Eolis de verre

Eubranchus tricolor | Forbes, 1838

N° 1826

Atlantique Nord, Méditerranée

Clé d'identification

Eolidien de 45 mm maximum
Corps translucide blanc à bleuté
Larges cérates épais et denses de même couleur que le corps, apex jaune et blanc
Glande digestive brune visible par transparence
Longs rhinophores

Noms

Autres noms communs français

Eolis tricolore, eubranchus tricolore

Noms communs internationaux

Painted balloon aeolis (GB)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Eolis violacea Alder & Hancock, 1844
Eolis amethystina Alder & Hancock, 1845
Galvina tricolor Alder & Hancock, 1855
Galvina viridula Odhner, 1929

Distribution géographique

Atlantique Nord, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

Eubranchus tricolor se trouve couramment dans l'Atlantique Nord. A l'ouest, sur les côtes américaines : probablement du Québec (elle est signalée dans la baie de Fundy) jusqu'au Maine et peut-être au Massachusetts, comme à l'est : depuis les eaux arctiques du Groenland, les Féroé, puis les côtes scandinaves jusqu'aux côtes françaises plus au sud, en passant par les îles Britanniques.

L'espèce, si elle y est considérée comme relativement rare, est assurément présente en mer Méditerranée, du moins dans sa partie nord-occidentale (il y a des signalements en Croatie, en Italie et si l'on en croit la littérature, probablement pour la première fois en 2009, sur la Côte d'Azur, par des photographes de DORIS !)

Biotope

Eubranchus tricolor se rencontre sur les fonds où il peut trouver les espèces d'hydraires qu'il consomme (tombants, secs, zones algales...), à partir de quelques mètres. Mais si cette espèce peut être donc rencontrée dans les zones côtières immédiates, à faible profondeur, elle vit en général plus profond (vers 80 m).

Description

Nudibranche éolidien d'une longueur atteignant 45 mm. Le corps, uni, est translucide blanc, jaunâtre à grisâtre, variations rencontrées selon probablement les individus et les régions. De même, certains individus prennent une teinte bleutée.

A l'avant, les rhinophores*, simples, sont assez longs (souvent plus longs que les cérates*), non lamellés et de même couleur que le corps. Ils sont bien visibles au-dessus de la tête. Les tentacules oraux sont courts.

Sur le dos, les grands cérates de même couleur que le corps (parfois d'une nuance plus soutenue) sont relativement aplatis, lisses et larges, épais mais pointus, avec un apex* jaune puis blanc au niveau des cnidosacs* terminaux. Chaque extension cératale montre par transparence la glande digestive de couleur plus ou moins brune. Ces cérates semblent disposés de manière dense, sans que l'on puisse déterminer d'implantation en rangées ou en lignes.

A l'arrière, la queue se termine en pointe après les derniers cérates.

Notons que les juvéniles (jusqu'à une taille de 13 mm) peuvent être, hormis la base brun clair des cérates, tout blancs ; c'est-à-dire sans couleur au sommet des papilles dorsales.

Espèces ressemblantes

Citons par exemple :

  • Eubranchus farrani (Alder & Hancock, 1844) :
    C'est la principale possibilité de confusion avec Eubranchus tricolor. Les cérates de E. farrani sont beaucoup plus renflés que chez E. tricolor et présentent généralement un anneau subterminal jaune ou orange. La couleur du corps varie de blanc transparent à brun-chocolat, en passant par l'orange. L'eubranchus de Farran a une distribution similaire à celle d'E. tricolor.
  • Eubranchus pallidus (Alder & Hancock, 1842) :
    De même distribution qu'Eubranchus tricolor, cette espèce s'en distingue notamment par des points rouges et blancs disséminés sur le corps translucide et souvent sur les cérates.
  • Eubranchus linensis Garcia-Gomez, Cervera & Garcia, 1990,
    C'est une espèce décrite de Tarifa, à la pointe de l'Espagne mais connue depuis les Pays-Bas jusqu'au Portugal. Elle est translucide, porte des marques rouge assez vif sur le dos et montre un apex des cérates blanc opaque.
  • Janolus cristatus (delle Chiaje, 1841) :
    Cette arminacée ressemble visuellement à Eubranchus tricolor, notamment dans sa version transparente aux extrémités bleues. Mais les cérates de l'antiopelle sont souvent très arrondis au sommet, claviformes (en forme de massue), hauts et denses jusqu'à cacher le pied de l'animal. Une crête est visible sur le dessus de la tête, entre les rhinophores qui sont lamellés (ceux de Eubranchus tricolor ne le sont pas). Cette espèce présente des cérates sur la tête, devant les rhinophores, ce qui n'est pas le cas d'E. tricolor.
    On trouve généralement l'antiopelle à proximité de bryozoaires, dont elle se nourrit, et non pas d'hydraires comme l'éolis de verre.
  • Flabellina lineata (Loven, 1846) :
    Un tout petit peu plus petite, elle a aussi le corps transparent. La glande digestive est visible au travers des cérates et elle est rouge à marron. Le sommet des fins cérates est blanc opaque. Une ligne blanche court sur le dos, depuis la queue jusqu'à la tête et se divise pour finir au bout de chacun des longs tentacules buccaux.

