atlantica, tiburon gata, caçao lixa, barroso (P)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Squalus cirratus Bonnaterre, 1788
Ginglimostoma cirratum (Bonnaterre, 1788) (erreur d'écriture)
Gyglinostoma cirratum (Bonnaterre, 1788) (erreur d'écriture)
Squalus punctulatus Lacepède, 1800
Squalus punctatus Bloch & Schneider, 1801
Squalus argus Bancroft, 1832
Ginglymostoma fulvum Poey, 1861
Ginglymostoma caboverdianus Capello, 1867

Distribution géographique

Atlantique tropical

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Caraïbes

Ginglymostoma cirratum est une espèce que l'on rencontre dans l'ouest de l'océan Atlantique depuis Rhode Island (USA) jusqu'au Brésil, y compris le golfe du Mexique et les Caraïbes et à l'est, des Canaries et du Sénégal à l'Angola. Il aurait été aperçu sur les côtes atlantiques françaises.

Biotope

Le requin-nourrice atlantique fréquente les fonds rocheux et les récifs de 1 à 130 m de profondeur, mais plus généralement entre 1 et 35 m. Il est actif la nuit et passe ses journées posé sur le sable sous des surplombs, dans des failles, des petites grottes ou des cavités du récif. Il est cependant possible de voir un individu évoluer au-dessus du fond la journée.

Description

Ginglymostoma cirratum est un requin au corps cylindrique aplati sur sa face ventrale. Il peut atteindre 450 cm de longueur (300 cm en moyenne) et peser plus de 100 kg. Les spécimens africains semblent plus petits (maximum 280 cm). Son ventre est blanc alors que ses flancs et son dos sont de couleur uniforme, fauves à brun gris, avec de très nombreux petits points blancs et noirs, visibles uniquement de près.

La tête est arrondie et porte de chaque côté, un œil proportionnellement très petit, à pupille horizontale. Un spiracle* minuscule est présent en arrière de chaque œil. La bouche est en position ventrale. Elle est surmontée de deux narines et de deux barbillons. Cinq fentes branchiales sont positionnées juste en arrière de la tête, mais la cinquième est recouverte par la quatrième, si bien qu'au final seulement 4 fentes branchiales sont visibles. Les deux dernières (3 avec celle qui est cachée) étant situées juste au-dessus de l'insertion des nageoires pectorales.

Les nageoires pectorales sont larges, allongées, puissantes et arrondies. Les nageoires pelviennes sont aussi larges mais plus courtes. Deux nageoires dorsales triangulaires sont présentes très en arrière sur le dos, la première, la plus grande des deux, étant située à la hauteur des pelviennes. Une partie de leur bord postérieur est libre, non fixé sur le dos. La nageoire anale débute à la hauteur de l'insertion de la deuxième nageoire dorsale. Enfin, la nageoire caudale est unilobée‭ : le lobe inférieur est absent, et atteint un quart de la longueur totale du corps.

Chez les juvéniles, le corps est plus aplati, l'œil est surmonté d'une arcade et le corps présente de petites taches sombres. Vues de près, ces taches sont en fait constituées d'un groupement de petits points brun foncé.

Espèces ressemblantes

Dans son aire de distribution il n'existe pas d'autre requin lui ressemblant. Dans le Pacifique Est, le long des côtes américaines, de la basse Californie (Mexique) au Pérou, il est remplacé par G. unami. Toujours dans le Pacifique Est Trianodon obesus est également un requin qui se pose sur le fond. Cependant cette espèce n'a pas de barbillons, a une première nageoire dorsale située au milieu du dos et terminée par une pointe blanche, et une nageoire caudale constituée de 2 lobes.

Deux autres espèces de l'Indo-Pacifique ressemblent à G. cirratum :
Nebrius ferrugineus, son espèces sœur dans cet océan, s'en distingue par l'extrémité pointue de ses nageoires. Le requin-zèbre (Stegostoma fasciatum) qui se rencontre également souvent posé sur le fond, ne présente pas de barbillons et a des taches noires sur le corps.

Alimentation

Le requin-nourrice atlantique se nourrit la nuit de proies vivant sur le fond : crustacés (langoustes, cigales, crabes, crevettes), oursins, mollusques (céphalopodes, gastéropodes et bivalves) et poissons benthiques* (raies, mulets, poissons-chats...) qu'il détecte grâce à ses barbillons.

Reproduction - Multiplication

La maturité sexuelle est atteinte pour une taille de 220 à 230 cm (15 - 20 ans) chez les femelles et 210 cm (15 - 20 ans) pour les mâles. Il existe un dimorphisme* sexuel. ‬Les mâles présentent deux longs ptérygopodes‭* situés au niveau des nageoires pelviennes.

