Morue franche

Gadus morhua | (Linnaeus, 1758)

N° 867

A l'est et à l'ouest de l'Atlantique Nord

Clé d'identification

Espèce tachetée à petites écailles
Barbillon sur le menton, museau saillant, conique et obtus
3 nageoires dorsales arrondies et deux nageoires anales
Nageoire caudale tronquée
Ligne latérale pâle et courbée dans les premiers 2/5 du corps

Noms

Autres noms communs français

Morue commune, cabillaud, morue fraîche

Noms communs internationaux

Atlantic Cod (GB), merluzzo bianco (I), bacalao del Atlántico (E), kabeljau (D), moruo (P)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Morhu vulgaris, Flemming 1828
Morhua americana, Storer 1839
Gadus arenosus, Mitchill 1815

Distribution géographique

A l'est et à l'ouest de l'Atlantique Nord

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

Cette espèce existe des deux côtés de l'Atlantique Nord. Du côté est de l'Atlantique, sa distribution nord-sud s'étend de l'Islande jusqu'au golfe de Gascogne. Du côté ouest de l'Atlantique, l'espèce se retrouve dans les eaux côtières jusqu'à l'accord du plateau continental. Sa distribution nord-sud s'étale du port Burwell dans le détroit d'Hudson, en passant par l'ouest du Groenland, par le détroit de Davis et se dirige vers le sud jusqu'au large du cap Hatteras en Caroline du Nord. Au Canada on la retrouve du Cap Dyer, terre de Baffin en nombre croissant vers le sud dans la baie d'Ungava. Elle est plus abondante du Labrador jusqu'à la limite des États-Unis. On la retrouve aussi en grand nombre dans les bancs d'Hamilton Inlet, le Grand Banc, le Banquereau et celui de l'île de Sable. Dans le golfe St-Laurent, on l'observe surtout à la hauteur de Gaspé, mais également jusqu'à la hauteur de Kamouraska et de Charlevoix. Coad (1993) rapporte que des spécimens de cette espèce sont présents dans le lac Ogac situé sur l'île de Baffin.

Biotope

La morue franche réside surtout dans les eaux marines près du fond malgré qu'elle puisse être en eau libre lorsqu'elle poursuit ses proies jusqu'à la surface. On la retrouve de la zone pélagique jusqu'à 600 mètres de fond. On la retrouve également dans des eaux saumâtres. On observe un mouvement global vers les eaux intérieures en été et vers le large en hiver. La morue se rencontre sur les fonds sablonneux, rocailleux ou jonchés de coquillages, ou à proximité de ceux-ci.

Description

Corps allongé recouvert de petites écailles. Le museau est relativement allongé, légèrement proéminent, conique et obtus. Une grande bouche avec le bord postérieur atteignant le tiers de l'œil. On retrouve de nombreuses petites dents à chaque mâchoire. Présence d'un barbillon sous la mâchoire. Elle possède trois nageoires dorsales et deux nageoires anales. La ligne latérale pâle est courbée dans les premiers 2/5 du corps. La cavité corporelle est tapissée d'une membrane grise ou argentée et présente des petites taches noires, brunes ou rouges sur les flancs et le dos. La couleur varie en fonction de l'habitat et de l'alimentation. Des eaux avec une grande quantité d'algues donneront une coloration rougeâtre à verdâtre à la peau. Une couleur grise est prévalente chez les individus retrouvés au fond de l'océan ou sur les fonds sableux. L'œil de la morue franche ne fait que la moitié de longueur du museau. Cette espèce peut atteindre 2 m de longueur et peser 95,9 kg.

Espèces ressemblantes

L'aiglefin Malanogrammus aeglefinus ; Haddock : la ligne latérale de l'aiglefin est plus droite et noire, sa première dorsale est beaucoup plus pointue et sa coloration est plus grise et uniforme. L'aiglefin possède une tache noire sur le flanc au-dessus de la nageoire pectorale et une petite bouche. Cette espèce peut atteindre 111,8 cm de longueur et peser 16,8 kg.

