Gammare

Gammarus spp. (eau douce) | J.C. Fabricius, 1775

N° 1645

Cosmopolite

Clé d'identification

Taille de 1 à 2 cm
Tête avec 2 paires d'antennes et 2 yeux non pédonculés en général réniformes, plus rarement arrondis ou ovales
Corps arqué ventralement
Dix paires d'appendices : 7 paires de péréiopodes thoraciques dont les 3 dernières sont opposées aux 4 premières, ainsi que 3 paires de pléopodes abdominaux
Touffes d'épines plus ou moins visibles sur la marge médiodorsale des segments de l'urosome
Nage sur le côté et s'enfuit par de grands sauts

Noms

Autres noms communs français

Crevette des ruisseaux, crevette d'eau douce, crevettine

Noms communs internationaux

Freshwater scud, side-swimmer (GB), Gammaro (I), Gambitas (E), Bachflohkrebse, Gefleckter Flußflohkrebs, Flohkrebs, Igelflohkrebs (D), Tijgervlokreeft (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Rivulogammarus S. Karaman, 1931

Distribution géographique

Cosmopolite

Zones DORIS : Eau douce, Indo-Pacifique, Caraïbes, Atlantique Nord-Ouest

Cosmopolite. Présent aussi bien en eau douce qu'en mer, et de l'équateur aux pôles.

Biotope

Les gammares vivent parmi la végétation et sous les pierres.
Certaines espèces ne sont présentes qu'en eau douce, d'autres qu'en mer. Enfin certaines sont euryhalines*.

Description

Les gammares sont des crustacés dont la taille peut généralement atteindre deux centimètres pour les mâles. Les femelles sont plus petites.
Leur corps est aplati sur les côtés (comprimé latéralement) et un peu arqué ventralement.
La tête porte des antennes* (externes), des antennules* (internes) et une paire d'yeux non pédonculés*.
Le thorax porte sept paires de pattes (les péréiopodes) :
- les deux premières paires sont préhensiles, ce sont les gnathopodes,
- la troisième paire s'agite sans arrêt pour amener l'eau aux branchies situées sur la face ventrale du thorax,
- les trois dernières servent à la marche.
L'abdomen porte 3 paires d'appendices (les pléopodes) aplatis et garnis de soies. Ils servent à la nage et à la ventilation des œufs embryonnés.
Les appendices des trois derniers segments (les uropodes) servent à sauter.
Le gammare nage en se mettant sur le côté. Lorsqu'il est près du fond, il nage le corps recourbé en demi-cercle. En revanche, en pleine eau, il nage le corps étendu et le dos dirigé en haut. En cas de danger, il s'enfuit d'une brusque détente (il saute littéralement) puis nage à toute vitesse.

Espèces ressemblantes

Uniquement pour l'eau douce.
En plongée, il est impossible de différencier les différentes espèces d'Amphipodes Gammariens (dont le corps est généralement aplati latéralement). Seules quelques unes des principales familles sont citées ci-dessous :
- famille des Niphargidae : aveugles (mais certains gammares peuvent être aveugles), ils vivent dans les grottes ou les nappes phréatiques, 35 espèces pour la seule France métropolitaine ;
- famille des Crangonyctidae : se déplacent normalement sur le ventre (et non sur le côté comme les gammares), une espèce introduite en 1995 et une espèce souterraine en France ;
- famille des Corophiidae : la deuxième paire d'antennes est très développée et en forme de patte, 21 espèces pour la seule France métropolitaine ;
- famille des Gammaridae : regroupe les genres Gammarus et Echinogammarus (également de nombreuses espèces).