La reproduction a lieu en fin de printemps et en été. L'accouplement est précédé d'une parade nuptiale où 1 ou 2 mâles nagent en synchronisation avec une femelle. Celle-ci signifie qu'elle est prête à l'accouplement en arquant son corps et relevant ses nageoires pelviennes. Le mâle mord et tire alors fermement une des nageoires pectorales de la femelle ce qui la fait pivoter de 90° et se retourner sur le dos. Il en profite pour se retourner lui aussi et insérer un de ses ptérygopodes dans l'orifice génital de la femelle. Le couple peut continuer à avancer en vrillant ou stopper, la femelle restant posée sur le dos sur le fond le temps de l'accouplement. La fécondation est interne. Un mâle peut s'accoupler avec plusieurs femelles et réciproquement.

C'est une espèce ovovivipare* pouvant avoir de 21 à 30 requineaux par portée. Les embryons se développent dans un pseudo-utérus riche en vittelus nutritif. La gestation dure de 5 à 6 mois. Les petits mesurent entre de 27 à 30 cm à la naissance.

Vie associée

Le requin-nourrice atlantique peut être parasité par des parasites internes comme des crustacés copépodes (Nesippus orientalis Heller, 1865) ou des parasites internes comme des vers platyhelminthes (Pedibothrium manteri Caira, 1992, Pedibothrium servattorum Caira, 1992).

Ce requin a peu de prédateurs, mais il peut occasionnellement figurer au menu du requin citron ou du requin tigre. Des attaques ont également été observées, venant du grand requin marteau et du requin bouledogue.

Divers biologie

Les dents dérivent des écailles placoïdes* de la peau. Elle ont une grande pointe médiane, entourée de 2-3 petites pointes latérales. Chaque mâchoire comporte 22 à 38 dents par rangée. Ces dents n'ont pas de racine et sont juste retenues par une membrane. Il y a 7 à 8 rangées parallèles de dents les unes derrière les autres. Les 3-4 premières rangées sont redressées et servent à la capture des proies, alors que les suivantes sont plaquées le long de la mâchoire. Il est fréquent que le requin perde des dents lorsqu'il se nourrit ou durant un combat. Dans ce cas, elles sont remplacées par les dents de la rangée suivante qui se redressent alors, un peu à la manière d'un tapis roulant. La production de dents est continue tout au long de la vie. Certaines espèces peuvent remplacer 30 000 dents au cours de leur vie et une rangée en 8 jours.

L'espérance de vie du requin-nourrice atlantique est d'au moins 25 ans.

Informations complémentaires

Ginglymostoma cirratum est une espèce solitaire mais la journée plusieurs individus peuvent se retrouver dans les mêmes lieux propices au repos. Si la place manque ils n'hésitent pas à se coller voire même s'entasser ! Les mêmes individus reviennent souvent dans les mêmes lieux pour se reposer la journée.

C'est une espèce normalement inoffensive pour l'homme. Cependant en cas de danger ou de stress ressenti par le requin ou de manipulation, elle peut provoquer de graves morsures.

Le requin-nourrice est comestible, mais peu consommé. Sa peau est parfois utilisée pour son cuir.

Evoluant régulièrement avec le requin-nourrice et le requin zèbre (Stegostoma fasciatum), les soigneurs du Seaquarium du Grau du Roi (30) ont pu se rendre compte de l'évolution de leur comportement au cours d'entraînements réguliers.

Ces requins sont capables de reconnaître une cible de type flotteur, située au bout d'une perche. La couleur est différente selon l'espèce (la cible verte correspond aux nourrices, la cible orange aux zèbres mâles et la noire et blanche aux zèbres femelles). Pour autant, cette expérience ne permet pas d'affirmer qu'ils distinguent correctement les couleurs : les contrastes et les différentes nuances de gris peuvent suffire dans ce cadre.

Par contre, grâce à ces cibles, les requins ont appris à se laisser toucher et manipuler sans stress, à être isolés pour un soin, à passer dans une civière…

Réglementation

Cette espèce est classée DD ("Data Deficient") dans la liste rouge de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). En effet, bien que son aire de répartition soit très étendue, très peu de données sur cette espèce sont connues, ce qui ne permet pas de déterminer si cette espèce est en danger ou non. Des études ont montré le déclin de populations localement. En effet, cette espèce côtière est souvent capturée dans les filets des pêcheurs. C'est pour cela que la sous population de l'ouest de l'Atlantique est classée NT (Near Threatened = quasi menacé) dans la liste de l'UICN.

Il existe quand même des protections locales en Amérique du Sud (Brésil) où le requin-nourrice a déjà disparu, notamment au sud du pays.

Origine des noms

Origine du nom français

Le bruit de succion que fait ce requin en avalant ses proies ressemble à celui d'un enfant tétant sa mère. C'est ce qui lui a valu son nom de requin-nourrice. Atlantique permet de le différencier de l'espèce proche du Pacifique est.
Requin dormeur fait référence à son habitude de se reposer toute la journée sur le fond.

Origine du nom scientifique

Ginglymostoma : du grec [ginglymos] = charnière et [stoma] = bouche.

cirratum : du latin [cirratum] = bordé d'une frange.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Ordre Orectolobiformes Orectolobiformes Une nageoire anale, deux nageoires dorsales, bouche en avant des yeux.
Famille Ginglymostomtidae Ginglymostomtidés
Genre Ginglymostoma
Espèce cirratum

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