Le goberge (Canada) Pollachius virens ou lieu noir (France) : le barbillon est très court voir absent, la nageoire caudale est fourchue, la mâchoire inférieure est saillante, aucune tache n'est présente sur les flancs, le dos. La ligne latérale est droite et n'est pas arquée au-dessus de la nageoire pectorale. Cette espèce peut atteindre 1,5 m de longueur et peser 31,5 kg.

Saïda franc, Boreogadus saida Lepechin : cette espèce présente un corps mince, une nageoire caudale fourchue et une mâchoire inférieure saillante. Son barbillon et ses écailles ne se chevauchent pas. Cette espèce peut atteindre 38 cm de longueur et peser moins de 0,5 kg.

Le poulamon atlantique Microgadus tomcod : la nageoire caudale est arrondie. Le second rayon de la nageoire pelvienne est deux fois plus long que les autres rayons. L'œil est plus petit que chez la morue franche et sa largeur entre 5,5 et 6 fois dans la longueur de la tête (environ quatre fois chez une morue de taille équivalente). Cette espèce peut atteindre 42,3 cm de longueur et peser 0,7 kg.

L'ogac, Gadus ogac : l'œil de l'ogac est plus grand que celui de la morue franche et sa cavité corporelle est tapissée d'une membrane noire, tout comme ses ovaires. Il n'y a pas de tache ronde sur le corps et sa bouche se prolonge vers l'arrière jusque sous le milieu de l'œil. Cette espèce peut atteindre 71,1 cm de longueur et peser 7 kg.

La morue du pacifique, Gadus macrocephalus, elle possède un corps allongé mais avec une certaine rondeur. Elle affiche une couleur brune à grise sur le dos, plus pâle sur les flancs, avec un ventre gris-blanc et porte un barbillon caractéristique au menton comme son confrère de l'Atlantique. La taille maximale pour le mâle est 1,2 m et le poids maximum est de 23 kg.

Alimentation

La morue franche est un animal très vorace et est décrite comme une opportuniste car elle est capable de se nourrir de tout ce qu'elle peut capturer. Au stade larvaire, elle se nourrit de zooplancton. Les spécimens dont la taille ne dépasse pas 50 cm environ se nourrissent de divers crustacés, de larves de poissons et de mollusques. Après avoir atteint cette taille, ils recherchent plutôt des proies comme le hareng, le capelan, le lançon, les sébastes et d'autres poissons. Ils sont également friands de calmars, de tuniciers, de vers marins, de mollusques et d'échinodermes et peuvent même manger leurs propres petits. On a trouvé divers articles inhabituels dans l'estomac de morues, notamment, un contenant d'huile, des bacs, une poupée en caoutchouc, des clés, des prothèses dentaires et divers coquillages rares de haute mer.

Reproduction - Multiplication

Il y a une quantité limitée d'informations sur le comportement de frai de la morue qui peut laisser penser à un système reproductif complexe. Les chercheurs sont conscients du fait que le comportement d'accouplement de la morue peut comprendre des stratégies de reproduction, telle une production sonore par les mâles et une sélection du mâle par les femelles. Bien que ces comportements aient été observés, les causes et les conséquences d'un tel comportement, et leur interaction au sein du système d'accouplement, continuent d'être étudiées. Les morues de l'Atlantique sont considérées comme des «lots géniteurs» : la libération des œufs par les femelles est de seulement 5 à 25% de la quantité totale de leurs œufs et cette libération peut être complétée à tout moment.