Alimentation

Eubranchus tricolor se nourrit d'hydraires. L'espèce est signalée par exemple sur des hydraires calyptoblastiques* comme Obelia geniculata (principalement), Hydrallmania falcata, les plumulaires Nemertesia antennina et Nemertesia ramosa (en été), ainsi que sur des hydraires gymnoblastiques* tels que Tubularia indivisa (parfois au printemps) ou autres.

Reproduction - Multiplication

Eubranchus tricolor est hermaphrodite*, comme tous les nudibranches.
L'acte reproductif a lieu entre deux individus matures qui se présenteront l'un à l'autre tête-bêche. En effet, l'organe sexuel débouche sur le côté droit, un peu derrière la tête et il sera nécessaire de "connecter" ces organes afin de permettre l'échange des gamètes mâles entre les deux animaux.
Les pontes qui résulteront de cet accouplement sont blanches à rosées et se présentent comme des écheveaux enroulés en deux tours de spires environ sur des branches d'hydraires. Ils peuvent contenir jusqu'à 650 œufs qui écloront entre l'été et l'automne, selon les régions plus ou moins nordiques.

Divers biologie

La radula* est un organe de la prédation chez nombre de mollusques et notamment des nudibranches. Il s'agit d'une bande râpeuse placée en arrière de l’orifice buccal et dont l'organisation de denticules est propre à chaque espèce. L'étude de cette structure radulaire, uniquement réalisable sous microscope eu égard à la taille, est donc un élément discriminant dans la systématique du groupe.
La radula d'Eubranchus tricolor est trisériée. La dent centrale montre une forte cuspide* flanquée de chaque côté par 3 à 4 denticules. La mâchoire est allongée ; le bord masticateur, court, porte une rangée distincte de denticules sur chaque tranchant.

Les tentatives pour décrire précisément l'implantation des cérates sur le dos d'Eubranchus tricolor (13 ou 14 rangées selon certaines publications) se sont montrées inutiles tant l'ensemble est organisé avec complexité. Ceci, notamment à cause des conduits hépatiques qui se divisent en de très nombreuses ramifications (jusqu'à 150, lit-on !), de façon à ce que les cérates soient très intimement proches et liés et qu'il soit difficile de proposer un modèle d'implantation simple. Certains auteurs très sérieux ont évoqué l'analogie visuelle de l'animal avec un hérisson, allant parfois pour l'un d'entre eux jusqu'à décrire une attitude de défense en roulé propre aux hérissons (en boule, cérates hérissés) !

La glande digestive ramifiée est à même de conduire, jusque dans des zones appelées cnidosacs* et situées au sommet des cérates, les cnidocytes*. Ce sont les cellules très urticantes que possèdent les polypes d'hydraires consommés par l'éolis de verre. En effet, le nudibranche n'a pas déclenché l'effet de ces cellules lors de la prédation sur les polypes (il s'agit probablement de cellules embryonnaires qui termineront leur développement dans les cnidosacs). Il va ainsi être capable, après la migration des cnidocystes au travers du tractus digestif, de les employer à sa propre défense.

Origine des noms

Origine du nom français

Eolis de verre : proposition de l'équipe DORIS pour mettre en valeur d'une part le caractère éolidien de ce nudibranche (Eolis est aussi un de ses anciens noms de genre) et d'autre part la beauté cristalline et diaphane de son aspect. Eubranchus tricolore, traduction littérale du nom scientifique pourrait laisser à penser que l'animal est effectivement toujours de trois couleurs franches, ce qui n'est pas évident.

Origine du nom scientifique

Eubranchus : mot composé venant du grec. Du préfixe [eu-] = bien et de [branchia] = branchies. Il peut donc signifier "vraies branchies" mais il se rapporte plus probablement au grand nombre de cérates chez les éolidiens de ce genre.

tricolor
: du latin [tri-] = trois et [color] = couleur. L'animal montre parfois, mais non systématiquement, trois couleurs principales : celle qui teinte la transparente du corps, le blanc à l'apex des cérates et le brun de la glande digestive vue en transparence.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Aeolidiina Eolidiens Corps long et effilé portant des cérates simples, alignés ou non sur plusieurs rangées ou en bouquets. Tête avec deux paires de tentacules, la postérieure (rhinophores) sans gaine. Coins antérieurs du pied parfois effilés en tentacule. La majorité consomme des cnidaires mais certains mangent d’autres opisthobranches ou des œufs de poissons.
Famille Eubranchidae Eubranchidés Eolidiens aux cérates renflés de formes variables, en rangées simples ou ramifiées. Rhinophores lisses et tentacules labiaux. Absence de tentacules pédieux. Se nourrissent d'Hydraires.
Genre Eubranchus
Espèce tricolor

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