Pour le genre Gammarus et rien qu'en eau douce en Europe : 37 espèces et sous-espèces
Gammarus aequicauda (Martyinov, 1931) : présent aussi en mer
Gammarus arduus G. S. Karaman 1975
Gammarus balcanicus Schäferna 1922
Gammarus bosniacus Schäferna 1922
Gammarus chevreuxi Sexton, 1913 : présent aussi en mer
Gammarus crenulatus G. S. Karaman & Pinkster 1977
Gammarus crinicornis Stock, 1966 : présent aussi en mer
Gammarus duebeni Liljeborg, 1852 : présent aussi en mer
Gammarus dulensis S. Karaman 1929
Gammarus fossarum Koch, in Panzer 1835
Gammarus frater G. S. Karaman & Pinkster 1977
Gammarus goedmakersae G. S. Karaman & Pinkster 1977
Gammarus ibericus Margalef 1951
Gammarus insensibilis Stock, 1966 : présent aussi en mer
Gammarus italicus Goedmakers & Pinkster 1977
Gammarus kischineffensis Schellenberg 1937
Gammarus komareki Schäferna 1922
Gammarus lacustris Sars 1863
Gammarus leopoliensis Jazdzewski & Konopacka 1989
Gammarus monspeliensis Pinkster 1972
Gammarus nox Stock 1995
Gammarus ochridensis (Schäferna 1926)
Gammarus pljakici G. S. Karaman 1964
Gammarus pulex (Linnaeus 1758)
Gammarus pulex araurensis Pinkster 1972
Gammarus pulex cognominis G. S. Karaman & Pinkster 1977
Gammarus pulex gallicus (S. Karaman 1931)
Gammarus pulex polonensis G. S. Karaman & Pinkster 1977
Gammarus pulex pulex (Linnaeus 1758)
Gammarus rambouseki (S. Karaman 1931)
Gammarus roeseli Gervais 1835 : introduit en France
Gammarus stojicevici (S. Karaman 1929)
Gammarus tigrinus Sexton, 1939 : introduit en France, présent aussi en mer
Gammarus uludagi G. S. Karaman 1975
Gammarus varsoviensis Jazdzewski 1975
Gammarus wautieri Roux 1967
Gammarus zaddachi Sexton, 1912 : présent aussi en mer

Estuaire moyen et maritime du Saint Laurent, Gaspésie, Haute Côte Nord, îles de la Madeleine, Nouveau Brunswick, Nouvelle Écosse : 28 espèces dont notamment
Gammarellus angulosus (Rathke 1843)
Gammarellus homari (J. C. Fabricius, 1779)
Gammarus duebeni Liljeborg, 1852
Gammarus lawrencianus Bousfield 1956
Gammarus oceanicus Segerstråle, 1947
Gammarus setosus Dementivia 1931

L'aselle : il s'agit d'un groupe d'espèces (isopodes et non pas amphipodes comme les gammares) qui possèdent aussi deux longues antennes mobiles et sept paires de pattes. Néanmoins, elles se distinguent des gammares par la forme de leur corps qui est aplati dorso-ventralement et n'est pas arqué. Elles ne nagent pas et courent pour s'enfuir.

Alimentation

Les gammares sont généralement détritivores : détritus, cadavres, plantes vivantes ou en décomposition. Cependant, certaines espèces sont des prédateurs redoutables. Comme Dikerogammarus villosus dont le nom anglais est "Killer shrimp".

Reproduction - Multiplication

La reproduction a lieu pendant toute l'année. Il peut y avoir jusqu'à six "portées" par an.
Le mâle qui est nettement plus grand que la femelle, s'agrippe au dos de celle-ci. Ce stade est appelé "promenade nuptiale". Pendant environ huit jours, il attend la mue de maturation de sa compagne. C'est la phase de précopulation. Lors de cette mue, une cavité incubatrice (marsupium*) apparaît entre les pattes antérieures de la femelle. Le mâle peut alors fertiliser les œufs (fécondation interne). Il quitte ensuite la femelle qui se construit une nouvelle carapace.
Le nombre d'œufs varie entre 20 et 100 selon la taille de la femelle, la nourriture disponible et l'espèce. Protégés dans la chambre incubatrice, ils libèrent au bout de 10 à 20 jours des petits presque entièrement développés. Ceux-ci ne quittent le marsupium qu'à la mue suivante de leur mère. Une fois sortis, ils restent encore quelque temps accrochés à sa face ventrale.
Ces juvéniles muent une dizaine de fois avant d'atteindre la maturité sexuelle. Leur croissance dure de deux à trois semaines en été. En hiver avec une température de l'eau plus basse, cette croissance est ralentie.
L'espérance de vie est de un ou deux ans.