Une étude sur la production des sons acoustiques des morues de l'Atlantique fournit quelques renseignements sur les comportements d'accouplement possibles. Des muscles à tambour "Drumming muscles" sont présents dans les deux sexes, mais les mâles ont tendance à avoir des muscles plus prononcés. La masse des muscles à tambour augmente chez les mâles, avant le frai et les grands mâles sont les plus musclés. Cela suggère que l'amplitude de la production sonore pourrait être déterminante dans le succès du frai et de la sélection par les femelles. Les observations du comportement de la morue soutiennent l'hypothèse que les femelles sont responsables du second choix. La biologie des muscles à tambour chez les mâles, ainsi que les déplacements par de nombreux cercles autour des femelles potentiellement réceptives soutiennent l'hypothèse de la sélection féminine. Il est à noter que la domination des hiérarchies peut également être mise en place. Les mâles de plus grande taille et ceux qui ont réussi à frayer paraissent parfois dominer la population et agir agressivement envers les autres mâles. Des études récentes indiquent que la pollution par le bruit d'origine anthropique dans l'eau (par l'intermédiaire des activités reliées au pétrole / gaz d'exploration et de forage) pourrait constituer une menace pour le succès de la production sonore et le rôle qu'elle joue dans le processus de reproduction.

De nombreux stocks de cabillauds présentent des comportements migratoires au cours de leur saison de reproduction en raison de variations saisonnières de la température de l'eau. Généralement, une population de morues se déplace dans les eaux plus chaudes pendant l'hiver et au début du printemps pour commencer la ponte. Bien que le frai puisse se produire à l'année, les pics de frai se produisent en hiver et au printemps. À mesure que la population se déplace vers les côtes, elle peut se disperser temporairement afin de se nourrir si de grandes quantités de proies sont présentes. Les morues frayent chaque année, et le frai a lieu pendant une période de trois mois. Les mâles utilisent une position ventrale pour féconder les femelles. Le mâle utilise ses nageoires pelviennes pour s'accrocher à la femelle et pour se positionner correctement sous elle. La morue fraye en concentration très dense, soit à plus d'un mètre cube de poisson et de multiples couples de poissons peuvent être observés dans la même colonne d'eau. Le frai a lieu près du fond des océans à des températures de 5 à 7 degrés Celsius.

Il existe un débat sur l'âge de la maturité sexuelle pour la morue. L'âge et la taille à la maturité varient souvent entre les populations, l'âge de maturité des populations du nord tourne autour de 5 à 7 ans, tandis que celui des populations du sud survient entre 2 à 3 ans. Une étude récente donne à penser que le cabillaud s'oriente vers une réduction de l'âge et de la taille pour atteindre la maturité sexuelle. En 1959, l'âge médian de la maturité était de 6,3 ans pour les femelles et de 5,4 ans pour les mâles. En 1979, on mentionnait que l'âge de la maturité sexuelle était de 2,8 ans pour les deux sexes. De nos jours, la moyenne d'âge pour la maturité sexuelle se situe entre 1,7 à 2,3 ans et correspond à une longueur de 32 à 41 cm.

La reproduction a lieu autant en eaux profondes (entre 200 et 600 mètres) qu'à de faibles profondeurs, à partir de mars et jusqu'en décembre, selon l'endroit. Selon la grosseur de la femelle, la quantité d'œufs produite variera. Par exemple, une femelle de 1,3 m peut produire jusqu'à 11 millions d'œufs. Le nombre d'œufs produits par une seule femelle au cours d'une même saison de reproduction varie en général de 300 000 à 500 000 (à la maturité) à plusieurs millions (chez les femelles dont la taille dépasse 75 cm). Rien n'indique qu'une participation parentale (mâle ou femelle) existe après que les œufs aient été relâchés. Le taux élevé de mortalité de la progéniture (œufs) est en partie imputable à l'absence de soins parentaux. La stratégie de reproduction et les taux de fécondité élevés peuvent être une réponse à l'absence de protection que les œufs reçoivent une fois rejetés dans l'eau. Bien que le taux de survie soit faible, le nombre d'œufs produits est énorme.

La morue de l'Atlantique passe au travers d'une série de quatre étapes au cours de son développement. Au départ, elles sont pélagiques comme les œufs qui sont situés dans des ports, des baies, et sur des bancs au large. Les œufs sont associés à une température d'incubation d'environ 2 à 8,5 degrés Celsius. Les œufs, de forme sphérique et mesurant de 1 à 2 mm de diamètre, flotteront et dériveront avec le courant. Des études ont montré que la mortalité des œufs est indépendante de la température, mais qu'elle augmente à de faibles niveaux de salinité. La dérive des œufs dure environ 2 à 3 semaines avant leur éclosion et l'atteinte du stade larvaire. Ensuite, le stade larvaire se déroule. Les larves se trouvent dans les eaux pélagiques et leur croissance est en corrélation avec le volume de zooplancton dont elles se nourrissent. Les larves mesurent en moyenne 5 mm à leur naissance. Au cours de la troisième étape, les larves se retrouvent dans les zones côtières et les eaux plus au large pendant l'été et dans les eaux profondes en hiver. Elles sont tolérantes envers les changements de température de 6 à 20 degrés Celsius et elles ont souvent recours à la végétation comme une stratégie d'évitement des prédateurs. L'étape finale est l'âge adulte. Les morues adultes vivent à des températures inférieures à 10 degrés Celsius.

Divers biologie

La durée de vie maximale que la morue de l'Atlantique peut atteindre est de 20 ans, avec un minimum de quelques heures / jours (peu après que les œufs aient été relâchés). Cependant, on a recensé certains individus qui ont vécu jusqu'à 27 ans, le taux de croissance étant tributaire de la température. Par conséquent, les spécimens du Labrador croissent plus lentement que ceux des côtes de la Nouvelle-Écosse et du Maine. Au sein de ces 100 dernières années, les espérances de vie typiques ont radicalement changé à la suite de la pêche commerciale de la morue. Plus récemment, les pêcheries ont commencé à récolter les jeunes poissons.

Les migrations saisonnières de la morue de l'Atlantique sont attribuées à la température de l'eau, l'approvisionnement alimentaire et l'utilisation des frayères. Les morues peuvent se déplacer en groupe et ont tendance à suivre les courants chauds au cours de ces périodes. Bien qu'elles préfèrent un habitat dans lequel la température de l'eau varie de 2 à 11 degrés Celsius, certaines populations ont été trouvées à des températures aussi basses que -1,5 degrés Celsius. Les morues sont capables de résister à de telles températures froides en raison de la production de protéines antigel plasmatiques qui empêchent le sang de former des cristaux de glace. Certaines populations semblent avoir des dirigeants (la plus grande classe de taille), qui guide la masse des poissons à travers l'itinéraire de migration. On suppose également que les poissons les plus jeunes apprennent les voies de migration des poissons plus âgés. Des changements dans les stocks de poissons (par exemple réduction des poissons plus âgés) pourraient se traduire par la mise en place de différentes voies de migration. Les hiérarchies de dominance observées pendant le frai des mâles peuvent résulter des différences dans la taille du corps et la dynamique des interactions. Les gros poissons jouent souvent un rôle dominant sur les petits poissons. Ceux qui ont un rang plus élevé dans la hiérarchie sont plus enclins à défendre leur territoire.

Les populations de morues réagissent différemment aux prédateurs en fonction des régions de l'océan Atlantique qu'elles occupent. Les morues de l'Atlantique sont susceptibles d'être consommées par les phoques et les requins. Dans le nord-ouest de l'océan Atlantique, la plupart des grands poissons prédateurs ont été retirés et la morue, ainsi que d'autres espèces, agissent comme des prédateurs dominants dans cette région. Dans d'autres régions de l'océan Atlantique avec de grandes populations de phoques du Groenland, le nombre de morue de l'Atlantique a été considérablement réduit en raison d'une consommation par les phoques. Les larves de morue sont à la merci de petits prédateurs comme le zooplancton. Les juvéniles sont la proie des espèces telles que la roussette, le calmar et le flétan. Un comportement de cannibalisme apparaît lorsque la morue adulte consomme les juvéniles. Bien que les morues adultes aient relativement peu de prédateurs par rapport aux plus jeunes, ils doivent toujours être à l'affût des grands animaux marins. La plus grande menace des morues est celle qui rôde à la surface. Les humains sont responsables de la baisse drastique des populations de morues en raison de la pêche qui est bien développée. L'économie de plusieurs régions dépend de ces pêcheries. La forte demande pour un grand nombre de morues de l'Atlantique a entraîné la surpêche et la réduction des stocks de cabillauds.