Vie associée

Les gammares servent de nourriture à de nombreux poissons, oiseaux et autres prédateurs tels les planaires et les sangsues. A ce titre, ils occupent une place importante dans la chaîne alimentaire.

Acanthocephalus sp. Koelreuther, 1771 : la larve de ce ver s'installe sous la cuticule dorsale des gammares. Une fois son hôte dévoré par un oiseau ou un poisson, elle devient adulte et vit dans l'intestin du prédateur. On peut en trouver jusqu'à un millier dans un seul intestin d'oiseau.

Microphallus papillorobustus (un ver trématode) parasite Gammarus insensibilis qui fréquente les lagunes saumâtres du sud de la France. Le ver s'enkyste près du cerveau du gammare dont le comportement change : il devient attiré par la lumière et monte à la surface de l'eau où il se met à tournoyer de façon spectaculaire à la moindre perturbation. Il est ainsi une proie de choix pour les oiseaux aquatiques, hôtes définitifs du parasite. Parasité, il fait donc preuve d'un véritable comportement suicidaire. Les scientifiques utilisent l'expression de gammare « fou ».
Des études ont établi qu'il y avait peu de couples comportant un partenaire sain et un partenaire parasité. Pour deux raisons :
- les gammares « fous » ont tendance à monter à la surface tandis que les sains restent dans des eaux plus profondes ce qui diminue la probabilité de rencontre
- les mâles sains marquent une préférence pour les femelles saines et les mâles parasités détectent moins bien les femelles réceptives.
Une autre ver trématode parasite, Maritrema subdolum, de la même famille que M. papillorobustus, utilise les mêmes hôtes sans les manipuler. Des études ont démontré que sa présence au sein d'un gammare est liée à celle de Microphallus et qu'il infeste donc un hôte dont le comportement est manipulé par un autre parasite. Il se comporte comme un parasite « autostoppeur » en profitant de la stratégie d'un autre parasite.

Divers biologie

En eau douce, certaines espèces de gammares sont des indicateurs écologiques importants de la qualité de l'eau. Ce sont des espèces sentinelles. On les utilise pour mesurer des variations biologiques (biomarqueurs*) causées par la contamination de l'organisme par des substances toxiques. Les chercheurs utilisent des techniques comme, par exemple, la protéomique qui permet de mettre en évidence les protéines qui ne sont pas présentes de la même façon chez les organismes contaminés et chez les sains. Certaines protéines sont présentes en plus grande quantité chez les gammares contaminés et d'autres protéines moins.

Le gammare se fie plus au toucher (via ses antennes) qu'à la vue pour reconnaître ses ennemis.

Informations complémentaires

Les gammares sont élevés de manière industrielle comme nourriture pour les poissons et les aquariums.

Origine des noms

Origine du nom français

Gammare est la traduction exacte du nom de genre.

Origine du nom scientifique

Gammarus : du latin [gammarus] = crabe, crevette, langouste, écrevisse d'eau douce.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Eumalacostraca Eumalacostracés Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax.
Super ordre Peracarida Péracarides Les femelles sont dotées d'une cavité d'incubation formée par des expansions lamelleuses des péréiopodes.
Ordre Amphipoda Amphipodes Péracarides comprimés latéralement, dépourvus de carapace, et possédant de nombreuses paires d'appendices souvent modifiés. Ils sont représentés par les gammares, les talitres, les caprelles...
Sous-ordre Gammaridea Gammarides Groupe des gammares, crustacés très communs en mer, sur l'estran et en eau douce.
Famille Gammaridae Gammaridés
Genre Gammarus
Espèce spp. (eau douce)

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