Informations complémentaires

La morue franche est la principale espèce commerciale du nord-ouest de l'Atlantique et constitue probablement l'espèce de pêche commerciale la plus importante du monde. On a déclaré des guerres à cause des droits de pêche à cette espèce, qui se préserve facilement et qui est d'une grande valeur comme poisson de consommation. On capture la morue au chalut à panneaux, à la ligne à la main, à la palangre, à la turlutte, aux trappes à morue, aux sennes, aux trappes et aux filets maillants. Sa chair est vendue fraîche, congelée, salée, fumée ou mise en conserve sous forme de flocons, de filets ou de miettes de gades (chicken haddie). Les joues de morue (muscles situés sur les côtés de la tête) et les langues (muscle de la gorge) sont des mets raffinés. Même la vessie natatoire est bonne à manger. On en fait également des produits secondaires comme la farine de poisson, la colle et l'huile de foie de morue. Certains récoltent les otolithes pour en faire des boucles d'oreilles.

Bien que la morue de l'Atlantique ait été un atout économique pour l'homme, elle a aussi créé des problèmes économiques pour les régions où l'économie reposait uniquement sur la pêche du cabillaud. L'effondrement de la pêche du cabillaud dans les années 1990 a eu un impact très négatif sur l'économie de la Nouvelle-Angleterre et du Canada. Les stocks n'étaient pas gérés correctement et ont entraîné une diminution de 96% de la taille de la population depuis 1850. Les pêcheurs qui comptent sur les populations de morues pour gagner leur vie se retrouvent avec des charges financières importantes quand les stocks s'effondrent. Le succès de la pêche commerciale de la morue a été la principale source de richesse économique pour les régions telles que la Nouvelle-Angleterre et le Canada. Jusque dans les années 1990, la morue n'était pas seulement un pilier économique pour beaucoup de gens, mais aussi un membre dominant de la chaîne alimentaire dans les eaux de l'Atlantique. La morue de l'Atlantique est largement commercialisée, principalement pour la consommation humaine. La chair est douce et la morue est un poisson populaire de table.

Le total des prises admissibles (TPA) dépassait le demi-million de tonnes en 1980. Les spécimens capturés par les bateaux de pêche commerciale pesaient en moyenne 2,3 kg et étaient âgés entre quatre et huit ans. La valeur des déchargements de morues en 1987 était de 319 951 000$. Les débarquements de morues actuels n'ont plus rien à voir avec ceux des années 80. Durant cette période, les débarquements se situaient entre 25 000 et 45 000 tonnes alors qu'ils étaient de 2 162 tonnes en 2005. Ainsi, avec les moratoires sur la pêche à la morue et au sébaste, l'industrie a dû composer avec une diminution importante des débarquements totaux. Ceux-ci totalisaient 57 310 tonnes en 2005, alors qu'ils atteignaient près de 100 000 tonnes en 1987. D'après les relevés du printemps et de l'automne dans les régions de Terre-Neuve et du Labrador, la biomasse moyenne de la morue dans les eaux extracôtières est demeurée, au cours des trois dernières années, inférieure à 4 % de la moyenne des années 1980. La mortalité totale dans les eaux extracôtières a été extrêmement élevée depuis au moins le milieu des années 1990, avec une faible proportion de poissons survivant au delà de l'âge de 5 ans. Le taux élevé de mortalité est un obstacle important au rétablissement du stock. Le moratoire sur la pêche dirigée dans les eaux extracôtières devrait être maintenu et les prises accessoires, réduites au minimum.

Selon le Ministère Pêches et Océans Canada (2007), il existe une probabilité que la pêche pratiquée dans les eaux côtières empêche le rétablissement de l'espèce dans les eaux extracôtières. À l'heure actuelle, cette probabilité est toutefois difficile à mesurer. À partir du début des années 1970, on a observé une tendance générale à la baisse des températures océaniques, des périodes particulièrement froides ayant été enregistrées au début des années 1970, du début au milieu des années 1980 et au début des années 1990. Les températures océaniques se sont élevées au-dessus de la normale au cours de la dernière décennie, la dernière année (2006) affichant un pic historique. Les études fondées sur les données recueillies jusqu'au milieu des années 1990 ont montré que la croissance des morues s'atténue lorsque la température baisse, mais on n'a pas analysé de données plus récentes. On ne s'entend pas sur la question de savoir si les eaux froides du début des années 1990 ont influé sur la mortalité naturelle.

D'après le comportement alimentaire des phoques et les tendances quant à l'abondance des phoques et des morues, la prédation exercée par les phoques est un facteur qui contribue à une mortalité totale élevée des morues en général dans les eaux extracôtières et à une mortalité naturelle élevée des morues adultes dans les eaux côtières. En 2003, on a lancé un programme d'études avancées des phoques, d'une durée de deux ans, comprenant de nouveaux relevés des populations, de nouvelles études de la répartition et de nouvelles études du régime alimentaire, tant en eaux côtières qu'en eaux extracôtières. Une étude pilote portant sur l'efficacité des zones d'exclusion des phoques a été réalisée dans le bras Smith (Bowen, 2004). L'information recueillie au cours de ce programme n'est pas encore disponible aux fins d'examen.

On élève maintenant la morue en aquaculture. Les poissons sont gardés dans des parcs et nourris de capelan de juin à septembre, puis ils sont mis sur le marché entre les mois d'octobre et janvier, période où les prix sont élevés. Dans le but de renforcer le développement de la gadiculture au Canada atlantique, une étude concertée de 18,2 millions de dollars est en cours avec Genome Atlantic et de multiples partenaires. Ce projet, appelé Génomique de la morue et amélioration génétique du stock de géniteurs, accélère la réalisation de l'élevage sélectif de la morue et l'élevage ultérieur de la progéniture pour identifier les meilleures familles de géniteurs qui produisent des sujets de croissance rapide, résistants aux maladies et de grande qualité dans des conditions d'élevage en mer. Ce projet permettra de produire deux stocks de géniteurs élites, issus de populations locales de morue, à l'intention de partenaires industriels, qui les utiliseront pour mettre sur pied des entreprises d'élevage commercial de la morue au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Jusqu'en 1985, les chalutiers français pêchaient abondamment la morue à Terre-Neuve et dans l'archipel de St-Pierre et Miquelon. En 1992, ils se sont vus interdire ces lieux de pêche pour cause de ressources sur le déclin et de redéfinition des zones frontalières maritimes entre la France et le Canada. Les chalutiers français patrouillent maintenant dans l'Atlantique Nord-Est, dans les eaux norvégiennes.
La morue s'est considérablement raréfiée depuis plusieurs années dans les eaux européennes, entraînant la mise en place de plans de protection. Des études sont réalisées régulièrement; elles montrent que les stocks auraient commencé à se reconstituer dans certaines zones.

Réglementation

Il existe plusieurs règlements pour gérer la pêche commerciale et sportive pour la conservation des stocks de morues de l'Atlantique. Le Règlement de pêche de l'Atlantique de 1985 (RPA), pris en vertu de la Loi sur les pêches, s'applique à la zone de la Convention pour les pêcheries de l'Atlantique Nord-Ouest, aux eaux de marée des provinces du Nouveau-Brunswick, de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Nouvelle- Écosse, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Québec, ainsi qu'aux eaux de la baie d'Ungava et d'une partie du détroit d'Hudson. Le RPA régit les activités de pêche commerciale et récréative de certaines espèces, comme les poissons de fond, l'espadon, le requin, le thon rouge, le homard, le crabe des neiges, le pétoncle, le hareng et le maquereau, en établissant des périodes de fermeture, des restrictions sur les engins, des limites de taille, des quotas de pêche et d'autres mesures nécessaires pour bien gérer et surveiller les pêches ainsi que pour conserver et protéger le poisson.

En 1995, un moratoire sur la pêche à la morue est entré en vigueur. Dix ans après ce moratoire, les populations n'ont toujours pas récupéré. Les biologistes attribuent généralement cela au fait que les écosystèmes sont encore trop perturbés par des décennies de surpêche. Le "New Scientist" insinue qu'il pourrait y avoir un autre coupable : les pêcheurs eux-mêmes. Ceux-ci prendraient « par accident » dans leurs filets un nombre anormalement élevé de morues et autres espèces protégées. Une hypothèse que réfute Jean-Claude Brêthes, de l'Institut des sciences de la mer de Rimouski. « Il y a bel et bien de telles prises dans certains secteurs, mais elles ne semblent pas énormes ». Selon lui, les chiffres de l'article du "New Scientist" proviennent d'un « vieux » rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF) datant de l'an dernier. Depuis 1995, le taux de pêche accidentelle de morues semble être croissant. La journaliste Debora MacKenzie parle de 5400 tonnes de morue attrapées en 2003 au sud des Grands bancs de Terre-Neuve contre 170 tonnes en 1994.

Le 28 juin 2006, un règlement éliminait l'obligation d'obtenir un permis pour pratiquer la pêche récréative du poisson de fond. Les espèces de poisson de fond visées par le programme sont la morue, l'aiguillat, l'aiglefin, le flétan, la goberge, le sébaste et diverses espèces de plies.

Le 27 juillet 2005, un décret a été déposé permettant la modification de la La Loi sur les espèces en péril (LEP). et la reclassification des morues de différentes régions. Le décret accuse réception par la gouverneure en conseil des évaluations de la situation d'espèces sauvages effectuées par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) conformément au paragraphe 23(1) de La Loi sur les espèces en péril (LEP). La LEP vise à prévenir la disparition — de la planète ou du Canada seulement — des espèces sauvages, à permettre le rétablissement de celles qui, par suite de l'activité humaine, sont devenues des espèces disparues du pays, en voie de disparition ou menacées et à favoriser la gestion des espèces préoccupantes pour éviter qu'elles ne deviennent des espèces en voie de disparition ou menacées. La LEP prévoit l'évaluation de la situation des espèces sauvages indigènes du Canada en établissant le COSEPAC comme entité scientifique indépendante. Le COSEPAC se réunit une ou deux fois par année afin d'examiner l'information recueillie sur les espèces et de classifier chaque espèce dans l'une de sept catégories — disparue, disparue du pays, en voie de disparition, menacée, préoccupante, données insuffisantes ou non en péril. Selon la nouvelle classification établie en 2005, les populations de morue franche de Terre-Neuve-et-Labrador sont maintenant classifiées parmi les ESPÈCES EN VOIE DE DISPARITION, les populations nord-laurentienne sont classifiées d'ESPÈCES MENACÉES, tandis que celles des Maritimes obtiennent le statut d'ESPÈCES PRÉOCCUPANTES.

Origine des noms

Origine du nom français

La morue ou cabillaud est le nom commun des poissons de plusieurs espèces de l'ordre des gadiformes. Le nom cabillaud peut être réservé aux morues d'âge mûr, alors que le terme morue est employé de préférence pour les individus juvéniles. En termes de gastronomie, cabillaud s'emploie pour désigner le poisson frais ou surgelé par opposition à morue qui s'applique au poisson séché et salé. On trouve dorénavant l'appellation morue fraîche, car le terme cabillaud renvoie à un poisson trop commun ou industriel.
En espagnol [morros] s'applique aux intestins de la morue qui sont salés et mis en vente dans le commerce.

Origine du nom scientifique

Du latin [gadus] dérivé du grec [gados] = morue, merluche.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Paracanthopterygii Paracanthoptérygiens
Ordre Gadiformes Gadiformes Présence d’un barbillon mentonnier (peut être absent). Inclut les morues, aiglefins (haddocks), merlans, tacauds, mostelles, lieus, etc.
Famille Gadidae Gadidés Corps fusiforme à allongé. La plupart des espèces ont des dents bien développées sur la tête du vomer (voûte buccale). Barbillon mentonnier souvent présent. Nageoires dépourvues d'épines. 1, 2 ou 3 dorsales et 1 ou 2 anales. Pelviennes thoraciques.
Genre Gadus
Espèce morhua

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